ok pour les prétoriens et les grades (ça fait parti de l´organisation après tout). Je fais un point dés que je rentre des courses. Mais si tu veux parler des invasions barbares, ce qui est fort interessant, il serait plus judicieux de créer un autre topic.
Aufaite ton pseudo fait référence à un groupe d unité créeer par Himmler à la fin de la guerre,et qui servira de groupe terroriste apres la guerre.
Tout sa pour te demander,est-ce que tu t y connais dans la SS,SS dont on dit qu elle s est inspiré de la garde prétorienne,comme je m y connais se serait bien de faire enssemble un topic sur se sujet.
Sinon,oui se serait bien de détailler les grades et la garde prétorienne ![]()
Pas de problème pour la SS. Sur le sujet je connais surtout la 5e Pdiv Wiking, la 33e Charlemagne, Saint-Loup, personnage fascinant au demeurant et son mouvement des jeunes pour l´europe nouvelle.
Pour les cohortes prétoriennes, elles étaient à l´origine la garde rapprochée du préteur en campagne au cour de la genèse républicaine (509-447). Il ne s´agissait que d´un petit nombre d´hommes.
Par la suite des anciens mentionnent qu´ils protégeaient toujours les commandants de legion. Au niveau du camp, il étaient situés dans le preatorium, près de la tente du général. Son importance s´accroit donc avec les crises de la fin de la république et Auguste les institutionnalise en 27av (ou peut être 26av) pour en faire sa garde rapprochée: le prétoire.
Il s´agit bien évidemment de l´élite par excellence, constitué de 9 cohortes (portant chacune un numéro et un nom) de 500 hommes. Une majorité de fantassins (infanterie lourde) la compose plus 1/5 de cavaliers (ne pas confondre avec les equites singulares augusti). Ils sont recrutés parmi les citoyens romains mais au niveau de toute la péninsule italienne. Pour les grades elle ne sont pas bien compliquées: tout les soldats ont la même dignité (pas de distinction munifex/immunes comme dans la légion). Le corps des officiers comprend 6 centurions par cohorte sous les ordre d´un tribun (surement laticlave). Le prefet du prétoire (angusticlave) et le général en chef. Au début ils sont 2, 1 avec Séjan, puis de nouveau 2 aprés l´exécution de ce dernier.
Les prétoriens étaient en sommes les seuls soldats à être acceptés en arme au sein du pomoerium (avec les urbiciani) de la Ville. Sous Auguste 3 cohortes étaient contonnés à Rome avec pour mission de surveiller la maison impériale et les autres dans les villes limitrophes. A partir de Tibère, elles sont cantonnés dans la castra praetoria au nord est de Rome.
Leur rôle politique se dessine avec le temps: en 37, Macron et ses troupes veillent à l´avénement de Caligula, curieuse ironie qu´en on sait que se sont les officiers de ces même cohortes qui planifieront sont assassinat. Selon Suétone, ce sont elles qui nomment Claude empereur en 41 (alors qu´il se cachait derrière une tenture du palais) et qui font ainsi échouer une tentative du sénat de restaurer la république (qu´avaient ils à gagnger si il n´avaient plus personne à protéger?). A partir de ce même empereur ils prennent l´habitude de recevoir un donativum (don) de 15000 sesterces, preuvent d´une nouvelle réalité: les prétoriens deviennent en quelque sorte des "faiseur d´empereur" et ceux qui se refuseront à leur offrir un donativum comme Galba s´attireront leur foudres.
Les effectifs ont varié avec le temps (considérablement augmenté avec Vitellius). La durée du service est de 16ans (beaucoup moins qu´un légionnaire ordinaire) et leur solde est de 500 deniers (sous auguste). Vu qu´elles prennent le parti de Maxence en 312 lors de la fameuse bataille du pont, Constantin les dissout.
werhwolf, ton nom, ca s´ecrit Wehrwolf ! ![]()
Très constructive ta remarque ![]()
! Mais sache que si le "h" est après, ce en raison du fait que le pseudo était déjà pris!
A part ça?
Comme promis, voici un bilan de la hierarchie de l´armée de terre romaine sous le Haut Empire (en province).
Tout d´abord, il convient de constater qu´il ne s´agit pas de simples masses innombrables et uniformes dénuées de toute réglementation hiérarchique et disciplinaire (ce qui est le cas de la plupart des armées barbares de l´époque). Bien au contraire, l´armée romaine obéit à un soucis rigoureux d´organisation et de spécialisation. En outre, elle tend à représenter toutes les classes de la société en recourant aussi bien à l´ordre sénatorial qu´à l´ordre équestre tout en étant composée de citoyen romains plébeien, de pérégrins et d´esclaves.
Une unité de l´armée romaine est classable en fonction de sa place hiérachique et de sa spécialisation. On nomme communément ce double classement d´un mot allemand: "rangordnung". Je vais entreprendre de le décrire ici dans son sens décroissant, en commençant par le corps des officiers.
-L´empereur est le général en chef de l´armée. Toute victoire militaire lui revient (même si il n´a pas assisté sur place à la bataille) comme l´indique parfois sa titulature (dacicus= vainqueur des daces; germanicus= vainqueur des germains). Ainsi, il peut lever un armée, et le choix de décider de la guerre et de la paix lui revient.
-Il s´entoure d´un état-major, conseil militaire avec à sa tête le ou les préfets du prétoire (chef des cohortes prétoriennes).
-En dessous, le gouverneur de province impériale (légat ou procurateur) a pour charge de commander l´armée de sa province, c´est à dire les légions et les troupes auxiliaires qui y sont présentes.
-Le commandement d´une légion revient à un légat impérial propréteur (ancien préteur) [et celui d´un groupe d´auxiliaires à un préfet]. En plus du commandement, il est en outre responsable de l´exercice et de la discipline de ses troupes.
-Un tribun laticlave (de rang sénatorial) l´assiste. Il figure aussi à son conseil militaire et le remplace en cas d´absence.
-Le troisième et dernier officier supérieur de la légion est le préfet de camp, lui aussi conseiller à l´état-major du légat. Il a pour tâche de veiller à l´entretient du rempart, à la bonne conduite des opérations de siège, de choisir l´emplacement des camps et d´assurer leur construction (lorsqu´une armée est en marche, elle s´arrête avant le crépuscule pour dresser un camp pour la nuit). Il doit aussi veiller à la sécurité du bagage (biens de l´armée) et commander l´artillerie.
-En dessous, cinq tribun angusticlaves (de rang équestre) commandent chacun deux cohortes (1000 hommes; 1 légion=5000 hommes) et sont chargés du bon déroulement de l´exercice, de la sécurité des portes du camp, de l´approvisionnement, de l´entretient de l´hôpital et de rendre la justice.
-Le tribun de six mois (sexmenstris en latin) commmande la cavalerie légionnaire (120 cavaliers).
-59 centurions sont chacun à la tête d´une centurie (80 légionnaires). Ils sont de rang différent:
.Le primus pilus (primipile) est le premier centurion. Il participe à l´état-major du légat, commande la première centurie ainsi que la première cohorte qui comprend cinq centuries.
.Le pilus prior (9) est à la tête de la première centurie et de la cohorte dont elle fait partie (1 cohorte=6 centuries sauf la première=5 centuries à effectif double).
.Les pili posterior, princeps prior, princeps postérior, hastati prior, hastati postérior commandent juste leur centuries respectives.
schéma(j´ai pas la place de mettre les 3 dernière cohortes qui sont indentiques) :
[H][h] [H][h] [H][h] [H][h] [H][h] [H][h] [H][h]
[P][p] [P][p] [P][p] [P][p] [P][p] [P][p] [P][p]
[1I] [I][i] [I][i] [I][i] [I][i] [I][i] [I][i]
légende: []=centurie (80h)
H= Hastatus prior h= hastatus posterior
P= Princeps prior p= princeps posterior
I= Pilus prior i= pilus postérior
1I= Pimus pilus (primipile)
[][]
[][] = cohorte (500h)
[][]
-Un optio assiste le centurion.
-D´autres centurions commandent la cavalerie.
-D´autres centurions commandent les cohortes d´auxiliaires dont le premier est le centurion princeps.
-Des décurions commandent les ailes de cavalerie auxiliaire dont le premier et le décurion princeps.
-On peut les classer en terme de corvée et de solde:
.Un immunis est un soldat exempt de corvées. Il peut être triplicarius (3xle solde normal), duplicarius (2x), sesquiplicarius (1,5x) ou simplaris (solde normal).
.Un munifex est corvéable est forcément simplaris.
-On peut les classer en tenant compte de la différence honorifique correspondant aux diverses spécialisations:
.l´aquilifer est le porteur de l´aigle de la légion.
.Le signifer est le porteur du signum (hampe décorée) d´un manipule (1 manipule=deux centuries côtes à côtes).
.Le vexillarius est le porte étendard de la cavalerie.
.L´imaginifer est le porteur de l´image (moulure d´un visage) impériale.
=> ils transmettent les ordres par la vue.
.Le tubicien est un joueur de trompette, il sonne pour les soldats.
.Le cornicien est un joueur de cor, il sonne pour les signiferi.
=> ils transmettent les ordres par le son.
.autres: un tesséraire par centurie est chargé du mot de passe, des singulares constituent la garde personnelle des officiers, les speculatores sont chargés de la reconnaissance... Sans compter les spécialistes de certain domaines (artillerie, médecine, instruction, approvisionnement, religion, justice, administration, police...)
Voilà tout, si vous vous sentez perdus, n´hésités pas à poser des question, je serai ravi d´y répondre.
Je m´intéresse quand à moi davantage à l´armée romaine républicaine jusqu´à la réforme de Gaius Marius, fondée sur la division Vélites/Hastati/Principes/Triarii + les auxiliaires socii. C´est sur cette base, héritages probablement gréco-étrusques, que se fonderont les légions impériales. J´ai l´impression que celles-ci focalisent toutes les attentions, alors que l´armée civique républicaine, encore très marquée par l´aristocratie (la division fondée sur l´âge et l´argent), reste un élément finalement assez méconnu (peut-être par manque de sources).
A travers ses victoires (Samnites, Ibères, Carthaginois après la réforme de Scipion qui faillit s´avérer insuffisante face au génie et aux vétérans d´Italie d´Hannibal, Macédoniens, Séleucides...) et ses défaites (Brennus, Pyrrhus et bien évidemment les boucheries d´Hannibal) se noue toute l´histoire de la Rome républicaine.
Sinon, werhwolf, puisque tu cites une myriade d´historiens, as-tu lu le bouquin de G. Brizzi ? (je l´ai eu comme prof, mais dans son cours il abordait surtout les évolutions de la diplomatie romaine et des relations entre Rome et le monde). J´aimerai savoir ce qu´il vaut avant d´éventuellement l´acheter.
Pour l´impérialisme romain, la question est à peu près tranchée avec le recul des historiens marxistes qui évoquaient un "machiavélisme" de Rome dans les relations internationales. Depuis quelques années, on privilégie d´avantage l´approche de Mommsen quoiqu´elle ne prend pas vraiment en compte la psychose développée par les Romains après la guerre d´Hannibal (la seule véritable guerre punique, par ailleurs). Elle servira de justifications à de nombreux actes contraires pourtant à la fides ou la virtus, comme le montre le soi-disant discours de Sulpicius Galba rapporté par Tite-Live, qui est un plaidoyer pour aller faire la peau à Philippe V (l´argument d´un retour de l´ennemi en Italie est le pivôt du discours).
En tout cas, la guerre d´Hannibal est vraiment une rupture majeure dans la politique romaine, l´hécatombe (1/3 des Italiens y passent) et la découverte de nouveaux procédés contournant le ius gentium (la nova sapientia inspirée des méthodes d´Hannibal) conditionnant la future politique extérieure de Rome, qui n´avait bien évidemment pas de plan global ni même d´envie de conquêtes territoriales (comme le montre l´exemple gréco-macédonien).
J´aurais une question, d´un point de vue organisation tactique et armement :
La légion romaine classique, composée majoritairement d´infanterie, et armée principalement de pilum et d´épées courtes (ainsi que d´un grand bouclier), a prouvé son adaptabilité face à de nombreuses armées, et était beaucoup plus mobile que les phalanges grecques.
Mais était-elle adaptée face aux armées Moyen-orientale, telles que celles des Parthes, reposant beaucoup sur la cavalerie ? (ces derniers n´ont jamais pu être matés, si je ne me trompe)
Je crois avoir lu que les légionnaires étaient dépassés en mobilité par la cavalerie, et que les dernières grandes défaites de la légion (notamment les pillages de Constantinople) ont été des victoires équestres, qui ont préfiguré le Moyen-Age (temps de la cavalerie reine, avec le chevalier).
[Corrigez si je fais des erreurs.]
Ah ! Et une autre question, peut-être plus théorique.
Dans le langage courant, l´empire romain est synonyme de puissance et les mérites de l´armée romaine sont vantés (une sorte de mythologie à ce sujet s´est installée dans l´esprit de chacun, aidée peut-être par les peplum hollywoodiens).
Mais cette dernière, même à son apogée, disposait d´effectifs assez faibles (300 000 hommes, je crois), compte tenu de la taille de l´empire à défendre.
Ce qui en faisait une armée avant tout défensive (qui ne pouvait agir dans un endroit de l´empire sans en dégarnir un autre).
Ces données ne tendraient-elles pas à relativiser le pouvoir de l´empire romain, surtout si on les compare aux effectifs militaires en Chine à la même époque (qui, je crois, étaient bien plus importants)?
L´empire romain, ne serait-il pas une super-puissance régionale (dominant le bassin méditerranéen), tandis que l´empire chinois serait la vraie puissance n°1 dans le monde de l´époque ? (la question étant évidemment théorique dans la mesure où aucun des deux n´a eu à s´affronter directement)
l´argent et l´or était surtout le véritable interet ce dont pourquoi on servait rome ![]()
@ Quiris:
Cool de voir un intéressé! Salut à toi!
Tu dis que tu as été élève de Giovanni Brizzi?! C´est pas un italien? Je pense que le bouquin dont tu parles est "le guerrier dans l´antiquité" ou un truc comme ça. Je l´ai feuilleté en début d´année (un gros bouquin rouge aux éditions l´art de la guerre me semble t´il) et je ne peux que te le conseiller. Je crois notamment qu´on y trouve souvent des comparaison hoplite-légionnaire ainsi que des infos sur l´évolution des mentalités à travers la guerre. Au risque de me lançer dans un plaidoyer pro domo, je t´encourage vivement à lire les ouvrages de Yann Le Bohec (mon prof! lol) qui est un spécialiste de l´armée romaine. Surtout "l´armée romaine sous le haut empire" et "césar, chef de guerre" (qui est aussi un des rares livres aux éditions l´art de la guerre). En tout cas c´est bizarre que tu ai eu Brizzi en cours et qu´il ne vous ai pas touché un mot de l´armée romaine.
@ Pasfou:
Tu as tout à fait raison en ce qui concerne la cavlerie: c´était le réel point faible de l´armée romaine où l´infanterie était "la reine des bataille" (5000 fantassin pour 120 cavaliers, mais sans compter les ailes d´auxiliaires). Le système manipulaire (2 centuries manoeuvrant côtes à côtes) adopté dès l´abandon de la phalange hoplitique lors de la république à conféré à l´armée romaine une mobilité ainsi qu´une souplesse exceptionnelles. Mais beaucoup de ses défaites ont été la conséquence de charges de cavalerie. Par exemple la défaite de cannes où la cavalerie lourde carthaginoise d´Hannibal, après avoir repoussé la médiocre cavalerie romaine a chargé les lignes arrière exposées de l´infanterie légionnaire (d´ailleur scipion l´a compris et a grossit les effectif de sa cavalerie pour remporter une victoire du même type à Zama).
Du reste comme tu l´as justement souligné il me semble que le désastre de Crassus à Carrhes en 53av a été du en parti à son faible effectif de cavaliers (seulement 2000 cavaliers gaulois pour 35000 fantassins) alors que l´armée parthes n´était composée que de troupes montées (chameaux, cataphractes, archer à cheval et cavalerie légère). Je crois même que l´armée de crassus attendait des renforts arabes (cavaliers) mais que ceux-ci l´ont trahi.
D´autre part, l´armée de Valens n´a t´elle pas été vaincu à Andrinople en 378 par une charge de flanc de la part de l´efficace cavalerie wisigothique de Fritigern (ces dernier étant devenu des cavaliers consommés au contact des alains qui eux-même le sont devenu au contact des huns).
Dans tous les cas, la cavalerie a toujours été le fléau de l´infanterie, surtout d´une infanterie ayant abandonné la lance hoplitique. Je pense que c´était là le seul point faible de la réforme manipulaire qui a vu s´effacer ce type d´armement au profit de la fameuse trilogie "gladius,pilum,scutum" efficace en rase campagne face à une autre armée majoritairment à pied et surtout face à une phalange hoplitique.
Pour ce qui est de l´armée chinoise, j´en ignore absolument tout et je t´encourage fortement à ouvrir un topic! Par ailleurs, je ne me pose pas souvent la question de savoir "si telle ou telle armée se rencontraient, laquelle serait la plus forte". Je pense juste que l´armée romaine est l´armée la plus efficace de son temps, tant sur le point de vu militaire que dans les domaines de la poliorcétique (technique du siège), de la logistique, du génie militaire et de l´organisation en général. Après, peut-être que je me trompe...
Merci pour ces précisions !
Pour la comparaison Rome/Chine, mon intervention visait surtout à relativiser la puissance de l´empire romain.
Je ne peux guère ouvrir un topic sur l´armée chinoise, que je ne connais que de façon très indirecte (j´ai eu un cours sur l´histoire du Japon).
Mais l´on peut citer en référence :
- le premier traité sur l´art de la guerre du monde, qui est chinois (de Sun Tzu, avant JC)
- la Grande muraille de Chine (même si le limes romain était très étendu)
- je sais de façon sûre qu´en 645 après JC, l´empire des Tang a envoyé une armée de 200 000 hommes en Corée (opération militaire qui s´est soldée par un échec), ce que l´empire romain n´aurait jamais pu faire.
Les seuls éléments que j´ai trouvés sur le net (sous réserve de leur véracité), c´est que l´empire Qin (quelques siècles avant Jesus Christ) était capable d´entretenir des armées régulières de plus d´un million d´Hommes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Qin_ (%C3%89tat)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Changping
(ce dernier lien indiquant qu´après la guerre, les deux armées avaient chacune perdu plus de 400 000 hommes).
Et il s´agissait de la période pré-réunification, lorsqu´il y avait 8 royaumes combattants en Chine.
Ce qui sont des chiffres énormes, lorsqu´on les compare aux chiffres de l´armée romaine...
Sinon, j´aurais une question relative à une comparaison entre les armées du Haut Empire et les armées du Bas Empire.
Dans l´imagerie populaire, les armées romaines du bas empire étaient décadentes, car elles s´étaient "barbarisées" (inclusion de nombreux effectifs non romains, et adoption de l´armement "barbare" (l´armement traditionnel étant jugé trop lourd par les soldats)). ce qui expliquerait la chute de Rome.
Mais moi, j´ai l´impression qu´au contraire, l´armée romaine n´a jamais été aussi efficace qu´au Bas Empire : partages tu mon impression ?
Auguste a maintenu la paix romaine, mais il n´a jamais eu affaire à des troubles extérieurs d´une ampleur de ceux qu´a connu le Bas empire.
Et l´adoption de l´armement barbare (en cuir souple, etc...), ainsi que l´utilisation plus fréquente de la cavalerie, m´apparaîssent être une modernisation de l´armée, pour faire face à l´évolution tactique de l´époque.
Peut-être l´erreur du Bas Empire était-elle de n´avoir pas assez pris en compte le rôle de l´armée dans la romanisation ? (en faisant son service, on acquérait la citoyenneté romaine ; ce qui a été remis en cause au Bas empire, je crois).
Le cours de Brizzi (c´est effectivement un Italien
) portait davantage sur la diplomatie romaine, et, bien qu´il soit génial, il n´en demeure pas moins très désordonné : on a pas fait le quart du programme théorique, mais il nous a appris pas mal de choses en ce qui concerne l´Italie du IInd siècle avant JC, prolongeant le premier tome de Nicolet (Rome et la conquête du monde méditerranéen). Mais il s´est aussi étendu longuement sur le désastre de Cannes, et il a montré surtout comment la ruse et la tactique d´embuscades d´Hannibal avait traumatisé et finalement changé le "code de la guerre" romain, qui reposait jusque-là sur la fides, ce qui peut paraître plutôt naïf en tant de guerre.
En ce qui concerne la question de la cavalerie, les légionnaires étaient quand même très polyvalents et pouvaient éventuellement résister et même mettre en déroute des forces de cavalerie conséquentes, comme à Pharsale où les 7000 cavaliers de Pompée ont été repoussés par les légions certes aguerries que César avait gardées en réserve, prévoyant cette éventualité. Le problème de la cavalerie romaine tient peut-être dans le fait que, tout en privilégiant l´infanterie, ils n´ont jamais été en mesure de former un corps de cavalerie vraiment romain (les equites disparaissant assez vite finalement), dépendant des "alliés" pour leur en fournir (les Gaulois au départ, puis les Ibères, les Sarmates, etc).
Le désastre de Carrhes semble être aussi dû à une préparation logistique plus que douteuse ainsi qu´à la trahison des auxiliaires nabatéens. Et surtout à l´obstination de Crassus qui voulait son triomphe pour égaler Pompée, et qui finalement n´a réussi qu´à se faire trucider lamentablement dans un meeting avec Suréna qui a mal tourné. Les Parthes n´auraient pas pu faire grand chose dans le cadre d´une guerre menée dans des zones boisées ou vallonnées, ce qui explique que Crassus ait été relativement tranquille au début de sa campagne, avant que son guide lui-même les attire à découvert, à la merci des archers à cheval. A la toute fin de la République, pendant le second triumvirat, Antoine a mené une campagne en demi-teinte contre les Parthes, remportant plusieurs victoires mais sans lendemain car Octave ne se gênait pas pour lui mettre des bâtons dans les roues. Ce qui prouve que la soumission des Parthes eut pu être possible, s´il y avait eu une véritable volonté politique augustéenne, mais Teutoburg l´a plus ou moins calmé. Le passage à l´empire a également eu pour conséquence la disparition de l´émulation entre les magistrats qui était une des causes de l´expansion romaine, la pax romana défensive remplaçant désormais les initiatives conquérantes.
Pour Cannes, si le mouvement de la cavalerie lourde carthaginoise et des Numides a été décisif, il faut également noter les futurs vétérans d´italie qui ont infligé des pertes considérables aux Romains pris dans l´étau, avant que la cavalerie carthaginoise, qui avait au préalable mis en déroute son homologue romaine, ne revienne broyer les légions affaiblies.
L´armée républicaine gardait toutefois des piquiers, avec les triarii, élite formée en phalange en souvenir de la période hoplitique. Ceux-ci pouvaient sans doute "mieux" recevoir de front une charge de cavalerie que les légionnaires, certes polyvalents, mais infanterie tout de même. Apparemment ils auraient été laissés en arrière à Cannes, faisant reposer sur les épaules assez fragiles de la cavalerie romaine, inférieure aux forces équestres d´Hannibal.
Les chiffres cités par Wikipédia paraissent exorbitants, surtout quand on tient compte de la logistique de l´époque, qui n´était pas meilleure en Chine que dans le monde méditerranéen... Faire vivre 2 millions d´hommes dans le même kilomètre carré pendant plusieurs années me paraît peu plausible, peut être le texte se base-t-il sur les récits d´époque qui évidemment gonflent les chiffres (ça me fait penser à Hérodote relatant Gaugamèles ou une autre bataille d´Alexandre, les Perses perdant des centaines de milliers d´hommes et lui comptant seulement 11 victimes, pour une bête histoire de noyade ou de maladie
).
Bref, je me renseignerai si j´arrive à trouver un bouquin sérieux d´histoire chinoise, mais sachant que pour un homme au combat il en faut quatre ou cinq qui bossent derrière, la population chinoise suivant cette logique et ces chiffres devait être réellement titanesque à cette époque.
Sinon les Romains ont quand même pu aligner environ quatre vingt mille hommes à Cannes. Ils étaient certes "à domicile", mais ils avaient la capacité de déployer un nombre impressionnant de troupes en fonction de l´ennemi. J´imagine que s´ils avaient eu affaire à une véritable puissance comparable à la position des Perses au Vème siècle, ils auraient été en mesure d´aligner des effectifs beaucoup plus importants que face aux royaumes hellénistiques déclinants.
Puisque ça à l´air d´intéresser, je me permet de faire un point sur l´armée républicaine.
A l´origine, les effectifs militaires n´étaient fournis que par des gentes (familles) patriciennes. Il s´agissait donc d´une armée aristocratique où, à l´instar des armées hellénistique issues du modèle d´Alexandre le Grand, le chef n´était pas exactement un commandant mais plutôt un héros qui donnait l´exemple en combattant en tête d´un corps de cavaliers d´élite. Chaque curie (les habitants de rome étaient divisés en 3 tribus elles même divisées en 10 curies chacunes) fournissait 100 fantassins et 10 cavaliers (soit 3000 fantassins pour 300 cavaliers).
On pense que sous Servius Tullius (sixième roi de l´époque monarchique 753-509) s´est opéré une importante réforme de l´armée. Celle-ci s´ouvre à la plèbe et admet désormais tous les possédants. La constitution servienne divise la population en cinq classes censitaires (liées au niveau de fortune des possédants), les plus riches étant dans la permière et les moins dans la cinquième. Les 18 centuries de cavaleries sont fournies uniquement par les citoyens les plus riches d´entre tous, les trois premières classes fournissent quant à elles l´infanterie lourde et les deux dernières l´infanterie légère. On date aussi au règne de Servius Tullius l´adoption de la phalange hoplitique d´influence greco-étrusque (inventée au VIIe siècle) et de l´équipement qui va avec (voir la panoplie lance,casque,cuirasse,cnémides,bouclier rond). L´armée romaine combat alors en phalange, formation serrée unilinéaire (souvent 8 rangs de soldats): la légion est née et comprend à peu prés 4000 soldats.
En 390av, les Gaulois sénons pillent Rome, on pense que c´est cet événement qui pousse Camille, alors dictateur, à réformer de nouveau l´armée. Le commandement d´une légion revient à 6 tribuns (subordonnés à un consul si plusieurs légions sont présentes) élus par le peuple. La tactique de la phalange cède la place au système manipulaire décrit plus haut qui adopte une formation en trois lignes (triplex acies).
Au cours du IIIe siècle av, la légion se défini plus précisemment. Elle apparait composée d´une cavalerie, de trois types d´infanterie lourde et d´une infanterie légère.
La cavalerie (equites) est le corps le plus prestigieu. Il est composé de citoyens riches ayant les moyens d´investire dans un équipement cher. Ils sont au nombre de 300 par légion, divisés en 10 turmes (1 turme=30 equites) de 3 décuries chacune (1 décurie=10 equites), chaque décurie étant commandée par un décurion.
L´infanterie lourde (4200 fantassins par légion) se compose de la fameuse trilogie hastati-principes-triarii. Les hastatii forment la première rangée et sont les plus jeunes de l´infanterie lourde (donc les plus vigoureux). Les principes forment la deuxième rangée et sont agés de 25 à 35 ans. Les triarii forment la troisième rangée de combattants. Ce sont tous des vétérants. Ces unités adoptent (après la bataille de cannes) tous le glaive espagnole (gladius) et deux javelots chacuns (pilum-i) à l´exception des triarii qui conservent la lance hoplitique.
L´infanterie légère (les vélites) est composée de soldat soit trop jeune pour intégrer les hastati, soit trop pauvres. Ils sont armés de quelque javeline (javelots légers), d´un bouclier rond et portent souvent sur leur casque une tête de loup qui permet de les distinger. Ils sont au nombre de 1200 par légion est utilisés pour assister l´infanterie ou la cavalerie en cas de difficulté.
Voici l´organisation d´une légion à la fin du IIIe siècle av:
..[]...[]...[]...[]...[]...[]...[]...[]...[]...[].
.
[.].[.]..[.]..[.]..[.]..[.]..[.]..[.]..[.]..[.]
..[i]..[i]..[i]..[i]..[i]..[i]..[i]..[i]..[i]..[i]
légende:
[]: un manipule de triarii (60 triarii)
[.]: un manipule de pricipes (120 à 160)
[i]: un manipule de hastati (120 à 160)
notes: infanterie lourde disposée en 3 lignes de 10 manipules chacune. Les vétérans (triarii) sont moins nombreux. Les manipules sont espacés et disposés en damier (quincunx).
Un manipule est divisé en 2 centuries. Chaque manipule est commandé par un centurion assisté d´un optio (placé derrière le manipule) et d´un signifer (porteur du signum que les soldats suivent pour se déplacer).
La légion est accompagnée d´un nombre équivalent d´alliés (socii) sous les ordres d´un préfet. Ils sont divisés en deux ailes (alae) encadrant la légion (ou l´armée) à gauche et à droite (d´où le nom "aile").
Jusqu´ici l´armée n´est pas composée de militaires de carrière. Mais à la fin du IIe siècle av, le système du citoyen milicien qui part pour une saison de campagne militaire avant de retourner à ses champs est remis en cause: les campagnes sont de plus en plus longues et des garnisons doivent être maintenues en permanence dans beaucoup de provinces. Marius réforme donc l´armée au début du Ier siècle av: Le légionnaire est désormais recruté surtout chez les pauvres (proletarii) sans terres pour qui l´armée devient un métier et non plus une parenthèse dans la vie. Un armée de métier permanente se dessine donc. L´aigle devient l´enseigne de la légion. La cavalerie et les vélites sont supprimés: les légionnaires déviennent tous des fantassins armés de la même manière (pilum+gladius+cotte de maille+casque de bronze+long bouclier ovale) sans distinction d´âge.
L´unité tactique devient la cohorte (et non plus le manipule).
Voici la nouvelle organisation (triplex acies disposé en quincunx):
[][][]...[][][]...[][][]
....[][][]...[][][]....[][][]
[][][]...[][][]...[][][]...[][][]
légende:
[][][]: Une cohorte de 600 soldats (10)
[]: 1 manipule de 200 soldats (3 par cohorte)
notes: chaque manipule est toujours composé de 2 centuries (100 soldats chacune), il y a donc 6 centuries par cohorte. Attention, la formation ainsi que les effectifs peuvent parfois changer (César à parfois adopter une formation en duplex acies et les effectifs de ses cohortes ont flotté en fonction des pertes).
J´ajoute que le corps des officiers est toujours composé de 6 tribuns mais un légat est de plus en plus utilisé pour assister le proconsul en campagne.
Après on passe à l´armée impériale issu de la réforme augustéenne que j´ai décrit succintement plus haut.
@ Quiris:
Excellent! Merci pour tes précisions! Ca me rapelle effectivement que Crassus ainsi que ses officiers supérieurs sont connement mort assinés lors de cette fameuse entrevue avec Suréna. On peut aussi imputer la défaite de Carrhes (qui n´a pas été immédiate mais progressive) à la déplorable tactique adoptée par Crassus ainsi qu´à la retraite désordonnée qui a suivie la première tentative de percée.
Pour Brizzi, il enseignait où en France?
Excellent bilan, tu as dit l´essentiel au niveau technique, mis à part la réforme de Scipion qui permet une plus grande flexibilité (pour éviter les éléphants) et qui adapte certaines tactiques d´Hannibal à la légion romaine (il utilise notamment les principes et les triarii comme unités indépendantes pour écraser l´infanterie punique en passant à droite et à gauche de la ligne des hastati bloquant l´ennemi).
Sinon, je ne connais qu´assez peu l´organisation de l´armée romaine pendant le Bas-Empire, j´ai juste quelques bases concernant les comitatensis et les garnisons limitanei, qui devaient permettre une efficacité accrue du fait d´une division des tâches plus appropriée à la défense que la conservation d´une force polyvalente de conquête finalement peu apte à la stratégie du limes.
La cavalerie des romains d´Orient a toutefois été une belle repompe des techniques parthes et sarmates (certains de ceux-ci étant même déportés sur le mur d´Hadrien, selon certains historiens, ce qui a inspiré le très ridicule et manichéen film "Le Roi Arthur"), l´Occident utilisant de plus en plus de foederati barbares pour assurer sa défense (officialisant souvent l´installation de fait des barbares aux frontières de l´empire).
Le sieur Brizzi enseignait et enseigne toujours d´ailleurs à la Sorbonne (Paris IV), en collaboration avec François Hinard (recteur de Paris IV, ce me semble), pendant le semestre consacré à la République romaine. Ensuite Hinard continue seul pour l´Empire, pour lequel il fait autorité dans certains domaines.
Ils ont d´ailleurs rédigé une bonne synthèse d´histoire romaine, avec Briquel (Paris IV) et Roddaz (Bordeaux III). Les passages de Brizzi notamment sont remarquables pour les passionnés de l´époque républicaine, car il adopte une approche plus qu´intéressante et qui permet, hors a priori idéologique, d´expliquer pas mal de choses.
Je suis passé en oral devant les deux, et Brizzi discutait pas mal (Hinard était un peu crevé, vu que c´était les derniers de la journée) et s´intéressait vraiment à ce que le candidat racontait, contrairement à pas mal d´autres profs.
A Paris IV ?
Quel est l´intitulé de son cours ?