Ceci est un petit extrait du mémoire que je prépare pour mon cursus, peut-être que cela vous intéressera...
Commençons ce paragraphe avec comme exemple, celui des armoiries dites parlantes. Ces armoiries sont celles dans lesquelles certains éléments sont mis en relation avec le nom de celui qui en fait usage. Ce nom est généralement le nom de famille, mais peut être parfois le nom de baptême, un surnom, ou, pour les possesseurs de fiefs, un vocable apparenté au territoire. La relation peut être directe (une famille Lecoq qui porte un coq dans ses armes), phonétique (une famille Lepaure qui porte un porc), constituée par un rébus (Racine portait un écu composé d´un rat et d´un cygne ! ) ou bien allusive (un mouton dans les armes de la famille Pastoureau, ce mot évoquant la profession de berger). La relation peut se faire dans des patois ou des dialectes, ou bien être construite sur des termes aujourd´hui disparus ou difficilement intelligibles. L´usage de ces figures parlantes a probablement été hérité des sceaux. Il est déjà présent dans l´héraldique primitive, et se développe grandement au XIIIe siècle, lorsque les armoiries s´étendent à toutes les classes sociales. L´étude des armes parlantes présente un triple intérêt. Sur le plan de l´anthroponymie, elle permet d´analyser la formation et le devenir de certains patronymes, ainsi que leurs rapports avec l´emblématique. En ce domaine, il apparaît que le nom n´a pas toujours précédé les armes parlantes, mais que c´est parfois l´habitude d´user de telle ou telle figure qui a créé le nom. Sur le plan de la psychologie et de la culture, il peut être intéressant de rechercher pourquoi et comment certaines figures ont été volontiers adoptées comme emblèmes parlants (le coq, le corbeau, le mouton, par exemple) et d´autres, au contraire, tout à fait délaissées même lorsque l´anthroponymie s´y prêtait fort bien (ainsi le chat et le renard au Moyen Âge). Enfin, sur le plan des traditions et du folklore, les armes parlantes peuvent apporter à l´historien d´utiles témoignages. C´est ainsi qu´aux XIIIe et XIVe siècles, dans les pays germaniques, plusieurs familles dont le nom évoque l´idée de roi (Königsbach, Königsberger...) portent un ours dans leurs armoiries. À première vue énigmatique, cette relation parlante cachée s´explique par le fait que dans le folklore occidental l´ours a joué, à la place du lion, le rôle de roi des animaux jusqu´aux environs de l´an mille. L´héraldique a perpétué ici une tradition à peu près totalement oubliée de la littérature et de l´iconographie zoologiques.
L’historien médiéviste peut également utiliser d’autres types de matériels héraldique, après avoir obtenus divers renseignements sur la toponymie par exemple, la rigueur du travail historique lui imposera une recherche des faits. C’est a ce moment qu’interviennent les armoiries allusives. Ces dernières sont celles qui, d´une manière ou d´une autre, rappellent non pas un nom mais un fait ou un état en rapport avec l´individu, la famille ou la collectivité qui en fait l’usage. L’armoirie évoquera donc un événement historique, un passé glorieux, ou encore une fonction administrative. Les exemples en sont nombreux et variés. Chez les roturiers, ces armoiries font souvent allusion à une profession, soit de manière directe (un maçon qui porte une truelle), soit de manière indirecte (un berger qui porte une étoile). Les armoiries des villes sont elles aussi fréquemment allusives : allusion à l´activité économique dominante. L’historien aura également a sa disposition les armoiries politiques pour augmenter la pertinence de sa recherche. Les armoiries politiques (le terme étant pris dans un sens très large) sont celles qui soulignent le lien du possesseur avec un groupe, quelle que soit la nature de celui-ci : clientèle féodale, corps de métier, ordre religieux, faction politique, etc. Les villes de la Hanse allemande, par exemple, portent toutes des armoiries dont les couleurs sont argent et gueules, afin de souligner leur cohésion.
Enfin, nous trouvons en guise de conclusion à ce domaine de al typologie héraldique, les armoiries dites symboliques. Ces armoiries ont pour but d’évoquer, une idée un concept. Jusqu´au XVe siècle, parmi les figures du blason, seuls les animaux semblent réellement posséder un contenu symbolique, lié, d´une manière accessible à tous, à une qualité ou à une vertu : le lion représente la vaillance et la générosité, l´aigle la puissance souveraine, le sanglier le courage, la licorne la pureté, l´agneau l´innocence, etc. Ce n´est qu´à la fin du Moyen Âge que les hérauts d´armes ont commencé à donner aux couleurs et aux figures des sens cachés et des valeurs hiérarchiques, sans grand rapport avec l´héraldique primitive. L´erreur des héraldistes des XVIIe et XVIIIe siècles a été de suivre ces hérauts dans la voie dangereuse et vaine d´un symbolisme plus ou moins hermétique. Les armoiries sont des emblèmes avant d´être des symboles. Ce faisant, elles n´en intéressent que davantage l´historien médiéviste.
La création des blasons bien que laissée à l´initiative de leurs futurs possesseurs ou acquéreurs, s´est vue, dès le début, doté de règles plus ou moins strictes, visant à rendre l´identification efficace. Cela avait comme objectif la lecture facile par l´emploi de couleurs franches tranchant les unes sur les autres, motifs de grande taille aux contours simplifiés facilement lisibles, et surtout unicité des armoiries. La réglementation interdisait donc le plagiat, néanmoins, cela relevait d’avantage de l’ignorance d’un individu qu’une réelle envie de copier, et cela surtout dans l’époque médiévale…) Mais le blason ne reste pas un élément figé, il peut donc par conséquent évoluer, et c’est ici, que l’historien intervient, dans l’analyse de ces modifications, preuves et (Témoignages) de la mouvance d’une société.
Dans un premier cas, le blason peut se modifier par l’alliance de deux individus, ou de deux groupes. Bref toute alliance entraîne une (fusion) des symboles héraldiques porté précédemment. Ici nous comprenons parfaitement, l’apport de cette modification, renseignant, l’historien sur les maillages familiaux ou autre. Mais ceci ne s’arrête pas a ce simple exemple, le blason peut également se voir modifier lors d´un héritage, qui impose parfois à l´héritier une modification comme (une brisure) du blason initial en fonction du degré de parenté. Nous pourrions citer encore la distinction honorifique accordée par un suzerain, qui donne à un vassal le droit d´ajouter sur son blason un élément distinctif du sien (une augmentation). Enfin le blason peut même disparaître et être remplacé par un blason de substitution, quand le blason original a été « déshonoré » pour une action peu reluisante de son possesseur... ou d´un ancêtre du possesseur ! En sachant analyser avec minutie l’armoirie, l’historien peut obtenir tout un tas de renseignements en parcourant ces infimes détails, qui pourtant, sont d’une importance capitale dans l’utilisation de l’outil héraldique.
Si l´écu accompagné de ses ornements, est la représentation graphique des armoiries, le blasonnement en est sa représentation verbale. Né de la pratique des tournois, des hérauts (qui donneront leur nom à l´héraldique) et de la nécessité de constituer de véritables annuaires (les armoriaux) à double fonction de recueil d´identités et de dépôt d´exclusivité, à une époque où l´illustration, surtout en couleur est une entreprise de longue haleine, le blasonnement se développe en véritable langue, avec vocabulaire et syntaxe, étonnant de rigueur et de précision, permettant de décrire rapidement et sans ambiguïté les blasons les plus complexes. (donc possibilité pour l’historien de faire la lumière sur le vocable d’un texte par le biais du code héraldique…). Enfin, l´identité héraldique, s´étant longtemps limitée aux éléments portés par l´écu, le blasonnement se contente souvent de ne décrire que celui-ci. Les ornements n´ont pris de l´importance que tardivement, et le blasonnement complet se doit de les intégrer.
En guise de conclusion a notre travail, voyons dès a présent, les lois qui régissent l’organisation de l’écu, ici aussi, cela constitue un ensemble exhaustif d’outils dont peut se servir l’historien médiéviste. Pour se situer sur l´écu, celui-ci est divisé en 9 zones appelées points de l´écu. Ces points sont identifiés par des noms, qui varient quelque selon tel ou tel détail. Voyons ici l’exemple des couleurs, extrêmement significatives en ce qui concerne les études. Tous les composants du blason donc de l’écu, ont un attribut de couleur. Il s´agit de couleurs symboliques : ainsi le gueules se représente par un rouge, qu´il soit vermillon, écarlate, carmin ou autre, et les fourrures sont en fait des compositions bicolores. Ces couleurs sont réparties en trois groupes : les métaux, les émaux et les fourrures (ou pannes). Ces couleurs font l´objet d´une règle d´héraldique importante dite « règle de contrariété des couleurs ». L´écu peut être divisé en plusieurs parties égales, selon des lignes simples. On appelle partition les différentes façons de diviser ainsi l´écu. (NB : L´origine en serait la marque des coups reçus sur le bouclier lors des combats). En fait chaque élément se comporte comme un écu à part entière (et donc peut être partitionné à son tour), ce qui fait que les partitions se comprennent souvent mieux comme une réunion de plusieurs écus en un seul, plutôt que comme l´éclatement d´un en plusieurs. Les éléments créés par une partition sont de tailles égales, mais n´ont pas le même « prestige » : ils sont hiérarchisés selon leur place : le prestige décroît de haut vers bas, et de dextre vers sénestre, et le blasonnement se fait selon cette hiérarchie. Ce partitionnement et la hiérarchie des symboles qui en résulte, fourni de vives indications a l’historien sur les (attributs les plus importants), dans l’idéologie médiévale.
Evoquons maintenant la charge. Peu d´écus sont de couleurs « pleines » (anciennement « plain »), la plupart sont agrémentés (chargés) par des motifs (charges) dont le but technique principal est de singulariser les armes. Aux motifs géométriques élémentaires de départ (qui a constitué le groupe des « pièces honorables », à position sur le champ et à taille conventionnelles) sont venu s´ajouter une infinité de figures de toutes sortes : forme géométrique pure, être vivant animal ou végétal, réel ou fantastique, objet technique ou naturel. Le dessin des charges est toujours très stylisé, parfois à l´extrême, sans effet de modelé, ni d´éclairage (couleur en aplat, parfois cernée d´un trait). Les charges sont d´une seule couleur. Mais il arrive que des éléments d´une charge complexe soient d´une couleur différente (exemple : un lion rouge avec des griffes noires), il faut alors le préciser avec un vocabulaire approprié (lion de gueules armé de sable). Parmi les charges les plus répandues, outre les pièces honorables, on trouve la croix, le lion, l´aigle, la fleur de lys. Le nombre pratiquement infini de charges a poussé un grand nombre d´héraldistes à proposer des classifications. À ce jour, aucune ne fait l´unanimité. Ces classifications n´intervenant pas dans le blasonnement, elles sont surtout d´un intérêt théorique. Cet aspect plus contemporain apporte aux applications de l’héraldique comparée et imaginaire, citées plus haut, un apport considérable a l’historien d’art par exemple.