Attention, pavé!
Il me semble important, et on le souligne peu, au moment où l'ETA est en train de livrer toutes ses armes à l'Etat Espagnol, que le dernier conflit armé de l'histoire de l'Europe Occidentale est enfin terminé!
Je tiens donc à revenir sur ce conflit, en France comme en Espagne, ses origines, ses moments forts, en essayant de faire résumé!
I-La volonté d'indépendance du Pays Basque n'est pas nouvelle et est parfois parcourée de théories farfelues sur l'origine de ce peuple, toujours inconnue :
-En 1801, le chercheur allemand Humboldt parcourt le pays et l'identifie comme la « nation basque ».
-En 1811, le philosophe français Garat, pensant que les basques sont descendants des Phéniciens, propose à l'empereur Napoléon Ier de former un « État national basque »
II - Le Carlisme
En 1830, le Carlisme apparait et déclenche trois grandes guerres civiles en Espagne : les populations du Nord de l'Espagne (en particulier Basques et Catalanes) refusent le libéralisme, l'anti-cléricalisme et le centralisme du pouvoir madrilène.
Les basques tiennent à défendre leurs fors (c'est à dire leurs lois spécifiques) et se battent avec le général Zumalacarrégui pendant les 3 guerres mais perdent face aux Madrilènes, Anglais, Français, qui soutiennent les libéraux : un sentiment nationaliste basque est né.
III - Le développement idéologique du nationalisme Basque.
Divers intellectuels vont alors commencer à justifier l'indépendance Basque.
Augustin Chaho : Basque du Nord ou Français. Pour, la géographie, la langue, l'histoire, font du Pays Basque une "nation" qui doit s'émanciper de la France, de l'Espagne, et du capitalisme.
Sabino Arrana : Père du nationalisme basque. Invente le drapeau basque, le terme Euzkadi. Pour lui, le peuple basque représente une "race" à part du reste de l'Espagne. La race espagnole est pour lui métissée, déloyale, anti-catholique. Et c'est à cette époque que les Andalous immigrent au Pays Basque lors de la Révolution industrielle. Ils sont alors considérés comme des "bronzés", des "métèques" qu'on appelle des "maketos" (envahisseurs en basque).
Les nationalistes basques ont leur parti, le PNV, et leur syndicat, tous deux catholiques et nationalistes.
Ce nationalisme de droite va se développer de plus dans les milieux bourgeois comme populaires du Pays basques. Et une haine va s'installer envers les "maketos" espagnols.
IV - La Guerre Civile
En 1936, le paradoxe vient vite. En effet, la guerre civile se déclare, la droite franquiste ne veut pas entendre parler d'un Pays Basque autonome. Le PNV, de droite pourtant doit donc s'allier aux Républicains : le Pays Basque a donc choisi son camp, mais sans grand enthousiasme, les Républicains ne sont pas réputés pour leur catholicisme.
Les Franquistes font tomber la Navarre en premier, les hommes du PNV sont massacrés
La Navarre était plutôt franquiste et ses droits seront préservés.
En Biscaye et Guipuscoa, des milices basques se forment, et résistent aux Franquistes pendant un an. Lorsque les provinces tombent, les partisans de l'indépendantisme sont massacrés, les deux provinces déclarés "provinces traîtresses", et on connait tous l'épisode de Guernica.
V - La Dictature Franquiste.
Franco dans ses premières années de prise de pouvoirs va tenter d'éradiquer la langue Basque.
Dès 1938, les manifestations culturelles sont interdites. Dès 1942, il est interdit de parler le Basque. Les partisans du nationalisme Basque sont fusillés.
Résultat? Les secteurs anti-espagnols se radicalisent, et surtout au Pays Basque.
La suite...les débuts du conflit Basque et l'ETA
VI - La création et les actions de l'ETA.
31 juillet 1959: des étudiants fondent Euskadi Ta Askatasuna (ETA), pour "Pays basque et Liberté" en basque. Le mouvement, basque et nationaliste, se positionne clairement contre le régime franquiste et attire la sympathie populaire.
1961 : Première attaque du groupe : un train de militaires franquistes déraille.
1962 : le mouvement devient une "organisation clandestine révolutionnaire" : le mouvement se radicalise.
1965 : L'impôt révolutionnaire commence à être prélevé, d'abord côté espagnol, puis coté Français. Racket et menaces pour les plus indécis, bien sur!
1968 : Premier mort de l'ETA, un garde civil tué à SAn Sebastian. Viendra ensuite le chef de la police de San Sebastian, tué lui aussi.
1970 : Procès de Burgos, puis en viendront d'autres : divers militants de l'ETA sont éxécutés.
1973 : L'ETA riposte, et marque les esprits en portant un coup fatal à la dictature franquiste. Luis Carrero Blanco, le numéro 2 du pouvoir, successeur de Franco est tué dans un attentat à Madrid. Une bombe cachée sous la chaussée va propulser sa voiture jusque sur le toit d'un immeuble.
Carrero Blanco devient pour les Basques "le premier espagnol qui est allé dans l'espace".
1974 : les actions se radicalisent, 12 civils tués dans un attentat à Madrid. la branche de "l'ETA militaire" se crée, entraine ses commandos dans divers camps à travers le monde : Lybie, Cuba, etc... D'un autre côté, la branche politique apparait.
1975 : Mort de Franco et transition politique. Les divisions parcourent les nationalistes. Un accord n'est pas trouvé pour les principes d'un pays Basque autonome, et la violence va redoubler dans la période de transition.
1976 : à Vitoria, des ouvriers basques en grève sont tués par l'armée
la transition ne se passe pas aussi bien que prévu. l'ETA refuse de déposer les armes.
1980 : Année la plus sanglante de l'ETA, 118 victimes.
1981 : le coup d'état manqué des Neo-franquistes favorisent la radicalisation de la branche armée d'ETA. La branche politique se retire, l'ETA n'est plus qu'un groupe armé, et les attentats se multiplient.
1983 : L'Etat Espagnol crée les GAL (Groupes antiterroristes de libération). Ils posent des bombes, mitraillent et cherchent à instiguer la peur dans les rangs de l'ETA. Les GAL feront, en France et en Espagne environ 30 morts.
De 1985 à 89 l'ETA devient incontrôlable : 16 policiers tués dans un attentats à Madrid, 12 gardes civils un an plus tard, l'apogée est atteinte à Barcelone dans un centre commercial : 21 morts et 50 blessés ETA diffuse ses excuses pour cette "erreur".
Janvier 1989: Première trêve de l'ETA.
La suite...la lente perte de vitesse de la lutte armée.
VII - l'Echec de la première trève.
Le gouvernement socialiste et les etarras se rencontrent à Alger. Les négociations échouent, les deux partis quittent la table, et l'ETA brise la trève. Les attentats reprennent.
Début des années 90 : deux évènements vont accélerer la perte de vitesse du mouvement. Sa branche politique : Batasuna, décidé de siéger dans les assemblée. Et la police Française, qui craint que l'ETA n'agisse sur son sol décide de coopérer avec l'Espagne.
1992 : En France, à Bidart, c'est tout l'Etat major qui est arrêté autour du chef "Pakito"
1994 : L'arsenal de bombes de l'ETA est découvert sous la villa d'un Basque de Mouguerre, à côté de Bayonne. 200 kilos d'explosifs, assez pour faire sauter tout le village.
1995 : L'ETA cible les "traîtres basques" et les commandos commencent à se tuer entre eux
le soutien populaire diminue.
Deux attentats manqués : un contre le leader de l'opposition José Maria Aznar, et un contre le Roi Juan Carlos à Majorque.
1996, 1997 : Enlèvement et exécutions de gardiens de prisons et d'élus. Le sentiment anti-terroriste se développe, même au Pays Basque où une grande manifestation a lieu.
1998 : Un pacte secret est signé entre tous les nationalistes Basque : ETA, PNV, Batasuna, etc... promettant d'arriver par la voie politique à la souveraineté d'Euzkadi.
L'ETA annonce donc une trêve indéfini.
1999 : Le parti refuse le transfert des prisonners basques au Pays Basque, la trève est rompu.
2000 : La répression anti-terroriste démarre en Espagne.
Le chef des commandos est arrêté en 2001, "Txapote". Batasuna est interdit, 130 proches d'ETA arrêtés. La lutte armée s'essoufle.
2005 : le processus de Paix s'entame.
VIII - Les derniers sursauts de l'ETA.
Mars 2006 : Cessez-le-feu permanent déclaré par l'ETA. Après que l'organisation est fait plus de 800 morts.
Décembre 2006 : l'ETA rompt le cessez le feu.
Attaque de l'aéroport de Majorque, assassinat du directeur de projet de la LGV etc...
Jusqu'à 2011, la France et l'Espagne vont arrêter progressivement les chefs de l'ETA et leur successeurs : Txeroki, Sarobe, Ata, Arriola, etc...
20 octobre 2011 : ETA déclare publiquement "l'arrêt définitif de son activité armée"
C'est la fin des actions armées de l'ETA. Et aujourd'hui, l'ETA entame son processus de livraisons de caches d'armes aux Espagnols.
IX - Bilan du Conflit
Policiers/Militaires : 500 tués
Civils : 372 tués
Total ~ 1300 tués
Iparretarrak 6 tués
Iraultza 3 tués
CAA 8 tués
ETA 350 tués1
Bon résumé très synthétique de l'histoire de l'ETA !
Je me souviens d'ailleurs, que le 11 mars 2004, j'étais à Madrid lors des attentats, les gens pensaient que c'était l'ETA, d'ailleurs le lendemain le journal d'extrême droite ABC avait accusé l'ETA de ces attentats !
Voilà j'ai retrouvé la une d'ABC :
http://www.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Festaticos03.elmundo.es%2Fdocumentos%2F2004%2F03%2Fespana%2Fatentados11m%2Fimagenes%2Fprensa03.jpg&imgrefurl=http%3A%2F%2Fwww.elmundo.es%2Fdocumentos%2F2004%2F03%2Fespana%2Fatentados11m%2Fportadas3.html&h=527&w=400&tbnid=3N5M9NA0sRHwDM%3A&zoom=1&docid=OkNLXcAL2C9oOM&ei=_8mpU-26Ja3Q4QS31IHABw&tbm=isch&iact=rc&uact=3&dur=225&page=1&start=0&ndsp=16&ved=0CCgQrQMwAg
Massacre à Madrid, ETA assassine plus de 130 personnes.
Cette une me fera toujours légèrement sourire.
Et oui, c'est d'ailleurs cette une qui a entrainé la chute du gouvernement de droite! et emmené zapatero au pouvoir!
J'ai zappé la partie Française du conflit, avec Philippe Bidart et les Ipparetarrak, je ferai un résumé demain!
Et je rajouterai dans le bilan les prisonniers et les torturés côté ETA! ça compte aussi.
D'ailleurs aujourd'hui, le dernier enjeu du conflit, c'est les revendications des 500 prisonniers et de leur soutiens, pour rapprocher les familles des prisonniers, qui ne peuvent les voir que rarement.
Bonne synthèse ![]()
Depuis 1968, on compte 829 personnes tuées par ETA, plus de 1300 dans le cadre du conflit. Des centaines de mutilés, et des dizaines d'enlèvements.
Dans la population basque, c'est 494 personnes qui ont été tuées, dont des membres de l'ETA.
22 400 personnes, sympathisantes de la cause ou non, ont été emprisonnées, et environ 4800 actes de tortures sur les prisonniers ont été dénombrés.
Les principaux chefs Basques :
José Ordenana, alias "Argala"
http://gara.naiz.info/Repository/Imagenes/Pub_3/Issue_2514/p004_f01_2.jpg
Cerveau de l'opération Ogro, qui a amené la mort de Luis Carrero Blanco, le n°2 du Franquisme.
Juan Lorenzo Mitxelena, alias "Txikierdi"
http://p1.trrsf.com/image/fget/cf/308/464/images.terra.com/2013/10/21/legorburuok.jpg
Chef de l'ETA au début des années 80, dans les années de "plomb", années les plus sanglantes.
Francisco Garmendia, alias "Pakito"
http://www.astekaridigitala.net/scripts/miniatura.asp?path=\uploads\Pakito.jpg&width=250
Chef de l'ETA en 1987 et responsable de l'attentat le plus meurtrier du groupe à Barcelone, avec 21 morts et 50 blessés.
Inaki de Juan, alias "Chaos"
http://estaticos03.elmundo.es/elmundo/imagenes/2007/06/11/1181516236_0.jpg
Responsable du commando Madrid, entrainé en Algérie, le plus meurtrier des commandos ETA. Aujourd'hui en cavale.
Mikel Azpiazu Rubina, alias "Txeroki"
http://s2.lemde.fr/image/2013/02/18/534x267/1833998_3_a949_arrete-en-france-en-novembre-2008-txeroki_872eeeefaef9cd57a65bc9710d69f2dd.jpg
Dernier réel chef de l'ETA, arrêté en 2008.
Henri Parot, alias "Unai"
http://derecho.laguia2000.com/wp-content/uploads/2012/08/la-doctrina-parot.jpg
Etarra français le plus connu, chef du commando Argala, commando composé exclusivement de basque français. On lui impute 82 morts.
L'auteur, toi aussi tu es affilié à l'ETA ? ![]()
Non, ils ont été bien trop loin, et c'était un mouvement qui au départ légitime est devenu pas net du tout, incontrôlable et mafieux.
Mais il faut pas être manichéen et prendre en compte certaines choses avant de parler de l'ETA comme simplement un mouvement de tueurs sanguinaires.
Ah ! Le FLNC vient d'annoncer qu'ils déposent les armes... ![]()
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/06/25/corse-le-flnc-annonce-qu-il-depose-les-armes_4445252_3224.html
Ils ont sauvé leur langue et leur culture, comme l'ETA ou d'autres groupes armés ont sauvé leur langue et leur culture à une époque.
Ils s'arrêtent à temps avant de dériver dans un mouvement meurtrier, comme l'a été l'ETA, et c'est tant mieux.
Mais je me demande si les corses ont un parti politique nationaliste ou pas? Ou si ils vont le créer...
l'ETA n'a pas sauvé la langue, un basque de laboratoire est né dans lequelle les vieux ne s'y retrouvent même pas. Un peu comme les catalans veulent faire avec le barcelonais, l'imposé aux valenciens, aux baléares, et aux roussillonnais. Les seuls qui se laissent berner sont les roussillonnais qui l'apprennent a l'école au lieu du catalan septentrional.
Le basque de la laboratoire, l'euskara batua, c'est celui d'Espagne, et avant celui-ci chez eux il n'y avait rien, plus rien à cause du régime Franquiste.
Et ce basque là existait bien avant l'ETA. Il reprend des termes du Guipuscoan, du Navarrais pour unifier le basque côté Espagnol, c'est très bien.
En Soule, côté français, on parle toujours le souletin, le Basque des "vieux". Pareil en Basse-Navarre.