Il n'y a pas que les amérindiens.
Les trajectoires des humains des différentes régions du monde sont différentes.
Ca tient à beaucoup de facteurs qui se conjuguent, mais on peut en retracer les principaux :
L'Eurasie est le continent qui est le mieux pourvus en atouts naturels (on ajoutera à l'Eurasie proprement dite le Nord de l'Afrique, qui est séparé du reste de l'Afrique par le plus grand désert aride du monde et qui a toujours fait partie des réseaux eurasiens).
D'abord on a la quantité d'espèces animales domesticables naturellement présentes : plus que sur n'importe quel autre continent, et même plus que sur tous les autres continents réunis. (Pour le sujet : le seul grand animal domesticable d'Amérique est le lama. Et à cause de raisons que je vais évoqué plus bas (barrières écologiques multiples), il restera confiné à la région andine).
L'Eurasie est également favorisée sur le plan végétale, avec la plupart des céréales à grosses graines et toute une variété de plantes domesticables là encore bien plus importante que sur les autres continents.
Cette abondance a facilité la tâche des chasseurs cueilleurs eurasiens pour leur passage à une société sédentaire, agricultrice et éleveuse.
L'Eurasie offre une variété de plantes et d'animaux plus importante et plus facilement domesticables que sur tous les autres continents. Ce qui explique que les foyers de néolithisation les plus anciens découverts à ce jour se trouvent en Eurasie, à des carrefours stratégiques et dans des régions particulièrement fertiles (croissant fertile bien sûr, mais aussi Chine, entre les deux fleuves principaux).
Donc, l'Eurasie est le continent qui dispose du plus vaste éventail mais aussi qualitativement (du point de vue d'un humain exploitant son milieu) du "meilleur" échantillon d'espèces.
- De plus, l'axe majeur de l'Eurasie étant Est-Ouest (ou Ouest-Est, l'important étant qu'il y ait moins de gradient de latitude qu'en Amérique, qu'en Afrique ou qu'en Océanie) il favorise la dispersion rapide et sans problème de ces espèces de plantes et de grand mammifères, ainsi que l'adaptation à des maladie relativement semblable d'un bout à l'autre du continent.
Ces facilités n'existent pas sur les autres continents, dont les axes sont bien plus tournés Nord-Sud, et qui ont donc des gradients de latitude beaucoup plus importants. Donc beaucoup plus de difficulté de dispersion des espèces animales et végétales.
- D'autre part, il n'existe pas en Eurasie de très grande barrière naturelle : l'Afrique est clivée d'une part par le plus grand désert aride du monde, d'autre part par la forêt équatoriale, qui dispose d'un climat très différent des régions qui se trouvent au Nord et au Sud.
L'Amérique a aussi son immense forêt équatoriale qui gêne beaucoup la progression des domesticats, animaux ou végétaux. Elle a aussi le désert mexicain, que le maïs aura bien du mal à franchir même si il y arrivera tardivement.
Les lamas, qui sont les seuls grands animaux domesticables d'Amérique, resteront toujours confinés à la région Andine, incapables de passer la barrière écologique de l'Amérique équatoriale et centrale.
L'Océanie quant à elle est isolée de l'Eurasie par la forêt tropicale de l'Asie du Sud-Est, qui représente elle aussi une barrière écologique difficile à franchir pour les cultures et les animaux d'élevage issus d'autres milieux climatiques.
- Enfin, ajoutez à cela des régimes pluviométriques bien plus homogènes en Eurasie (hors Asie du Sud Est) que dans tous les autres continents (là aussi, c'est lié à l'écart de latitudes).
Sur terre, les plantes sont de deux types : celles adaptées à un climat hivernal pluvieux et à un climat estival sec, et celles qui sont adaptées à l'inverse : des pluies estivales et des hivers plus secs.
Elles ne peuvent passer d'un environnement à l'autre, ou bien au prix d'une très lente évolution inadaptée pour une société qui voudrait s'étendre et qui a donc besoin que ses cultures puissent pousser tout de suite pour se nourrir.
En bref, les sociétés, selon où elles se trouvent, ne disposent pas des mêmes bases, pas des mêmes outils socio-climato-géographiques.
D'où des trajectoires différentes, et surtout des rythmes différents.