Je ne connais pas l'origine de cette expression.
C'est vrai qu'on a tendance aujourd'hui à idéaliser cette période et cet "esprit", à presque en faire un modèle. On a même tendance à amalgamer tout Al Andalus à ce moment, alors que c'est à peine 50 ans (le califats d'Abd al Rahman III et de son fils Al Hakam II, en gros de 929 à 976) sur sept siècles...Après, on a eu l'arrivée du très rigoriste Al Mansur...
Le califat omeyyade a été une période de forte activité culturelle, et d'une collaboration entre les membres des trois religions. Mais c'était à des niveaux élevés (les élites), et les chrétiens et juifs qui étaient bien traités à la cour du calife étaient avant tout les lettrés.
La majorité des chrétiens, les mozarabes, (les juifs sont un peu à part) subissaient la dhimma, relativement souple durant le califat mais en rien abolie...De plus, ils étaient en voie de "disparition" : assimilation, islamisation ou fuite vers les royaumes chrétiens, ce qui conduirait à la minorité chrétienne au XIè, et leur disparition les siècles suivants.
De plus, les "indigènes" convertis à l'islam étaient eux aussi discriminés par les Arabes et les Berbères, ce qui a conduit à de nombreuses révoltes au IXè, avant le califat.
La cohabitation pacifique entre les 3 religions est donc un fantasme : il y avait au mieux soumission (avec la dhimma), au pire de vraies persécutions.
Mais ce qui rend Al Andalus spécial, et avec ce fameux "esprit de Cordoue", c'est l'essor artistique qui, lui, s'est fait avec la collaboration entre des membres des élites des trois religions.
Ce n'est évidemment pas applicable ici et maintenant, et il faut cesser de présenter l'Espagne musulmane comme LE modèle de cohabitation pacifique possible entre ces religions. On ne peut pas souhaiter que cela se passe dans un cadre à la fois de soumission et d'assimilation...
Je voudrais aussi insister sur le fait que la grande effervescence culturelle d'Al Andalus n'a pas été seulement durant le califat, il y a aussi de beaux exemples pendant les taïfas. Ces petits royaumes concurrents au XIè se tiraient la bourre à celui qui aurait les plus grands poètes et artistes, ce qui a créé une saine émulation. Cela a un peu continué sous les Almoravides, mais ils étaient très rigoristes, et sous les Almohades avec quelqu'un comme Averroès.