Bon, pas une régression, le terme est trop fort, mais un frein dans le domaine scientifique. Avec le corpus de sa pensée philosophique va se glisser pas mal d'idées fausses qui resteront comme dogmes (géocentrisme, non-circulation du sang, etc), et dont on va avoir le plus grand mal à se débarrasser.
Pourquoi il y aurait une étape nécessaire, soit quasi-obligée en histoire ? Plein de chemins sont possibles et je crois que les "médiévaux" avaient largement les moyens de parvenir à progresser sans recours à l'Antiquité (hors du domaine théologique où je ne sais rien).
Tiens tu parles d'expérimenter, Eze, mais justement il n'y a aucune injonction à expérimenter chez Aristote. Le promoteur de l'expérimentation c'est Roger Bacon. Il me semble bien qu'il a eu des problèmes aussi parce qu'il a constaté des erreurs scientifiques chez Aristote et on ne l'a pas cru.
Sans rien devoir à Aristote, il écrit (au 13e siècle hein):
"On peut réaliser pour la navigation des machines sans rameurs, si bien que les plus grands navires sur les rivières ou sur les mers seront mus par un seul homme avec une vitesse plus grande que s'ils avaient un nombreux équipage. On peut également construire des voitures telles que, sans animaux, elles se déplaceront avec une rapidité incroyable. (...) On peut aussi fabriquer des machines volantes telles qu'un homme assis au milieu de la machine fera tourner un moteur actionnant des ailes artificielles qui battront l'air comme un oiseau en vol. (...)
On peut aussi réaliser facilement une machine permettant à un homme d'en attirer à lui un millier d'autres par la violence et contre leurs volontés, et d'attirer d'autres choses de la même manière. On peut encore fabriquer des machines pour se déplacer dans la mer et les cours d'eau, même jusqu'au fond, sans danger. (...) Et l'on peut réaliser de telles choses presque sans limites, par exemple des ponts jetés par-dessus les rivières sans piles ni supports d'aucune sorte, et des mécanismes et des engins inouïs."
Vous voyez, le coup du "nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants", etc. J'ai l'impression que ces clercs se sous-estimaient, qu'ils étaient parfaitement sur la bonne voie du progrès, mais que leur boulimie de connaissances leur a fait voir l'Antiquité avec un peu trop d'admiration, et en reprenant les yeux fermés pas mal d'erreurs anciennes.
Je me souviens aussi d'un témoignage de clerc (dans Le Goff), où il disait en substance "j'en ai marre, aucune idée n'est admise si elle ne vient pas des Grecs ou des Arabes dans cette société".
Bon, le fait de reprendre sans trop trier (sauf pour l'adéquation avec la religion), c'est aussi imputable à leur mentalité et les Antiques n'y peuvent rien, bien sûr.