Une simple nouvelle inspirée par l´ambiance de l´automne et l´hiver qui approche à grands pas.
Je ne puis être plus confus qu´en ce moment.
£njoy (ou pas)
L´hiver
Ces étés à attendre patiemment l´hiver, je n´en ai que de merveilleux souvenirs. L´automne qui approchait lentement, faisant sa place dans les arbres, les dépouillant de leur vie pour ne laisser que la couleur. Moi jouant parmi les feuilles séchées, jaunes, rouges de mille tons affublés. Ces après-midi où je regardais insouciant la pluie derrière la fenêtre, admirant le nombre infini de gouttes qui mouraient contre le sol. Le froid qui s´installait, ma petite nostalgie de l´été sous les bourrasques qui fouettaient mon visage. Les parties de cache-cache sous les cerisiers dénudés, mes amis riant tous en coeur. J´ai plusieurs fois pleuré et ri sans arrêt. Les premiers flocons qui tombaient au début de novembre, mes yeux s´illuminant face au spectacle. L´herbe glacée qui craquait sous mes pieds, l´odeur du canal où les derniers nénuphars prisonniers de la glace fanaient lentement. Je tournais souvent mes yeux vers le ciel pour admirer le ciel grisonnant de nuages parsemés de blanc. Le soleil se faisait rare et capricieux à ce temps de l´année et cela allait de mal en pis. Bientôt, il ne serait plus qu´un simple visiteur occasionnel des cieux qui nous englobent. Un matin, je me réveillais et découvrais la couverture de l´hiver, recouvrant tout espace. Jeune et étourdi, elle n´était pour moi qu´un jeu, une texture que je pouvais façonner à ma guise. Froide et humide, douce et réconfortante, je ne savais l´apprécier comme je sais aujourd´hui le faire.
Les jours passaient, ainsi que les semaines et la saison froide s´installait. Mes après-midi de week-end à façonner des bonshommes de neige, imaginant qu´ils prennent vie et jouent avec moi. Les soirées à construire des fort de glaces, m´y protégeant contre de chimériques menaces. La couleur des arcs-en-ciel se cachant dans la lueur des flocons, leur goût sans saveur que j´aimais déguster. Ces dizaines de carottes que je ne cessais de planter sur le visage des hommes de neige, car elles disparaissaient toutes mystérieusement, je soupçonne encore l´humour de mon père. Je rentrais enfin vers l´heure du repas, déçu de ne pouvoir rester plus longtemps dehors. Toute la veillée, je la passais devant la fenêtre à regarder à l´extérieur, tout était si magnifique à la noirceur tombée. De temps à autre, je croyais voir mes hommes de neige bouger et marcher, parfois parler entre eux, un secret que je conservai précieusement toute mon enfance. Quand maman le voulait bien, nous allions jouer à nouveau sous les lumières apaisantes de la maisonnée. Elle et moi glissions dans la neige et construisions des forts qui seraient vite effondrés sous la force du vent. Tout était si simple et j´étais si naïf, je ne regrette en aucun cas ce temps. Mais, même pour tout l´or du monde je ne voudrais pas le vivre encore, je vois le monde tel qu´il est. Tant de gens le haïssent, affirment qu´il est laid, je le trouve si beau ! Il est empli et fourni de majestés dissimulées, il me suffit de chercher un peu pour les trouver. L´hiver n´en est qu´un aspect parmi tant d´autres, un simple plaisir à aimer.
Ce soir, je regarde à la fenêtre comme au temps de ma jeunesse. L´automne est bien là et prépare le terrain pour la froidure qui viendra bientôt. Les feuilles orangées paraissent à l´orée de ma véranda. Elles brillent dans l´obscurité comme de l´or éphémère offert par la nature. Le vent frisquet fait vaciller les branches du vieil hêtre près de chez moi. Je jette un regard au ciel et vois la lune qui rayonne dans la nuit naissante, les nuages gris l´entourent comme des protecteurs célestes. Je vois la beauté du monde et la chéris comme nul autre. Même les gens dans leur amour et dégoût d´eux-mêmes sont délicieux. Une étoile resplendit fébrilement sous mon oeil hagard, j´attends l´hiver sous sa magnificence et espère que je pourrai encore aimer.
