Je viens de trouver ça sur mon ordi, c´est un très vieux projet de fiction de fantasy avorté comme la plupart de mes projets. 
Je ne sais pas trop ce que ça vaut, je ne pense pas que je le continuerais, mais bon.
Tandis que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière l´énorme masse nuageuse qui cachait l´astre depuis le sol, quelques feuilles orangées se détachèrent d´une branche et entamèrent une lente descente virevoltante. Lorsque la première d´entre elles atteint enfin la terre humide, une roue en bois, large et cintrée de fer, creusa un léger sillon juste à coté d´elle. Cette roue appartenait à un grand carrosse noir qui avançait à toute allure, faisant ballotter autant les rideaux pourpres que les passagers, invisibles derrière les vitres impénétrables. Cependant, l´attelage pourvu de quatre et forts chevaux n´était pas là la seule source d´agitation dans les environs. En effet, et malgré les cris du cocher s´évertuant à faire accélérer les animaux en les claquant de son fouet, on pouvait entendre distinctement les piaillements des corbeaux qui volaient en tous sens, se déplaçant d´arbre en arbre. Et, sur la route, bien avant le carrosse qui s´était déjà éloigné vers une bifurcation, une troupe militaire marchait énergiquement, d´un seul pas. Tous équipés de la même façon : cotte de mailles, tunique, casque et épée d´acier, ils étaient menés par un commandant juché sur un cheval, reconnaissable à sa cape d´un rouge éclatant et au plumeau qui ornait son heaume. Ce dernier conversait d´un air grave avec un autre cavalier, bien plus richement habillé. Son armure noire striée de jaune était brillante, un manteau de cuir au col de fourrure était posé sur ses épaules, maintenu par une chaîne en or aux extrémités représentant des têtes de lions. De larges gants protégeaient ses mains, et il tenait les rennes de sa monture avec une aisance remarquable. Son visage paraissait légèrement fatigué, pas d´une fatigue physique, non, mais d´une provoquée par des troubles récents. Son épée n´était pas correctement rentrée dans son fourreau, et on voyait quelques taches de sang séché sur la lame. Le visage du chevalier ressemblait aux extrémités de la chaîne du manteau, c´est à dire à un lion. Sa crinière de cheveux fauves était conséquente, et ses sourcils broussailleux. Ses yeux avaient un reflet jaune, et étaient pleins d´intelligence et de fierté. Sa silhouette, déjà massive, l´était encore plus du fait de l´armure et du manteau de fourrure, qui semblait prolonger sa crinière.
Les deux cavaliers discutaient tandis qu´ils dirigeait leurs chevaux au pas d´un air nonchalant. Derrière eux, les soldats avançaient, en rangs. Il y avait deux formations d´une quinzaine d´hommes chacune, et leur largeur était de la moitié de la route de terre.
- Quand est-ce arrivé ? demanda le commandant des soldats à son voisin chevelu.
- Je n´en sais rien. Un de mes sujets m´a averti hier. Lorsque j´y suis parvenu, j´ai eu l´impression que c´était très récent...
Sa voix était grave, légèrement rauque mais puissante. Il continua :
- Aucun cadavre n´est en décomposition, et le sang est encore frais. Qui croyez-vous que ça soit, commandant ?
- A vrai dire je ne le sais pas. Il n´y a pas beaucoup de monstres dans les parages, et les dragons sont plus au nord. De toute façon, aucun dragon ne se donnerait la peine de massacrer tout un détachement de l´armée royale...
L´homme-lion se renfrogna et donna le galop à sa monture d´un coup de pied. Le militaire à la cape leva la main pour ordonner à la troupe de s´arrêter et désigna un rocher à une dizaine de mètres. Tandis que les soldats s´y dirigeaient, il entreprit de suivre le chevalier.
Ce dernier s´était arrêté au sommet d´une petite colline surmontée d´un cyprès dénudé. Un énorme nuage grisâtre passa devant le soleil, et une brise froide fit voleter les feuilles mortes tombées de l´arbre. Lorsque le commandant arriva près du cavalier, il eut un mouvement de répulsion en découvrant le sinistre spectacle qui s´offrait à ses yeux. Une vaste plaine était jonchée de cadavres. Son herbe autrefois verte était maintenant totalement rouge sombre par endroits. Les corps s´étendaient à perte de vue. Ils étaient déchiquetés avec une telle rage que certains avaient les entrailles à l´air, et des membres arrachés étaient dispersés un peu partout. Des lances étaient plantées dans le sol, certaines brisées, des centaines de flèches étaient elles aussi piquées dans la
terre. On trouvait çà et là armes, morceaux de chair ou d´armures. Un arbre mort était déraciné, un autre coupé en deux, seulement l´autre moitié se trouvait à une trentaine de mètres de distance de la souche. Des chevaux étaient renversés, éventrés.
Le commandant aurait voulu détacher son regard du macabre spectacle, mais une sorte de fascination morbide l´en empêchait.
- Cela n´a pas pu être une bataille rangée, dit le chevalier à la crinière blonde. Il n´y a aucun cadavre d´ennemi.
Il se retourna et s´éloigna quelque peu, le dos tourné à la scène.
De légers rais de lumière transperçaient les nuages, et éclairaient des visages tordus dans des rictus de douleur. Le militaire se demandait qui avait bien pu perpétrer un tel acte. Et quand bien même, on n´abat pas trois cents hommes de l´armée aussi facilement, et sans même y laisser quoi que ce soit ! Soudain il lui sembla entendre un cri, mais il n´arrivait pas à détourner ses yeux de l´immense ombre qui obscurcissait toute la lande. Il entendit un horrible hurlement strident qui n´avait rien d´humain, et un puissant choc le fit chuter de son cheval. Il roula au sol tandis qu´une douleur lui transperça le corps. Il avait l´impression d´avoir les cotes en feu. Son visage heurta une flaque de boue et son front cogna une pierre. Sa vue se brouilla. Il entendait des cris, des bruits étranges et des coups. De l´acier qui frappait autre chose. Puis il sentit quelque chose lui enserrer l´abdomen. D´abord délicatement puis si fort que son souffle fut coupé. Il peina à ouvrir les paupières et vit la troupe de soldats totalement désorganisée s´enfuir au loin. Il n´y avait aucune trace du chevalier à la crinière de lion.
Tout à coup la chose qui lui enlaçait sévèrement le corps se mit à le tirer, puis à le traîner dans la terre humide. Il essaya de se débattre, il planta ses doigts dans le sol, ses ongles raclaient les graviers et la boue. Il hurla lorsque l´un d´eux se détacha alors qu´il s´était accroché à une pierre. Ensuite il sentit qu´il quittait le sol. La créature qui l´enserrait l´emmenait avec lui dans les airs.
Il criait, ses bras fouettant le vent. L´absence de contact avec le sol était terrifiante. Il ouvrit les yeux. Et les referma aussitôt. Il était extrêmement haut, et il voyait les champs et les bois s´étaler à perte de vue. Soudain la chose le secoua avec une rage folle, le ballotant en tous sens. Ses dents s´entrechoquaient, plusieurs se brisèrent et il se coupa la langue. Tandis que le sang se répandait dans sa bouche, il sentit son casque lui rentrer dans le creux entre le cou et la clavicule. Puis, tant la secousse était forte, l´os de sa jambe se rompit et les muscles s´arrachèrent. Il tomba dans le vide à une vitesse démesurée en s´époumonant à hurler de douleur et se brisa les os en s´écrasant sur un gros rocher.