Ahem, bonjour à tous chers forumeurs et forumeuses. Ceci est mon premier vrai récit. J’espère dors et déjà qu’il vous plaira. Voila n’hésitez pas à critiquez sévèrement.
Enjoy !!
CHANGER LE MONDE
Un soir sans lune, j’ai rêvé d’une histoire… Je n’ai fait que mélanger les couleurs et nuancer les teintes…
J’ai rêvé d’un monde bleu où les gens pleuraient mais les larmes ne perlaient sur leurs joues que parce que la vie était belle…et simple…
J’ai rêvé d’un monde en vert où tous les gens connaissaient le respect de notre univers, et la nature le rendait bien.
J’ai rêvé d’un monde en jaune, plein de soleil, de plages, de rires, de sourires.
J’ai rêvé d’un monde en orange, chaud comme un feu qui brûle et qui s’empare. Parce que, mesdames et messieurs, ce feu s’empare de nous, toujours.
J’ai aussi rêvé d’un monde rose, lorsque l’amour ne laisse place à rien d’autre.
J’ai rêvé d’un monde en rouge, bercé de volonté, d’égalité, de travail, d’unité.
Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai vu le monde tel qu’il était. Il était si différent de mon idéal…Le monde que je rêvais en clair, en vif, en humanité s’était changé en un univers gris, maussade, triste, violet, poussiéreux, noir.
Il y avait bien du rouge çà et là mais ce rouge avait changé. Il avait pris une teinte révolution, devenu rouge massacres, rouge sang, rouge atrocités.
Le monde était violet comme les yeux d’un enfant frappé, violet comme les cernes d’une femme malade.
Le monde était devenu noir comme les mines de charbon et les visages de leurs occupants. Comme l’esclavage, comme la misère.
Alors, j’ai voulu changer la gamme. J’ai voulu changer le monde comme vous tous l’avez déjà fait maintes et maintes fois dans votre tête.
J’ai essayé d’inverser la tendance, de retoucher la toile.
Mais sur cet immense, immense tableau, que pouvais-je faire, moi, petite fille sans pouvoir ?
Ma palette de couleurs ne rivalisait pas avec celle des généraux, des capitales, des cathédrales.
« Pas toute seule », me suis-je dit. « Pas face à eux » !
J’ai donc pris ma belle plume, écrit des invitations et envoyé des missives. Un rassemblement aurait lieu ! Chacun de nous aurait la parole et une petite place pour peindre…Nous, ensemble, aussi petits que nous étions avec nos gouaches, nos aquarelles : Nous pourrions, nous aurions pu…
A quoi bon ?
J’ai reçu des réponses par centaines, j’ai même reçu des dons ; dans les colis : de la peinture, des pinceaux, du papier et parfois même quelques idées…
Mais si peu, presque personne n’est accouru avec sa volonté, son courage, ses bras, ses idéaux et son talent pour retoucher mon monde…
Dans leur réponse, certains disaient :
« J’ai peu de peinture et aucun pinceau, je ne te serais d’une grande aide… »
D’autres :
« Ce soir, tu sais, j’ai un cours mais je viendrai la prochaine fois, je te promet, fait ce que tu crois juste, de toute façon je pense comme toi. »
Et encore d’autres plus explicitement :
« Tu sais, j’ai autre chose à faire que de refaire le monde. »
Après avoir ouvert toute les lettres, décollé les enveloppes, lu chaque paragraphe, j’ai fermé les yeux…
Je voyais les esquisses des foules denses, de bottes qui claquent, de trains qui passent, les esquisses du quotidien.
Je voyais les images déformées par nos gestes et nos jours qui passent. Nos jours qui grisaillent et qui pleurent dans les landes.
Je voyais nos accoutumances, notre désir de stabilité.
Les reflets aveuglants de nos complaisances nous maintenaient sur un fil où nous pouvions à peine tenir debout.
Nos âmes étaient grasses comme les crayons, brouillées comme les mélanges.
Le temps dessinait nos journées, nous en vivions les ombres.
La déception me faisait broyer du noir mais pas seulement du noir. Toutes les gammes y sont passées
J’ai broyé :
Du bleu chef d’Etat,
Du jaune maladie,
Du vert pétrole,
Du rouge sang,
Du blanc sale,
Du violet blessure,
Du rose devenu gris
Du noir, du noir, encore du noir…
Tout y est passé : le clair, le vif, le foncé, le terne…
J’ai laissé mes armes, mes larmes, mes pinceaux, mes intolérances, mes fautes, mes déceptions puis j’ai couru, couru loin, couru vite…
Encore plus vite, encore plus loin…
J’ai couru jusqu’au bout de moi, j’ai couru jusqu’à devenir pâle.
Le dessin de mon rêve était froissé, la peinture avait coulé, s’était mêlée de nuances tristes…
J’ai couru jusqu’au bord du monde, je me suis retournée.
Ne dit-on pas qu’il faut regarder une toile de loin pour l’apprécier ?
Eh, bien, moi, j’ai regardé à distance, j’ai observé le paysage barbouillé. Non, certes, le monde n’était pas noir…
Mais il était du blanc éclatant, loin des mille couleurs.
Il était gris, terne, tristement terne.
Il y avait, c’est vrai, quelques parties baignées de lumière. Parmi elles, ce bon vieux continent, si riche, si coloré et puis, à gauche, cette puissance guerrière dont les armées reluisaient au soleil. Tout ça était lumineux, éclairé… Mais les endroits sombres en paraissaient d’autant plus ternes, d’autant plus douloureux, plus envieux, plus fragiles aussi…
Là, au bord du monde, j’ai vu la réalité.
L’enfant que je suis ne pourra jamais vraiment comprendre pourquoi…
Mais petite fille deviendra grande.
Nous étions tellement, tellement peu à nous déranger, à nous lever, à nous mobiliser, à chercher à essayer !
Si peu à bouleverser notre quotidien, nos petites habitudes, à y croire un peu.
Ceux qui déclinaient mon invitation, pour la plupart, se complaisaient dans une existence plus ou moins lumineuse. Nos couleurs, à vous, à moi, sont vives, claires et paisibles.
Et pourtant…
C’est vrai, à quoi bon foncer sa propre existence ? Parce qu’il est vrai qu’à force de voir du noir, fatalement, on perd de son éclat.
A quoi bon, n’est ce pas, apaiser ou éclairer les destins d’autres, le dessein d’autres ?
Mais, je me demande… Je vous le demande…
Si on mélange un bleu froid avec un jaune vif, n’obtient-on pas un vert éclatant ?
Si on mélange un rouge foncé et du blanc, n’obtient-on pas du rose, du rose tendre ?
Mon rêve est devenu mon utopie, ma perfection ! Les couleurs ne sont jamais vraiment pures, en vérité.
Je referai le monde des millions et des millions de fois dans ma tête et peut-être, une fois, une fois seulement, un petit peu pour de vrai.
Un soir sans lune, sur la même feuille froissée, avec un dégradé de ressentiments et un fusain d’espoir, j’ai changé mon monde mais pas nos habitudes.
Voilà, j’espère avoir des critiques. Merci.