Il était une fois, il y a bien longtemps (mais peut-être était-ce hier, personne ne s´en rappelle plus), une jolie princesse à la voix de rossignol. Elle aimait tout le monde et tout le monde l´aimait. Elle n´avait qu´un regret dans la vie... Elle aurait voulu être une sorcière. L´amour, la gloire, la beauté, c´est cool tout ça mais elle trouvait tout cela tellement ennuyant... Elle allait souvent voir sa vieille tante en secret, celle que la famille avait reniée parce qu´on la soupçonnait d´avoir brûlé un samedi soir de pleine lune le chat du bon roi quand ils n´étaient encore que des enfants, elle lui confiait alors tous ses malheurs et elles buvaient ensembles du jus de chaussettes macérées dans de l´huile d´olive. C´était son seul réconfort.
Un jour qu´elle égorgeait un rouge-gorge sans conviction, la princesse (que nous appellerons désormais de façon totalement arbitraire, Edith), en eut assez. Elle ne pouvait plus continuer à vivre ainsi. Tous ses crimes rituels étaient vains... Elle n´avait aucun pouvoir magique... Il fallait que ça change !
Elle alla voir sa tantine pour lui demander des conseils. Comment pouvait-elle acquérir des pouvoirs ? Comment pouvait-elle devenir une vraie sorcière et non plus une simple princesse de pacotille ? Sa tantine lui répondit qu´elle ne pouvait hélas rien faire pour elle et que de toute façon, elle trouvait ça un peu con de gâcher sur un coup de tête une grande carrière de princesse qui ne faisait que commencer, surtout que le prince charmant d´à côté, le bel Arnold, se languissait pour elle. C´était bien sûr la voix de la raison mais Edith était loin d´être raisonnable (elle était blonde, la pauvre) et elle ne voulut rien entendre. Sa tante, devant tant de stupide obstination, dut se résoudre à l´aider. En effet, Edith menaçait de s´arracher les ongles un par un, jusqu´à ce que Tantine accepte de l´aider (Tantine ne supportait pas la vue du sang). Elle lui conseilla donc d´aller voir un bohémien de ses amis qui, lui, saurait sans doute comment faire.
Elle courut vers le camp où il habitait, son petit coeur (pas mou) battant très fort à l´idée que bientôt peut-être elle serait enfin une sorcière et non plus cette blondasse éthérée et vide qu´elle était. Il faut dire que ses amis la comparaient sans cesse à Paris Hilton. Son arrivée fit sensation au camps de bohémiens. Il faut dire que la famille royale se baladait rarement dans ce coin du royaume : c´était bien trop boueux. Mais la belle princesse tout émue qu´elle était ne remarqua même pas ses souliers crottés et les regards libidineux qui la fixaient. Le bohémien, surpris, la reçut toutefois et écouta avec attention sa requête. Il réfléchit alors quelques secondes avant de lui répondre qu´il pouvait effectivement faire quelque chose pour elle mais que ce serait dangereux, difficile et irréversible... Il lui faudrait beaucoup d´audace et de courage pour réussir. Mais Edith n´écoutait pas. Elle voulait juste devenir une sorcière et se contre-foutait du reste (elle se mettait le doigt dans l´oeil mais nous le verrons plus tard).
Pour devenir une sorcière, il fallait manger une cuisse de poulet. Mais pas n´importe quel poulet. Un poulet avec des dents qu´elle aurait consciencieusement égorgé avec ses ongles (heureusement elle n´en avait arrachés que deux). Toute cette opération devrait se dérouler en moins de cinq minutes, dans une plaine déserte et sous un ciel sans étoile. Le bohémien lui annonça tout cela d´une voix ténébreuse et caverneuse, se disant que de toute façon, ce n´était pas demain la veille qu´elle trouverait ce poulet. Mais la princesse, elle ne s´inquiéta pas outre mesure.
Elle élevait depuis qu´elle était toute jeune un poulet à la dentition parfaite. C´était son compagnon de jeu de toujours, son confident, son meilleur ami. Les poulets dentés étaient souvent hargneux et avaient tendance à mordre mais elle avait su le mater. Elle n´hésita pas une seconde. Elle choisit une plaine déserte appropriée, attendit qu´il y ait, une nuit, assez de nuages pour couvrir toutes les étoiles et emporta son cher poulet lui faisant croire à une simple promenade by night (elle savait être perfide et fourbe quand il le fallait). Et squouish, rapidement, elle égorgea son poulet, celui qu´elle aimait tendrement, sans aucun remords, avec ses peits ongles propres aiguisés pour l´occasion. On entendit alors dans la nuit un cri perçant et terrible, le dernier soupir du Poulet. (On raconte que les nuits sans étoiles, on entend encore quelques fois ce soupir quand on traverse cette sinistre plaine mais peut-être n´est-ce qu´une légende). Edith mangea gouluement la cuisse crue de feu son compagnon et alors qu´elle engloutissait la dernière bouchée, un éclair illumina la plaine et la frappa de plein fouet.
Aïe, dit-elle.
Elle ressentait en effet des picotements très désagréables dans tout son petit corps frêle. Une fois tout ça terminé, elle rentra tranquillement chez elle pour se reposer. Epuisée, elle s´endormit sur le coup.
Ce qu´elle ne savait pas, c´est que le bel Arnold, lassé de se voir repousser par la princesse, s´était malicieusement caché sous son lit pour enfin obtenir, de gré ou de force, les faveurs de sa belle. Il était confiant : son physique herculéen ne pourrait pas la laisser de marbre. D´autant qu´il avait revêtu son plus beau string en cuir et lui avait préparé un petit spectacle olé olé. Il la réveilla donc délicatement et commença son strip-tease sans allumer la lumière, préférant imaginer Edith dans toute sa beauté. Ce petit manège eut l´effet escompté. Il ne s´imaginait pas que sa vierge effarouchée s´était justement transformée cette nuit-là en sorcière lubrique. Sans se poser trop de questions, il se jeta sur sa princesse avec fougue et la défourailla toute la nuit avant de tomber dans le sommeil du juste.
A l´aube, il s´enfuit sans la regarder, bien décidé à la retrouver la nuit suivante.
Edith, de son côté, avait bien kiffé. Encore fatiguée par toutes ces expériences nocturnes, elle décida de rester toute la journée dans sa chambre, découvrant petit à petit ses nouveaux pouvoirs magiques, étranglant quelques petits moineaux qui se posaient sur sa fenêtre pour se sustenter.
La nuit venue, comme prévu, le bel Arnold vint pour la bouillave et encore une fois, il partit à l´aube. Ce petit manège se prolongea pendant un mois, elle restant isolée toute la journée, attendant patiemment la nuit, s´essayant à quelques expériences magiques.
Mais cette nuit-là, le bel Arnold voulut envoyer balader les préceptes bibliques et décida d´allumer la lumière. Quelle déception !! La belle Edith était encore plus laide que sa vieille tante. Sa peau douce et satinée n´était plus que pustules. Ses cheveux flamboyants étaient désormais filasses, sales et pouilleux. Ne pouvant retenir un renvoi de dégoût, le bel Arnold prit la fuite. Et c´est toute décontenancée qu´il laissa Edith.
La nuit suivante, il ne vint pas. Ni celle d´après, ni plus jamais.
Voyant que cela ne servait plus à rien d´espérer, une nuit, elle essaya de le rejoindre chez lui pour essayer de comprendre sa subite disgrâce. Elle courut de par la nuit mais trébucha, se vautrant de façon fort peu gracieuse à côté d´une mare... Et là, éclairée par la lumière de la lune, elle vit son visage qui se reflétait dans l´eau stagnante et elle comprit brusquement. Le choc fut rude mais après tout, c´était une sorcière maintenant. Elle avait plus d´un tour dans son sac. Si elle ne pouvait plus séduire Arnold par son physique, elle le séduirait par la magie. Elle prépara donc sur le champ un filtre d´amour et le fit boire de force à son bel amant.
Peu délicate, elle rata son coup et il succomba dans la minute, étouffé par cette mixture.
C´est alors qu´elle comprit que de nos jours, il n´y avait pas de place dans notre société pour les laides et méchantes. Elle aurait mieux fait d´écouter Tantine. Et en plus, elle n´avait plus son Poulet pour se confier. Lui seul savait la réconforter. Elle se suicida donc en s´empalant sur le clocher d´une église.
Vous allez même pas me croire, c´est pas de moi, c´est de Djulla, (une forumeuse tellement vieille et respectable qu´elle a pas osé le poster elle même), bonne lecture !