Se ronger les ongles, c’est un des maux très répandus sur cette planète. Une vraie drogue. Vous le faites ne serait-ce qu’une fois, regardez cet ongle innocent qui ne demandait qu’à grandir. Un bruit de crachat et la victime finis à la poubelle. Un désastre de plus… Je regarde d’un œil distrait la pièce dans laquelle je me trouve : la cuisine. Les murs carrelés noirs et blancs, le sol en moquette, bleu foncé, comme dans toute la maison. Les quelques objets indispensable à la vie de célibataire. Bref une cuisine normale. Je referme le couvercle. Puis votre regard meurtrier se plante sur le suivant, celui-ci se recourbe de peur. Tout en admirant ce spectacle, je vais dans le salon. J’adore cette salle, pas pour la déco, mais surtout pour ma collection de disque et ma chaine Hi-Fi. Finalement je reviens dans ma méditations sur cette drogue, vous essayez de résister, mais rien à faire, votre tête avance toute seule, votre bouche s’ouvre, vous voulez crier, ou la fermer. Peine perdue, elle avance encore puis se referme en un bruit sec et sourd sur le morceau de corne qui vous servait dans le quotidien. Ce son m’horrifie et j’allume la chaine à fond, faisant déferler la musique de Iron Maiden. Le troisième… Non pas le troisième, je m’en sers tout le temps, le doigt fétiche, plus important que le pouce, sert à tout les moments. Surtout devant les connards qui ne manque pas en ce bas monde. Non, surtout pas, de quoi aurais-je l’air en levant mon majeur rongé devant le premier enfoiré qui se présentera devant moi ? Impossible, et pourtant ma main droite s’actionne, avançant lentement vers sa cible. Je ne contrôle plus mon corps. Je hurle, regarde mon pouce et mon index dévastés. Leurs formes irrégulières, ressemblant au chemin d’un ivrogne sortant d’une soirée, deux centimètres de peau devant. Une mocheté pure. Je ne vais pas laissez mon magnifique ongle se faire ravager, tout de même. Au dernier moment, dans un effort suprême, je dévie la course de mon autre doigt qui détruit le cercle parfait de mon annulaire. Au moment où je me force à regarder ce meurtre, la musique s’arrête, puis reprend. Je pense qu’après ces aventures inoubliables, je changerai mes Cds. Ô mon dieu que c’est moche Carnage, désastre, massacre. Je suis tout de même fier de moi, j’ai réussi à changer sa trajectoire, désolé pour les connards, tant mieux pour moi. Soudain mes yeux envoient un signal à mon cerveau comme quoi ma main s’avance de nouveau, vers l’auriculaire cette fois. Encore une guerre, une bataille, qui va ruiner mes défenses psychologiques. Je n’y mets pas beaucoup de force, préférant garder le reste pour mon deuxième majeur, on ne sait jamais, l’autre main pourrait devenir aussi folle. Un bruit de voiture me sort de mon combat contre moi-même, j’aperçois la voiture, une Clio jaune ! Ma mère, aussitôt je cours dehors, et alors qu’elle commence à ralentir je me met sur le bord de la route et lui fait un doigt d’honneur. Cette folle qui m’a fait sortir de son ventre fonce en dépassant largement le code de la route et m’arrache le bras au passage. Je regarde mon ancien membre qui git par terre, le sang se vide de mon moignon sanglant. La main a gardé la même forme. Malgré une douleur horrible, une tentation monte doucement jusqu’à arriver dans mon cerveau. Mon regard se pose sur mon pied nu, je vois mon pouce qui me nargue, comment ose-t-il, je commence à l’arracher avec ma main restante. Soudain le voisin sort et voyant le massacre court vers moi. Mais soudain voyant que je brandis mon morceau sanglant entre mes dents, il aperçoit le doigt levé en sa direction. Il retourne dans son jardin et revient avec la tronçonneuse. Celle-ci est en marche. J’aperçois les bosquets qui séparent nos deux jardins, celui-ci court et le traverse grâce à son engin infernal. Une voiture passe, mais voyant mon adjacent, elle fonce et tourne au coin de la rue. Je relève mon bras d’un coup sec et l’ongle vient avec, laissant mon gros orteil à vif. Encore un désastre, un massacre, tout ça pour une mère taré et un voisin malade…. Lorsque ma courte séance de psychologie se finit, je m’aperçois qu’il court toujours vers moi, l’engin encore allumé. Je hurle et ferme les yeux, mais je sens le vent qu’il déplace lors de sa course folle passer à côté de moi et je ne ressens aucune douleur, j’entrouvre les yeux et m’aperçoit qu’il fonce sur mes haies et coupe en deux un pauvre oiseau. Un pigeon, pas de grande importance, pourvu que ses frères ne viennent pas chiez sur ma voiture en lui faisant honneur. Puis celui-ci commence à tailler les haies en rectangle parfait, comme le veux la mode. J’avance vers lui et le remercie, il me répond que c’est son passe-temps favoris et me conseille de faire attention avec ma mère. Je retire ma chemise pour en faire un bandage de fortune autour de mon moignon. Je place mon bras dans ma bouche pour le gratifier d’un au revoir chaleureux en lui serrant la main avec mon dernier bras valide. Montrant mes magnifiques abdos et ma pilosité au quartier, le voisin me dit, dans son jardin :
-Beau torse !
En toute réponse je lui fais un sourire et mon bras tombe sur mes pieds, je pousse mon membre défunt et peste contre moi-même. Celui-ci éclate de rire, je suis sûr qu’il avait prévu, le fourbe, l’enflure. Je rentre chez moi et passe une nuit difficile. Le lendemain j’arrivais au bureau. George me salua et me demanda ce qui c’était passé pour mon bras, en voyant mon moignon. Pour toute réponse je brandis mon membre coupé avec le doigt brandis dans un signe obscène.