Bonsoir, une fic de Fantasy, comme on en voit tant. Mais sans orcs, sans trolls, sans elfes ( quoi que ), pas de grand méchant, pas d´anneau indesctructible. Non, de la fantasy peut etre plus réaliste? Paradoxe? surement.
Bon eh bien, voilà une ptite intro, enjoy, ou pas!
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Les Temps de la Décision – Itayan Sud
Première partie
I. Les premiers signes
La vie d’une cité entière affluait à travers une simple et modeste fenêtre. La cacophonie incessante du marché déferlait dans la petite pièce, et égayait le cœur de la femme qui s’y trouvait. Dehors, on en entendait le brouhaha familier; le martèlement des sabots sur les pavés, les cris grossiers des marchands vantant leurs marchandises rutilantes, les braillements joyeux des enfants jouant dans les rues, les vociférations d’un client mécontent. En ouvrant simplement les volets de son salon comme cette femme venait de le faire, une simple corvée de ménage devenait une agréable promenade dans Dolomia. D’où était construite sa chaumière, juste au milieu de l’avenue ouest du Marché, près des magasins des plus importants commerçants, elle pouvait entendre tout ce qui s’y passait, et partager toute l’allégresse qui y régnait. C’était un vrai plaisir pour elle que d’écouter des heures durant les discussions passionnées des habitants sur le bien-vivre de la cité. Quand deux compères s’asseyaient sur un banc voisin pour se reposer de toute cette agitation, et discutaient d’une vie aussi remplie que la ville, elle se surprenait à épier leur conversation. Hier, un nouveau chasseur était arrivé pour ruiner les forgerons voisins ; la salle de duel s’était vue agréée d’un nouvel et infatigable membre ; un lézard échappé de l’enclos des Drum avait dévasté une caravane. Toutes ces nouvelles témoignant de l’activité intarissable de la cité ne cessaient jamais de la mettre de bonne humeur. Elle savait par exemple que juste à gauche de chez elle, entre les murs voraces de deux seigneurs, émergeait le bazar d’un émissaire du Couvent, qui n’avait jamais quitté Dolomia. Et parfois, lorsque la nuit tombait et que les étoiles laissaient poindre leur éclat, on entendait le sifflement de ses artifices. En face, sur le petit balcon d’un riche établissement, surgissait chaque midi un jeune homme d’entre les rideaux, qui s’amusait alors à interpeller les passants en leur disant de ne pas trop traîner devant chez lui, ou ils subiraient son courroux. La femme aimait tout cela. Ses heures passées à rêvasser, le menton sur le manche de son balai, ou une main abandonnée sur un secrétaire, toutes ces heures insignifiantes, étaient pourtant les plus belles de sa vie. Au fil des ans, il lui semblait avoir tout entendu, tout connu, avoir fréquenté tous les restaurants et toutes les tavernes. Car ce n’est pas toujours en visitant les moindres recoins da la cité que l’on peut se dire Dolomian, mais aussi en s’imprégnant de l’animation qui y habite, en sachant reconnaître une rue par la simple claudication d’un vieillard* .
Toutefois, quand ses va-et-vient dans la pièce cossue la faisaient passer devant la fenêtre, elle n’hésitait pas à jeter un coup d’œil au travers. Non seulement pour sentir les chauds rayons du soleil de midi caresser sa nuque, mais aussi pour assister au spectacle plaisant qu’offrait le Marché à cette heure de pointe. Tout à droite, sur la grand-place où s’entrecroisaient le Marché et l’Avenue, tous les regards se levaient vers le ciel. La haute colonne d’argent construite en l’honneur de Namalesda attirait souvent le regard des touristes béats. La figure audacieuse, les bras et le regard tendus vers le ciel, le regard fier, semblait n’aspirer qu’à s’envoler avec eux. Même les guides ne cessaient de s’émerveiller, déclamant sans cesse la splendeur de son architecture ; sa précision, sa structure, sa finesse, que nul n’a jamais su égaler depuis. Et si les badauds ne daignaient pas accorder un regard à ce pilier lézardé, c’est vers un comptoir étincelant qu’ils le tournaient. Une fois leurs pupilles gorgées du soleil embrasant l’Avenue, les Dolomians s’empressaient alors sur le Marché pour dénicher un trésor qui n’appartiendrait qu’à eux. Car il n’était pas un seul Liyan qui ne trouvât son bonheur dans le foisonnement de marchandises que recelait Dolomia. Aussitôt entrés dans l’avenue principale, les regards cherchaient un indice dans la foule, une pancarte, une affiche, une enseigne, quoi que ce soit qui puisse correspondre, de loin ou de près, à ce qu’ils cherchaient. Si c’était une femme qu’ils souhaitaient combler, les murs florissants de la boutique d’un commis de Bois-Cascade pétilleraient dans leurs yeux. Si un vieillard abîmé par le temps voulait réapprécier ses voyages perdus, on le verrait alors flâner devant le comptoir d’un alambiqueur, en train de renifler des parfums étrangers. Quand la femme accoudée voyait un jeune homme pressé zigzaguer entre les bousculades, elle devinait qu’il venait de Sandalo, et apportait avec lui de nouveaux matériaux pour un forgeron mécontent.
Bien entendu, il n’y avait pas là que des paysans, des messagers ou de simples citoyens. La noblesse d’Itayan ou la haute bourgeoisie de Dolomia se mêlait aussi à ce mélange, de même que les chimères et les sorciers. Sur l’avenue pavée resplendissant sous le soleil brûlant, déambulaient des êtres de tous les horizons. On y voyait des aristocrates maîtres de contrées éloignées, se pavanant sur des licornes acquises dans cette même cité. De vieux mages d’Onmo, habituellement reclus dans leurs cavernes en ermitage, surgissaient d’on ne sait où pour se procurer les ingrédients d’on ne sait quelle mixture, pour disparaître comme ils étaient venus. La femme sourit en voyant un imposant marin fendre la foule comme s’il s’agissait d’une mer démontée. Des créatures en cage rôdaient entre les jambes, pour ne pas trop attirer les regards. Mais ces chimères, conçues dans l’ombre de la Cage des Drum, ne choquaient pas, bien au contraire, elles suscitaient même parfois l’envie des bourgeois extravagants. Car ici, tout ce qui était beau, original, attractif ou fascinant, avait sa place. Peu importait ses origines. Et c’est ainsi que ce séduisant mélange continuait son manège, que Dahi connaissait si bien. Elle l’avait vu tant de fois, s’était tant accoudée sur ce cadre, s’était si souvent penchée à travers cette petite embrasure. Pour rien au monde elle ne quitterait un jour ce bonheur.
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- : La rue Amertume, située dans les quartiers Sud de Dolomia et construite en 3700 A.O., où un marin avait un jour déshonoré une femme. Depuis, une croyance populaire voulait que le père de la jeune femme n’ait jamais rejoint l’Au-Delà.
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