Ayato marche dans l’herbe verte, nu pieds.
Le soleil darde sur lui de fins rayons chaleureux, tandis que le vent caresse tendrement ses cheveux.
Il rêvasse.
Depuis que son grand-père lui a raconté cette histoire, il ne peut s’empêcher d’y penser.
Après avoir attrapé un brin d’herbe et l’avoir regardé longuement, il s’étire.
Ses chevilles craquent alors qu’il se relève.
- Ayato, peux-tu aller me chercher de l’eau dans le puit ?
- Bien sûr maman !
C’est donc ainsi que, la mine rieuse, le garçon part en direction du puit.
Le petit sentier de terre battue qui doit l’y mener passe sur le flanc de la montagne, où le vent se rafraîchit et la vallée se dessine.
Cette dernière serpente, se frayant un chemin parmi les pierres et les sapins.
Soudain, il aperçoit une marmotte, qui sort peureusement sa tête de son terrier.
Ses jolis poils bruns, sa petite frimousse et son air alerte font sourire Ayato, qui soudain veut la toucher.
Plusieurs grandes foulées le séparent d’elle. L’herbe danse, il a le vent avec lui, ne pouvant trahir son odeur.
Son pouls s’accélère, la bête se cache.
- Reviens ! hurle le garçon.
Le faucon répond à son cri, déçu de sa proie manquée.
Alors, pour se venger, Ayato jette une pierre, que l’oiseau évite aisément.
Puis il reprend sa route.
Le puit se dessine devant lui.
Un large cercle de pierres, grisonnantes, comme les cheveux de son grand-père.
Il attrape le sceau, relié à la poulie ; vérifie le nœud puis lance le morceau de bois.
Le gros « plouf » émit est amusant à entendre.
Alors le garçon tire sur la poulie pour récupérer l’eau.
Le sceau remonte, lentement
- Ce qu’il est lourd ce sceau !
Le corde craque. Ayato s’inquiète et tire de plus belle.
Puis le sceau retombe au fond du puit et le garçon sur ses fesses.
La corde a lâchée.
Alors la marmotte ressort de son trou et vient le narguer.
Elle étire devant lui ses petites pattes de fourrure et sa bouille si amusante.
Pourtant il ne peut pas rester à la regarder, il doit ramener de l’eau.
« Les puits sont source de magie. Parfois, des fées y résident, ou on y trouve des bagues qui sont magiques.
Les mots de son grand-père résonnaient dans sa tête.
Ce puit qui était si vieux abritait-il une fée ? Et a quoi ressemblaient-elles ?
Ayato se pencha, mais dans l’eau il ne vit que son reflet.
Alors il s’appuya un peu plus, le ventre complètement affalé sur les pierres.
Mais le puit est vieux… et pas bien solide !
Dans un grondement sourd les pierres s’effondrent, et lui avec.
Les « ploufs » ne sont pas drôles cette fois-ci. Ils font mal plutôt.
De longues minutes passent, avant que le garçon ne reprenne ses esprits.
Une grosse bosse orne sa tête mieux qu’une couronne.
Il se trouve chanceux, car après s’être pris une pierre sur le crâne, il ne s’en sort qu’avec une belle grosse bosse.
Il s’assied et regarde.
Aucune issue possible, tout s’est écroulé.
Son épaule craque, il a mal et ne peut plus bouger le bras.
Alors il regarde au dessus de lui, et que voit-il ?
Le ciel, les nuages, une sortie beaucoup trop haute pour lui et…. la marmotte !
Il la reconnaît, elle aussi.
Ayato sourit, mais pas très longtemps.
Le faucon, patient, fond sur la petite bête.
Elle ne peut l’éviter, c’est trop tard, le garçon le sait.
Alors il prend une pierre, celle qui lui est tombée sur la tête, et la lance aussi fort qu’il le peut.
Ses muscles se détendent puis le brûlent.
Dans un cri suraigu le vilain oiseau lâche sa proie tremblante de peur et de froid.
La petite bête retombe, prenant de plus en plus de vitesse.
Il la regarde et tend les bras.
Mais le soleil l’éblouit et le vent le fait pleurer. Ses yeux se ferment quelques instants puis un énorme caillou lui tombe sur la tête.
Pauvre Ayato.
Sauf que ce caillou à une drôle de petite frimousse et de jolis poils bruns.
En fait c’est la marmotte.
Et cette dernière, effrayée, se sauve en courant parmi les pierres.
Elle trébuche sur un anneau, le regarde avec des yeux affolés puis détale de plus belle.
Ayato quand à lui reste étourdi.
Son père est mort, sa mère est aveugle.
Lui il est dans un vieux puit, allongé sur des cailloux, ahuri et sonné.
Personne ne vient jamais dans ce vieux puit, personne n’y vit.
Pourtant il y a une bague…
Celle d’une fée ?