Ce texte est cru. Sans originalité. Bâclé. Sans passion. Sans personnages attachants. Sans style. Sans attrait particulier qui susciterait le moindre intérêt. Ce texte représente des émotions à l’état brut et sauvage. Ce texte est écrit avec le cœur alors que la tête se repose d’une dure journée de travail. Ceci est mon histoire.
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Mois de mai. Six heures du matin…
Je somnolais encore en essayant de sortir de ma mauvaise humeur matinale… « Mais qu’est-ce que je fous à l’école à cette heure-ci… qui sont ces nazes qui me regardent bêtement? Pourquoi j’ai le goût de crever tout à coup? » me demandai-je. Ah, oui… C’était une sortie scolaire. Seize ans que je vivais et j’allais peut-être enfin faire quelque chose d’intéressant à l’intérieur de ce Québec que je ne connaissais que si peu à l’extérieur de la Rive-Sud de Montréal. Les autobus chauffaient bruyamment, me rappelant la destination du voyage : Grosse-Île et Québec. Québec, tout le monde sait ce que c’est, non? Grosse-Île, par-contre, je doute fort que vous sachiez ce que c’est que ce trou perdu. En réalité c’est une île qui accueillait des immigrés (surtout Irlandais) dans les années 1800 lors de la grande Famine d’Irlande. Mais ce texte n’est pas un compte rendu d’Histoire, heureusement pour vous. Ce texte m’aide moi-même à démêler mes sentiments, mes émotions qui ont fait de moi un fou pendant deux jours de temps et qui m’ont sérieusement secoué psychologiquement, jamais comme auparavant. Ces émotions qui rongent, ces émotions qui vous détruisent à petit feu… moi mon feu s’est étendu sur cinq ans… et il dure toujours aujourd’hui. Je ne dirais pas que je suis un malade mais un dépressif passager.
Je montai à l’intérieur de l’autobus et m’écrasai sur mon siège. Bordel… j’étais vraiment pas dans le « mood » pour faire une sortie du genre… Déprimé, brisé… je n’étais plus qu’une loque enfermée dans un ado solitaire et paranoïaque. C’est dur, la vie, des fois… Cette année fut la pire. Prenons par exemple le suicide d’un de mes copains qui s’est pendu… je me rappelle les connes qui pleuraient à tour de bras sans même avoir daigné dire un seul « salut » au pauvre mec qui laissait sa famille dans le deuil. Du début à la fin, j’étais dégoûté de l’hypocrisie des gens. Je me souvenais des funérailles… j’avais écrit avec des copains un texte d’adieu pour la cérémonie… stupide texte qui ne voulait rien dire, mais pas aussi pire que celui de l’organisatrice des funérailles. « Il fonçait dans la vie! » avait-elle dit. Ben oui! Il a pogné un mur, le con! Stupide suicide et stupide frime de ceux qui ne l’avaient jamais connu. La plupart venaient juste d’apprendre que le mec existait. Pendu le 31 décembre, c’était pathétique de se faire appeler un lundi matin pour se faire dire qu’un de tes copains se balance au bout d’une corde lorsque tu buvais du champagne. Et puis, je revoyais les gens… les jeunes qui étaient venu se montrer en spectacle à l’enterrement. Certaines voulaient comme d’habitude faire des relations publiques pour se faire encore plus connaître… d’autres filles pleuraient à chaudes larmes dans les bras, et nous, les mecs… On restait à regarder par-terre en laissant nos mains dans nos poches. Pathétiques, on était pathétiques.
Je revoyais le visage d’une fille que j’avais bien aimé avant… quand j’étais plus jeune. J’avais un faible pour elle… et même un faible plutôt fort, si vous voyez ce que je veux dire. C’était pas mes couilles qui parlaient mais mon cœur. Jusqu’au jour où un de mes amis s’est échappé en disant « ouh là Charles il aime cette fille! » en la pointant… et en nommant son nom. Quel con! Mais quel crétin! J’étais rouge et d’autres cons sont allés courir dans l’école « Charles aime Gabrielle! Charles aime Gabrielle! ». La honte de ma vie. LA honte de ma vie. Que de navrants souvenirs… que d’humiliations accumulées… refoulées et mal digérées. Ça m’a aigri avec le temps. La fille était canon, c’est vrai… mais elle avait quelque chose de plus qui m’obsédait. Belle, intelligente, sportive… et charmante. Oh, bien sûr, j’avais essayé de faire le contact, j’avais même essayé MSN! Cependant, ça a fini avec un « STP Charles laisse moi tranquille suis pas intéressée merci. » Putain! C’était le deuxième plus grande honte de ma vie. Je savais que j’étais le pire dragueur de l’univers, mais de là à se faire jeter par un e-mail… elle aurait pu au moins avoir l’amabilité de me le dire en face! En tout cas, je la revoyais à l’enterrement, plus belle que jamais. J’étais amer, très amer. Elle me dit, elle qui ne m’avait jamais dit un seul mot : « Eh bien… je ne sais pas quoi dire… » J’ai répondu : « Ben dis rien, d’abord… » en retournant aller examiner le cadavre du pendu. J’avais le goût de vômir rienqu’à le voir, mais c’était moins pire de lui parler… N’importe quoi plutôt que d’entretenir un quelconque contact. La nuit avait fini en mangeant des sous-marins Subway avec deux bons amis. Bien que j’étais celui qui parlait le moins, j’étais renfermé sur moi-même depuis trop longtemps. Et puis, il y eut les psychologues bidon qui pensaient qu’ils pourraient me psychanalyser pour « en parler ». Oh ils sont allés se faire foutre, les débiles. Oh oui.
Le son du moteur de l’autobus me réveilla. Philippe, un autre de mes grands amis, était assis à ma droite. J’étais écrasé le nez à la fenêtre, mais je devais penser à autre chose. Philippe, c’était un maigre à lunettes qui pratiquait Taekwondo et jeux vidéos. Plutôt solitaire et stoïque, il fallait bien le connaître pour découvrir sa véritable personnalité. Et je vis Charles-André entrer dans l’autobus. Un autre très grand ami. Cependant, cette journée, je le détestait. Très très doué en mathématiques et en sciences, il était une des personnes les plus intelligentes de l’école. Un intello pur race. Un peu trop, même. Pourquoi je le détestait maintenant? Bien que je n’aie jamais pu l’admettre, je vous confierai que c’était la jalousie. Il s’était fait une petite amie aussi « Je souris! La vie est belle! Je suis joyeux! Joie! Joie! Joie! » que lui, ce qui faisait un couple Mr. Et Mrs. Smile. Ce qui m’étonnait, c’est qu’il ne connaissait vraiment pas grand chose aux filles, voire même encore moins que moi. Et quand on dit que l’amour rend niais, ce fut effectivement son cas. Heureusement pour moi, il s’assit au fond complètement de l’autobus. J’aurais la paix et je n’aurais pas besoin de ses commentaires. J’étais un peu isolé dans cet autobus, mais je pourrais vaquer à mes sombres pensées sans me faire déranger. Je regardai par la fenêtre et soupirai.
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Arrivé au quai qui séparait la rive-sud et Grosse-île (vu que le premier groupe d’élèves visiterait Québec le premier jour alors qu’ils verraient Grosse-île le deuxième jour et mon groupe vice-versa), je remarquai que le fleuve St-Laurent était vraiment fougueux aujourd’hui. Le ciel était couvert de nuages gris et il y avait d’énormes bourrasques de vent. L’air humide du fleuve me redonna étrangement un brin de bonheur. Je ne faisais que commencer à remarquer à quel point j’adorais l’eau. Peut-être avais-je des ancêtres Acadiens ou des ancêtres marins. Peu importe. Je savourais le vent qui fouettait mon visage et les gouttes d’eau me mouiller le visage. J’étais le seul avec Philippe et Julien qui dînaient (repas du midi pour nos amis Français) sur le bord de l’eau. Les autres préféraient se terrer dans les autobus. La beauté sauvage du fleuve, elle existait encore, même aujourd’hui. Finalement, je suis allé sur la plage. Nous nous sommes amusés comme des gamins à courir sur les galets glissants rougeâtres. Nous étions cons, mais qu’est-ce qu’on s’est amusé. Lorsque j’embarquai sur le bateau, j’avais mes souliers trempés, comme la plupart de mon corps. La traversée commença et elle fut géniale. J’étais à l’arrière du bateau et le fleuve était violent. La bateau frappait les vagues qui passaient au-dessus du bateau pour atterrir à l’arrière, où j’étais posté. C’était génial et extrême. Les profs d’Histoire chantaient des chansons de pirates et je m’amusais comme un fou à me faire frapper par les vagues. Je finissais la traversée trempé jusqu’aux os mais satisfait. Ça faisait un bail que je ne m’étais pas autant amusé. Cependant, lorsque les fanatiques des photographies me demandèrent de poser avec mes amis, je refusai avec fermeté. J’étais trop de mauvaise humeur pour coopérer. Je devins haineux. Colérique, agaçant et agacé. Le reste de la visite fut morose, ennuyante. Je gelais sur le petit train qui nous faisait bouger. Charles-André voulait s’asseoir à côté de moi… pour recoller les morceaux? Quelle farce! Je grelottais sur mon banc, complètement trempé avec le froid qui se chargeait d’ajouter à ma souffrance. Dans le train, on entendait deux sons : la voix du guide et mes dents qui claquaient. « Clakaclak! » J’avais un de ces regards glacés qui en disaient long sur ma mauvaise humeur. Je n’avais pas dormi depuis plusieurs jours, j’étais pas rasé et j’avais des cernes en-dessous des yeux comme si j’avais mangé des coups de poing sur la gueule.
Charles-André me dit : « Eh, Charles. Tu gèles, laisse-moi de passer un manteau. »
-Vas te faire foutre…
-Hein?
-T’as compris, va chier.
-Pourquoi t’es d’autant mauvaise humeur?
-Tu veux que je te fasse un dessin?
-C’est à cause de?
-Si t’es trop con pour comprendre tout seul…
-Ce serait pas à cause de ma blon—
-Eh bien c’est pas moi qui te l’expliquerai. Fin de la discussion.
-Mais tu te la gèles, mec…
-Laisse-moi geler en paix.
-Tu vas être malade…
-Je le suis déjà.
-Mais---
-Je t’emmerde, comprends tu? »
Silence. Quelques minutes plus tard…
« -T’as faim? J’ai des jujubes et…
-Pas faim…
-Allez je sais que t’as faim…
-Rien n’à faire…
-Allllez…
-N’a’fout’…
-Allez combien de temps tu vas me faire la tête?
-Aussi longtemps que je le voudrai…
-Ça finira quand ce petit jeu…
-Quand ça finira. Arrête avant que je te foute mon poing dans la gueule…
-T’oserais pas…
-Tu veux tester? »
J’avais gagné. J’étais au bout du rouleau. J’étais vidé, fatigué, en colère. La journée se finit à Québec. J’étais toujours aussi malade et nous logions au campus de l’Université Laval (qui se trouve étrangement à Québec au lieu de se trouver à Laval… mais ça c’est une autre histoire) et j’étais avec Philippe. Heureusement, car j’évitais le plus souvent possible Charles-André. La soirée fut plate… extrêmement plate. Je restai dans mon lit alors que les autres allaient voir des gens dans leur chambre. Charles-André était avec sa petite amie, tant mieux pour lui. Après une heure tout seul, je commençais sérieusement à m’ennuyer. Je sortis en amenant la clé avec moi. Je croisai la porte entrouverte de la chambre de C-A (je l’appelais comme ça quelques fois) et je le vis avec….. devinez qui. Il s’écria : « Hé, mais c’est Charles! Salut! Viens avec nous! J’vais te présenter Émilie! »
-Va te faire foutre, vieux con… » répliquai-je en ne lui accordant pas même un regard. Je l’entendis dire tout bas : « Heu… t’inquiètes pas… il est pas comme ça d’habitude… C’est pas à cause de toi, t’inquiètes. » Oh mais c’était JUSTEMENT à cause d’elle.
Mais qu’est-ce que j’en avait à foutre? C’était la pire déprime que je n’avais jamais eu. J’entendis des rires au-delà des portes et je me rappelai… un peu plus tôt, quand nous revenions de Grosse-île. J’étais dans l’autocar, écrasé dans mon siège. Je déprimais, comme d’habitude. Un autobus au complet était gelé et saoul. J’aurais bien aimé avoir de quoi fumer ou de quoi boire… Pourtant, je ne bois pas et fume encore moins. Putain ce que j’étais un type plate. Ennuyant et morose, s’apitoyant sur son sort… je n’arrivais même plus à finir mes phrases. Philippe s’assit à mes côtés car l’autobus allait partir. « I wish I had a beer… » dis-je tout haut. C-A passa près de moi et je criai : « Je t’emmerde, mon cher! T’EEEEMMERRRRDE! ». J’aurais aimé être saoul pour que ça ait plus d’impact, mais non… je n’étais qu’une moitié de l’ombre de moi-même. Philippe me regarda avec mépris et me dit : « Tu sais, je suis pas con. Je sais que c’est parce qu’il a une blonde et que t’es jaloux à mort que Gabrielle ne t’ait même pas accordé un regard… ». Et merde, ce que je le détestait. Il me connaissait trop bien. C-A était aveuglé par l’amour, mais lui avait toujours l’esprit clair. Il était perspicace… trop.
Je me retrouvai planté devant une télévision à regarder un match de hockey. Je vis passer Gabrielle en pyjama et je réprimai l’envie de faire un fou de moi en lui gueulant une poignée de bêtises. Elle était mignonne en pyjama… Allez Charles fais un effort, penses plus loin que le bout de ton nez! Je retournai mes yeux vers la téloche et continuai de m’emmerder. Finalement, je me couchai dans ma chambre. Je vis un mec couché au beau milieu du couloir… Quel con qui a perdu sa clé! Je souris, bien que c’était plutôt méchant. Bah, il ne pouvait pas me voir, il cuvait sa bière en ronflant. Dire qu’il était encore plus jeune que moi, ce mec. Est-ce moi qui étais en avance et plus mature ou je ne savais pas comment m’amuser? Un peu des deux, je dirais. Je m’endormais tranquillement en faisant jouer la chanson Hysteria du groupe Muse. Les accords dissonants résonnèrent dans ma tête… quelle chanson désespérante… Remplie de désespoir. Un peu comme moi, finalement. Finalement, je ne dormirais pas beaucoup cette nuit… Et effectivement je n’ai pas dormi. J’étais dans le pire état possible. Détruit psychologique et très négligé physiquement… J’étais possédé d’une chimère que j’apprendrais à apprivoiser peu à peu : le désespoir.
J’eus le goût de crier, de crier toute la nuit, de réveiller le bloc et le campus en entier. De crier jusqu’à ce que j’explose de rage. J’eus le goût d’en finir, de tout ça… Rejoindre mon copain pendu? Quelle sinistre farce… J’étais trop fatigué pour en finir, de toute façon… Je ne servais à rien, je n’aboutissait à rien, j’étais un mec pathétique qui se cherchait depuis toujours… Il suffisait que je trouve une seule personne qui puisse m’apporter une chose dont j’ai toujours été privé : la chaleur de l’amour. J’étais seul, desséché par la solitude et je me détériorais… Je regardais des films et je soupirais alors que le héros embrassait la blonde aux yeux bleus avec passion… Tout seul, j’étais et je resterais tout seul. Faire un pas en avant était insupportable, voire même impossible pour moi. Rester éveiller était un supplice à chaque seconde qui passait. Je commençais à divaguer. Mon cœur se serrait de plus en plus. J’avais le goût de pleurer. Phil dormait en ronflant sur le lit d’à côté… Non, je ne devais pas pleurer. Ou plutôt je ne pouvais plus. Une peine tellement profonde que je n’avais même plus la force de brailler sur mon sort… Pathétique, j’étais pathétique.
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Tout le monde a une crise d’adolescence un jour… Tout le monde a une journée de déprime extrême et de question sur soi… cette journée de mai fut la pire…
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Autobio? Errf, en tout cas ça l´sent un peu quand même, faudra j´pense à écrire un truc du genre quand j´vivrai c´te journée. Sinon sur le texte, euh...je ne trouve pas que ce soit le genre à être commenté, alors je dirai juste que c´est bien. ![]()
ha ha ouais en effet. Le simple but de cette expérience était de vômir cette boule d´émotions négatives sur le forum. Ahhhhhhhh, ça soulage! ![]()