Je me suis rendu compte avec etonnement que je possédais un texte non posté sur ce bô forum ^^ Je vous en fais donc part
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Les Manuscrits Oubliés – Le Fugitif
Quelque part, à chaque instant, on ne sait pourquoi, un homme fuit. Il court à travers le temps, foule les cadavres, entraîne les tempêtes, pénètre les ténèbres. Sa course est effrénée, son visage est effrayé. Nul ne sait comment il naquit, nul ne sait pourquoi il le devait. Il naquit dans une campagne, il fuit dans les montagne, et au delà. Mais nul ne sait pourquoi. Sa famille n’existe plus, son esprit ne s’en souvient plus. L’époque ou ses pas étaient tranquilles, il ne la connaît plus. De sa mémoire, il n’a fait que courir, depuis sa naissance. Mais depuis déjà longtemps, ses pas ont couvert sa naissance de poussière. Et pourtant, il court. Chaque pas entame ses souvenirs, mais il veut s’échapper, pour fuir on ne sait quoi. Certains disent que sa fuite l’empêche même de réfléchir, et qu’il court pour suivre son destin, car on lui dit de le faire. Mais lui sait qu’il n’est pas fou. Dans le vent qui souffle à ses cotés, il entend les murmures, il entend les paroles. Mais il n’a plus le temps de les démentir. Il doit fuir.
Un homme tenta de le bloquer, mais son pied se prit sur une marche. Une famille voulut le secourir, mais une allumette craqua sur les rideaux. Un mur fut dressé pour l’arrêter, mais il s’effondra sous une lézarde. Même le tonnerre ne sut comment l’atteindre. Dans sa course l’accompagnait le vent, le portant plus loin vers l’horizon. Et l’aidant à déchaîner sa puissance. Il traversait une ville, cette ville tombait. Il traversait une forêt, cette forêt s’enflammait. Il traversait la mer, les marins se noyaient. Quand ses pas se posaient sur une terre, le péché l’accompagnait. Il ne pouvait faire une promenade sans voir devant lui la nature s’écraser.
Et puis un jour, alors que le zénith accompagnait sa course, l’armait d’un arc-en-ciel, et que le vent s’était tu, sa course devint trot, son trot devint marche, et sa marche devint patience. Il attendit un jour et une nuit sur le chemin, et une ombre vint à sa rencontre. C’était un homme. Il s’adressa à lui en ces mots :
« A présent que tes pas ont cessé, que vas tu faire ?
- Je vais mourir, car je n’ai plus de raison de vivre.
- Ainsi, tu courais pour une raison ?
- Tout homme naît avec une mission. Et à présent je me souviens de la mienne.
- Et quelle était la tienne ? »
Sa voix de basse se transforma en bourdonnement de cloche.
« Ma naissance s’est faite sur un champ de bataille, et l’on me confia dans mon berceau les péchés formulés dans l’esprit de ces hommes tourmentés. La guerre dura des années, elle dura aussi longtemps que je grandis. Lorsque mes jambes eurent suffisamment grandi pour me porter hors de la contrée, je m’en allai vers le monde extérieur. Et la guerre s’arrêta à mon départ. Mais où que j’aille, je semais le trouble, les désastres de la guerre d’antan reprenaient vie avec moi. Alors je dus fuir, fuir jusqu’à ma mort, jusqu’à ce que tous les péchés soient effacés, et qu’auront disparu les significations même de ce mot.
- Je ne comprends pas ce que tu dis. Que sont les péchés ? Que signifient les guerres ? »
Le regard du fugitif étincela. Et, épuisé par les années, il s’écroula sur le chemin. Ainsi commença une nouvelle ère.
