Chapitre 1 : Aux quatre coins de l’univers...
Il se tenait là au bout de la corniche située au sommet du bâtiment. Le vent léger caressait son visage et balayait ses cheveux bleus vers l’arrière. Ils étaient longs et fins, presque divins. Les mains crispées sur la rambarde en marbre gris, les yeux fermés, il appréciait un instant ce doux contact sur sa peau et goûte au silence apaisant.
Il souleva ensuite ses paupières, laissant apparaître ses yeux bleu nuit, aussi profonds que l’océan, un océan de tristesse.
En effet, la nouvelle qu’il avait à annoncer aux personnes se massant sur la place, une cinquantaine de mètres en contrebas, n’était pas des plus des plus réjouissantes. Il est le prince du royaume de Tristen de la planète éponyme et devait annoncer à ses sujets la mort de son père et de leur roi, Desken XII.
Celui-ci n’a apparemment pas supporté la mort de se femme, la reine Aelitia. Lui devrait en plus vivre avec la mort se son père.
Il faut dire que c’est le destin de tous les rois de Tristen que d’avoir un règne marqué pas la tristesse.
En tant qu’héritier du trône, c’était à présent lui qui allait devoir gouverner et il en subissait déjà la malédiction.
Les yeux retenant ses larmes, il se décida à donner la raison de ce rassemblement :
« Comme vous le savez sûrement, mon père, le roi, était souffrant depuis un certain temps. Il nous a quitté la nuit dernière, dans son sommeil. »
Le peuple accueillit la nouvelle dans un silence pesant, ponctué de quelques cris d’horreurs et de pleurs.
« L’oraison funéraire aura lieu d’ici peu. Je vous laisse, je dois me préparer pour la cérémonie du sacre. », poursuit-il.
Sur ces mots, il se baissa en signe de salut, les yeux gorgés de larmes qui coulaient à présent le long de ses joues. Il se retourna vite et se dirige vers l’intérieur du palais royal en laissant éclater sa tristesse et son désarroi.
Son premier ministre l’attendait dans sa chambre royale, le visage grave.
« Il vous faut vous changer votre altesse, ne perdons pas de temps », lui fit-il.
« Je sais, je sais », répondit le futur roi en séchant ses larmes, « laissez-moi quelques instants s’il vous plaît ».
Le premier ministre ainsi que les servants quittèrent la pièce sans un mot, laissant le jeune prince dans ses pensées.
« Pourquoi me quittent-ils tous ? Pourquoi faut-il que cela tombe sur moi », se demandait-il en se prenant la tête dans les mains.
« Moi, roi ? Mais je n‘ai que 17 ans ! ! », reprit-il.
« Il le faut bien tu sais », rétorqua une voix provenant de derrière lui.
Le prince ferma les yeux, il avait reconnu cette voix féminine, réconfortante.
« Ma tante ! ! », laissa-t-il échapper avec un sourire timide.
« Je suis venue dés que j’ai appris la nouvelle ».
« Que vais-je faire maintenant ma tante ? Je suis beaucoup trop jeune pour gouverner, je n’e peux pas assumer une si lourde responsabilité ».
« N’aie aucune crainte, tu es bien entouré et conseillé et je vais rester à tes côtés à présent ».
« Vraiment ? ».
« Ta mère m’en avait fait la demande quand elle était mourante alors je la tiendrai ».
« Mais c’est trop dur ! ! Mon père vient juste de mourir et on veut déjà me nommer roi à sa place. Sa mort ne signifie rien d’autre à leur yeux mais moi j’ai perdu mon seul parent encore en vie…. »
Il baissa la tête au niveaux de ses genoux et la prit dans ses bras.
« Ta peine est grande, je le sais. Laisse-la te guider et devenir ta force, suis-moi et je t’apprendrai à la dominer, c’est ton destin ».
Il releva brusquement la tête et vit sa tante l’air hagard en train de vaciller sur ses jambes. Elle se rattrapa au mur avant de tomber.
« Qu’avez-vous dit ma tante ? Ma peine, la maîtriser et en faire ma force ? Que voulez-vous dire ? », questionna-t-il.
« Je…je ne sais pas, j’ai eu une sorte de vertige puis je ne me souviens plus. Que t’ai-je dit ? , répondit elle étonnée et bafouillant.
« Eh bien vous… »
A ce moment-là, le premier ministre pénétra de nouveau dans la pièce et coupa le futur roi :
« Le temps presse votre altesse, préparez-vous pour la cérémonie du couronnement ».
Il acquiesça et se dirigea vers la penderie royale. Là-bas, tous l’attendaient . On lui fit enfiler une tenue de cérémonie. Celle-ci était bleue ornée de soie blanche, les armoiries de la famille apparaissant au niveau des épaules. On lui fixa à la taille une épée placée dans un fourreau d’or, du côté gauche. Il s’agissait de l’épée du roi, celle qui appartenait auparavant à son père, symbole de son pouvoir souverain.
Il était à présent prêt à être couronné roi, Sorrow I, descendant de Desken XII.
Dans la salle du sacre, une salle de réception immense éclairée par d’énormes chandeliers argentés suspendus au plafond en forme de voûte et ornées de peintures religieuses, deux lignes formées des plus hauts dignitaires du royaume attendaient sa venue. Les discussions allaient bon train mais le silence se fit lorsque les grandes portes en bois vernis décorées de fines gravures d’or s’ouvrirent dans un bruit sourd. Sorrow, suivi de sa tante et de son premier ministre, entra dans la pièce en silence, levant la tête et fixa l’autel des yeux pour ne pas croiser le regard des vassaux avides et jaloux selon lui. Il traversa l’assemblée sur le tapis rouge déroulé pour l’occasion et rejoint l’autel du sacre où l’attendait un homme de religion. Il se mit alors à genoux. L’homme prononça un discours qu’il n’écouta pas et saisit alors la couronne posée sur un coussin bleu. C’était une couronne magnifique mais le plus beau restait cette perle bleu marine fixée au front.
Il la posa alors sur la tête du prince devenu roi par ce geste saint. Au contact de la couronne, une immense tristesse l’envahit mais il se retînt de pleurer, son père lui avait bien expliqué qu’il devrait se montrer fort quand ce moment serait venu.
L’audience salua le nouveau monarque lorsque la lumière s’éteignit, laissant l’obscurité s’emparer de la salle….
¤
Au même moment, à quelques années lumières de là, l’ambiance est toute autre. Un heureux événement est survenu pour la famille impériale et le peuple entier est en fête. La reine Aria vient d’accoucher d’un deuxième enfant, un garçon, et fait ainsi le bonheur de sa fille, la princesse Attica. Le bonheur dans lequel elle a toujours vécu est aujourd’hui à son comble et son visage rayonne de bonheur. Et quel visage ! !
Des cheveux blonds comme les blés en, pleine saison, de profonds yeux gris-vert, un petit nez malicieux et un sourire éclatant qui font d’elle une princesse très courtisée. Il faut dire qu’elle a tout pour elle : des parents aimants et attentionnés, un peuple admiratif et la beauté.
Les gens s’accordent en effet à dire qu’elle est la plus belle princesse de toute la lignée impériale.
Les sages-femmes qui s’affairaient à mettre au monde le petit prince coupent maintenant le cordon ombilical et lavent le bébé. Il doit en effet être montré au peuple qui attend impatiemment sa venue sur la place centrale de Jaya, capitale de l’empire de Jovence. La reine Aria, visiblement épuisée mais heureuse, décide de laisser l’honneur à sa fille de présenter aux sujets leur nouveau prince. Celle-ci exulte :
« Merci maman, c’est tellement gentil ! Vite il me faut des habits de circonstance ! ! ».
A ces mots, Bortha la gouvernante sortit de la pièce en invitant Attica à la suivre :
« Je sais exactement ce qu’il vous faut, prenez votre diadème et rejoignez-moi dans la salle du tailleur ».
Attica rejoignit sa chambre en courant, prit son diadème et repartit aussi vite en direction du lieu où l’avait invitée à se rendre la gouvernante.
Quand elle arriva, Bortha tendait déjà une magnifique robe. Celle-ci était jaune pâle, présentant des dentelles blanches aux poignets, aux épaules ainsi que le long des jambes.
Attica l’enfila promptement et se regardait à présent dans la glace. Le miroir ne pouvait dire mot mais, le cas échéant, il lui aurait sans hésitation avoué qu’elle était la plus belle.
« Le diadème, le diadème vite ! », fit la gouvernante excitée et sous le charme.
Une servante le lui tendit sur un coussin. Elle le prit et le posa lentement sur la tête de la princesse. C’était l’un des plus anciens et des plus beaux bijoux impériaux. Il était composé uniquement d’or massif, une perle jaune soleil étant cependant incrustée sur le haut de celui-ci.
Quand elle le mettait, une immense joie l’envahissait et elle se sentait tout de suite heureuse.
« Votre mère rayonnait de bonheur quand elle le mettait. On dit qu’il apporte joie et bonheur à toutes les princesses de l’empire et cela remonte à sa création », remarqua Bortha.
« Oui, mère me l’a dit étant petite. Elle disait aussi qu’elle avait eu un pincement au cœur lorsqu’elle avait dû me le céder à ma naissance. Mais elle disait qu’elle était heureuse en même temps car elle savait que j’aurai une enfance heureuse grâce à lui ».
La gouvernante sourit puis pressa la princesse :
« Vous devez vous dépêcher à présent mademoiselle, le peuple vous attend ».
« Vous avez raison ! Que l’on m’apporte mon jeune frère, qu’il découvre ses futurs sujets », ordonna-t-elle à ses servantes.
Le bambin lui fut apporté dans un couffin décoré aux couleurs des armoiries impériales.
Aussitôt elle se dirigea, en portant l’enfant dans les bras, vers le premier étage, au balcon plus exactement. Lorsqu’elle apparut à la lumière du jour, la foule présente sur la place l’acclamait :
« Vive la princesse, vive l’empire, vive le nouveau prince ! ! »
Attica leva un bras au ciel et le clame se fit aussitôt. Les cinquante mille personnes présentes attendaient sagement. Elle sourit puis brandit le prince dans une ovation…