Salut à tous 
Nouvelle fic, mais dans un genre un peu...différent de d´habitude. Sous formes de nouvelles, pas d´intrigue concrète (enfin, si, mais au fil des textes je pense que vous saisirez ce que je vous dire^^ ), et formé en majeures parties de phase de pure description, que je m´efforcerai de rendre agreables... Amateurs d´action, passez votre chemin^^
En attendant votre avis, bonne lecture, ou pas.
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I. L´épave
Chroniques du Paradis Perdu – L’épave
Dans la clairière cachée sous la jungle, trône un trésor. Planté dans le sable, élevé sous le soleil. C’est une aiguille de ténèbres jaillissant vers le ciel, prêt à le défier. Il se dresse au milieu de cette terre édénique, surplombant de sa hauteur les arborescences millénaires, les scrutant en silence de son œil de géant. Ses pieds sont enfouis dans les profondeurs, et plantent leurs racines incassables dans la roche ancestrale. Dans la clairière, rien ne bouge. Le sable ne crisse pas, de peur de déranger le sommeil du monstre. Le vent n’ose pas respirer, effrayé à l’idée de voir cette créature inconnue lui retourner sa puissance. Nul être n’a posé ses pattes, ses plumes ou sa bouche sur la clairière. Mais tous les regards, de toutes les créatures de l’Eden, s’y sont posés un jour. Ils ont admiré sa puissance invisible, sa grandeur incompréhensible. Ils ont épié ses formes, s’attendant chaque instant à voir surgir de cette masse colossale une chose nouvelle, exceptionnelle. Mais aussi loin que les souvenirs des ancêtres se portent, et avec eux ceux de leurs aïeux, nul mouvement, nul frisson, nul vie n’a jamais parcouru son enveloppe. Bien des tentatives de s’approcher, et toucher, palper, sentir sous son épiderme cette chose, ont été faites. Mais aucun être de la faune n’en a jamais eu le courage. Au fil des siècles, le roc impossible s’est imprégné d’une aura, une aura divine et sacrée. On ne peut le voir sans éprouver de l’admiration, et on ne peut s’en approcher sans entrer en transe. De fait, il est impossible, pour une créature du Paradis Perdu, de fouler le sol de la clairière, cette première marche vers le divin, vers cette chose qui les dépasse. Quand les pupilles croisent la couleur d’ébène, l’esprit divague, il prend conscience de choses nouvelles, il voit des couleurs qu’il ne comprend pas. La tâche d’encre sur la toile irisée, verte, jaune, rouge, bleue, est un blasphème, mais l’unicité qui la couvre la transforme en cadeau du ciel. Un don qui a été accordé, à eux, à leur civilisation. Elle est incompréhensible, quiconque tente de la comprendre se heurte au mur qui la compose. Mur façonné par une main divine, carapace anormale aux traits durs, réguliers, symétriques, mus par la perfection même.
Quand les périples s’achèvent, les créatures s’approchent, à pas feutrés, avancent dans les ombres des feuillages, et, cachés derrière un tronc, aventurent un regard sur le roc. Ils s’interrogent, tergiversent, cherchent, réfléchissent sur sa nature, ses origines, la raison de sa présence. Mais rien ne leur apparaît, et à la nuit tombée, ils reviennent dans les épaisseurs de la flore, et rejoignent la faune. D’autres restent des jours, des mois, des années, des siècles, si leur corps le permet. Mais ils veulent comprendre, ils veulent avoir la solution, ils veulent saisir entre leurs doigts le mystère. D’autres attendent simplement le courage, cette énergie qui leur permettra d’approcher, et d’effleurer, la matière... À chaque instant, sous ces branchages, ces buissons, errant dans leur ombrage, des yeux inspectent, observent, sondent. Des prunelles azur, rubis, dorées, rôdent dans les ténèbres étendues dans la jungle...
Jusqu’au jour où...
Deux prunelles s’évadent. Et un corps entier. Valsent sur l’herbe. Flottent plusieurs secondes. Et se ruent sur le sable. Font crisser le sol. Marchent sans peur. Font fuir les créatures ensommeillées. Ils sont seuls. L’esclave d’un homme face au symbole d’un dieu. Il avance. Avance. Tremble. Tend. Un bras. Une main. Un doigt. Effleure l’ébène. Touche l’ébène. Plaqua sa paume.
Et prit conscience. Et fit naître une nouvelle histoire. Dans le Paradis Perdu, résonna un bruit. Un son de cloche. Un bourdonnement descendu du ciel. Un éclair de feu tombé des nuages. Le monolithe éclate et se rompt en deux. Et disparaît.
Dans la clairière, trône un cadavre. Ses yeux sont illuminés, et les larmes coulent encore sur ses joues. Mais nul ne l’a encore vu. Avant de sombrer dans la nuit, ses pensées le guident vers un chemin. Les paroles d’une langue qu’il ne comprend pas surgissent en lui.
« La Paradis Perdu s’est réveillé. L’épave a été détectée. Les mesures d’annihilation s’imposent. Failles spirituelles irréparables. »
Et, dans la jungle, dans la faune, dans la flore, faisant tressaillir le Paradis Perdu, s’est réveillée une chimère, du nom de Conscience.