Une ode pour quelqu´un qui me chagrine.
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Les Manuscrits Oubliés – La Demoiselle
« Un royaume ne peut mourir si il n’a pas d’ennemis » m’a-t-on dit un jour. « Il peut décliner, il peut s’effriter, mais il ne mourra pas tant qu’un homme n’a pas lancé ses canons à son encontre » a-t-on même précisé. Bien des esprits seront d’accord avec cet homme, peut-être même tous. Mais ceux qui auront vu le Bal de sa majesté pourront certifier le contraire. C’était un jour ensoleillé, dans la demeure d’un homme qui l’était tout autant. On avait préparé, à l’occasion du mariage du roi, une fantastique fête dont la beauté entrerait dans l’histoire. Tout avait été étudié méticuleusement. Les nobles du royaume avaient amené par l’argent les meilleurs aspirants de tous les domaines que l’art eut connu. Il y avait là des artistes du monde entier : des chanteurs, des danseurs, des acteurs, des jongleurs, des écrivains, des peintres et que sais je encore ! Ce qui est sur, c’est qu’il n’y eut pas un invité qui ne trouvât pas de quoi se divertir en cette soirée. Hommes, femmes, jeunes, vieux, tous les habitants du royaume étaient là. Et tous trouvaient leur compte. On mangeait, on buvait, on festoyait. La journée fut remplie, et le soir le serait encore plus. Et les étoiles apparurent. Et elle aussi.
C’était une parure de rubis sur une femme qui ne s’est jamais vue aussi belle. Le temps dans la salle de bal s’était arrêté, pour offrir à ses invités l’éternité en échange de son visage. Les damnés furent condamnés à passer cette heure à examiner ses traits angéliques, et les femmes durent subir le supplice de voir les maris tomber amoureux d’une autre. Car il ne fut pas un homme qui, à cet instant, n’eut rêvé de danser la nuit avec elle, leurs mains entrelacées pour un ballet qui ne devrait jamais finir. Les secondes ne s’écoulèrent plus, et devinrent des souliers sur lesquels la demoiselle vermeille dansait, et la lumière ne fut plus portée que par sa robe de rubis étincelants. Elle était entrée dans la plus grande modestie, et dansait avec le plus grand talent. Les femmes étaient jalouses, les hommes émerveillés. Ses talons étaient l’instrument du maître violoniste, son rythme était le flot de la cascade en furie. Son regard, un trésor insondable, ne s’arrêtait jamais. Il tournait, tournait, et valsait au rythme de la symphonie. Les hommes tentèrent de l’attraper, mais aussitôt qu’il apparaissait, leurs mains claquaient dans le vide. Les secondes revinrent, et suivirent leur cours. Sans que nulle main ne plonge dans les siennes. Mais sa personne était dans tous les esprits.
Alors, le roi pénétra dans la salle, mais tout son habit n’était plus que camelote. Sa couronne était un accessoire, sa toge était un pagne. Lui même ne méritait plus d’être roi. La suite ne mérite plus d’être narrée ; le roi la vit, et l’invita à danser. Ne pouvant refuser, les mains s’agrippèrent, et les regards tournèrent. Une perle entre les mains d’un homme n’est plus qu’une simple pierre.
Sachez simplement, messieurs les lecteurs, que le roi emmena la demoiselle dans ses appartements, et dans le royaume, le silence se fit. Au petit matin, le roi avait été empoisonné, et sa veuve rinçait la théière. La demoiselle vermeille avait disparu, mais un homme jura que, sur l’astre de l’aube, s’était glissée une tache d’un rouge éclatant, semblable à un cœur écorché.
