Bonjour, je débute une histoire, et comme je sais que vous pouvez sur ce forum être assez critique, je viens vous voir. Si vous avez des remarques, si vous voyez des fautes, je vous invite à me le dire. Merci à ceux qui prendront le temps de lire ce début de texte.
Prologue
- C’est à cause de moi vous savez…
- Qu’est-ce qui est à cause de vous ?
- Tout ça…
- Tout ça quoi ?
- Tout… »
Et voilà, encore un déprimé qui vient me raconter ses problèmes… Enfin je suis là pour ça de toutes façons. C’est bien connu, les barmen sont les psychologues des alcooliques. Et puis tant qu’il me raconte ses conneries, il boit. Ces temps-ci ça fait du bien un peu d’argent qui rentre dans la caisse. C’est pas que le café soit en manque de clients, loin de là, mais j’ai connu certaines périodes difficiles, alors quand je peux faire des économies… En plus ce soir il est désert mon « Radeau de la Méduse », le calme plat, comme si il y avait une finale de coupe du monde et que j’étais le seul couillon à ne pas avoir de télévision dans son bar. Il n’y a que lui, accoudé, son verre de scotch à la main. Et il est déjà dix heures du soir. D’habitude les habitués sont déjà là. Je crois que je ne vais avoir que lui sur toute la soirée.
Il a quelque chose d’étrange ce gars, je saurais pas dire quoi si on me le demandait, mais il a quelque chose d’étrange. Ses yeux peut-être, ils paraissent jaunes, mais c’est sûrement dû aux néons. Non je pourrais pas dire ce que je trouve bizarre chez lui.
- Bon ! Racontez moi « tout », c’est quoi votre problème ? De toutes façons j’ai le temps, y a personne pour le moment.
-Vous pensez vraiment avoir le temps d’entendre tout ça ? »
Il a une voix agréable à entendre, musicale, comme provenant d’un rêve.
- On verra toujours quand vous aurez fini… Mais je vous préviens que je ferme à deux heures.
Je lui remplis son verre vide, et m’en prends un dans la vitrine derrière le bar. Je sens que la nuit sera longue.
- Par où voulez-vous commencer ? Je lui demande
- Je vous demande pardon ?
Je le regarde, sans doute l’air ahuri.
- Forcément, si vous voulez me raconter vos histoires, il faut bien débuter quelque part. À moins que vous ayez une autre solution.
- Le début… mais quel début ? » me demande-t-il en souriant.
- Le début qui vous plait le mieux, celui qui vient le plus tôt j’imagine. » C’est moi qui me met à sourire en cet instant.
- Bon. Je ne vous demande qu’une chose. Même si vous me prenez pour un taré, même si vous avez envie de me jeter dehors, n’en faites rien.
- Allez-y tant que vous voulez, mais à deux heures, vous êtes plus là.
- Eh bien si c’est là la seule condition, il n’y a plus aucun problème… Et puisque vous avez le temps, vous pouvez allumer la radio s’il vous plait ? Mettez les infos s’il vous plait, c’est justement l’heure.
« … Au Proche-Orient un nouvel attentat a fait quarante-deux victimes, seize étaient des enfants de cinq ans qui partaient en excursion. Israël se refuse à tout commentaire, et le Hamas a déjà annoncé que des représailles ne tarderaient pas. En Iraq, un attentat à la voiture piégée a tué deux soldats américains, trois autres ont été blessés…. »
Vous entendez toutes ces guerres ? Tous ces ravages ? Tous ces conflits ? Toutes ces catastrophes dues aux hommes ? N’en avez-vous pas assez parfois ?
Je suis certain que j’ai tapé juste. Il vient me raconter ses conneries. Je souris.
- Eh bien… Qui n’en a jamais eu marre ? Quand une guerre finit après des années, une autre commence. Quand Al-Quaida n’envoie pas des kamikazes, c’est le Front de Libération d’une quelconque minorité qui fait péter un bâtiment important. Ouais, de temps en temps ça me fout un coup au moral. » Il faut que je me reprenne, sans quoi c’est moi qui vais commencer à dire mes conneries… « Mais bon… La vie continue pour ceux qui restent, il faut faire avec…
- Qu’est ce que vous me diriez si je vous disais que je viens d’un… pays où tout cela est inimaginable ? Où il n’y a jamais eu de guerre ? Où les terroristes n’existent pas ? »
Je commence à me demander si je suis pas tombé sur un Amish, ou un autre truc du genre.
- Dites donc voir… Vous essayez pas de me convertir à une religion bizarre là ? Parce que je vous préviens tout de suite, ça marche pas avec moi… Les sectes… Tout le monde marche avec ces temps-ci, Rael, la scientologie, toutes à la mode ! »
Il ouvre la bouche, la referme, abasourdi, puis se met à rire.
- Une secte ? Mais non pas du tout ! À moins que vous puissiez imaginer tout un peuple faisant partie d’une secte ! Une secte… » Il marmonne quelque chose, inintelligible.
- Bon ben j’aime mieux ça, je vous aurais pas viré de toutes façons, vous êtes le seul client… Et vous pensez qu’il existe vraiment votre pays de pacifistes ?
- Il a existé… En quelque sorte, il existe toujours.
- Dites moi… Ca vous arrive, de temps en temps, juste un moment, d’être clair, où je suis obligé de ne rien comprendre à vos histoires ?
- Excusez moi, j’ai toujours eu tendance à un peu trop m’emballer, d’autant plus que je n’ai encore jamais fait ce récit, à qui que ce soit.
Son air devient sombre d’un coup. Plus grave, plus sérieux.
- Et j’ai peur que ce récit ne vous… perturbe, si je vous le raconte tel qu’il s’est réellement passé. Vous êtes un brave homme, je sais que vous m’aiderez plus tard, et je n’ai aucune envie de vous envoyer finir vos jours à l’asile, mais il faut que quelqu’un sache. »
Ses yeux se ferment lorsqu’il prononce ces derniers mots, son visage prenant une forme douloureuse.
- Il faut que quelqu’un sache. Sans quoi je le sais, c’est moi qui finirai à l’asile. Voici comment tout a commencé, puisque vous semblez vouloir un commencement.