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La soif du savoir

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
07 juillet 2006 à 13:41:51

La soif du savoir

– Monsieur Avacus, nous sommes arrivés.
La voix peroxydée de l’androïde féminin me sort de mon sommeil. J’étire mes membres lentement et prenant soin de faire craquer mes articulations. Mes os arthrosés grincent un instant sans faire réagir le robot en face de moi, ce qui est en somme tout à fait normal puisque les machines sont incapables de ressentir la moindre émotion. Malgré ce manque, la machine se permet de me faire un commentaire.
– Plus de sport saurez vous être profitable. Il ne faudrait pas que vous vous abîmiez, mon maître ne serait pas satisfait.
A défaut d’être inhumain ce tas de ferrailles se permet d’être insolent. Les informaticiens pensent révolutionner le monde de la programmation mais ils ne font qu’agacer les gens comme nous.
Bref, ce n’est qu’une machine et il y a des choses plus importantes dans la vie que ce genre de désagrément. Au loin, le paysage défile et je contemple avec lassitude ces grandes étendues. J’ai vu tant de planètes, trop de planètes. L’ironie est qu’à présent que j’ai visité presque tous les climats et quasiment vu tous les paysages que la folie créatrice de l’univers a pu concevoir, rien ne peut m’étonner ni me surprendre. Rien, même pas les volcans que j’aperçois au loin dont les nuages de cendres provoquent des tourbillons d’éclairs qui frappent avec rage les océans de laves et de métaux en fusion qui constellent l’horizon.
Kironis est une planète des plus singulières mais sans pour autant être extraordinaire, elle renferme d’énormes quantité de ressources minières, moi-même je n’ai jamais foulé le pieds d’une planète aussi bien fournie, mais l’atmosphère ionisée, complètement saturée de souffre et de monoxyde de carbone vient toujours à bout des plus éminents terraformateurs. Comme quoi, la science humaine à ses limites. Mais en regardant ce monde chaotique, j’ai la vague impression de reconnaître ce parfum brûlé et calciné … sans doute une autre planète volcanique, il faut dire qu’à force j’en oublie même les premiers mondes sur lesquels je me suis rendu.
– Dites, robot, fais-je en lui tapotant l’épaule bien conscient qu’il ne ressent rien. On arrive bientôt ? C’est pas que je m’ennuie mais mon vol repart dans moins de trois heures.
– Le laboratoire du seigneur Vlaz est au sommet de la prochaine colline, me rétorque la femme artificielle avec autant de chaleur humaine que de sucre dans le sang d’un hypoglycémique.
La machine manœuvre l’aéroglisseur et là je vois. C’est qu’il se prend pas pour n’importe qui le Vlaz. Une colline qui surplombe une vallée nervurée de fleuves d’or liquide. Son laboratoire, ou plutôt son palais vu l’architecture ostentatoire, doit bien être aussi vaste si ce n’est plus grand que le palais de l’empereur sur Cyphéria. En plus ce faquin se croit seigneur, lui, alors que sa famille compte ses membres nobles sur les doigts de la main d’un manchot. Je me demande bien pourquoi il m’a fait venir le vieux bougre. Mais patience ; son chariot volant entre enfin dans son laboratoire et je vais enfin savoir.

– Avacus ! me lance-t-il en tendant ses bras rachitiques. Je suis si ravi que tu aies accepté mon invitation, c’est un honneur que de recevoir un si grand homme entre mes modestes murs.
Je lui serre la main et lui sourit poliment mais franchement, son hypocrisie dégoulinante m’exaspère et je me gausse intérieurement de le voir ce mettre en quatre rien que pour moi.
– Allons allons mon bon ami, déclare-je avec force. Vous savez que mes services se louent au plus offrant et que vous êtes un des meilleurs débiteurs que je connaisse.
– Il est vrai que je débourserais n’importe quelle somme pour disposer ne serait-ce que d’une once du savoir colossal du seul homme à avoir parcouru toutes les planètes de notre vaste et glorieux empire.
Et voilà ! Les gens sont assez stupides pour croire qu’un vie peut suffire à visiter, imaginons rien qu’avec une journée par planète, tous les mondes de la galaxie alors qu’il en existe des millions et qu’il faudrait probablement autant d’années pour tous les connaître. Remarque, heureusement que ces crétins ne le savent pas et continuent à croire à cette énormité comme ça je peux justifier sans mal mes honoraires exorbitants. Et un dernier point, l’empire avec notre souverain corrompu et la guerre qui nous gangrène, franchement, ce n’est véritablement glorieux tout ça.
– Certes, Vlaz, certes.
– Laisse moi t’accueillir comme il se doit.
Oh non ! Il me ressort son vieux spectacle minable avec ses danseuses acrobatiques. Je lui conseillerais bien d’aller voir le cirque de Pondrobis 4 mais l’étoile de la planète s’est transformé il y a peu en trou noir.
– Viens dans mon laboratoire, nous pourrons plus discuter à notre aise, j’en suis certain.
J’avoue que sur ce point, il n’a pas tort. Son laboratoire est autant rempli d’instruments et d’appareils de haute technologie que de canapés, de meubles précieux et de tentures aux motifs affriolants. Je m’assoie dans une chaise en argent et c’est alors que ce vieux dément prend un air fatigué. Et pour parachever son effet il se met à parler d’une voix profonde.
– J’ai découvert quelque chose d’étonnant Avacus, me dit-il gravement en émiettant un biscuit.
Il se tait. J’ai horreur de faire ça mais je sais qu’il n’en dira as davantage si je le pousse et le complait dans sa détresse feinte.
– Qu’as-tu découvert ? m’enquis-je en usant d’un ton tout aussi catastrophé que ce maboul.
– En creusant dans les sous-sols du secteur 56, mes robots sont tombés sur un petit vaisseau, complètement fichu. Sa coque était cependant tellement résistante que l’appareil a coulé dans les torrents de plasma de platine.
Fantastique. On trouve des épaves partout dans l’univers ; j’ai traversé un bon millier de parsec et perdu un temps précieux juste pour assister à cette mise en scène lamentable. J’attends encore un peu cependant, je sais par expérience que les choses ne se terminent jamais sans que l’on ait pris connaissance du dernier chapitre.
– Aucun de mes expert, ni moi d’ailleurs n’est en mesure de savoir à qui a pu appartenir ce vaisseau. Etant donné ton savoir, je pensais que tu aurais une chance de l’identifier car tu sais que je suis curieux.
Curieux, qu’il me laisse rire, il n’a même pas le cran d’avouer qu’en fait il a peur que la Commission seigneuriale apprenne qu’un vaisseau s’est crashé dans son domaine et qu’ils enquêtent dans ses affaires douteuses.
J’ai parcouru tout l’univers pour amasser des connaissances et étoffer le savoir humain, et mon portefeuille au passage, et maintenant les gens ne me sollicitent plus que pour avoir un avis ou des renseignements. Les livres que j’ai écris sont édités presque partout mais il reste encore des fous pour me faire venir alors qu’ils leur suffirait de tourner quelques pages. Mais bon, ces mêmes fous paient bien et après tout, ça me permet de bouger car j’ai horreur d’être statique.

Vlaz me conduit alors dans un recoin de la pièce pour me faire pénétrer dans une salle plus étroite. Au centre, une sorte d’amalgame de métaux et de plastiques en triste état. Un wagon écrasé par une presse hydraulique et broyé par un météore serait en meilleur état que le vaisseau que j’ai sous les yeux. Effectivement, les propulseurs à l’arrière et la sustentation gravitique de la coque prouvent que c’est effectivement un vaisseau.
Le vieux veut parler mais d’un geste de la main je le fais taire. Je connais ce vaisseau. Je l’ai déjà vu. Oui, ce n’est pas la première fois que je le vois, d’ailleurs je sais comment il fonctionne.
– Avacus ?
Je cherche dans mes souvenirs mais je ne trouve pas le moment où j’aurais pu m’en servir. Aussi loin que je remonte, il n’y a rien.
– Dis moi Avacus, tu sais de quel type de vaisseau il s’agit ?
Evidement que je le sais ! Mais comment cela se fait-il ? Je fouille dans mon esprit, j’écarte tous ce que je sais mais mes voyages et mes connaissances m’encombrent la tête. Je revois cette réception avec l’ambassadeur de Rande. Il y a juste après cette rencontre avec le savant qui m’a appris à faire des générateurs à fusion lourde.
– Avacus ! Vous m’entendez ?
Je m’efforce de me concentrer sur mes souvenirs mais à chaque fois ma mémoire me renvoie l’image d’une planète que j’ai visité ou d’une personne avec qui j’ai traité il y a bien longtemps. Des réminiscences obstruent mes pensées, je n’arrive pas à réfléchir clairement à cause de toutes ces choses qui m’assaillent au fur et à mesure que je remonte plus loin dans mes souvenirs. Un voile pâle cache une partie de mes connaissances et je ne parviens pas à le lever où même entrapercevoir ce qu’il y a derrière.
– Avacus ! Réveille toi !
Vlaz me giflent et je me rends compte que je suis en sueur et que je tremble de toute part. Le vaisseau est à côté de moi, ouvert.
– Comment cela se fait que tu aies réussi à l’ouvrir alors que nul n’y ait parvenu jusqu’alors ?
– Je … je l’ignore.
Vlaz a un mouvement de recul. J’ai toujours eu réponse à tout et bien sûr il ne peut pas comprendre que je ne sache pas quelque chose.
– Comment ?
– Il y a quelque chose à l’intérieur, intervient son robot en tirant des objets de l’appareil.
Je m’approche sans accorder un regard à Vlaz et je saisis l’objet. C’est un ordinateur de poche, un triohien vu l’alphabet. C’est une chance qu’il fonctionne et que je connaisse l’alphabet vu que c’est ma langue natale.
– Qu’est-ce que cela signifie ? me demande Vlaz en regardant avidement l’écran.
Je m’apprête à lui lire les données mais je m’en garde bien. C’est un journal de bord, celui d’un certain Orlian Avacus. Mon père.
Je m’isole dans un recoin de la pièce et plus rien ne compte que ce que qui est écrit dans le petit ordinateur. Je fais défiler les pages pour arriver au dernier jour.
« Le générateur aldionique est irréparable et nous sommes à la dérive depuis plusieurs semaines. Nous nous approchons de la planète Kironis et je pense pouvoir m’y poser. Une fois au sol, j’activerai la balise pour que moi et mon fils puissions être secouru ».
A cet instant, un souffle balaye tout ce que je sais et le voile se lève un tout petit peu dans mon crâne embrumé ; je revois alors nettement les images.
Une chute interminable, un choc violent, une air irrespirable et les membres brisés. Je me rappelle avoir erré dans ce monde infernale avant que quelqu’un ne vienne me cherche.

Je me rendis compte qu’après toutes ces années, tous ces voyages et toutes ces rencontres, mon esprit et mes connaissances n’ont cessé de s’enrichir au profit de ma personne et des autres avec qui je partageais ce savoir presque infini, mais ce faisant, mes souvenirs s’en sont retrouvés altérés et mon passé s’est évaporé dans mon esprit comme une idée furtive surgissant dans le crâne d’un enfant lunatique. Je suis un érudit et mon savoir est plus vaste et bien plus hétéroclite que n’importe laquelle des bibliothèques de la galaxie mais tandis que je connais mieux l’univers comme aucun autre humain, je suis un inconnu face à mon monde et ma propre histoire que j’ignore et dont je suis irrémédiablement écarté.
En définitive, le savoir n’apporte pas la gloire, la richesse ni le pouvoir comme le laisse présager toutes les théories et les histoires qui peuplent le cosmos, le savoir ne fait qu’égarer les curieux qui ont le malheureux de trop si intéresser. Ma quête de la connaissance est terminée depuis déjà fort longtemps alors que celle de mon passé ne fait que commencer.

Dylfos
Dylfos
Niveau 5
07 juillet 2006 à 14:02:01

J´ai bien aimé.
Quelques fautes :

"ce monde infernale"
infernal

"qui ont le malheureux de trop si"
qui ont le malheur de trop s´y

Et quelques autres. Sinon, c´est pas mal, et la fin est interessante (pas doué pour les coms détaillés, mais comme c´est bien écrit...)

Unknowledge
Unknowledge
Niveau 7
07 juillet 2006 à 14:10:41

Hum, alors, très bon texte d´un point de vue technique, le style est tres bon et tres fluide, avec pas mal d´humour et c´est agreable a lire. :)

J´ai releve quelques fautes, il ne me semble pas en avoir vu d´autres:

"eN prenant soin de faire"
"de le voir Se mettre en quatre"
"ce n’est véritablement PAS glorieux tout ça." Encore que "vraiment" passe mieux, même.
"je sais qu’il n’en dira Pas davantage "
"Aucun de mes expertS,"
"Vlaz me giflE"
"nul n’y EST parvenu jusqu’alors"

Mais, même si l´idée est bien trouvée, je trouve que le dernier paraf n´est pas dans la continuité de l´histoire. En effet, tout le long du texte, tu marques bien le fait que l´homme soit bourré de connaissances, qu´il connait tout sur tout etc... Au dernier paraf, on a deja compris tout cela. Donc le redire encore une fois mais de façon brute, sans même faire transparaitre les sentiments, gache un peu le tout. La, la conclusion fait beaucoup trop moraliste et ne convient pas, personnellement, au recit.

Mais encore une fois l´idée est bonne, et j´ai aime le texte en revanche :)

KaiM
KaiM
Niveau 11
07 juillet 2006 à 14:24:19

La fin est en effet curieuse, mais on comprends l´idée. Le texte en lui-même est fluide, le héros antipathique à souhait, bref un bon texte.

apoloj
apoloj
Niveau 7
07 juillet 2006 à 14:36:26

J´ai bien aimé.

L´histoire se développe bien et on y rentre facilement et avec beaucoup de plaisir. La marque des bons récits :-)

La fin dénote un peu par rapport au reste du texte, mais la morale est intéressante. Un bon texte, que je conseille :)

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