Opus universi - Millenion
Chapitre un
Dernier jour du Paradis
Le soleil se leva doucement. Les villes et les campagnes s’éclairaient au rythme de l’astre céleste. Sa faible clarté s’éveillait créant des ombres et des formes diverses par des jeux de lumière tandis que les rayons invisibles inondaient le paysage de feu diurne. Le matin débutait et une gracieuse journée d’automne s’annonçait.
Il était presque six heures. Dans une grande métropole, ville tentaculaire et démesurée, à l’intérieur d’un appartement. Lonath Donr dormait toujours, rêvant encore des massifs montagneux et des océans purs de son monde, la planète Lerca. Leur magnifique couleur bleutée se confondait avec celle du ciel depuis les vitres d’un complexe de tourisme d’où il se voyait les contempler. Sa femme était avec lui et, ensemble, ils avaient pour tâche de diriger le centre et de choyer les touristes qui venaient en masse.
Six heures. La montre enroulée autour de son poignet sortit deux pinces qui s’enfoncèrent sans douleur dans la peau nue de sa main. La piqûre libéra un stimulant qui se propagea dans son organisme, le tirant instantanément de son beau rêve. Il se retourna vers sa femme qui dormait encore, son travail ne commençant qu’un peu plus tard. Il la regarda puis l’embrassa sur le front avant de se lever pour accomplir les rituels qu’il accomplissait chaque matin.
Ce rêve était récurrent et traduisait son envie de briser sa vie monotone. Il aurait tellement aimé acheter un hôtel au bord de la mer ou haut dans les montagnes, mais ses finances l’en empêchaient. Au lieu de cela, il était ingénieur au service de l’Etat. C’était un bon travail, au niveau de ses capacités, assez bien payé et relativement intéressant, mais insuffisant pour assouvir son rêve.
Il entra silencieusement dans la salle de bains qui jouxtait la chambre. Le miroir placé devant lui révéla un visage rond, un regard vif et une chevelure brune et épaisse. Si les traits du visage n’étaient pas fatigués par le réveil, on verrait un visage jovial inspirant la confiance.
Une multitude de petits appareils sortirent d’une enclave dans le mur. Ils entreprirent de raser, nettoyer, coiffer et parfumer le jeune homme. Les soins ne prenaient que quelques minutes, lui laissant encore le temps de penser à son rêve. Divers engins s’affairaient autour de son visage plongé dans le souvenir béat de cette nuit dans un luxueux hôtel lui appartenant. Ce serait si bon de quitter enfin cette ville stressante, de voir de nouveaux horizons, de respirer l’air d’autres régions. Il se surprenait même à penser à son rêve caché : quitter la planète et partir à l’aventure de façon à briser son quotidien.
Enfin, tout espoir n’était pas perdu. La Convention allait bientôt sortit une gamme de vaisseau individuel à un prix abordable. L’espace serait prochainement accessible aux classes moyennes. Lonath avait entendu parler d’une date, celle de 30036 selon les scientifiques et le Consortium. Super ! Plus que 38 ans à attendre pensa-t-il en souriant. Il en avait déjà attendu 32, ce n’était donc pas 38 autres années qui l’auraient arrêté. On vivait assez longtemps pour attendre ce que l’on voulait. C’était son rêve, ce à quoi il s’accrochait pour survivre au jour le jour.
Dans le coin supérieur droit du miroir, le réseau d’holovision publique retransmettait un récent débat entre l’empereur Siphéron et le président de Lerca, Sino Farh. Il était encore question de savoir à qui revenait la propriété de la planète : à la Confédération ou à l’empire Hartz. Le problème durait depuis des siècles, même des millénaires. Lonath soupira alors que les soins se terminaient.
Sa femme s’éveilla à cet instant, elle aussi tirée de son sommeil par sa montre. Lonath retourna dans la chambre à coucher et sourit à l’adresse de Lahéa qui s’étirait dans leur lit. Ils étaient mariés depuis près de cinq ans et entre eux, c’était le bonheur parfait.
Elle lui retourna son sourire avant de se lever pour venir l’embrasser.
– Tiens, mais qui est ce bel homme dans ma chambre ? demanda-t-elle en déposant ses lèvres sur la bouche de son mari puis sur sa joue.
– Et qui est cette ravissante femme que j’aperçois, répondit-il avec une voix empreinte de tendresse.
– Tu as la mine d’un protenteur, dit-elle avec ton faussement condescendant. Je prendrai une solution au laboratoire si tu veux. Cela devrait te permettre de dormir convenablement. Qu’est-ce que tu en dis ?
– Non, ça va, je te remercie. Cela ne me dérange pas de dormir moins quand je fais ce genre de rêves. Ils sont si agréables.
– Tu as encore rêvé de voyages spatiaux, n’est-ce pas ? fit-elle avec un sourire. C’était quelle planète cette fois-ci ?
Lonath hocha la tête.
– Un magnifique hôtel près de la mer. Comme toujours ces derniers temps
– Ce sont de beaux rêves, mon chéri. Mais ils demeureront des rêves tant que nous ne pourrons pas nous y installer, dit-elle en se levant.
Lahéa travaillait en tant que chercheuse dans un centre de santé. L’un des avantages de son travail était l’accès à toutes sortes de médicaments. Elle gagnait bien plus que lui. Selon les critères socio-économiques établis par l’Etat, elle pourrait s’installer avant lui dans un de ces complexes, peut-être dès 30020 mais ce n’était pas son rêve à elle. Elle en avait un autre.
– N’oublie pas de demander une augmentation à Condrï aujourd’hui. Si nous voulons avoir un enfant, nous aurons besoin de cet argent. C’est ce dont moi je rêve la nuit.
– J’en rêve aussi, Lahéa et j’irais lui demander dès que j’arriverais au travail. Je dois y aller, chérie, sinon je vais être en retard, ajouta-t-il en jetant un coup d’œil à sa montre.
Un dernier baiser, un dernier geste de la main et il entra dans l’ascenseur en ignorant qu’il ne reverrait jamais sa femme. D’une pression du pouce, il appuya sur le bouton au-dessus duquel était marqué « Trottoir aérien ».
L’appartement de Lonath et de Lahéa se trouvait au 82ème étage et ce n’était pas facile à vivre au quotidien. Les véhicules circulaient à cette hauteur et l’on entendait jour et nuit le trafic dantesque de la ville dans leur appartement, malgré les murs insonorisés.
Peut-être qu’avec cette augmentation, ils pourraient se permettre de déménager dans les étages inférieurs où la circulation était moindre. Le vrai luxe aurait été de se payer un appartement au rez-de-chaussée où les piétons et la circulation étaient quasi-inexistants.
Certains véhicules terrestres empruntaient encore le réseau routier vieux et usé, mais c’étaient surtout les piétons et les gens qui n’avaient pas les moyens de se payer ces machines volantes qui l’utilisaient. Alors que sur d’autres mondes on voyageait depuis des éons par des moyens aériens et même par téléportation, Lerca avait longtemps résistait à la technologie pour tout compte fait s’y adapter progressivement. Ainsi, au fil des années, le nombre de ces machines « roulantes » avait énormément diminué. Seuls ceux capables de prendre en charge l’entretien des ces vieux véhicules tellement peu fiables, c’est-à-dire les riches excentriques ou nostalgiques, continuaient de s’en servir.
Un son discret lui indiqua qu’il était arrivé à destination. Devant lui sillonnaient à travers la ville des trottoirs aériens, tels de grands tubes transparents. Les immeubles s’élevaient hauts dans le ciel dont l’architecture se rapprochait plus du végétal qu’autre chose. Les axes de communication étaient remarquablement bien conçus et la circulation restait toujours fluide, quel que fût l’heure ou l’affluence.
Lonath aimait emprunter ces immenses passerelles, il aimait la vue sur cette ville qui avait tellement changé depuis quelques décennies, surtout depuis que l’agriculture avait été délaissée au profit du tourisme. De mégalopole, il y a quatre siècle siècles, Nethousiam – tel était son nom – était devenue à présent une gigalopole de presque 60 millions d’habitants, la première au monde. La planète n’était pas surpeuplée pour autant : la majeure partie des habitants logeait dans des villes de ce genre, les campagnes et les grands espaces étant réservés aux loisirs. Cela donnait une image assez paradoxale de la planète, alors que de vastes espaces étaient disponibles, la population se concentrait dans des métropoles très limitée et interdite d’expansion. Néanmoins, des avantages découlaient de ce phénomène, les lercaeéns avaient su notamment développer pour eux-mêmes le confort et réguler leur population rendant leur vie plus agréable et harmonieuse.
De part et d’autre des boyaux urbains, de grands panneaux publicitaires s’étalaient, profitant de l’importante affluence des passants pour tenter de leur vendre leurs produits. Des voix s’élevaient, résonnant d’un bout à l’autre de l’immense corridor translucide.
– « Vous êtes à la retraite et vous voulez changez de vie ? Achetez une chambre dans un hôtel Palöeni ! Profitez des magnifiques paysages de la planète Lerca en vous installant loin des villes ! Palöeni, les meilleures vacances de votre vie ! »
– « La Mondiale des Jeux vous informe que le grand prix est un vaisseau Erméus, garanti 50 ans ! Ne laissez pas passez votre chance de voir comment le monde sera en 30100 ! Prochain tirage dans 12 minutes, il vous reste encore le temps de jouer ! »
– « Apprendre du passé est une des clés pour comprendre le futur ! Redécouvrez l’histoire de votre monde et de l’univers ! Des grandes guerres des siècles passés aux problèmes territoriaux, l’apparition de la Convention, ses effets positifs sur les civilisations de la Confédération. Tout est expliqué, décrypté et analysé sur Historia, la chaîne d’holovision privée ! Pour tout abonnement, Historia vous offre deux mois de vacances dans un des luxueux complexes Palöeni ! Historia, le monde dans votre main. »
Lonath ne succomba qu’aux appels de la Mondiale des Jeux. S’il gagnait le vaisseau, il pourrait partir. Il s’approcha d’un guichet et actionna une commande. Un bras robotisé se télescopa et un œil électronique analysa sa rétine. L’argent nécessaire fut automatiquement débité de son compte en banque. Un ticket en papier transparent tomba dans sa main, preuve que son pari était enregistré. Il le rangea soigneusement dans son portefeuille et continua sa route. Il était presque sept heures et il allait être en retard.
Comme chaque matin, de nombreuses personnes s’affairaient autour des agences de voyages estampillées Palöeni.
Lerca était une vaste planète essentiellement recouverte d’eau et possédait de splendides chaînes de montagnes ainsi que de luxuriantes forêts. La planète était de ce fait galactiquement connue pour son climat exceptionnel et ses magnifiques paysages, le tourisme avait donc pris un essor considérable au fil des millénaires. Il arrivait que l’on nommât Lerca : le Paradis, tant les gens appréciaient ce monde.
L’entreprise Palöeni était à l’origine une compagnie agricole qui détenait des terrains de fermes hydroponiques en quantité. Ayant tirée profit de ses possessions, la compagnie avait établi un empire basé sur des voyages et des vacances de rêves. Des vacances à des prix astronomiques tellement élevés que les habitants de la planète n’avaient pas les moyens d’en profiter, ni même d’acheter un terrain tant l’espace était important pour les loisirs.
La population se concentrait alors dans d’énormes cités loin des complexes et du luxe. L’entreprise employait la majorité des gens et toute l’économie de la planète reposait essentiellement sur le tourisme de masse.
Néanmoins, cette prospérité cachait des problèmes d’ordre politique. La planète se situait dans la galaxie Hartz mais était sous la juridiction de la Confédération. De ce fait, les conflits s’avéraient fréquent et la situation ne s’était jamais véritablement améliorée. L’empire menaçait souvent de s’emparer par la force de cette planète mais n’était jamais passé à l’acte car la Confédération, ayant comme alliée la Convention, demeurait bien trop dissuasive. En somme, la situation s’enlisait et les négociations n’apportaient jamais rien de concret.
Lonath arriva à un arrêt de navette. Un lieu dégagé, grouillant de monde, où arrivaient et partaient des appareils lévitant presque toutes les minutes et dans toutes les directions. Les transports en commun étaient bien développés, chose indispensable pour le tourisme, favorisant les échanges.
Lonath travaillait en dehors de la ville et sa navette n’arrivait que dans quelques minutes. N’ayant pas déjeuné, il s’avança vers un marchand ambulant et s’autorisa à prendre quelque chose à manger. Il choisit une pâtisserie et la sortit de son casier. Instantanément un autre capteur électronique scruta son œil sans qu’il s’en aperçût. Ce n’était que le crépuscule mais la chaleur se faisait sentir, heureusement une faible brise soufflait, rafraîchissant les passants.
Une navette, au forme effilées avec une coque entièrement lisse et chromée, se stationna devant le quai. Des personnes sortirent et d’autres rentrèrent à l’intérieur, ceci en l’espace de quelques secondes. Lonath trouva un siège libre et prit place tandis que l’appareil repartait. Le paysage urbain défila à une vitesse fulgurante. Alors que l’appareil sortait des enceintes de la ville, Lonath regarda les informations.
Les images, projetées par écran holographique, donnaient en continu les nouvelles. Le débat avec l’empereur était visiblement terminé car on apercevait un journaliste devant un grand hublot vitré qui donnait sur l’espace. En arrière plan, une multitude d’astronefs campaient dans le vide devant une sorte d’immense anneau métallique.
– «… l’empereur a ainsi mis fin aux négociations en concédant à la planète son statut unique. »
« Bonjour, ici Keno Galar. Je suis en direct de la station orbitale Macrane 8. Il s’est produit ce matin un évènement tout à fait étonnant. A minuit heure Confédérale, toutes les hyperportes, entrantes et sortantes, de la planète se sont verrouillées. Une quantité incalculable de vaisseaux, que vous pouvez voir derrière moi, attendent donc de partir mais la situation semble être totalement figée. Le ministère des transports ne nous a communiqué aucun renseignement à ce sujet et nous n’avons aucune information provenant des systèmes voisins. Il semblerait que les communications soient coupées et que la planète soit complètement isolée. Je profite de ma situation pour vous informer de la météo. »
Le journaliste s’effaça pour montrer la planète vue de l’espace. Les nuages étaient presque inexistants et de gigantesques vaisseaux semblaient être positionnés tout autour de la planète de manière régulière.
– « Une chaude journée vient de commencer, il fera sans doute plus de 30 degré dans le courant de l’après midi. C’est assez exceptionnel pour une fin d’automne mais nos météorologues affirment qu’une vague de froid devrait arriver très prochainement. »
L’image zooma sur un des vaisseaux. Il était imposant avec une énorme sphère au-dessous qui brillait anormalement.
« Une centaine de vaisseaux de ce genre sont positionnés un peu partout autour de la planète. Ils appartiennent vraisemblablement au Consortium du commerce mais nous ignorons ce qu’ils font. Il est possible que … »
Lonath se désintéressa des informations. Il finit son maigre repas et se mit à contempler les grandes plaines vertes qui s’étendaient à perte de vue. Un jour, peut-être, il en aurait profité. Mais pour l’heure il devait se contenter de ce qu’il avait. Il savait qu’il fallait rester humble pour ne pas vivre dans l’illusion, seulement les rêves ont plus de forces que la réalité.
La navette arriva à destination et elle amorçait sa descente. On distinguait en bas, non pas un aménagement touristique, mais des structures et des dômes à l’architecture très hétéroclite. L’Etat finançait la construction d’un centre de recherche : le gouvernement désirait ainsi établir une vaste technopole dans l’espoir, un jour, de voir la Convention implanter un Globe. Hélas les demandes étaient bien plus nombreuses que les offres et les planètes retenues devaient être très puissante économiquement ou déjà posséder un niveau technologique très avancé. Lerca demeurait cependant optimiste et le chantier, qui durait depuis bientôt dix ans, devait s’achever à la fin de la semaine.
Lonath travaillait dans une partie souterraine du complexe, il venait aujourd’hui effectuer les dernières vérifications. Il sortit de la navette et se dirigea vers l’entrée de l’édifice.
Le bâtiment avait des formes arrondies, l’acier et le verre étant les matériaux qui prédominaient avec l’art au service de la science. Lerca n’avait pas une culture artistique très riche mais le gouvernement avait manifestement fait un gros effort pour rendre le bâtiment le plus esthétique possible. Plusieurs ailes se prolongeaient en suivant des lignes géométriques qui rendaient le tout un ensemble cohérent, pas nécessairement gigantesque mais avec une décoration et des structures apparentes très soignées. Il fallait beaucoup impressionner les Protenteurs pour qu’ils vinssent s’installer. Lonath trouvait ça plus ridicule qu’extraordinaire. Après tout, ses goûts en art avaient toujours était très limité, ou peut être était-il blasé à force de venir ici presque chaque jour.
Il profita un dernier moment de la lueur du soleil avant de passer sa journée sous terre. L’astre lui paraissait plus gros dans le ciel, il n’en pris pas note et s’avança dans le bâtiment. Un capteur identifia le jeune homme en scannant son œil. Une porte vitrée s’ouvrit instantanément devant lui puis se referma juste après le passage de Lonath. Les dimensions de l’agora étaient telles qu’on eut dit qu’il n’avait pas était conçu à l’échelle exacte. Les arcades, les portes, les escaliers : tout était complètement démesuré, encore un exemple d’ostentation. Des ouvriers, des techniciens et des architectes déambulaient un peu partout, chacun ayant une tâche bien précise à exécuter.
En se dirigeant vers les ascenseurs, Lonath reconnu un de ses collègues, Burido. Il alla à sa rencontre et le salua. Ils pénétrèrent dans une cabine et son ami pressa un bouton. Alors que la machine descendait Burido engagea la conversation.
– On sera plus au frais qu’en haut, dit-il en essuyant de la sueur qui perlait sur son front. J’ai l’impression que je vais fondre, je n’ai jamais vu un automne aussi chaud.
– La météo dit que ça va passer, répliqua Lonath. Moi, tout ce que j’espère, c’est ça ne vas pas empêcher Condrï de m’augmenter.
– Mais bien sur que tu vas l’avoir ton augmentation, répondit Burido avec un ton jovial. Tu travailles ici plus que quiconque, et c’est bien grâce à toi que nous avons fini la construction du cyclotron en avance. En plus Condrï et toi vous êtes amis, ne t´inquiètes pas pour si peu.
– Ce n’est pas si peu, rétorqua Lonath avec hésitation. Lahéa voudrait bien avoir un enfant … mais il y a pas mal de frais donc il nous faudrait plus d’argent.
– Je vois, dit Burido songeur. Le truc c’est qu’il faut que tu te dises que tu as déjà ton augmentation, ainsi quand tu vas la demander tu seras moins angoissé.
Lonath se contenta de répondre en souriant, il savait que son ami avait raison. Malgré cela il ne pouvait s’empêcher d’avoir de l’appréhension.
L´ascenseur descendit plusieurs niveaux avant d´arriver à destination. Après une légère secousse, les deux portes s´ouvrirent et Lonath, son ami, ainsi que d’autres employés se pressèrent à l´extérieur de la cabine.
Un long couloir d´acier et de béton se profilait devant lui, éclairé par deux rangées de plasmanéons astucieusement fixés au plafond. Burido salua Lonath et emprunta une autre galerie. De son côté, Lonath pénétra dans un local où il prit les outils nécessaires à son travail, et il consulta les tâches qu´il aurait à remplir durant sa journée sur un écran prévu à cet effet. Aujourd´hui, il devait terminer les vérifications du cyclotron. Beaucoup d´ouvriers étaient déjà dans le couloir, et Lonath se dirigea vers un ascenseur placé en retrait.
Un oeil électronique analysa la rétine ce qui provoqua le repli d´une lourde porte métallique pour laisser place à une minuscule cabine. Lonath pressa un des boutons posés sur le mur, et il plongea dans les entrailles de l´édifice. La descente fut d’une plus longue durée car le niveau où il travaillait ce jour-là était à une plus importante profondeur que le reste des installations.
Une nouvelle fois, parvenu au fond du bâtiment, la machine s´arrêta, et la porte coulissa. Lonath sortit et pénétra dans un hall étroit. Apparemment les efforts de décoration avaient été inexistants dans cette section car les murs étaient en béton brut et il y avait de grosses poutres métalliques apparentes, le tout étant mal éclairé. Lonath s’assit dans un wagonnet : il n’y avait pas de salle, seulement une longue coursive desservie par un monorail. Les installations s’avéraient tellement vaste qu’il avait été nécessaire de mettre en place diverses infrastructures pour faciliter le transport. Lonath activa le moteur et l’appareil fila dans les coulisses souterraines du complexe.
Après un court trajet, il parvint à une grande salle, bas de plafond, où s’étendaient de multiples écrans de surveillance et autres moniteurs informant de l’avancée des travaux. Partout, du matériel et des outils occupaient beaucoup d’espaces et l’on pouvait entendre le bruit d’énormes machines qui travaillaient.
Au loin, un petit homme à la cinquantaine bien frappée avec une calvitie précoce, marcha vers lui après l’avoir repéré. Lonath reconnut Spinoji Condrï, le contremaître, et le rejoignit, bien décidé à obtenir cette augmentation qui lui permettrait d´assouvir le rêve de maternité de sa femme.
– Tu es en retard Lonath, dit son patron en souriant. Je viens de perdre un pari à cause de toi.
Derrière, ses collègues étaient en train de compter leur gain. Sans doute avaient-ils misés avec Condrï sur la ponctualité de Lonath. Cet incident l’inquiéta légèrement et il se demanda si cela était une bonne chose de d’aborder le sujet de sa rémunération. Mais connaissant la sympathie du contremaître son hésitation ne dura pas.
– Bonjour Spinoji, lança Lonath sur un ton le plus chaleureux possible. Désolé pour ton pari. J´ai une requête. Je ne sais si c’est pas le bon moment pour en parler mais je dois avoir une réponse assez rapidement.
Condrï le prit à l’écart et consentit à l’écouter.
– Eh bien voilà, débuta-t-il en bredouillant imperceptiblement. Avec Lahéa nous désirons avoir un enfant, et pour cela, il faudrait que j’ai une …
– Accordée ! coupa Spinoji en sachant ce que souhaitait sont ami. Cependant nous nous occuperons de ça plus tard. Pour le moment, il nous reste des bricoles à contrôler. Viens avec moi, nous aurons tout le temps d’aborder ce sujet ce soir.
– Je te remercie Spinoji, répondit Lonath. Et encore désolé pour ton pari.
– Ce n’est rien.
Il se rapprocha de Lonath et lui murmura subtilement.
– Tu n’es pas sensé le savoir mais nous avons aussi pariés avec les autres que tu ne tiendrais pas le programme aujourd’hui vu tout ce que nous avons à faire. Si tu pouvais tout finir dans les temps … je pourrais regagner la mise que je viens de perdre.
Lonath se sentit légèrement gêné mais accepta. Après tout il était bien obligé puisque c’était son travail.
Il échangea quelques poignées de mains avec ses collègues avant de s’aventurer dans un local tout proche. Il entra un code d’identification sur un clavier mural et une succession de portes d’acier coulissèrent dans le mur pour laisser apparaître plusieurs robots. C’étaient de grosses machines avec un assortiment hétéroclite d’outils et de mécaniques rendant ces êtres de métal extrêmement précis et dotés d’une multitude de fonctions. Les robots étaient indispensables au travail de Lonath puisqu’ils pouvaient accomplir et réaliser beaucoup plus de choses qu’un humain et ce, sans erreur et dans un délai très court.
Seulement aujourd’hui Lonath n’avait qu’à se rendre au cyclotron afin de vérifier si les accélérateurs de particules étaient correctement ancrés dans la structure. Il s’approcha d’un robot plus petit que les autres qu’il s’anima en pressant un bouton de la télécommande qui les contrôlait. C’était un androïde à résonance magnétique conçu pour analyser les moindres soudures et autres jonctions de manière à assurer à Lonath la qualité des travaux. Le robot émit un léger bruit en même temps et des voyants lumineux s’enclenchèrent. Lonath brancha alors son ordinateur de poche dans un petit orifice de la machine pour lui insérer le programme de la journée. Le transfert effectué, Lonath et le robot sortirent du local pour se diriger vers un autre ascenseur.
L’appareil tenait plus du monte-charge que de l’ascenseur car il ne se composait que d’une simple plateforme qui descendait profondément sous terre. Lonath n’appréciait pas cette partie de voyage car bien que l’engin fût d’une solidité indéniable, il ne pouvait s’empêcher d’avoir un ressenti en sachant que sous ses pieds se tenait un vide d’une hauteur de plusieurs centaines de mètres. En effet, le cyclotron était une installation qui demandait tellement d’espace qu’il ne fût pas possible d’en construire un à la surface car il fallait maximiser la faible superficie qui aménagée pour le complexe. Le cyclotron se trouvait donc à une profondeur d’un peu plus de deux kilomètres, les ingénieurs ayant jugés que la stabilité du sous-sol n’en saurait être que meilleur.
Le monte-charge termina sa descente et Lonath emprunta un wagon similaire à celui des niveaux supérieurs, naturellement accompagné du robot. Le monorail longeait le cyclotron et Lonath put apercevoir à travers les parois vitrées l’énorme machine.
Le cyclotron était un anneau d’un diamètre qui se comptait en dizaines si ce n’était en centaines de kilomètres, permettant d’accélérer des particules à des vitesses inimaginables. L’étude du comportement de la matière était essentielle pour toute recherches qui se respectent, notamment quand on voulait qu’un protenteur s’installe. L’anneau en lui-même avait une largeur d’une cinquantaine de mètres avec une machinerie complexe de magnétisation et de différents circuits qui devaient assurer l’intégrité de la structure et le bon fonctionnement du cyclotron dans son ensemble.
Tandis que le wagon fusait à une toute allure, Lonath se remémora le jour où le gouvernement avait annoncé le coût de toutes ces installations qui était tout bonnement astronomique. Lerca s’était endettée auprès de la Banque Confédéral du Consortium car ses ressources ne lui permettaient pas de financer un tel projet. Ce dernier était un risque énorme puisque si la Convention ne s’intéressait pas à la planète, l’Etat serait en ruine et les installations n’auraient alors d’utiles que leur vaniteuse esthétique. Lonath connaissait parfaitement bien tous ses enjeux et c’est pourquoi il s’investissait autant qu’il pouvait dans son travail tout comme ses collègues afin que le complexe soit une flambante réussite.
Le wagon amorça une douce décélération pour s’arrêter tranquillement devant un quai de béton et d’acier. Il s’étendait devant l’ingénieur et le robot des machines titanesques couplées à de puissants ordinateurs qui géreraient plus tard le comportement des particules dans l’anneau. De larges tuyaux et un enchevêtrement improbable couvraient la structure telle les lianes d’une cité antique. Tout profane aurait été subjugué devant ces appareils qui vrombissaient silencieusement. Mais Lonath venait presque tout les jours depuis plusieurs années et tout ce qu’il ressentait de cet endroit était son oppressante architecture faite de béton, de poutrelles d’acier et parois de verres, le tout illuminé par la lueur blafarde des lampes à plasmanéons. Il sera bien le jour je travaillerai à la surface devant des océans d’azur et d’embruns songea Lonath en empruntant une coursive.
Il descendit dans les fondations même du cyclotron avec le robot pour aller vérifier si l’implantation des accélérateurs de particules avait correctement été faite par les ouvriers la semaine dernières. Lonath déboucha ainsi dans une sorte de grotte à l’aspect géométrique où l’on apercevait l’anneau géant mais à la différence près qu’un disque l’encerclait : c’était un des accélérateurs. Lonath jeta un coup d’œil expert à la machine qui était aussi haute d’une colline mais bien qu’en apparence il n’y avait rien à redire, il savait par expérience que s’il y avait un quelconque problème, ce n’était sûrement pas un simple coup d’œil qui pouvait le déceler.
Il empoigna son ordinateur de poche et s’apprêta à lancer le programme d’analyse dans un bruit sourd se fit entendre. Plus qu’un bruit, c’est une vibration lancinante et insidieuse qui semblait provenir des entrailles mêmes de la planète. Lonath s’arrêta net croyant à un séisme mais il se ressaisit bien vite en se souvenant que le lieu d’implantation du complexe présentait une activité géologique quasiment nulle. Cependant, cette vibration de le laissa pas indifférent ; ce n’était pas normal. Il s’assit à un panneau de commande qui se situait non loin et entreprit de contacter Condrï. Sans doute était-ce l’explosion pour creuser une autre galerie souterraine pensa Lonath en faisant courir ses doigts sur le clavier.
Mais alors qu’il s’attendait à voir sur le moniteur le hall où travaillait le contremaître, l’écran n’émettait qu’un grésillement sans montre la moindre image.
– Ici Lonath Donr, fit-il dans le microphone, est-ce qu’il y a quelqu’un ?
Il patienta quelques minutes avant qu’une faible voix intervienne. Seulement le grésillement et les interférences ne permettaient pas d’entendre distinctement.
– Cchhrrrrsion, c’est ccctrocech vite … hhgorggrrf nous dev … marchffrrgcgh.
Lonath ne comprenait rien. Il en conclut que les explosions avaient dû dérégler les systèmes de communication. Il éteignit le panneau de commandes et exécuta le programme d’analyse que le robot s’empressa d’accomplir.
La machine déploya ses appareils internes et commença son analyse en scrutant l’accélérateur de particules quand le bruit réapparut. Mais cette fois-ci, il était mois diffue, plus violent et la vibration qui l’accompagnait avait plus d’intensité car Lonath sentit le sol vibrer sous ses pieds. La lumière du plasmanéon se mit à vaciller faiblement durant une dizaine de secondes avant de s’étendre, plongeant Lonath dans les ténèbres les plus complets. Un silence parfait s’instaura, et seul le cliquetis du robot parcourant l’accélérateur le brisait.
Lonath commença à s’inquiéter en voyant que le courant venait d’être coupé, cela signifiait que les générateurs placés à la surface avaient dû subir des dommages. Les bruits n’étaient pas des explosions, et la vibration qu’il avait ressentie semblait davantage provenir de la surface plus que du sous-sol. Il alluma une lampe torche pour regarder brièvement autour de lui.
Il y avait toujours le robot qui s’affairaient et le matériel laissés par les ouvriers. Lonath voulut se diriger vers le centre électrique du cyclotron dans l’espoir d’enclencher le générateur auxiliaire mais un troisième bruit le surpris. Ce dernier était d’une puissante ahurissante et la vibration, plutôt l’onde de choc qui s’en suivit fut phénoménale. Lonath se plaqua les mains sur les oreilles tant c’était assourdissant et il perdit l’équilibre pour chuter à cause du sol qui se convulsait avec force.
Cette fois-ci les vibrations ne cessèrent pas. Bien au contraire puisqu’elle s’amplifièrent rapidement. Lonath tenta de se réfugier sous un caisson pour se protéger des morceaux de bétons qui se détachaient du plafond pour tomber en se fracassant au sol. Il dirigea le faisceau de sa lampe sur le cyclotron pour constater avec effroi que l’anneau de métal se tordait avec une facilité déconcertante. Une explosion survint au niveau des accélérateurs ; c’était les électroaimants qui se détruisaient d’eux-même par la violence du choc. Les flammes commencèrent à dévorer les machines et l’électronique en même temps que les secousses qui n’en finissait pas de d’abattre les énormes murs de béton.
Lonath aperçut des arcs électriques provoqués par les flammes et les aimants surpuissants qui vinrent frapper l’anneau géant. Le choc l’acheva en démolissant presque toute la structure. Des explosions éclatèrent par réaction en chaîne dans toutes les installations ; le cyclotron tout entier était en train de se désagréger.
Lonath était figé par la panique. L’unique entrée était obstruée par un tronçon d’acier et d’énormes plaques de béton tombaient du plafond tandis que les flammes dévastaient avec rage la salle. Il se dit que le caisson d’acier ne résisterait pas à la chute qu’un autre bloc et décida de s’abriter sous une poutrelle d’acier.
Lonath évita de peu un arc électrique qui se balayait la salle grâce à un réflexe salvateur. Il se couvrit la tête avec un morceau de tôle, hélas bien insuffisant. Les derniers restes de l’anneau se détachèrent pour se précipiter dans le braisier. Toute la salle trembla et les murs s’effondrèrent en fragments épars comme s’il eut était fait de carton.
Une violente explosion projeta Lonath à terre, inconscient.
Bon, j´ai lu, évidemment.
Après tout ce que j´avais fait, je pouvais pas laisser passer cette occasion^^. Bon, alors le com´ :
-De manière globale c´est excellent, le style est très fluide et agréable, les fautes ne sont dans l´ensemble plus qu´un très mauvais souvenir. ![]()
-Quelques répétitions parfois, dans l´ensemble pas gênantes, je n´ai repéré que celle de "visage" au tout début qui elle, est lourde.
-Faudrait voir à mettre quelques explications sur le Consortium et tout ça, ma mémoire est floue et ne parlons même pas de ceux qui n´ont pas lu le prologue^^.
Euh voilà, vivement la suite quoi. ![]()
La suite devrait venir bientôt (elle est en préparation. ![]()
Héhé, j´ai lu le premier post, et c´est parfait, je dois le dire. Juste!
"Lerca avait longtemps résistait à la technologie" résisté
Je lirai la suite demain sans doute, j´attends une suite histoire d´avoir de la lecture ![]()
Chapitre deux
Anciens amis
Boum !
Une gigantesque explosion se déchaîna. Une lumière aveuglante surgit de l’horizon telle l’aube mais d’une intensité bien plus forte et plus vive que celle du soleil. Le sol trembla de toute part et l’air s’embrasa.
Une onde de choc scinda le ciel, accompagnée d’un torrent de flammes et d’une incalculable quantité de débris rocheux propulsés par une force incroyable. La déflagration dévasta tout le paysage avec une rapidité et une efficacité redoutable. S’en suivit également un vacarme strident, assourdissant, qui résonna si fort que son écho se propagerait sur toute la planète.
Cette onde traversa de nombreuses étendues de roches, de sables et de montagnes avant d’aller se fracasser sur un cube de verre pour ensuite commencer à se dissiper progressivement dans le vide. Le sol cessa de trembler tandis qu’une pluie de rocs débuta. Les rochers tombaient violemment au sol, avec un bruit sourd, se brisant en plusieurs morceaux.
Des blocs de pierre de plusieurs dizaines de tonnes avaient chuté sur le cube mais ni l’onde de choc ni les flammes ne l’avaient abîmé d’une quelconque façon. Des parois transparentes faites d’un matériau étonnement résistant composaient les parois de cette structure qui brillait au milieu d’un désert aride. Située à des centaines de kilomètres de l’hypocentre, la construction culminait au sommet d’une colline peu élevée, celle-ci surplombait à présent un paysage ravagé, calciné, dévasté sur tout le champ visible.
A l’intérieur du cube se tenaient deux hommes, postés devant une étrange machine dotée d’une plaque de verre pour écran sur lequel diverses données s’affichèrent. L’un des deux individus possédait un physique commun sans réelle singularité de musculature ou d’esthétique hormis une petite taille largement compensée par des épaules proprement découpées. Son visage rond inspirait la sympathie de part ses traits fins et un sourire qui fendait la figure presque en permanence. Ses yeux verts témoignaient d’une profondeur d’âme et d’une sincérité envoûtante et la manière qu’il avait de se mouvoir calmement en usant habilement de ses membres lui conférait une certaine intelligence. Il se pencha et observa attentivement l’écran pour annoncer d’une voix sans grain :
– La cible a été détruite.
Le second homme dégageait bien plus de prestance que le premier. En dépit de sa silhouette squelettique, sa haute stature et l’assurance qui transparaissaient par son visage carré lui procuraient une aura imposante. Sa chevelure, impeccablement coiffée en arrière, complétait à la perfection un teint pâle qui lui donnait des airs d’honorable vieillard. Il plissa ses paupières, regarda à travers ses lorgnons l’horizon anéanti et questionna le premier homme :
– Pierre, donne-moi la taille du cratère je te prie.
L’individu s’exécuta et se pencha de nouveau vers l’écran pour y décrypter les informations.
– Trente kilomètres de diamètres pour un demi de profondeur, tout est confirmé par le satellite.
L’autre homme soupira et réfléchit un instant. Il tourna en rond quelques minutes, sans se retourner vers son compagnon.
– C’est insuffisant, marmonna-t-il en scrutant le panorama.
– Voyons Léopold ! Le résultat obtenu est bien au dessus des prévisions que nous avions calculées, protesta Pierre avec consternation.
– Mais bien en dessous de mes espérances, alors arme une autre capsule et monte la charge à soixante décibels.
– Les parois risquent de ne pas résister !
Léopold sourit un instant puis poursuivit :
– Allons mon ami, inutile de s’alarmer de la sorte, les matériaux qui composent les murs de ce cube ont été conçues par l’éminent docteur Nocta et j’ai pleinement confiance en ses inventions. Alors exécute mes ordres et cesse de t’inquiéter.
Pierre hésita une fraction de seconde et activa une suite de commandes sur la machine. Les données qui étaient affichées s’effacèrent et des suites de nombres apparurent. Il programmait la charge de détonation sonore pendant que Léopold fixait toujours inlassablement l’horizon. Après avoir fini diverses manipulations, Pierre émit le compte à rebours puis pressa un bouton. Il ne se passa rien pendant un moment, comme si temps venait de suspendre son vol, mais cela ne dura pas et le spectacle meurtrier débuta violement.
Léopold et Pierre furent tous deux abasourdis car l’explosion qui se produisit s’avéra être d’une puissance colossale. La lumière qui jaillit cette fois-ci de l’horizon fut d’une intensité sans doute plusieurs centaines de fois supérieure à celle du soleil. La déflagration fut telle qu’elle souffla les nuages lévitant à des kilomètres d’altitude pour laisser place à une voûte céruléenne. Ce ciel fut traversé d’une onde de choc, et au lieu de se heurter contre les montagnes, elle les faisait voler en éclats. La détonation dégagea une si forte chaleur que les rochers fondaient pour ne plus être que des volutes de flammes en expansion. Une pluie de roche en fusion, non, un raz de marée parcourut des centaines de kilomètres en ravageant tous sur son passage.
Cette fois-ci le cube ne résista pas aussi bien que lors de la première détonation. L’onde de choc avait arraché une masse conséquente de la colline et le cube s’était incliné vers l’avant. La déflagration avait fendu plusieurs parois qui cédèrent partiellement sous le poids de la lave venue recouvrir le cube.
Léopold et Pierre, légèrement sonnés, se relevèrent tandis que de nouvelles données s’affichaient sur l’écran de l’ordinateur. Léopold se dirigea vers une des parois adamantines du cube, qu’il ouvrit d’un geste de la main. Il sortit, commença à marcher sur le sol à peine solidifié, et se mit à rire aux éclats. Pierre le rejoignit et eut un sursaut de frayeur en voyant autour de lui que tout avait été détruit. Le souffle de l’explosion avait été si redoutable que le relief s’en était retrouvé entièrement nivelé ; offrant comme spectacle une vaste plaine infinie, fumante et ardente.
Pierre semblait davantage captivé par l’afflux d’information dans son ordinateur que par le macabre décor qui s’étendait tout autour de lui :
– Les résultats indiquent que …
Il ne put terminer sa phrase que Léopold lui coupa la parole.
– Peu importe ces fichus résultats, ce que j’ai sous les yeux me montre tout ce que j’attendais de ce fabuleux liquide.
– Ce n’est pas tout monsieur … ajouta Pierre d’un ton incertain, l’explosion a dégagé un cratère au fond duquel le satellite a détecté une surface faite d’un alliage de vanadium et de tungstène. Ce n’est pas naturel …
Léopold demeurait impavide, subjugué par tant de puissance et continuait à contempler les dégâts.
– Nous devrions éventuellement y jeter un coup d’œil, insista Pierre.
– Cela peut attendre, nous allons rédiger le compte-rendu de l’expérience. Cela dit, Nocta a raté son invention, dit Léopold d’un ton ravi en regardant le cube à demi enseveli.
Les deux hommes retournèrent à l’intérieur de l’abri et ensuite Pierre manipula encore la machine. Il fit signe de la tête à Léopold qui débuta son discours.
« L’acide X, élément liquide nommé Xénite est un composant obtenu à partir du Xénium, isotope de Xénon. Sous forme liquide, l’acide X connaît une grande instabilité. Même en très faible quantité, la substance réagit aux ondes sonores en déclenchant une explosion dont la puissance est proportionnelle à l’intensité sonore que perçoit le Xénite …
Chacun de ses mots se retranscrivait sur l’écran au fur et à mesure que Léopold parlait.
« … une charge minimale d’un décibel provoque une déflagration de cinq mégatonnes. A chaque fois que la charge augmente d’un décibel, la puissance de la déflagration est multipliée par dix fois l’intensité de la charge sonore. Il serait possible d’augmenter la puissance de façon exponentielle mais il faudrait …
Une sonnerie discrète retentit et Léopold cessa sa dictée. Pierre tapota alors sur le clavier et fournit les raisons de la sonnerie.
– Quelqu’un veut établir une transmission par hyperonde.
– Accepte la communication et branche l’hologramme, se contenta d’ordonner Léopold fort étonné que puisse le contacter ici.
– Je ne peux pas, déclara Pierre embarrassé. La liaison provient d’Optar et elle est cryptée, je ne possède pas les codes de décryptages afin d’établir la connexion.
Optar, planète capitale de toute la Confédération et centre politique de presque tout l’univers : une correspondance avec la métropole ne pouvait qu’augurer une affaire de la plus haute importance. Léopold considéra l’écran d’un œil perplexe et entra les chiffres. Un petit trou apparut sur le dessus de l’ordinateur d’où une sorte de bille translucide émergea pour projeter un hologramme au centre du cube.
L’image d’un vieil homme chauve en costume officiel se matérialisa et se refléta sur les parois endommagées. La précision de la représentation était si fidèle à la réalité qu’on eut dit que l’homme était réellement présent, ce qui parfois, causait quelques confusions. Il en découlait ainsi certaines situations anecdotiques comme lorsque deux projections tentaient de se serrer la main. Léopold resta interdit et laissa à l’individu le soin d’engager la conversation.
– Je suis Elnos Rivis, le consérime au ministère de la Défense galactique. Etes-vous bien Léopold Lordrum, Diplomate et responsable des relations intergalactiques avec la République d’Optar ? s’enquit-il.
– Parfaitement exact, répondit Léopold, mais foin de préliminaire, qu’attend Optar de moi cette fois-ci ?
– Une mission vous a été confiée. Mais avant, permettez-moi de vous mettre au courant de faits récents. La planète Lerca, qui se trouvait dans le cadran extérieur ouest, aux frontières des galaxies d’Optar et de Hartz vient d’être anéantie il y a de cela quelques heures.
Pierre étouffa un cri de stupeur et un rictus d’amertume empoisonna la mine de Léopold.
– C’est tragique, rétorqua ce dernier d’un ton accablé. Mais en quoi cela me concerne-t-il ?
– Vous êtes chargé de vous rendre sur la planète. Vous devrez enquêter sur les causes de ce désastre et retrouver d’éventuels survivants. En raison de l’épineuse situation politique, un représentant de chaque nation devra être présent pour les investigations. Par conséquent, un agent de l’empire de Siphéron vous rejoindra, ainsi qu’une équipe qui suivra vos directives. Vous partez dès à présent.
Léopold se renfrogna, il prit une grande inspiration et dit d’un ton cordial au consérime :
– Vous m’en voyez navré d’apprendre de si mauvaises nouvelles Monsieur Rivis. Hélas, le temps est un luxe qui me fait horriblement défaut et je ne pense pas être en mesure de m’acquitter de ma tâche. Mon travail harassant mérite, je suis désolé de vous le dire, plus d’attention qu’une enquête. De plus, le ministère de la Défense ne figure pas parmi mes autorités ; je n’ai par conséquent aucun ordre à recevoir de vous. Je vous conseille donc de convaincre une personne plus encline à vous satisfaire.
Le consérime parut un instant troublé mais il se ressaisit.
– Je sais pertinemment qu’étant un protenteur, vous avez une montagne d’obligations à respecter vis-à-vis de la Convention. Or, admettez que la mort de millions de personnes, que la disparition d’un monde tout entier à plus de valeur que n’importe laquelle de vos recherches. Alors veuillez faire preuve d’humanité et daignez aider la République. Songez d’autant plus que les ordres émanent de mademoiselle Lorabius en personne et votre rang incombe une allégeance envers elle, à savoir celui de diplomate. De ce fait, vous êtes contraint de vous rendre sur Lerca.
Lérina Lorabius s’avérait être la dirigeante de toute la Confédération. Elle disposait d’un tel pouvoir et d’une si fervente aura de popularité – grâce à son gouvernement lucide et pacifique – que rares étaient les personnes qui osaient discuter ses directives. On prétendait même que sa parole détenait quelquefois plus de valeur qu’une loi.
– Les ordres viennent donc de l’Epitrope, répéta Léopold embarrassé.
– Oui, curieusement elle vous tient en haute estime.
– Pourquoi n’envoyez-vous pas un agent de la sécurité confédéral ? Ils sont bien plus compétents en ce domaine que je ne le suis.
– Allons, pas de fausse modestie Lordrum, ironisa le vieil homme. La situation est bien plus grave qu’elle n’y paraît.
L’hologramme détailla un instant Pierre puis demanda :
– Votre collaborateur est-il digne de confiance ?
– Absolument, rétorqua Léopold sans la moindre hésitation.
L’entretien put donc reprendre et Elnos poursuivit :
– A présent que j’ai capté votre attention, je vais pouvoir vous expliquer les faits en détail. La planète Lerca n’est pas la seule à avoir été détruite, c’est la dix-septième.
– La dix-septième ! s’exclama Léopold. Comment se fait-il que les gens ne soient pas au courant ?
– Comme vous devez le savoir, nous avons à notre disposition un conseil médiatique qui surveille les informations. L’objet de leur travail n’est pas la censure mais la régulation des nouvelles, car le moindre petit incident comme la plus grosse des catastrophes engendre des répercussions importantes. Par conséquent, c’est dans le but de préserver la bourse du Consortium et d’éviter des mouvements de panique à grande échelle que ce conseil a exceptionnellement interdit les médias d’en informer la population. Les planètes se situaient toutes dans la périphérie de la galaxie de Hartz. L’empire de Siphéron revendiquait depuis longtemps ces planètes car historiquement elles appartiennent à l’empire mais cosmographiquement elles étaient dans la République, vous voyez là l’embarras de la situation et les précautions dont nous faisons usage. Bien évidemment, l’empire à procéder comme nous.
– J’en conviens, fit Léopold en se croisant les bras. Seulement vous ne m’avez toujours pas expliqué concrètement pourquoi vous faites appel à mes services.
– C’est simple, vous êtes diplomate, répondit Rivis. L’empire pourrait se croire attaqué par la République ou inversement, vous pourrez peut-être atténuer les tensions politiques entre nos deux galaxies. Par ailleurs, il faut posséder une flotte très puissante ou bien un armement très sophistiqué pour détruire plusieurs mondes. Or, personne à notre connaissance ne dispose de tel équipement. Vous êtes également un scientifique réputé, alors vos compétences seront très utiles dans cette enquête.
– J’avoue que vous me mettez dos au mur, maugréa Léopold. Lerca se situe à plus de 150 000 parsecs de ma position et il me faudra sans doute plusieurs jours pour m’y rendre.
– Le plus tôt sera le mieux. Je vous rappelle qu’il faut retrouver des survivants alors dépêchez vous. Au fait, un dernier détail, les hyperportes menant à la planète ont été condamnées afin d’empêcher le maximum de vaisseaux de pénétrer l’espace stellaire de la planète et nous envoyons à l’heure où je vous parle une section de la flotte confédérale afin d’éloigner les curieux. Vous pourrez ainsi enquêter dans les meilleures conditions qui soient. Ceci dit, au revoir
Léopold n’eut pas le temps de dire un mot de plus que la liaison prit fin et l’hologramme s’évanouit en un faible grésillement. Il quitta le cube, et Pierre le suivit à l’extérieur. Léopold parut en proie à une réflexion manichéenne puis il releva la tête arborant de nouveau son air impétueux. Sa décision venait de tomber, aussi tranchante que la lame d’une guillotine.
– Pierre, nous partons.
Il tira alors de sa veste un petit appareil qui s’ouvrit après une manipulation. Une voix monotone se fit entendre :
– En attente de nouvelles instructions.
– Ordinateur, veuillez préparez un plan de vol en direction de la planète Lerca dans le cadran extérieur optarien ouest et amorcer deux faisceaux de téléportations dans cinq minutes.
Léopold replia l’appareil et se tourna vers Pierre.
– Remballe le matériel et veille à ne rien oublier.
– Dois-je démonter le cube ? demanda-t-il.
Il se tourna vers ce dernier et acquiesça.
Pierre sortit une télécommande de sa poche et pressa quelques boutons. L’ordinateur se rétracta et se transforma en une sorte de sphère qui lévita jusqu’à la main de Pierre qui la rangea dans sa poche. Il appuya sur un autre bouton et le cube fit de même mais avec peine car il avait été gravement endommagé par les explosions. Tout cela s’exécuta tandis que Léopold méditait. Il contemplait l’horizon avec une pointe d’amertume ; il aurait tant aimé continuer ses expériences, mais surtout, il aurait davantage préféré que nul ne tue autant de pauvres gens innocents.
Deux halos de couleur bleutée descendirent du ciel pour les englober hommes. Ils disparurent dans un éclair de lumière et se retrouvèrent aussitôt dans une grande salle sombre. Celle-ci possédait de grands hublots donnant sur la planète sur laquelle Léopold et Pierre se trouvaient quelques instants plus tôt. Mandrihsia – telle était son nom – était une planète aride inhabitée. Elle ne détenaient aucune ressource de grande valeur et nul océan n’existait ; donc pas d’eau ni de végétation. En somme, l’astre ne recelait aucune richesse qui vaille la peine qu’on y prospecte et Léopold Lordrum se l’était appropriée alors que personne n’exprimait un quelconque intérêt. La planète servait essentiellement de terrain d’essais à grande échelle. Léopold préférait toujours effectuer ses expériences dans la réalité plutôt que par des simulations ou des introsions.
Les deux hommes se trouvaient manifestement dans un vaisseau qui stationnait en orbite autour de la planète. Celui-ci se prénommait le Proméus, de la classe Préus. Défini comme un bâtiment de la Convention, on le considérait comme un des plus rapides de l’univers. Toutefois, l’organisation se gardait bien de mettre au grand jour ses plus brillantes découvertes, c’est pourquoi les protenteurs devaient user de ruse de manière à ne pas étaler leur privilège et à exacerber les jalousies déjà bien ancrées. De ce fait, Léopold et Pierre restèrent quelques jours en orbite autour de Mandrihsia. Seules trois heures suffisaient pour parcourir les 150 000 parsecs qui les séparaient de Lerca, mais comme il devait feindre son voyage, Léopold, en tant que protenteur, avait dû mentir au consérime. Il mit à profit ce temps libre pour compléter les renseignements qu’ils détenaient à propos de la planète Lerca tandis que Pierre terminait le compte rendu des expérimentations sur l’acide X.
Léopold occupait un rang important dans la Convention et également dans la République. Ses inventions l’avaient rendu riche et son charisme célèbre ; en général les gens lui faisaient confiance, et comme il n’était pas ingrat, il rendait d’innombrables services en guise de remerciement. Mais derrière sa personnalité extravertie, se cachait de longs efforts et une vie de labeur. Par un fait qu’il n’avait jamais su s’expliquer Léopold avait 915 ans alors que la médecine ne pouvait prolonger l’espérance de vie que jusqu’à 350 ans au maximum. Bien entendu, il était possible de faire comme l’académicien en chef : Junoy, et cloner ainsi son corps pendant une période extrêmement longue mais, seuls les plus hauts membres de la Convention se le réservaient, et à la longue cela entraînait de graves déficiences génétiques.
Léopold était originaire d’une planète primitive baptisée par ses autochtones : la Terre. Orphelin, une femme l’éleva les premières années de sa vie. Mais quand il eut treize ans un hiver rude emporta cette femme que Léopold considérait comme sa mère. Il dut se débrouiller seul et combattit dans des guerres appelées Croisades pour avoir de l’argent et subvenir à ses besoins. Quand il atteignit son undécante-unième anniversaire, un protenteur du nom d‘Aménagos Orbis le recueillit pour des raisons inconnues. Cet étrange personnage fut son mentor pendant de nombreuses décennies et lui inculqua de multiples connaissances en science, mathématique, électronique et autres savoirs.
Léopold entra à l’Académie militaire galactique de la Confédération où son expérience au combat sur la Terre lui permit de devenir un excellent stratège. Junoy, ancien expert en tactique militaire, s’intéressa rapidement à lui. A force de persévérance et surtout grâce à Junoy, il obtint son globe à l’occasion de son bicentenaire et se spécialisa dans la recherche en armement. Au cours de sa vie, il intervint dans de nombreux conflits auxquels sa clairvoyance et sa sagacité mirent un terme. Grâce à ses dons de communication, il fut nommé émissaire. La chance lui sourit à maintes reprises puisqu’il fut rapidement promu diplomate et par la suite Diplomate en chef et responsable des relations intergalactiques.
Concernant Pierre, il était moins expérimenté que Léopold puisque bien plus jeune. Il avait étudié sur une des huit lunes de Hsiptaun (siège de la Convention) et aspirait à devenir protenteur. Il désirait également travailler dans l’armement et il avait donc été confié à Léopold dont il fut promu disciple. Avec une grande discrétion et une timidité marquée, Pierre possédait une intelligence hors du commun et un grand sens pratique. Ses initiatives le rendant très utile pour les travaux de Léopold. L’opportunité de se doter d’un globe lui avait souri plusieurs fois mais il préférait continuer à collaborer avec lui car des liens d’amitié s’étaient tissés entre les deux personnages sans que l’un ou l’autre ne veuille l’admettre du fait de leur longue coopération et de leur trop grande modestie.
Après quelques jours nécessaires pour faire croire à leur déplacement, les deux hommes se préparèrent pour le voyage. Pierre entra les coordonnées de la planète Lerca tandis que Léopold activait les générateurs.
Seuls les vaisseaux de la Convention et plusieurs du Consortium du commerce bénéficiaient de la technologie hyperspatiale permettant de parcourir de très vastes étendues cosmiques en un rien de temps. Les astronefs civils et autres empruntaient des hyperportes afin d’accéder à des hypertunnels et de traverser également de grandes distances, mais cela demeurait malcommode en raison des nombreuses pannes et de l’affluence souvent étouffante des vaisseaux en certaines parties de la Confédération. Il existait ainsi un vaste réseau reliant pratiquement tous les astres et installations habités et habitables. Ainsi, ce système était très organisé et il était donc aisé de l’emprunter en dépit de ses inconvénients. Cependant, il était indéniable que si l’on possédait un astronef doté de générateurs à hyperespace, la liberté de mouvement et la rapidité étaient bien supérieures aux hyperportes où il fallait payer des taxes de passage et répondre à une procédure administrative afin que la Confédération et les autres corporations pussent vérifier et contrôler les transports. Certes, une forte quantité de vaisseaux pouvaient se déplacer à des vitesses supraliminiques mais comme ils ne possédaient pas de moyen d’inhiber les effets relativistes, ils utilisaient les hyperportes.
Celles-ci s’avéraient en fin de compte très pratiques en tout point. Cela offrait accès à un réseau complet pour majorité de la population et les taxes de passage rapportaient de l’argent aux nations. Mandrihsia était à trois parsecs de l’hyperporte la plus proche : elle n’attirait personne, ce qui rendait son isolement presque total et cela arrangeait Léopold qui pouvait ainsi faire ses expériences librement. Le Proméus était entièrement automatisé et, hormis le fait de rentrer les coordonnées désirées manuellement ou piloter en cas de crise grave, il était inutile de s’occuper de quoi que ce fût dans le pilotage. L’ordinateur de bord calculait toutes les trajectoires en un temps bien plus court et d’une façon bien plus précise que ne l’eût fait le plus brillant un être humain.
Dès que Léopold finit d’activer les commandes, il n’eut même pas le temps de s’asseoir dans son siège que l’appareil avait déjà entamé son accélération. L’entrée en hyperespace fut aussi rapide puisque Léopold avait doté le vaisseau de dispositifs très poussés. L’astronef était ainsi capable de générer un champ grâce auquel il n’avait pas besoin de s’éloigner d’astres massifs pour rendre les sauts hyperspatiaux incorrects. Ce champ possédait aussi la faculté d’inhiber tout effet relativiste en maintenant un écoulement du temps parfaitement conforme à celui du temps universel. Un générateur gravitique permettait également d’atténuer, voire même d’effacer, les effets d’accélération et recréait notamment une pesanteur artificielle compatible avec la morphologie humaine. Le vaisseau ne possédait ainsi aucun réacteur d’aucune sorte si ce n’étaient quelques rétrofusées pour rendre plus aisé l’amarrage à des stations ou à des astroports.
L’appareil fusait donc vers la planète Lerca. Pierre consultait le dossier sur la défunte planète tandis que Léopold somnolait dans son siège. Le jeune homme se hasarda à entamer une conversation.
– Léopold ? ...
Il n’eut pas le temps de terminer sa question que l’intéressé le coupa.
– Que désires-tu savoir ?
Pierre sursauta car il croyait que Léopold dormait mais il n’en était rien et il continua à parler les yeux fermés.
– Quelque chose te préoccupe ?
– Je me demandais qui en voudrait à la planète Lerca. Elle ne représente aucun intérêt économique ou culturel mis à part sa position ambiguë, il n’y a rien d’enviable ou de terrifiant venant de cette planète qui justifierait sa destruction.
Léopold ouvrit les yeux et se redressa dans son dossier pour regarder Pierre dans les yeux.
– C’était précisément ce à quoi je pensais.
– Et qu’en concluez-vous ?
– L’histoire nous montre que rien n’arrive par hasard, rétorqua Léopold étirant ses bras. Je me suis dit que la planète avait peut-être été détruite car elle constituait un obstacle à un plan ou une menace pour quelqu’un. Mais dans la mesure où seize autres planètes ont été anéanties l’enjeu du problème doit être bien plus important qu’il n’y paraît.
– Tout ceci doit probablement faire partie d’un programme à grande échelle et minutieusement préparé. D’un autre côté, peu de nations ou d’organisation ne possèdent les moyens nécessaires pour mettre en œuvre une telle machination, ce qui réduit considérablement le nombre de suspects.
– En effet, et dans la mesure où je suis expert en énergie et armement, la République a fait appel à moi pour résoudre cette affaire en trouvant le plus vite possible le coupable.
Le vaisseau arriva à destination. Le Proméus émergea d’hyperespace et se cala en orbite autour de la planète Lerca. La voûte stellaire du système planétaire se composait d’une gamme exhaustive de nuances de bleu, probablement du à des nués de gaz cosmiques ionisés par des émissions de rayons gamma d’un pulsar errant. L’horizon était très sombre de part son éloignement de la nébuleuse centrale de la galaxie Hartz. Les étoiles, c’était une chose de les contempler dans le ciel nocturne, et une autre de les voir dans l’espace : elles semblaient froides et proches, scintillant tels des diamants glacés sur un champ de velours noir.
Léopold aperçut rapidement un contingent d’astronefs de la flotte confédérale auprès duquel il déclina son identité. Il profita de sa position pour relever toutes les données possibles à propos de la planète : il étudia la vitesse de rotation, les irradiations, le spectre lumineux du soleil, et la masse de la planète Lerca. Il lança notamment un satellite afin que celui-ci pût recueillir davantage d’informations.
Léopold remarqua que la planète avait une anormale teinte noirâtre, il nota également que sur la face obscure de la planète il n’y avait aucune lumière artificielle : ce qui signifiait qu’il n’y avait plus d’activité humaine.
En effet, toutes civilisations évoluées contraient les ténèbres en installant des infrastructures afin d’illuminer l’obscurité. L’absence de lumière durant la nuit signifiait que la civilisation était primitive ou inexistante. Ici, cela démontrait indubitablement que plus personne ne vivait sur la planète, ou du moins qu’ils n’ont plus la capacité de générer de l’électricité.
Alors qu’ils étaient en orbite un message les prévint et précisa le lieu où ils devaient se poser. Il avait été transmis par un vaisseau de l’empire et avait également annoncé la venue d’un spécialiste afin de participer à l’enquête. Le vaisseau entreprit ainsi sa descente vers la planète, il n’avait nullement besoin de suivre un itinéraire hélicoïdal pour éviter les frottements dus à l’entrée dans l’atmosphère. En effet, l’astronef était doté d’un système gravitique rendant la trajectoire quasiment perpendiculaire.
Le Proméus s’approchait et le paysage défilait à grande vitesse sans impressionner Pierre et Léopold car ils avaient déjà vu des champs de bataille ou encore des mondes ravagés par des expérimentations mais malgré ça il n’en restait pas moins que le spectacle qui s’offrait à leurs yeux était effrayant. La renommée de Lerca reposait depuis des siècles sur ses paysages idylliques, or la seule chose visible qu’offrait la planète maintenant se résumait à des océans de cendres et de ruines. La catastrophe n’avait épargné aucun continent, même pas la plus reculée des villes. Le cataclysme était malheureusement d’ampleur planétaire pensa Léopold.
Ils survolèrent une grande étendue recouverte de décombres calcinés pour dériver non loin vers une colline au sommet de laquelle un camp de fortune venait d’être érigé. L’ordinateur de bord calcula la meilleure trajectoire à nouveau et manoeuvra l’appareil pour le poser dans une aire prévue à cet effet. Des patins sortirent de la coque et l´énorme engin se posa en douceur et sans bruit sur le sol calciné.
Plusieurs vaisseaux de la République s’étaient déjà posés et un de l’Empire, monstre endormi au milieu de l’étendue désolée, était notamment sur le sol de Lerca. Les personnes déjà présentes avaient mis en place une ville miniature avec des laboratoires et des cabanons à l’intérieur desquels grouillaient des scientifiques. Une fente ovale se profila dans la coque métallique du Proméus, une vive lueur bleue en jaillit et Léopold et Pierre apparurent instantanément sur le sol carbonisé.
Ils se dirigèrent sans perdre de temps vers le plus massif des bâtiments. Le camp devait la rapidité de son implantation à des structures télescopiques dépliées qui supportaient des blocs préfabriqués très solides. A l’intérieur, un groupe d’hommes s’affairaient autour d’un hologramme de la plante et chacun émettait des injonctions que les autres membres du camp s’empressaient d’exécuter. Au milieu de cette foule se tenait une femme de grande taille avec une faible corpulence et à la chevelure brune. Elle se désintéressa de la projection tridimensionnelle pour accueillir les deux hommes qui venaient d’entrer.
– Je me présente, je suis Dayra Paredes, la sous-consérime, déclara-t-elle sur un ton cordial. Monsieur Rivis m’a envoyé pour vous assister dans votre enquête.
Léopold et Pierre échangèrent chacun à leur tour une poignée de main.
– On ne m’a pas averti de votre présence, fit le protenteur.
– Disons que nous ne savions pas si vous veniez alors l’on m’a prié de venir pour superviser le début des investigations. Heureusement, vous êtes là et nous espérons que vous pourrez nous éclairer sur de nombreux points.
Léopold opina en détaillant la salle d’un regard furtif et constata avec satisfaction que les gens semblaient très bien organisés.
– Elnos Rivis est disposé à vous fournir tous les moyens nécessaires au succès de votre mission, rajouta-t-elle. J’espère que vous ne serez pas froissé par son absence, mais nous n’avons pas l’habitude de faire de si longs voyages ensemble.
– Cela ne me froisse aucunement, répondit-il. Je me doute bien que le consérime a plusieurs dossiers en chantier.
– Maintenant que vous prenez les choses en main, je vais partir, expliqua Dayra Paredes. Une affaire importante requiert ma présence. Un dernier point, n’oubliez pas de me prévenir de toute avancée dans l’enquête et de me remettre le rapport que vous ferez avec l’agent envoyé par l’Empire de la galaxie Hartz.
L’agent, il ne s’en souvenait plus. Et pourtant, le grand astronef de l’Empire ne se trouvait pas loin.
– Je vais vous le présenter avant de m’en aller. Je pense que vous le connaissez déjà. Peu importe, de toute manière. Le voilà qui arrive.
Lordrum regarda au loin le vaisseau de l’Empire. Peu narcissique, l’Empereur avait sobrement baptisé le plus grand véhicule de sa flotte protocolaire, le Siphéron. Tout l’orgueil et la puissance de l’empire se reflétaient dans l’appareil dont la taille et les ornements éclipsaient ceux des autres vaisseaux. Une porte s’ouvrit dans le flanc d’où une rampe s’abaissa, lentement, et Léopold discerna plusieurs silhouettes se découper dans le halo lumineux.
Le visage de l’une des personnes qui s’avançait vers eux lui était familier. Il réfléchit. Non, il ne trouvait pas. Il redressa la tête et observa les nouveaux venus. Il eut un choc quand il identifia l’agent de l’Empire.
– Nocta, murmura Léopold d’un ton glacial.
– Vous le connaissez ? s’enquit Daya en voyant le rictus qui déformait ses traits.
– Hélas oui.
L’individu était de petite taille et étroit des épaules. Son visage paraissait jovial avec l’absence de ride et ses petits yeux. Sa longue chevelure châtain allait parfaitement avec son costume impérial, lourd et ostensible.
L’homme manipulait un ordinateur de poche et releva pour saluer les gens qui l’attendaient. A son tour, il reconnut Léopold et se figea de stupeur. Son meilleur ami, les bras croisés, lui lançait un regard assassin, et il savait pertinemment pourquoi.
De ce que j´ai lu (les trois premières parties), c´est très fluide, l´univers est très bien décrit, je ne suis pas vraiment un fan de SF mais je dois quand même reconnaître que ton texte sort du lot de ce qui est posté sur ce forum !
Bravo, maintenant je vais lire la suite ![]()
Bon, alors.
Je vais passer sur les qualités, tu te doutes très bien que j´ai adoré ton texte.
Donc, les pitits trucs plus ou moins "gênants" :
-Des mots oubliés. Peu certes, mais quand même.
Exemple : "L’homme manipulait un ordinateur de poche et releva pour saluer les gens qui l’attendaient."
-J´ai rien contre le vocabulaire fouillé et plus ou moins scientifique, mais veille tout de même à ne pas noyer le lecteur sous une pluie de termes jargoniques.
Euh j´crois qu´j´en avais d´autres mais comme j´suis allé manger entre-temps j´ai dû oublier.
Vivement la suite. ![]()
quelques légères erreurs, mais de très bonnes idées dans l´ensemble. C´est très bien écrit et accrocheur. bon courage pour la suite !!
Merci à vous trois d´avoir lu.
Pour le vocabulaire je tâcherais d´être un peu moins complexe la prochaine fois.
La suite ... bien que je l´ai en réserve prête à poster, il y a pas mal de retouche stylistique et scénaristique à faire donc je sais pas trop.
Cela dit j´essaierais de ne pas vous faire poiroter des semaines. ![]()