Et la mort n´aura pas d´empire
Et la mort n´aura pas d´empire
Les cadavres nus ne feront plus qu´un
Avec l´homme dans le vent et la lune d´ouest
Quand leurs os rongés à blanc auront disparu
Ils auront des étoiles aux coudes et aux pieds
Ils seront fous, ils seront sains d´esprit
Engloutis par les fléaux, ils resurgiront à nouveau
Les amants se perdront mais l´amour restera
Et la mort n´aura pas d´empire
Cléandre aimait plus que tout Encelade, sa tendre et si douce amie de toujours. Or, jamais de son vivant, il n’avait trouvé suffisamment de courage et de volonté et pour lui avouer ses sentiments. Jamais les bons mots ne lui étaient venus à l’esprit et aucune occasion ne fut la meilleure pour aborder le sujet.
Les années s’égrainèrent doucement jusqu’à que le sablier du temps ne se bloque. Encelade fut emportée dans sa plus éclatante jeunesse, alors que le monde lui tendait les bras et qu’elle ne demandait qu’à jouir des plaisirs de la vie pour des siècles encore.
Sa mort fut brève mais atroce. Son sang meurtrissant le monde qui l’avait porté et l’avait vu grandir et s’épanouir. Tous s’accordèrent que sa perte était tragique, tragique pour le monde, pour les montagnes ensoleillées, pour les océans éclatants, pour les arbres vivaces. Cependant, jamais leur douleur et leur peine ne sauraient être comparable à celle de Cléandre. Le pauvre homme, dont l’hésitation persistante avait hanté sont âme, fut anéanti par la funeste nouvelle.
Encelade avait un visage d’ange avec des yeux d’un bleu profond insondable. Elle se montrait généreuse avec les plus miséreux et plais&ait à jouer avec les petits enfants. Mais de plus, c’était une artiste accompli qui possédait une technique unique qui sublimait l’art connu et transcender les émotions des gens qui admirer ses œuvres. En somme, une grande femme qui avait marqué la Forumacriturie et pour laquelle se ra une grande perte.
Cette dernière était une puissante nation qui rayonnait de part le monde grâce à son inépuisable culture et ses écrivains talentueux par centaines.
Les obsèques d’Encelade furent digne des plus souverains avec un faste aussi vaste que le chagrin qui rongeait le malheureux Cléandre. La foule se pressa devant le palais du Modérempereur lors du discours d´adieu à la douce Encelade. Les mots furent clairs, concis, précis, mais hautement symboliques et si poignants.
Le pays reprit son cours normal mais la légende veut que son fidèle ami Cléandre lui parlait tard dans la nuit, recueilli sur la tombe de marbre de la belle et il espérait que celle-ci daigne bien vouloir répondre à ses complaintes. Selon les anciens écrits, Cléandre passait des heures durant à palabrer auprès de la défunte dans l´espoir fou mais tant désiré d´avoir une réponse. En effet, Cléandre aimait plus que jamais la merveilleuse Encelade et tout son esprit ce concentrer sur elle afin qu’il puisse une dernière fois lui parler et lui déclarer son amour infini. Il vénérai la vie et se refusait de voir la mort étendre son sinistre empire. Le jeune homme ne pouvait concevoir d’une barrière si impalpable et si diffuse puisse le séparer de son aimée, c’est pourquoi il attendait.
Cléandre patientait pendant des temps incalculable sans avoir le moindre message. Alors qu’il passait ses jours et ses nuits tout près de la tombe d’Encelade, il n’obtenait pas un signe. Un mot, un seul aurait suffit à le combler mais le temps passait et toujours rien
Cléandre savait sa cause probablement vaine mais au fond de lui, les tréfonds de son âme lui chuchotait d´attendre davantage telle une voix malfaisante conduisant le malheureux à la pénitence. Le jeune homme, fidèle à jamais, attendait encore et encore devant la tombe muette d’Encelade, obéissant aveuglement à cette voix perfide venue des limbes. Il avait pensé un jour à se donner la mort pour rejoindre sa tendre mais il ne put s’y résoudre car cela eut été admettre la défaite face à la mort et à son empire grandissant.
Rarement, Cléandre s´absentait pour se sustenter et ainsi subvenir aux besoins élémentaires de son corps déjà fort meurtris pas l´attente interminable. Il se savait stupide et obstiné mais sa volonté de revoir et de pouvoir discourir avec Encelade demeurait indéfectible.
De nombreux parchemins furent noircis à la gloire d e Cléandre le Patient. On le décrivait comme un noble homme qui attendait avec peine le retour tant voulu de son amie. Bien des gens prédisaient sa mort prochaine ou sa chute imminente dans le gouffre ténébreux de la folie et l´absurdité. Pourtant, Cléandre faisait fi des critiques et attendait encore et encore sans jamais se lasser ni perdre espoir.
En effet, au fond de lui, il savait, que tôt ou tard la belle artiste reviendrait. Il savait que le règne de la magicienne de l’art resurgirait de l’au-delà pour écouter le pauvre Cléandre.
Celui-ci dépérissait ainsi au fil des siècles et des âges. Pendant ce temps, la Forumacriturie sombrait et le souvenir tenace de la majestueuse Encelade s´effaçait tout comme les inscriptions de sa tombe pourtant si profondément gravées dans la pierre.
Le mythe de la patience perdurait cependant toujours et chaque jour, une masse considérable s´amassait à l´ancien cimetière pour venir admirer un homme squelettique en train de chuchoter à une pierre érodée. Des millénaires se succédèrent et des nations s´effondrèrent tandis que d´autres assuraient leur hégémonie. Des éons, de l´ombre de l´histoire, des restes du monde, ne restait ainsi que Cléandre, escomptant encore et toujours d’avoir une réponse de son amour trop tôt passée à trépas.
Les mythes même disparurent et les gens vinrent à se demander qui était cette loque à côté d´un rocher qui sifflait dans les ténèbres.
Le temps lui même semblait fatigué de voir ce spectacle lamentable et pourtant si triste qu´était l´attente et la formidable patience de ... de qui déjà ? Peu importait son nom, il était toujours là et depuis que le monde était monde cet étrange homme avait toujours était là. A présent, la détermination de Cléandre n´en était que plus renforcée. Qui de ce vaste univers se souvenait de la Forumacriturie et des somptueux Topicopalais, ainsi que ses nobles habitants qui dans des temps plus que reculés avaient contribué à la culture et au progrès de la civilisation.
Cléandre n´était plus qu´un cadavre serrant entre ses doigts fragiles un caillou. Il lui parlait et tandis que l´astéroïde sur lequel il était, seul vestige de son monde, errait dans le cosmos, le souvenir impérissable se mouvait dans l´univers. De cette sorte, bien des races et bien des mondes remarquèrent cette étrange entité qui visiblement attendait.
Nul ne réussit à déterminer avec exactitude le but de cet être si accablé et si pitoyable que le chagrin et l´attente semblait ronger et ternir.
Des galaxies et des constellations s´évaporèrent et d´autres naquirent du néant sidéral. Un cycle infinie de mondes, de savoirs et de civilisations se succéda et presque tous eurent connaissance de ce monstre d´autrefois qui susurrait à un grain de sable.
Les atomes s´érodèrent, la matière elle-même s´affaiblit et l´univers bascula inexorablement dans la décadence.
Les étoiles s´éteignirent peut à peu rendant le cosmos plus sombre et plus obscur que jamais.
Les fantômes du passé eux-même disparurent.
Seul restait un amas de chair et d´os abîmait par le temps.
L´univers voulait en finir avec lui même, le temps en avait assez de cette prison qu´était l´éternité. Mais il ne pouvait que constater et attendre aussi qu’Encelade daigne répondre à Cléandre pour que la fin vienne et que le cosmos renaisse du néant.
L´esprit de Cléandre se distilla. Sa patience s´embruma. La tombe d’Encelade, alors simple poussière, s´envola dans le vide et se dissipa dans les méandres élémentaires.
Cléandre n´avait plus rien à attendre
Il n´avait plus de patrie.
Plus de famille.
Plus rien.
Seulement un vaste océan de néant qui attendait à présent que Cléandre accepte la fin. La fin de tout et de toute chose.
Cléandre patienta encore une autre éternité. Puis une autre. Et encore autre. L´univers se fatigua de cet absurde attente et implora Cléandre d´en finir. Ce dernier ne savait plus quoi faire.
Ses sens, son être ne savait faire qu´une seule et unique chose : attendre. Il avait pu vivre et résister des temps considérables grâce à son amour incessant qu’il l’avait permis de rester en vie et de contraindre la mort à ne pas avoir un empire.
Le temps voulut s´accélérer mais la volonté de Cléandre de revoir Encelade l´en empêcha. Tout était bloqué par l´attente.
L´univers accusa alors le destin. Tous les éléments lui reprochèrent de ne pas avoir pu faire en sorte qu’Encelade meurt plus tard ou que cette dernière ressuscite ou même que son esprit condescend à répondre enfin à Cléandre qui attentait depuis si longtemps.
Le destin se défendit en assurant que c´était les dieux qui l´avaient décidé ainsi. C’est de cette manière que les dieux ne purent qu´avouer avec consternation leur terrible erreur.
Par leur faute, l´univers entier se désagrégeait de lui même à cause de la seule et simple attente de Cléandre qui n´en finissait pas.
Que fallait-il faire ?
Après une longue discussion, tous se mirent d´accord pour dire que Encelade devait répondre. Il était évidement que cela ne pouvait plus durer. La logique elle même voulait qu’Encelade réponde, ou ne fasse ne serait-ce qu´un signe, pour ainsi et enfin donner sa pitance au pauvre et si honorable, si ce n´est vénérable, Cléandre qui attendait une réponse.
Mais toujours rien.
Que faire ?
Encelade était introuvable. Le mystère persistait, tout autant que l´attente de Cléandre. Et le temps passait. Il repassait. Cléandre attendait. Il espérait.
L´éternité s´écoulait par une boucle qui paraissait sans fin. Nul ne savait comment y remédier. Le temps lui même décéda. Tout disparu sauf Cléandre.
L´intégrité du cosmos déchu par la seule faute d’Encelade.
Si seulement elle avait répondu.
Si seulement elle avait lutté contre la mort.
Peut être alors que Cléandre n´aurait pas attendu.
Peut être que sa folie n´aurait jamais vu le jour et que l´univers ne se serait pas détruit. Tout ça à cause d´une simple femme qui refusait de répondre et d’un amour sans limite.
Et pendant ce temps, Cléandre attendait toujours, ne savait quoi faire d´autre.
La mort s´étant suicidée par impatience. Cléandre attendait. Il attendait. Attendre. Avec patience. Avec calme et sérénité. Avec calme.
Cléandre ne faisait qu´attendre. Un simple message suffisait. Une souffle.
Un signe.
Presque rien.
Trois fois rien même.
Mais non, Encelade ne faisait rien. A croire qu´elle tirait une satisfaction malsaine de voir Cléandre souffrir.
Nul ne le savait.
Tout le monde attendait en attendant que Cléandre attende et ait une réponse. Un signe. Et Cléandre attendait toujours. Sans fin ni espoir. Seulement animé par la folie. Une folie infinie et extrêmement patiente.
Cette patience qui commentait à se muer en colère. En furie monstrueuse. Cléandre commença alors à fulminer. Son esprit se demanda alors si on ne se jouait pas de lui. Il s´interrogea sur le but de sa quête.
Que faire ?
A présent c´était lui qui s´interroger.
Non. Cléandre aspirait plus que tout à revoir sa bien aimée. Il demeura indéfectible dans se décision et décida d’attendre jusqu’à qu’il obtienne satisfaction car son cœur était bien trop déchiré et il ne voulait pas avoir attendu tout ce temps pour rien.
L´éternité toucha à sa fin.
Cléandre resta mais l´univers disparu.
Il lui suffisait d´attendre.
Attendre
Et espérer.
Et la mort n’eut pas d’empire.
" l’hésitation persistante avait hanté sont âme"
"une artiste accompli"
Là je suis pas sûr, je laisse quiconque qui le sache le dire!
"qui admirer ses œuvres"
Admirait peut-être? Je sais pas
"tout son esprit ce concentrer"
se concentrait?
Y´a d´autres choses qui me semblent louches mais j´ai pas envie de toutes les mettre sinon j´aurai jamais fini!
J´aime... Tout d´abord par l´exactitude (L´univers qui renaît du Néant,...),et par le drame,l´esprit du perso,sa maigre espérance,son désir... Et la fin... Quoique ce n´est pas une fin en soit:tout finit sauf Cléandre...
j´aime ![]()
Merci d´avoir lu et commenté.
Pour les incohérences, disons que j´ai voulu faire un peu un monde différent du notre, irréel et improbable. Je voulais surtout marqué l´amour de Cléandre pour Encelade.
En passent, ce texte est fait un remake d´une conversation MSN entre moi et Yohan. ![]()
Le forum écriture version destruction totale,ça fait plaisir
Bah, on retrouve un univers des planètes et des étoiles, y´a pas de différence avec chez nous (et comme dirait les deux frères: dans l´univers, rien n´est impossible
)
C´est... comment dire...Ouahou !
Un peu comme le désert des Tartares, où il ne se passe rien, et où tout le monde attend.
Zarb´, pour sûr. Pas grand-chose d´autre à dire, la narration convient bien au texte, c´est bien mené. Même remarque que Dylfos sur le désert des Tartares (que je l´avais trouvé chiant ce bouquin à l´époque. Même que j´avais demandé à la prof si je pouvais changer de livre car celui-là je réussirais jamais à le lire en entier.
), sauf que là c´est mieux car beaucoup plus court et fluide. ![]()
Merci d´avoir lu et commenté.
J´avais un peu des critiques car l´amour et les sentiments ne sont pas mes domaines de prédilection et j´ai tenté ici une approche un peu fantastique.
Donc ça me fait plaisir que vous aimez. ![]()
Die will never reign
Lady Death will never reign
There is to be only one bare corpse
And this man in the wind and the moon in West
When bones are bitten then no more there
They´ll have stars in elbows and in feet
They´ll be mad, O holy brains
Gobbled up by plagues, they are to be there, once again
Lost lovers, eternal love
Lady Death will never reign
Merci d´avoir lu mais la véritable version anglaise est celle-ci :
And death shall have no dominion.
Dead men naked they shall be one
With the man in the wind and the west moon;
When their bones are picked clean and the clean bones gone,
They shall have stars at elbow and foot;
Though they go mad they shall be sane,
Though they sink through the sea they shall rise again;
Though lovers be lost love shall not;
And death shall have no dominion.
C´est un poème de Dylan Thomas
pour la comparaison.