La pièce rouillée retomba avec un bruit mat sur la terre humide. Othama, assis en tailleur, se pencha vers elle.
- Pile, dit-il en recrachant une fumée verdâtre de ses naseaux. On avait dit que si c´était pile, Zul´jin y allait, non ?
Aggelia reposa une dague dont émanait une phosphorescence violette qu´elle examinait, soupira et dit:
- Oui, on avait dit ça, un regard insistant posé sur le Troll à la peau cyan et aux défenses d´ivoires ornées de bagues d´or.
- Euh... Bon d´accord, j´y vais, fit ce dernier, se levant.
- N´oublie pas ton arc, Zul´jin, lança une voix trainante.
Le Troll regarda Damarios, un Elfe Noir, qui était allongé au sol, une chevelure blanche serpentant sur ses épaules. Il venait juste de refermer un gros volume intitulé "La sombre voie menant aux plus fous désespoirs, ou comment Largecouille le troubadour devint maître des runes célestes, par Edmond Ticule". Les flammes faisaient danser des ombres sur sa peau bleu sombre en dessinant des formes ressemblant à des chamans qui dansaient, et luire ses yeux rouges.
- Non, bien sur que non, répondit Zul´jin en accrochant ladite arme dans son dos.
- Bonne chance, petit Troll, dit Othama de sa voix forte, en posant sur sa couche une longue pipe en bois ornée de plumes dans sa main. Tandis que Zul´jin partait, il saisit avec ses trois et larges doigts une grande hache de guerre maculée de sang et entreprit de la polir à l´aide d´une pierre.
Zul´jin quitta ses compagnons réunis autour d´un feu de camp et repéra un sentier à quelques mètres. Il commença à le suivre en restant à distance. Il dépassa plusieurs rochers à demi recouverts de neige et arriva à un défilé d´où il pouvait voir la grande foret de sapins qui s´étendait sur des milliers de lieues. Il se réfugia à l´ombre d´un haut conifère et regarda le ciel. Il était d´un bleu tellement sombre qu´on pourrait le croire noir. N´importe quel humain tel qu´Aggelia l´aurait d´ailleurs vu ainsi, mais pour un Troll Sylvestre les plus subtiles variations de lumière étaient perceptibles. La lune n´était guère haute ce soir-là, elle achevait un énième cycle. Elle était à moitié cachée par des nuages gris qui parcouraient lentement la voûte céleste.
Des oiseaux jaillirent des branchages de l´arbre sous lequel était Zul´jin et s´éloignèrent en voletant. Le troll reprit sa route; ses pas faisaient crisser les cailloux qui recouvraient par endroits le sol. Au bout de quelques minutes, alors que la lune disparaissait derrière les hautes montagnes comme si elle était poursuivie de mille tourments infernaux, il put enfin apercevoir sa destination finale.
Il était au bord d´une falaise, en bas le paysage était semblable à ce qu´il avait jusque là traversé: une terre parsemée de touffes d´herbe d´un vert foncé, des sapins épars, quelques rochers gris jaillissant du sol par endroits, et le tout plus ou moins enneigé.
Et, plus loin, on pouvait contempler, coincée dans un col, la forteresse de Karstag, l´un des innombrables bastions militaires de Norsca. Le sentier duquel Zul´jin s´était quelque peu éloigné avait rejoint une route pavée, et celle-ci comportait un pont qui enjambait un précipice vertigineux. Cela semblait être le seul moyen de rejoindre le château.
Un petit chemin escarpé que le Troll n´avait pas vu permettait de descendre la falaise et d´arriver non loin de la route. Il l´emprunta, et se retrouva bientôt sur la route pavée. De la, il courut se cacher derrière un haut rocher au sommet recouvert de neige. Il jeta quelques coups d´oeil discrets en direction du fort et repéra des sentinelles qui patrouillaient sur les murailles, au loin.
Décidant, même si la nuit était très noire et qu´il était par conséquent quasiment invisible, qu´il n´avait pas le droit d´être repéré, il fouilla son sac. Il en sortit une large fiole aux formes grossières. Sur l´étiquette jaunie étaient écrits des caractères elfiques. Zul´jin ne lisait ni ne comprenait cette langue, mais sous les écritures étaient dessinés des pictogrammes.
Le premier désignait l´obscurité, le second la vue, et le dernier le voleur. Cela aurait voulu dire "potion d´invisibilité" sans le dessin en-dessous qui signifiait une puissance peu élevée; c´était donc une potion d´invisibilité partielle, qui rendait peu remarquable le buveur, mais quand même légèrement visible. Cela suffirait néanmoins, étant donné l´obscurité quasi-totale.
Zul´jin avala quelques gorgées de la bouteille.
- Par Azura ce que je hais ce pays ! pesta Aggelia en tentant de se réchauffer devant un feu qui n´en avait guère les capacités, à en juger de la taille de ses flammes.
- Tu crois que Zul´jin est rendu à Karstag ? demanda Othama en s´emparant d´un impressionant calumet qui semblait avoir été taillé dans le tronc d´un baobab.
- Et bien... cela doit faire une heure qu´il est parti... je dirais qu´il vient juste d´y arriver...
Je viens de retrouver un vieux texte que j´avais fait il à un an environ. C´est un peu pitoyable par moments et clairement pas fini (sans doute jamais d´ailleurs). Mais bon, si vous pouviez laisser quelques commentaires ce serait sympa, merci ! 