- Hey, mec, ça t’dirait une ch’tite valise, 5€ ?
Sam, encore perdu dans ses pensées, mit quelques secondes à émerger. Un jeune homme, la vingtaine tout au plus, se tenait devant lui, une petite valise dans la main, la sueur au front, un sourire forcé lui sabrant le visage. Bah, encore une de ces combines douteuses dont les Al Pacino en herbe ont le secret, pensa t-il avant d’éructer quelque grommellement. Définitivement, il n’avait pas besoin de ça pour empirer une journée déjà bien mal entamée.
- Ok, j’te la file, tiens, j’la laisse là, t’auras qu’à en faire c’que tu veux, lança le jeune homme avant de filer à toute allure dans les méandres du quartier.
Sam fit quelque pas, mais la curiosité l’emporta. Il ne fera que jeter un coup d’œil. Rien de plus. Il ouvrira cette valise, jettera un coup d’œil furtif sur le contenu, puis il s’en ira. Ou il avisera des choses à faire. Après tout, quels sont les risques ? Il saura être suffisamment discret s’il doit emporter la valise avec lui. Courir n’est pas non plus un problème. Après avoir observé les alentours, il s’approcha de l’objet tant désiré et discrètement il s’accroupit. Elle était absolument neuve, intacte, et quand il la soupesa il fut étonné de constater que son poids était assez élevé. Sam déchanta malheureusement bien vite en découvrant le système de verrouillage utilisé : une clef, que bien sûr ce charmant petit con ne lui avait pas donnée… Peu importe, il avait le matériel nécessaire à la maison.
Un pied de biche. Voilà l’outil qui allait pouvoir mettre fin à cette attente. Après tout, cette valise ne paraissait guère solide, il n’aurait sûrement aucun mal à en venir à bout. Après avoir collé le dit-objet sous l’anse de la valise – là ou l’on pouvait apercevoir une très légère fente – il poussa de toutes ses forces vers le bas, plusieurs fois, par à-coups répétés. Plutôt solide, cette valise, dis-donc… Et pas même une égratignure ! Il eut beau utiliser toute l’énergie dont il disposait encore, rien à faire, à vrai dire cela lui donnait l’impression que le pied de biche cèderait avant la valise ! A bout de souffle, il s’assied, pour se relever aussitôt, une nouvelle idée en tête. Armé d’un marteau et d’un burin, le voilà fin prêt à en finir. Il posa le burin, leva son marteau aussi haut que possible, et asséna un coup d’une force ahurissante. Elle va forcément céder. Mais elle ne céda pas. Pire, elle ne s’abîma même pas. Rien, pas une petite entaille. Elle était toujours aussi propre, toujours aussi neuve. Abattu, Sam lâcha ses outils, et emporta la valise avec lui chez un de ses amis, serrurier.
Le contenu doit forcément valoir tous ces efforts. Si les anciens propriétaires ont tenus à ce que cette valise reste fermée, ça n’est pas pour rien. Qui sait, peut-être contient-elle de l’or, après tout vu son poids ça ne serait pas étonnant… Ou, et cela serait plus dommageable, des armes… La seule solution pour trouver la réponse à ces questions, en tout cas, c’est de l’ouvrir ! Il venait de déposer l’objet chez Mathieu, l’ami serrurier, qui lui saurait ouvrir cette satanée valise en deux coups de cuillère à pot, et imaginait en attendant les hypothèses les plus farfelues. Qu’à t-elle donc à cacher ? Des documents confidentiels, ou tout simplement de quoi me rendre riche… Mathieu, après une attente un brin anormale, reparut, la valise entre les mains, fermée.
- Désolé, impossible d’en venir à bout, la serrure doit être scellée, je peux rien faire, lui dit-il.
Sam sentit quelque chose bouillonner au fond de lui. Bon sang, mais quelle sorte de valise est-ce ? Existe t-il au moins une clef ? Contient-elle quelque chose, ou n’est-ce qu’un gag particulièrement idiot ? Il allait vite le savoir. Fini de rigoler. Il faut combattre le feu par le feu. Ou plutôt par l’arme à feu. Sam cachait toujours sous sa commode ce petit 9 mm, en cas de coup dur, et bien qu’il pensât plutôt l’utiliser en cas de tendances suicidaires, le voilà qui allait servir à ouvrir une foutue valise ! Allez, pas la peine de faire de chichis, il inséra deux balles dans l’arme et tira deux coups très précis dans la serrure. Outre le bruit qui lui perça les tympans, le plus énervant fut sans doute l’état trop clinquant de la valise. Sam ria, elle était encore trop parfaite, les deux balles l’avaient à peine effleuré ! Mince, voilà qui lorgne sérieusement du côté du paranormal, pensa t-il, si ça n’est pas déjà fait depuis longtemps…
Il passa la journée entière à essayer d’ouvrir la boîte de Pandore. Fusil du voisin, étau, scie – à métaux ou pas – lime, chute du haut de plusieurs étages, tout y passa, même la sacro-sainte tronçonneuse qu’il avait omis jusque volontairement : il faut être définitivement timbré pour ouvrir une valise avec une tronçonneuse. Le soir tomba, et exténué, Sam entreprit de retourner jusqu’à son travail. Il le fallait. Petite précision : Sam était conducteur de bulldozers. Une fois arrivé là-bas, il monta sur l’engin, et déposa la valise juste devant lui. En espérant que le contenu ne soit pas trop fragile, il avança doucement. Après tout, la valise était désormais sérieusement abîmée, la chance était de son côté. L’énorme véhicule entama la douce destruction de la valise, sur un « craaaacccc » de délivrance. Enfin. Sam descend du véhicule, effectivement la valise est détruite, et, tout euphorique, il s’apprête à enlever les copeaux de ce matériau qui lui aura causé bien des difficultés…Avant de tomber à genoux, stupéfait et abattu : devant ses yeux se trouvait une valise, plus petite que la précédent, et tout à fait intacte.
- Hey, toi, dit Sam au premier homme qu’il rencontra, j’ai un truc sympa pour toi, une valise ça te dit ? Je te l’offre, j’en veux plus, j’ai déjà donné.
Voilà, j´attends vos avis et/ou commentaires
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