Comme on me l´a suggéré, j´aimerais vous soumettre le début de l´un de mes romans. Dtites-moi ce que vous en pensez, merci d´avance.
1 : L’œuf vert
La pluie n’avait cessé de tomber depuis des jours. Des nuages noirs et bas déferlaient en gros rouleaux aussi furieux que l’écume de la houle qui se fracassait sur les côtes déchiquetées. Grelottant sur sa paillasse de crin, le petit Karigan ne fermait pas un œil. Le vent secouait trop violemment la porte de la chaumière en torchis que sa famille avait aménagée quand elle s’était posée dans cette région inhospitalière du littoral nordique.
Son père, le fier Aldrik, était ce que l’on nommait un nomade solitaire. Nul ne l’appréciait au village où il avait pris femme. Un matin, sa haute silhouette hirsute s’était pointée au sommet de la colline, déclenchant une vague d’intérêt ; les étrangers étaient si rares ! Il s’arrêta trois jours, le temps d’apercevoir une blonde jeune fille qui devint sa compagne. Beaucoup s’étonnèrent du choix de la douce Rowen qui, au premier regard, s’éprit de ce géant taiseux, au point de le suivre dès que l’hostilité des habitants s’était manifestée. On ignorait les origines de cet homme taciturne et, si lui les connaissait, il n’en parlait pas. Quand il fut clair qu’Aldrik ne respectait rien de la vie des anciens, ni leurs dieux ni leurs coutumes, on se détourna de lui. Tous furent soulagés de le voir replier son bagage.
Parfois, Karigan osait questionner son père sur les terres qu’il avait parcourues dans son errance. C’était soirée de fête quand Aldrik causait, lui qui avait le verbe si rare. Par ces récits, le petit garçon compléta ses notions de géographie et, curieusement, celles de l’histoire de la Terre également. L’érudition de son père était fabuleuse ! Hélas, lorsqu’il s’agissait du propre passé de son géniteur, la source de renseignements se tarissait.
Pour l’heure, l’époque des périples était révolue. Rowen désirait un second enfant depuis longtemps et prétendait que ces déplacements nuisaient à sa fécondité. La famille s’était donc établie depuis cinq années, déjà. Pourtant, aucun frère ni sœur n’était venu compléter les rangs. La bâtisse abandonnée qu’ils avaient trouvée, leur servit de refuge ; ils se l’étaient appropriée sans que personne ne s’en souciât, tant elle était délabrée. Il existait un village aux environs. Là, Aldrik se rendait en barque quérir des provisions - les légumes surtout manquaient au menu - en échange des produits de sa pêche ou de différents outils qu’il fabriquait ; il était très doué de ses mains. D’ailleurs, pour Karigan, son père était le meilleur dans tout ! N’avait-il pas, seul, restauré la maison, construit son canot et inventé plusieurs instruments novateurs ? Quand il serait grand, Karigan se promettait de lui ressembler, sauf qu’il serait… moins sérieux : cet homme ne riait jamais ! Tout le contraire de sa mère avec qui le garçonnet échangeait souvent des blagues. Lui, du haut de ses dix ans, il était un mélange des deux : tantôt gai, telles les grandes mouettes qui nichaient sur la falaise et dont les cris joyeux les assourdissaient fréquemment ; tantôt morose, perdu dans ses pensées quand il s’interrogeait. Pourquoi son père refusait-il d’habiter le village ? Leur vie serait plus facile au sein d’une communauté ; ce serait amusant de fréquenter d’autres enfants. Depuis leur implantation, Karigan avait accompagné, à deux reprises, son père de l’autre côté du bras de mer. Il l’avait attendu sur le seuil d’une boutique où Aldrik troquait ses marchandises. Une foule de gosses l’avait dévisagé avec effronterie, le nommant de nombreux mots inconnus de son vocabulaire, mais dont le ton le renseignait comme n’étant pas des amabilités. Quel soulagement de voir réapparaître son père qui, d’un geste, avait fait s’envoler la nuée de gêneurs ! Rowen, quand il lui demanda les raisons de ce traitement particulier, lui expliqua qu’on ne les aimait pas parce qu’ils étaient… différents ! Ça, il y avait longtemps que Karigan l’avait compris. Aussi loin que ses souvenirs remontaient, il ne cessait de voyager : d’abord suspendu au dos de sa mère dans un cocon de fourrure, puis à califourchon sur les épaules carrées de son père d’où il embrassait tout l’horizon, pour finalement trotter dans des mocassins de cuir taillés par Aldrik et cousus par Rowen. La plupart du temps, s’il croisait des gens, le trio nomade s’écartait volontairement des autres humains, dressant un abri de branchages et de peaux dans la forêt, pour une nuit - rarement plus - , avant de reprendre son errance.
Quoique très isolé, Karigan n’était pas un ignare ! De sa mère, il apprit à compter et à lire dans les lettres qu’elle traçait sur le sol quand celui-ci s’y prêtait, ce qui n’était pas toujours le cas puisque l’on traversait souvent des contrées où ne poussaient que des cailloux.
La première fois qu’il vit la mer, le garçon demeura béat. Tant d’eau, lui qui n’avait rencontré que des ruisseaux ! En plus de salée, elle recelait une faune sans comparaison avec ce qu’il connaissait. Ce changement de régime alimentaire ne l’avait pas dérangé. Son père, de chasseur, s’instaura pêcheur. Lui, avec sa mère, il courrait sur les rochers pour décrocher des coquillages savoureux ; parfois, un oiseau capturé, par un hasard chanceux, améliorait l’ordinaire. Si les algues fournissaient combustible et verdure, Aldrik jugeait cette monotonie alimentaire néfaste pour leur santé ; il s’était aventuré plus loin, et avait découvert le fameux village. Un matin, il s’y était rendu avec sa femme dans l’intention d’acquérir des étoffes afin de vêtir ce rejeton qui grandissait trop vite ; depuis, la tempête s’était levée.
Karigan savait que ses parents ne se risqueraient pas sur l’eau par un déchaînement pareil. Il avait accepté de rester, seul, à la maison pour surveiller les poules et les chèvres ; ce n’était pas nouveau ! Sinon que, cette fois, il avait vraiment froid. Il aurait dû se montrer plus prévoyant en alimentant régulièrement le feu. Était-ce de sa faute si une bourrasque avait soufflé la flamme pendant qu’il cueillait les branchages et distribuait les graines ? Aldrik lui avait recommandé de ne pas toucher à l’âtre rougeoyant, de peur qu’il ne s’y brûle ou ne provoque un incendie : il avait obéi. Son père rallumerait le foyer dès qu’il débarquerait, mais il tardait. Deux jours s’étaient écoulés, et le garçon se morfondait dans sa triste solitude. Parlant aux animaux en les soignant, il commençait à s’inquiéter. Et s’ils ne rentraient pas ? La mer ne les avait-elle pas avalés comme le lui avait conté sa mère dans les récits dont elle le berçait à l’occasion ? Qu’adviendrait-il de lui, alors ? Devait-il prier Odin ? Ou Thor ? Ces dieux que son père dénigrait, mais que sa mère vénérait en secret ?
Il rassembla les fourrures autour de son maigre corps transi par l’humidité glaciale, et tenta de penser à autre chose. La porte de l’enclos était-elle solidement fixée ? N’avait-il pas négligé une tâche ou l’autre ? Il cogitait ainsi quand il lui sembla que le feu se ranimait. Cette lueur, qu’il percevait, était étrange ; d’où venait-elle ? Pas de l’âtre qu’il entrevoyait noir et gris. Cela émanait… du dehors.
Quelqu’un arrivait-il avec des torches ? Karigan n’était pas pleutre, cependant… Lentement, il se redressa, resserrant les peaux sur ses épaules pour écarter légèrement le sac qui couvrait le volet. Entre les planches disjointes, il regarda. Il y avait bien une lumière qui éclairait l’horizon tourmenté. Qu’est-ce que c’était ? Une étoile filante ? Sa mère lui avait parlé de ces phénomènes du ciel, en était-ce un ? Il observa ce sillage éblouissant qui grossissait à vue d’œil, augmentant tellement qu’il plissa les paupières pour l’observer encore, puis cela s’éteignit brutalement.
─ Elle est tombée à l’eau ! songea-t-il en rabattant le rideau.
C’était extraordinaire ! Il ne manquerait pas de le raconter à ses parents quand… Rappelé à des considérations immédiates, le garçonnet se blottit au fond de son lit où, à défaut de mieux, il pria les dieux de Rowen pour qu’ils guident rapidement ses parents vers leur unique enfant.
Au petit jour, le ciel était complètement apaisé. Un soleil timide tentait même de percer la légère brume qui flottait. Rasséréné, Karigan se prêta à ses ablutions matinales. Son père était strict sur l’hygiène corporelle : par tous les temps, lavage à grandes eaux !
─ La vermine déserte les corps propres, s’entendit-il maintes fois répéter.
La corvée exécutée, le garçonnet enfila ses braies et sa tunique de toile brute qu’il doubla d’une peau de loup fraîchement tannée avant de chercher à s’alimenter. Son quignon de pain avait un goût de moisissure, qu’importe ! Un instant plus tard, débloquant le loquet qui celait la porte, il s’aventura à l’extérieur.
Il visita consciencieusement le poulailler, y chapardant les œufs récemment pondus, distribua les graines et passa dans l’enclos des chèvres. Là, six bêtes attendaient leur traite. Muni du seau, Karigan pressa les pis généreux des caprinés dociles. La bonne odeur du lait frais le faisant saliver, il préleva de quoi satisfaire son reste d’appétit, et porta le récipient rempli dans la remise où sa mère, il l’espérait, transformerait savamment cette provende en fromage délicieux. Les herbes et le foin dispersés, il donna un coup de balai sur la terre battue du logis avant de se diriger vers le sommet de la crête afin d’y guetter l’apparition souhaitée. Fouetté par le vent, il stagna un long moment dans cette position de vigie qu’il quitta pour descendre prudemment au raz des flots. Un panier de branchage calé sous son bras, il entama sa cueillette de bivalves. Son couteau, spécialement conçu par son père, s’activa dans l’extraction des mollusques collés sur les roches. Alléché à la perspective de la soupe qu’il ferait cuire, il suspendit soudain sa manœuvre. Quel idiot ! Sans feu, il ne saurait rien chauffer. Dépité, il faillit balancer à la mer le contenu de sa récolte inutilisable. Si au moins son père lui avait appris… Dans le fond, il l’avait si souvent vu faire, pourquoi n’essaierait-il pas ? Des herbes sèches, les pierres frottées au-dessus, le tour serait joué ! Qui le saurait ? Il remontait la côte quand son regard s’arrêta sur un objet réellement curieux. Qu’est-ce que cet… oeuf fabriquait là, perdu entre deux cailloux ? Trop gros pour être celui d’une poule, il ne correspondait pas non plus à celui d’une mouette. Sa couleur verdâtre, aussi, était inhabituelle. C’était un coup de chance d’être tombé dessus car, par cette teinte, il se confondait presque avec le lichen des environs. Le ramassant, Karigan le jugea bien pesant. Quel animal avait pondu cette étrangeté ? Sans se poser plus de questions, le garçon escalada les rocs pour rentrer dans l’habitation. Déposant son fardeau près du seuil, il s’occupa du foyer.
Quelle semonce, si Aldrik survenait ! Bah ! Une de plus ou de moins, il n’était pas à cela près. La mousse sèche centrée sur les cendres refroidies, il saisit les cailloux particuliers qu’utilisait son père quand il ne disposait plus de baguettes soufrées. Il les claqua d’un coup vigoureux. Une belle étincelle jaillit, l’émerveillant, quoiqu’elle atterrît trop loin du but visé. Le garçon récidiva et, après quelques tests, de la fumée se dégagea du tas accumulé. Soufflant pour aviver ce début prometteur, Karigan prépara le petit bois qui alimenterait son feu naissant. Il s’y prit si adroitement que, rapidement, de belles flammes dansèrent dans l’âtre régénéré.
Good, good, le seul bémol que je pourrai faire concerne les personnages : tu ne nous donnes que quelques adjectifs sporadiquement, on a du coup bien du mal à se les imaginer correctement, un reste d´HP peut-être.^^ Enfin bref, améliore ce point et ce sera quasiment nickel chrome. ![]()
Lu
Bon, je pense que c´est pas la peine de parler du style, il est excellent. Je suis de l´avis Azerty, les personnages manquent peut-être un poil de description , mais si cela vient par la suite, ce ne sera plus un problème ^^
Sinon, c´est personnel, mais je trouve que certaines phrases sont compliquées, alors qu´on pourrait faire plus simple.
Je lirai la suite ![]()
Extrêmement fier de cet exploit, le garçonnet ne consentit à quitter son œuvre qu’une fois le rougeoiement stabilisé. Avec l’eau du tonneau débordant des averses récentes, il remplit le chaudron noirci qu’il suspendit à la crémaillère au-dessus des braises. Ses parents seraient certainement heureux en trouvant une soupe chaude à leur retour. Il estima qu’en s’embarquant sitôt les éléments calmés, dans une heure, au pis, ils seraient là.
Fouillant les réserves, il dénicha quelques bulbes piquants qui parfumeraient son potage, plongea des carottes un peu ramollies d’avoir trop longtemps séjourné dans la remise ; des choux, du sel et diverses herbes que sa mère utilisait souvent, complétèrent sa tambouille. Il y jetterait les fruits de mer, sitôt le canot en vue.
Que faire à présent ? Il inventoria sa récolte en rinçant les coquillages. Ce drôle d’œuf, s’il le battait, fournirait une bonne omelette. Le manipulant délicatement, il hésita à le briser : il était si surprenant ! Son père, lui, saurait de quel animal il provenait. Il décida de ne plus y toucher avant qu’Aldrik ne l’ait examiné.
L’eau frémissait, peut-être serait-il temps de vérifier l’horizon ?
S’assurant qu’aucune escarbille incandescente ne risquait de s’échapper de l’âtre, il abandonna sa marmite pour reprendre sa vigie. Oui ! Sûrement que ce bouchon, qui dansait au rythme des rames maniées par des bras puissants, était celui qu’il attendait.
Le gamin se précipitait vers la crique abritée où la barque accosterait, quand il se rappela qu’il devait ajouter les mollusques à sa soupe. Il rebroussa chemin et, sans remords, les immergea.
Près du rivage, il bouillit d’impatience en marchant de long en large. Dès qu’ils furent à portée de voix, il s’agita, criant de joyeux « Eh, Ho » vers les nouveaux arrivants. Rowen, qui l’avait aperçu, lui rendait ses signes de bienvenues. Bientôt, sans se soucier de mouiller ses braies, il sauta à l’eau pour aider son père à l’accostage final.
- Tu n’as pas eu trop peur, mon chéri ? s’empressa sa mère en l’embrassant à l’étouffer.
- Nous avons été retenus par la tempête. Pas de dégâts, ici ? s’informa son père après lui avoir serré l’épaule.
Karigan affirma que tout était au mieux, et qu’un potage réconfortant mijotait gentiment. Il fallait d’abord assurer le transbordement des colis ramenés par le couple.
Plusieurs navettes s’avérèrent nécessaires pour décharger le canot. Jamais ses parents n’avaient ramené autant d’articles.
- L’hiver sera précoce, annonça la mère. Nous n’aurons peut-être pas l’occasion de retourner au village avant longtemps.
Quand tout fut débarqué, ils dégustèrent la cuisine du garçonnet qui espéra un nouveau compliment pour ses talents. Rowen n’y manqua pas, son père paraissait absent.
- Cette soupe n’est-elle pas délicieuse ? insista la jeune femme.
Son époux sursauta et confirma, la tête ailleurs. Puis, sa cuiller en bois resta en l’air alors qu’il ouvrait des yeux ronds.
- Où as-tu trouvé… ça ?
Sa mine effraya le gamin qui rentra précipitamment la tête dans son col :
- Sur la grève, pendant ma cueillette ; il est original, je l’ai ramassé.
Aldrik se redressa, l’œil flamboyant :
- Et… avant ? N’y a-t-il rien eu… avant ?
Karigan pataugea, ne comprenant pas ce qui lui valait un tel interrogatoire :
- Hier soir, une lumière…
Il crut que son père allait l’avaler quand celui-ci l’attrapa au collet pour crier :
- Quelle lumière ? Comment était-elle, d’où venait-elle ?
Ce comportement était stupéfiant ! Paniqué, certain d’avoir commis un sacrilège quelconque, le gamin sentit des larmes jaillir sous ses paupières :
- Du ciel ! J’ai pensé que quelqu’un venait avec une torche. C’était une traînée de feu dans le ciel. Elle a grossi, puis s’est éteinte.
Blême, Aldrik relâcha soudain son fils qui se tassa sur son banc. Sa mère, lui entourant vivement les épaules, ne mâcha pas ses mots pour fustiger l’attitude de son mari :
- Qu’as-tu ? Ce n’est pas grave ! Kari a pris un œuf et…
- Un œuf ! Comme moi, à son âge…
Sidérés, mère et fils assistèrent à une scène incroyable : Aldrik pleurait !
Rejetant son siège en arrière, il sortit brusquement sans se retourner. Rowen et Karigan, enlacés, l’entendirent vociférer :
- Pourquoi, vous, les maudits du ciel ? Je ne vous suffisais donc pas, vous voulez aussi mon fils ?
Le poing dressé vers le soleil, Aldrik lançait ses imprécations irrévérencieuses, puis s’écroula, secoué de sanglots.
L’épouse pointa un nez timide vers le dehors, pour contempler l’homme effondré. Elle hésitait à intervenir, c’était si inattendu. Son fier mari, lui qui ne disait que de si rares paroles, venait d’en débiter presque autant qu’en une semaine. Et quels mots ! Leur pauvre gamin était terrorisé ; elle-même, très ébranlée. Que signifiait tout cela ? Lentement, elle s’approcha du corps ratatiné dont les gémissements l’atterraient. Sa main douce et fraîche s’appuya, craintive, sur les longs cheveux bruns en bataille, cherchant à apaiser une blessure qui, si Rowen en ignorait la source, s’avérait très profonde.
- Mon aimé, pourquoi tant de peine et de courroux ? Tu terrifies le petit, et…
- Sa peur d’aujourd’hui n’est rien en comparaison de celle de demain !
- Que veux-tu dire ? Connais-tu cet œuf ? Que…
- Hélas, oui ! Si le mien était différent, j’en identifie les signes.
- Rentrons ! Si tu as une histoire à raconter à ce sujet, Kari doit l’entendre.
Le père se laissa guider vers l’habitation. Sans oser regarder son fils en face, il s’affala près de l’âtre, le visage entre les mains. Rowen s’activa, lui fourrant un gobelet d’eau-de-vie dans les doigts pendant qu’elle resserrait son étreinte sur le corps tremblant de l’enfant.
Les yeux vagues fixés sur le feu, lissant sa barbe dans un geste inconscient, Aldrik, d’une voix enrouée, commença son récit :
- J’avais ton âge quand c’est arrivé : dix ans ! Que sait-on de la vie à cet âge ? Moi, pas grand-chose ! J’ai été élevé dans la richesse et l’opulence alors que je n’étais qu’un enfant trouvé, un soir d’orage, sur une plage après un naufrage. J’adorais mes parents qui me le rendaient bien, jusqu’au soir où une lumière est descendue du ciel. Au matin, j’ai découvert un œuf noir. Je ne l’ai dit à personne, le cachant des jours entiers. Puis, il a éclos, un être biscornu en est sorti. Il était de la même couleur que la coquille et, de l’instant où il me parla, ma joie s’envola ; je ne savais plus rire. Ce gnome insolite m’a proposé un pacte : récupérer la gaieté si je le conduisais là où il le voudrait. J’ai accepté. Abandonnant mon univers habituel, j’ai suivi les ordres de cette entité étrangère. Souffrant la misère et la faim, j’ai beaucoup appris en chemin. Ces techniques que j’utilise pour chasser ou pêcher ne sont pas venues seules ! J’ai sué pour les assimiler, c’était une question de survie. Ma quête dura… des années. Sans cesse je m’égarais, ne repérant pas le passage que mon compagnon réclamait. J’ai marché à m’en épuiser forces et moral, quand…
Aldrik émit un hoquet, et se mit à suffoquer. Un tel flot de paroles lui abîmait certainement le gosier ! Rowen s’élança, lui proposant de l’eau fraîche ; il haleta, se releva pour gagner la porte, les mains nouées sur le cou, puis s’effondra, d’un coup.
Karigan s’acharna sur le corps de son père. C’était impossible, il ne pouvait être mort, il respirait encore ! Claques, aspersions d’eau, aucun des efforts déployés ne fonctionna : Aldrik était plongé dans un coma aberrant.
Avec sa mère, le garçon le veilla la nuit entière, sans l’ombre d’une amélioration.
- Pourquoi reste-t-il ainsi ? pleura le garçon. C’est de ma faute, et à cause de ce maudit œuf ! Je n’aurais pas dû y toucher.
Puis, comme si l’évidence lui apparaissait, il bondit :
- Si je le cassais, peut-être...
- Non ! l’arrêta sa mère. J’ai… le sentiment que ce n’est pas la solution. Ton père ne m’avait jamais entretenue de ces évènements ; le fait qu’il soit… endormi pour avoir commencé à nous révéler son secret…
- Tu penses que c’est parce que l’œuf ne veut pas…
- C’est si bizarre ! Sans doute est-il préférable d’ignorer la suite.
- J’en fais quoi, de ce truc ?
- Attendons, nous verrons.
Deux journées s’écoulèrent sans qu’Aldrik ne reprît conscience. Rowen, infatigable, essayait de lui donner à boire ou à manger ; rien ne passait.
Sur sa paillasse, après avoir vaqué à de multiples tâches pour soulager sa mère, Karigan réfléchissait. L’œuf de son père avait éclos, le sien… Fallait-il le couver ? Le réchauffer, au moins ? Le renvoyer à l’eau ? Sans conseil, c’était une grave décision pour un si jeune garçon. À défaut de mieux, au matin en visitant le poulailler, il échangea les œufs de poules contre le curieux don de la mer. Il observa le manège des volailles assez étonnées devant cette énormité. Aucun des gallinacés ne désirant monter sur cet objet, Karigan hésita à l’exposer près du foyer. Une température trop élevée pouvait nuire et le cuire, n’était-ce pas risqué ? Tant pis, il jouerait les couveuses artificielles. L’œuf, enveloppé d’une étoffe de laine, se glissa sous la tunique, à même la peau. De la journée, ce n’était pas difficile, juste un peu encombrant. Puiser l’eau, nourrir les bêtes, ramener du bois, pêcher aussi, tout s’effectuait sans grande gêne. Les nuits… C’était plus ardu car le gamin tremblait d’écraser la coquille en se retournant, si bien que c’est à peine s’il parvenait à goûter au sommeil. Si Aldrik dormait perpétuellement, son fils ne bénéficiait que de peu de repos malgré son épuisement.
- Dans combien de temps père s’éveillera-t-il ? demandait fréquemment Karigan.
- Ce n’est pas un vrai sommeil, soupirait sa mère. Rien ne le sort de là ; je l’ai piqué, l’aiguille ne l’a fait ni sursauter ni saigner. On le dirait pétrifié : une statue vivante !
- Et mon œuf ? Quand éclora-t-il ?
- S’il venait d’une poule, je te répondrais. Ici…
Karigan conserva sa trouvaille contre son corps pendant près d’une semaine, ne s’en séparant que pour les ablutions habituelles. Alors qu’il taillait du petit bois pour alimenter le foyer, il sentit la chose remuer sous sa chemise. Vivement, il la retira de son cocon de laine pour l’apporter dans la pièce principale où brûlait l’âtre.
- Mère, il va naître !
Immédiatement, Rowen lâcha son balai pour se précipiter vers la table où le garçonnet déposa son paquet.
- Pourquoi as-tu pris cette poêle à frire, maman ?
- S’il est méchant, je l’aplatirai avec ! énonça-t-elle fermement.
Dans le fond, ce n’était pas une mauvaise idée puisque l’on ne savait pas du tout ce qui émergerait. Par sécurité, Karigan saisit le tisonnier.
Anxieux, prêts à la riposte, ils observèrent les soubresauts de l’enveloppe verdâtre qui se fendillait de toute part.
- Si je l’aidais à sortir en tapant dessus ?
- Non, c’est peut-être dangereux !
Sans plus un mot, ils se contentèrent d’assister à cette éclosion particulière. D’un coup, un gros éclat se détacha ; l’œuf vacilla. Éberlués, les deux humains se serrèrent la main tandis qu’un corps ovoïde s’extrayait de la coquille. C’était tout vert, mais cela semblait mou. Avec un petit bruit incongru, tel celui d’un bouchon qui saute d’une cruche fermentée, quatre brindilles jaillirent en s’allongeant. Encore un « plop », une petite bille se découpa de ce… corps !
Ça resta là, couché sur la table, sans autre mouvement qu’une très légère oscillation prouvant une respiration.
- C’est petit et… laid ! commenta Rowen, toujours sa poêle brandie. Il ressemble au dessin que tu gribouillais sur le sable quand tu avais quatre ans !
- Une carotte sur patte avec un radis pour tête ! s’ébahit le gamin qui, méfiant, s’empara d’un couteau pour, de la pointe, tâter ce drôle de machin.
Un orifice apparut dans la plus petite bille, et il y eut… un cri !
C’était si aigu que les humains se plaquèrent les mains sur leurs oreilles déchirées. Quand ce son s’arrêta, mère et fils se regardèrent avec effroi. La chose avait donc une bouche qui s’effaçait dès qu’elle se fermait ; elle réagissait quand on la dérangeait. La minute d’après, sans qu’ils le provoquent, le hurlement reprit de plus belle, les faisant grimacer de douleur.
- Pourquoi braille-t-il ainsi ? C’est affreux ! gémit Karigan.
Rowen réfléchit :
- C’est… un bébé, il est possible qu’il ait faim.
- Qu’est-ce que ça mange ?
Même si ça n´est pas mon style de prédilection, j´ai pris du plaisir, et ça c´est bon signe ![]()
Intéressant, assez original, je prédis que l´être vert sera bien plus gentil que ne l´était celui du pauvre père, d´ailleurs, espérons qu´il va se réveiller l´Aldrik...enfin bref, la suite, en tout cas tu confirmes ton talent. ![]()
beaucoup.
Bonne question ! À deux, ils se démenèrent afin de satisfaire cette chose pour qu’elle s’apaise et cesse de vriller leurs tympans par ces vagissements perçants.
Karigan pensa que, sortant d’un œuf, cet animal accepterait, comme les oiseaux, d’absorber du grain.
- Mouds-le, conseilla sa mère. Malaxe une pâte avec de l’eau, ça glissera mieux.
Noyant presque la bille en radis sous la bouillie, rien ne s’avala. Ils essayèrent avec du lait pour un résultat similaire.
- Des insectes ! Certains volatiles en mangent, peut-être en voudra-t-il ?
Karigan partit en chasse, heureux de quitter la maison où ces hurlements lui donnaient mal à la tête. Il ramena quelques cloportes et un ver de terre qui, réduits en purée, ne furent pas plus assimilés. Mère et fils consacrèrent des heures à chercher ce qui rassasierait ce machin bruyant. Tout y passa : pain, viande, poisson, herbe, feuille, bois, sucre et même du sang. Rien ! La chose s’épuisait, l’intensité des cris diminuait.
- Il va mourir, Kari ! se désola sa mère. J’aurais aimé qu’il vive ; il aurait sans doute sauvé ton père !
- Il connaîtrait un remède pour le réveiller ?
- Je l’espérais. Si Aldrik en a élevé un…
- Il lui avait pris sa joie. Je suis prêt à sacrifier la mienne, s’il guérit papa !
Le garçonnet tournait en rond, se lamentant devant l’issue inéluctable. Il se persuada que si cet homoncule disparaissait, son père serait perdu à tout jamais. Comment le nourrir ? Il ne savait plus quoi inventer. Se penchant sur ce corps si bizarre, il l’apostropha :
- Dis-nous ce que tu veux ! Qu’est-ce que tu manges ?
Il était si découragé, qu’une larme coula sur son nez pour tomber, pile, dans l’orifice de la bestiole. Instantanément, le cri cessa. Une… langue vert clair apparut, explorant le pourtour de cette bouche sans lèvres.
- Maman… On dirait qu’il…
- Il boit ! s’émerveilla Rowen stupéfaite. Il boit tes larmes. Pleure encore Kari, il en réclame !
Sur le choc de l’émotion, ce fut facile : les yeux du garçon étaient transformés en fontaine ; la difficulté résidait à viser juste.
Rapidement, l’entité récupéra des forces sous cette pluie diluvienne ; elle semblait grossir à l’avenant. Quand la bouche se ferma enfin, Karigan se moucha un grand coup.
- Il est repu ! constata sa mère ravie. Le tout est de savoir combien de temps, cela durera.
- Il ne va pas brailler ainsi, chaque fois…
- Qu’il aura faim ? C’est très probable. Quand tu étais bébé, je te nourrissais toutes les trois heures au début ; cela s’est estompé avec ta croissance, et…
- Je n’arriverai pas pleurer sur commande ! Essayons autre chose ; de l’eau salée, conviendrait, non ?
À la « tétée » suivante, les humains conclurent à la nullité du procédé. Bien que réchauffé, le liquide saumâtre ne passa pas ; rien ne calmait cette entité hurlante, sauf les larmes fraîchement émises par le gamin. C’était… ahurissant ! Le pauvre Karigan eut bientôt les yeux et le nez rougis par les efforts déployés pour dégouliner. Il en exigeait, ce bidule ! Pire qu’un nouveau-né mammifère. Pour le satisfaire, efficacement, le gamin demanda à sa mère de le gifler ; lui-même, il s’infligea des meurtrissures douloureuses pour obliger ses larmes à sortir. Cela continua des jours et des nuits, avant, qu’enfin, deux ouvertures apparaissent dans la bille supérieure : les yeux de l’homoncule !
Quand les pupilles d’azur de Karigan croisèrent celles, glauques, de sa chose, il se rassura à demi : aucune méchanceté n’y brillait. Le gamin pleura beaucoup ce jour-là, sans trop se forcer ; c’était déjà ça.
Quarante-huit heures plus tard, la créature articula.
Karigan, qui ne s’en éloignait jamais beaucoup, l’avait installée dans un nid de poils de chèvres, à proximité de la cheminée où une douce chaleur régnait en permanence. Le rythme des cris s’espaçant, le garçon pouvait travailler entre ses nourrissages particuliers. Il revenait de sa cueillette de coques quand l’évènement se produisit :
- Kari… Est-ce ton nom ?
Stupéfait, le gamin en lâcha son panier.
- Tu… Tu parles ! D’où viens-tu, qui es-tu, que me veux-tu ? Sauras-tu soigner mon père ?
La bestiole plissa les paupières, apparemment gênée par toutes ces émissions verbales.
- Que de questions ! Une à la fois, s’il te plaît.
Le gamin s’affola, pourquoi sa mère n’était-elle pas là ? Elle saurait, elle, comment interroger convenablement cette chose.
- Elle pêche! déclara l’homoncule en se redressant sur ses pattes si fragiles. Elle ne te l’a pas dit pour ne pas t’inquiéter.
Le gamin n’en revenait pas, ce gnome lisait-il ses pensées ?
- Je fais ça, et beaucoup d’autres choses. Grâce à toi, je suis plus fort aujourd’hui, je t’en remercie. Calme-toi ! Toutes ces paroles qui se bousculent dans ta tête font tourner la mienne. Tu veux des réponses, je te les fournirai dans la mesure du possible. Ton plus gros souci est l’état de ton père, il a enfreint la règle, et subit le sort de ceux qui ont la langue trop bien pendue.
- Il causait peu ! Il a voulu m’avertir et…
- Justement : ceux qui connaissent les Socius doivent se taire ! Désormais, toi aussi, tu resteras muet sur ce qui nous concerne.
- Ma mère…
- Oubliera ! C’est une générosité que nous accordons à ceux qui ne sont pas directement impliqués dans notre quête. Toi, c’est différent puisque tu m’as trouvé et sauvé.
- Mon père ? Le secourrez-vous ?
- C’est à envisager, si tu m’obéis !
- Je suis prêt à tout pour…
- Marché conclu, alors ?
Karigan hésita. Si Rowen avait été là, elle lui aurait assurément conseillé de réfléchir, d’attendre des explications supplémentaires, de… Se doutant qu’il devait décider seul, le garçon dit :
- D’accord ! Si tu sauves mon père, je ferai ce que tu voudras.
La bestiole cracha un petit jet verdâtre par terre, Karigan en fit autant s’empressant d’essuyer ces traces malsaines qui auraient déplu à sa mère.
- Prends un sac, bourre-le de provisions, nous partons.
- Où, que…
- Je t’expliquerai en route ! Tu me porteras car je tiens à peine sur mes jambes. Je suis assez… différent, non ? Je me cacherai quand ce sera nécessaire, il ne serait pas bon que l’on m’aperçoive. Pour le reste… Tu verras.
Sans tergiverser, le gamin s’activa. Une besace dénichée à la remise s’orna bientôt de tout un attirail : vêtements, eau, aliments et outils. Quand il fut paré pour son équipée, Karigan embrassa son père :
- Je pars te sauver, papa. Prie pour moi !
Il souhaitait écrire un mot à Rowen qui s’inquiéterait quand elle constaterait…
- Inutile ! déclara le Socius se juchant sur son épaule. Il vaut mieux qu’elle t’oublie.
Ce fut plus fort que lui, Karigan pleura. Cela plut à l’homoncule qui lui essuya les yeux, puis se lécha les doigts.
- Ne gaspille pas stupidement ma nourriture ! J’espère que tu en as en réserve.
Oh, oui ! Le garçon était si désemparé, qu’il n’arrêterait pas de sangloter avant longtemps.
- Dirige-nous vers le Sud ! La température y sera plus clémente ; je n’aime pas le froid.
Karigan jeta un œil en biais à cette créature nue, d’une vingtaine de centimètres, qui s’accrochait à son col en frissonnant.
- Tu auras plus chaud là-dedans, dit-il en écartant sa pelisse.
Sans un merci, le Socius s’y glissa et se tint coi.
ne m´oubliez pas ![]()
T´inquiète on risque pas d´oublier.
Toujours aussi bien écrit, quels connards ces Socius quand même.
Bon, ben vivement la suite quoi. ![]()
Mieux vaut tard que jamais
2 : L’œuf rouge
Sur la plage de sable fin baignée d’un soleil généreux, une jeune Eurasienne jouait tranquillement. Gloriandre, son seau en plastique calé entre ses genoux, s’échinait à réaliser des pâtés convenables ; ils tiendraient nettement mieux, si elle les humidifiait. Quelle plaie, cette interdiction de s’approcher des vagues ! Peut-être qu’en avançant un peu, là où le sable se gorgeait d’eau, arriverait-elle à construire un vrai château plutôt que cet assemblage informe ? Sa nurse, qui sommeillait sous le parasol, ne verrait rien.
Furtivement, la fillette se glissa, presque en rampant, vers le bord de l’écume qui léchait la côte. Ici, ce serait parfait ! Rapidement, son pelletage s’activa. Le récipient plein, elle le tassa avant de le retourner en tapant vigoureusement dessus, puis démoula prudemment son œuvre. Gagné ! Comme prévu, son édifice résistait ; elle avait eu raison de tricher. Pourquoi ses parents lui refusaient-ils sans cesse d’accéder au rivage ? Quoi qu’ils en disent, elle ne risquait rien, et pouvait s’adonner aux joies d’une solide construction.
Patiemment, elle aligna une pile après l’autre, les reliant par des contreforts crénelés, ajoutant des coquillages aux fenêtres, créant des baies et des portes qu’elle décora selon son imagination.
Tout à sa sculpture, elle ne le remarqua pas tout de suite. Cherchant à améliorer son travail dont la monotonie des couleurs la chagrinait, elle se releva en chasse d’un objet qui trancherait sur ces tons uniformes. Un reflet rouge la fascina soudain. Qu’est-ce que c’était ? Un bout de ballon abandonné ? Une canette de boisson ou quoi ? Cela flottait, non loin, comme un bouchon ballotté par le remous des vagues dansantes. Un œil sur la nounou la rassura, celle-ci dormait à poings fermés ! Ni vu, ni connu, la fillette galopa vers cette étonnante chose si attirante.
L’écume noya ses chevilles, elle ne s’en soucia pas, courant toujours vers l’avant. L’eau lui monta jusqu’au mollet, qu’importe ! Pourquoi le ressac lui retirait-il l’objet dès qu’elle s’apprêtait à s’en emparer ? La taille complètement immergée, à présent, Gloriandre s’inquiéta légèrement. Si elle persévérait, elle perdrait pied. Elle avait pourtant appris à nager… en piscine. La mer, pas question !
Le péril augmentait. Une vague plus puissante faillit la dépasser. D’un bond, elle conserva la tête hors des flots ; toutefois, ses orteils ne touchaient plus… rien ! La limite franchie, la gamine s’affola. Battant des bras et des jambes, dans un beau désordre, elle piqua du nez dans le bouillon. Quel goût affreux ! À demi suffoquée, elle résista néanmoins, en se calmant : si elle parvenait à suivre la cadence, les flots la ramèneraient vers le rivage et la sécurité.
Se contentant de quelques brasses, elle eut le plaisir de voir son plan fonctionner. Elle se laissait pousser, et quand le flux s’inversait, elle contrecarrait la succion par des mouvements opposés. Ce qui l’avait entraînée à cet acte insensé n’était plus qu’à un mètre. Ce serait bête qu’il reste là, alors qu’elle en était si proche ! Dérivant à son rythme, elle le saisit. La manœuvre précédente fut réitérée, elle rejoignit gentiment le sol ferme. Vacillante, épuisée par ses épreuves nautiques, la gamine tituba jusqu’à son château ; elle s’écroula à ses côtés, récupérant lentement de ses dépenses d’énergie. Elle demeura couchée un moment, caressée par la brise et les rayons du soleil qui la séchèrent et réchauffèrent.
Remise de ses émotions, Gloriandre se releva sur le coude pour contempler l’étrange objet qu’elle avait pêché : un œuf… rouge ! Il avait l’air vrai, pas une de ces imitations de plâtre ou de carton dont les vitrines s’ornaient à Pâques. Si ses connaissances ornithologiques étaient limitées par ses dix ans, elle était presque certaine qu’aucun volatile n’était capable de pondre cette bizarrerie au ton si criard.
Qu’allait-elle en faire ? Finalement, il était trop gros pour se caser correctement dans son échafaudage de sable et coquillages. En plus, zut, la nurse s’éveillait :
« Miss ! Il est l’heure de rentrer. Venez, s’il vous plaît ! »
La barbe ! Contrainte, Gloriandre posa l’œuf dans son seau qu’elle emplit à moitié des reliquats de plage avant de, docilement, répondre au commandement.
« Vous êtes trempée ! s’indigna la vieille demoiselle, choquée. On vous a défendu de vous baigner : la mer est dangereuse, même si l’on sait nager ; les vagues sont si sournoises ! Votre mère sera fâchée si elle l’apprend, elle déteste l’océan, et… »
La fillette, habituée à ces exposés, ne les écouta que distraitement tout au long du trajet en voiture qui la ramena vers la ville. Sa maman gonflait le moindre incident ! Pour un peu, Gloriandre aurait été élevée sous cloche afin de la protéger du plus petit tracas. Son père se montrait plus coulant, heureusement ! S’il n’avait pas tant insisté, jamais sa fille n’aurait connu la plage ; la charmante Kim, que James rencontra lors d’une excursion en Chine, la maudissait ainsi que tout ce qui s’y rapportait. Elle souhaitait vivre à la montagne ; lui n’aimait que le littoral. Un compromis s’instaura : six mois dans les sommets, six à proximité d’une côte. Chic !
Bien pratique d’avoir un papa riche à millions. Il disposait de tant de loisirs, déléguait la gestion de ses avoirs à une meute de conseillers et employés, sans autre souci que de profiter du résultat. Gloriandre n’avait, en principe, pas à s’en plaindre puisqu’elle bénéficiait de toute la démesure de l’opulence : instruction personnalisée par des enseignants privés, triés sur le volet, jouets dernier cri, voyages, et confort luxueux à gogo.
Son seul ennui, c’est qu’elle… s’ennuyait souvent ! En aucun cas ses parents n’auraient toléré qu’elle fréquente ces morveux des écoles publiques ou gamins de la rue. Hormis d’autres rejetons, issus d’un milieu identiquement fermé, elle ne rencontrait aucun enfant de son âge. Franchement, cela ne lui manquait pas : elle ne les appréciait pas, et ils le lui rendaient bien. Ils la critiquaient volontiers et, par ses traits asiatiques – yeux bridés, peau mate, cheveux de jais - , elle dénotait un peu trop dans cette communauté si… blanche. Au fond de son âme se consumait le feu de la révolte. Elle ne concevait pas que sa famille jouisse d’autant de privilèges alors, qu’à leurs côtés, une foule de gens, moins nantis, souffraient cruellement. Si elle en parlait avec son père, invariablement, il rejetait ses arguments :
« Ces pauvres, que tu soutiens, en sont là parce qu’ils sont fainéants ! S’ils travaillaient au lieu de tendre bêtement la main, ils comprendraient quels efforts sont nécessaires à produire, pour s’en sortir.
─ Si on ne leur offre pas de salaire correct, comment…
─ Il faut le mériter ! S’ils se montrent difficiles, ce n’est pas de notre faute.
─ Ce n’est pas juste ! Nous avons de l’argent à ne plus savoir qu’en faire, pourquoi ne pas le partager, et soulager…
─ J’ai mon lot de bonnes oeuvres ! Je ne puis, hélas, résoudre toutes les misères du monde. Charité bien ordonnée…
─ Ce dicton n’est pas bon, et… »
Ce genre de discussion se terminait fatalement par la même chanson :
« File dans ta chambre ; tu comprendras quand tu seras grande ! »
Voilà son existence : se plier aux ordres de papa et de maman, en disant « amen » à chacune de leurs décisions. En fait, prisonnière d’un système qu’elle méprisait peu à peu, elle se comparait à un oiseau dans une cage dorée. Existait-il ailleurs, un autre type de monde ? Un royaume où les gens seraient sur un pied d’égalité ? Un univers où la guerre et les médiocrités de la lutte pour le pouvoir seraient ignorées ? Comme elle le souhaitait ! Hélas, personne ne lui en avait jamais parlé.
Aujourd’hui, elle avait enfreint une règle, et en éprouvait une immense satisfaction. C’est donc très fière de cet exploit, qu’elle réintégra la résidence familiale. Elle avait hâte, à présent, de s’isoler avec sa découverte. C’était sa manie : elle ne résistait pas devant un animal en détresse, quel qu’il soit, chat ou putois ! Elle avait pleuré, insisté pour posséder ne fut-ce qu’un chien, en vain. Alors, elle se débrouillait, et soignait du mieux possible ce qu’elle trouvait au hasard de ses virées. Que de savons à essuyer quand Kim apercevait un de ces protégés ! Sa colonie de fourmis avait valsé à la poubelle ; la tortue aquatique dont elle avait rafistolé la carapace avec une rustine de vélo collée de pâte à dentier s’était retrouvée au jardin zoologique ; le rat d’égout manchot n’avait pas bénéficié d’un meilleur accueil. Aussi se montra-t-elle prudente avec son nouveau joujou.
Dès qu’elle en eut l’opportunité, après le repas du soir, elle se réfugia dans sa chambre. Pouvait-on réellement qualifier de chambre cette vaste pièce si douillette ? Un lit démesuré au baldaquin tendu de voiles roses, poufs et coussins à profusion, murs placardés de posters aux effigies de vedettes en vogue : tel était l’environnement favori de la demoiselle chouchoutée.
Qu’importe, Gloriandre n’avait qu’une hâte : sortir l’œuf de son sable. Sous la loupe, elle l’admira. L’épaisse coquille ne recelait aucun dommage, ni taches. Quel animal l’avait pondu ? Pas question de s’en ouvrir aux adultes qui le lui confisqueraient immédiatement. La seule solution, afin d’en apprendre plus, fut de recourir aux moyens modernes de communication. La fillette était passée maître dans le domaine informatique. Elle avait des tonnes de loisirs pour ça et, de fil en aiguille, ses contacts virtuels avec d’autres isolés dans son cas, lui étaient devenus indispensables. Que d’enseignements n’en retirait-elle pas ? L’ordinateur lui ouvrait des portes merveilleuses où ses parents ne pointaient pas leur nez. Les sites médicaux et vétérinaires n’avaient plus de secrets ; c’est par eux qu’elle parvint à s’occuper des bestioles rescapées.
Sitôt sa résolution prise, elle se brancha sur son forum favori, et posa sa question toute simple :
« Quelqu’un connaît-il quelque chose sur de vrais œufs de couleur rouge ? »
Voilà, il suffisait de patienter.
Elle en réceptionna des réponses, plus farfelues les unes que les autres. Aucune ne la combla. On lui conseilla de le casser, de le cuire ; on affirma qu’il provenait d’un dragon ou d’un serpent dangereux, etc. Bref, personne ne semblait au courant ou croyait à une blague.
Ne sachant trop comment utiliser cet objet volumineux, elle le posa sur le radiateur. Elle régla la température aux alentours de celle du corps humain, puis veilla à le retourner fréquemment. En l’attente d’une éventuelle éclosion, Gloriandre poursuivit sa vie de petite fille pourrie : jeux, un peu d’étude, quelques bricolages et balades électroniques. Au cours de l’une d’elles, la fillette reçut un message qui l’intrigua :
« Je suis tombé sur un œuf noir ! Je ne peux en discuter, seulement vous mettre en garde : n’y touchez pas ! »
Quoi qu’elle tentât pour s’instruire davantage auprès de ce mystérieux correspondant, il demeura muet.
Tous les jours, elle observa la coquille de son œuf et, enfin, au bout du sixième, un changement se manifesta. Elle était plongée dans un surf passionnant où elle accumulait des informations sur la vie des gens du dehors ; captivant, mais triste aussi ! Ses idées sur l’inégalité des chances se confortaient par ces explorations. Soudain… Avait-elle bien entendu ? Quittant l’ordinateur, elle regarda le radiateur. Oui, l’œuf bougeait ! Il se secouait tellement qu’il roula brusquement jusqu’au sol où il se brisa en une dizaine d’éclats. Très attentive, la demoiselle contempla la forme bizarre qui émergea. Rougeâtre et flasque, c’était, à tout le moins, une représentation grossière d’un corps humain. Bientôt, une bouche s’ouvrit, et un cri puissant lui déchira les tympans. Paniquée, Gloriandre ne réfléchit pas, essayant d’étouffer ce hurlement qui alerterait ses parents, elle posa un doigt sur cet orifice béant. Ce fut elle qui faillit hurler quand la chose la mordit. Sidérée, elle assista au premier repas de son entité : elle se nourrissait de son sang ! Pourtant, lorsqu’elle contempla son index, pas une trace d’incision n’y apparaissait. Stupéfaite, elle jugea cela dégoûtant et effrayant. Mais si elle voulait que ce truc se taise, que faire d’autre que de lui accorder sa pitance ?
Les jours se succédèrent au même rythme : ponction toutes les trois heures ou cris épouvantables. À force de saignées, Gloriandre s’affaiblit dangereusement au point que se parents s’alarmèrent devant le minois pâlot arboré par leur enfant. Si gaie et pétillante de vitalité, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Averti, le médecin de famille se présenta un soir. Avec minutie, il ausculta la fillette devenue étrangement amorphe :
« Tout signe une anémie ! soupira-t-il en rangeant son stéthoscope. Assez sévère et d’origine… inconnue. Je ne puis que recommander une alimentation riche en fer, et du repos. Quelques examens supplémentaires seront peut-être nécessaires. »
Dorlotée, la malade recouvra un soupçon d’entrain juste suffisant pour, en douce, passer la main dans le placard où un vampire miniature se régalait d’elle.
« Tu me vides, lui souffla-t-elle, épuisée. C’est idiot, si je meurs, tu mourras aussi ! C’est ça que tu veux ?
─ Non ! répondit-il. Nourris-toi correctement, et repose-toi ! Je suis suffisamment développé à présent. Mon organisme se satisfera d’autres aliments. »
Soulagée, la jeune Eurasienne chercha ailleurs de quoi repaître ce drôle de compagnon. Elle refusait de sacrifier des animaux à l’appétit de l’homoncule et essaya, avec bonheur, la viande crue. La bestiole s’en contenta ; elle, elle revécut.
Quand Gloriandre se sentit d’aplomb, elle osa interroger cette bizarrerie rouge qui ressemblait tellement aux dessins qu’elle traçait lorsqu’elle maniait à peine un crayon :
« Qui es-tu ? Que fais-tu ici, à part me pomper ma substance vitale ?
─ J’ai besoin de toi !
─ Pourquoi ? Te nourrir ? J’ai…
─ N’as-tu pas un grand rêve que tu désires réaliser ? Oui, n’est-ce pas ? Je ne me trompe jamais ! Je suis là, pour ça : t’aider à le concrétiser.
─ Tu es un génie ? Un elfe ? Un sorcier… ?
─ On me nomme Rubor, je serai ton Socius. Je réaliserai tes vœux si tu consens à me conduire, là, où je te dirai d’aller.
─ Partir ? Toi et moi ? Je ne connais rien, ou si peu, de la vie du dehors ! Mes parents…
─ T’oublieront ! Tes aspirations ne méritent-elles pas ce sacrifice ? Ne souhaites-tu pas fonder un monde meilleur, loin des injustices et des inégalités ?
─ Si ! Malgré tout, je…
─ Tu possèdes la force, le courage et l’amour ; des qualités essentielles pour y parvenir, à toi de choisir !
─ Et si je refuse, qu’adviendra-t-il ?
─ Tu me nourriras, et tu en mourras. »
Quel choix ! Gloriandre était terrorisée. Quitter tout ce qui constituait son univers ? Ce luxe, cette insouciance… Oui ! Son amour pour l’humanité souffrante l’obligeait à accepter. S’il existait une possibilité de tout changer, elle était prête à la tenter.
T´as eu un petit problème avec les tirets?
Euh sinon, et bien, pas grand-chose de nouveau...toujours ce léger manque de descriptions qui m´agace un peu (à force de lire des récits avec de somptueuses descriptions, j´ai fini par y être drogué^^.
), mais à part ça, du tout bon. ![]()
les tirets sont des caractères spéciaux que ce topic ne prend pas en compte
les descriptions ne sont pas mon fort, c´est vrai. Perso, ça me soule quand il y en a trop
ceci explique peut-être cela.
Ben quand y´en a trop et qu´elles sont inutiles ça me saoule aussi (genre les auteurs classiques (classiques dans le genre "grand auteur", pas dans le sens "du XVIIe") que beaucoup idolâtrent et que je trouve personnellement hyper chiants)
Mais des fois, j´avoue que ça fait son p´tit effet.
Dépend des scènes en fait. Mais je pense que l´oeuf par exemple, tu aurais pu plus le décrire de manière à en faire plus ressortir le mystère et autres.
Mais tu fais comme tu veux bien fûr. ![]()
Je ne suis pas expert en littérature, mais j´ai bien aimé
Et j´ai vraiment hâte à la suite de ce chapitre
..
3 : L’œuf noir
Desmond détestait… tout ! En cette année 2385 où il vit le jour, la Terre ne se rappelait plus que vaguement ce qu’étaient un ciel bleu et des arbres verts. Un horizon gris, poussiéreux, s’ouvrait à ses yeux où nulle joie ne perçait. Des parents, s’il en avait eus, il n’en conservait aucun souvenir. Il errait, de bidonvilles en campements, depuis plus de dix ans. La chasse, le meurtre, n’avaient pas de secret pour lui malgré son jeune âge. Que lui importait de couper un filet de vie ici ou là, il avait plutôt l’impression de rendre service à sa victime. N’était-elle pas débarrassée d’une existence vouée à la misère et à la cruauté ? Desmond, par la force des choses, était devenu un prédateur. Manger ou être mangé telle était la loi de cet univers. Il n’avait pas mis longtemps pour s’en convaincre et choisir son clan. Rusé, menteur, perfide : ces qualificatifs lui convenaient ; curieux, également ! Il se fourrait volontiers dans des situations aberrantes, histoire de tester ses capacités de débrouillardise. Néanmoins, si la majorité de ses sentiments avaient disparu, restait… le rêve !
D’ouï dire en paroles fortuites, il s’était convaincu qu’un lieu recelait plus que les ruines épandues sur ce monde ; il suffisait d’explorer.
Il en avait parcouru du chemin avant d’arriver ici ! Cela faisait bien trois lunes qu’il ne s’était rien mis sous la dent, et la faim commençait à le tenailler. Les guerres, qui ravagèrent cet endroit, suivies des maladies induites ou fortuites, avaient transformé l’ancien éden en véritable enfer stérile et inhospitalier. D’après les on-dit, une porte, un passage existait qui permettait d’accéder à… autre chose. Desmond se moquait de ce qu’il y trouverait pourvu que sa faim s’assouvisse. Il en était au point de sucer des cailloux pour étancher sa soif ; la moindre charogne se muait en festin ! Insectes, pourritures, cadavres, tout était bon pour subsister.
Alors qu’il vagabondait dans ce qui fut jadis une cité prospère, il fouilla les décombres en quête de nourriture. La lumière qui l’éblouit, alluma un fol espoir. N’était-ce pas le signe attendu ? Celui qui le guiderait vers la source de félicités nouvelles ? Il estima la trajectoire de la traînée incandescente, et s’y dirigea vaillamment. Deux journées, longues et épuisantes, sans débusquer de proie, furent nécessaires pour gagner la zone approximative de l’impact. Cette course à la chimère ne signait-elle pas une folie naissante ? Avec la profondeur de son abattement, que risquait-il ? Une désillusion ? Il n’était plus à cela près.
De son pic d’acier, le grand jeune homme noir retourna les pierres et rochers qui lui dissimulaient l’objet. Quelque chose était tombé ! Quoi ? Un météore ou quelque chose de similaire, il en aurait mis sa main au feu ; il devait le découvrir ! Convaincu que sa vie en dépendait, il gaspilla son énergie dans cette quête à l’impossible. Il se décourageait, quand son œil s’arrêta sur un objet tout à fait insolite : un œuf !
S’il n’en avait jamais vu, parfois on lui en avait parlé. Les oiseaux étaient anéantis, ou du moins, c’est ce qui se racontait. Or, voilà une preuve irréfutable qu’un volatile ou un saurien subsistait ! Cela valait bien… une fortune, non ? L’argent classique n’avait plus cours, mais les échanges se disputaient toujours. Avec un truc pareil, Desmond était certain d’acquérir de quoi manger pour plus d’un mois. Aussi, en résistant à l’envie de s’en gaver illico, il ramassa l’œuf qui brillait comme de l’obsidienne sous les rayons lunaires. Dès ce premier contact, le garçon se sentit bizarrement… ému ! Il secoua la tête incrédule. Les états d’âme, c’était bon pour les femelles, pas pour un adolescent mourant de faim. L’objet se casa sous la tunique de cuir rapiécée puis Desmond se faufila de roc en gravats à la recherche d’un abri pour la nuit. Il fallait redoubler de prudence à la tombée du soir : s’il était prédateur, il n’était pas le seul ! Sans une attention soutenue, le chasseur se transformait en gibier, avant même de s’en apercevoir.
Des éboulis formant une sorte de caverne lui offrirent un refuge. Il n’alluma pas de foyer, malgré ce long briquet atomique qu’il avait volé à l’une de ses victimes. Il désirait l’invisibilité, et se tassa dans un coin, l’œuf calé contre son sein. Il s’endormit sans penser au lendemain.
Il faisait grand jour – façon de parler avec cette grisaille perpétuelle – quand il s’éveilla. Il devait manger ! Ses entrailles se tordaient si douloureusement que, pour un peu, il aurait brisé la coquille de son récent trésor afin d’en absorber le contenu. Traqueur, il était ; il se mit à l’affût. Ombre parmi les ombres - sa peau aussi foncée que ses vêtements l’aidant à se fondre dans l’environnement - il se déplaça sans bruit, se coulant d’un tas de ruines à l’autre sans déplacer la moindre poussière. Un feu brûlait, là-bas. Des inconscients se réchauffaient ou cuisaient leur déjeuner, les idiots !
La bave aux lèvres, il leur sauta dessus sans écouter leurs supplications. La clémence était un mot ignoré. Quelques salves de son arme dévastatrice firent place nette. Deux corps privés de vie jonchaient le sol, un bon feu pour les cuire, que souhaiter de plus ? Desmond se régala de la cuisse de la femelle qu’il aurait peut-être épargnée si elle l’en avait imploré. Elle aurait pu servir à un autre jeu… Tant pis pour elle, il la trouva délicieuse quand même. Repu, il éructa bruyamment, étouffa l’âtre qui pourrait signaler sa présence à d’autres de son espèce, et s’allongea, ravi. Prêt à s’assoupir, Desmond ne trouva pas de position suffisamment confortable : l’objet l’encombrait. Il essaya de le déplacer de son giron, toutefois l’œuf semblait décidé à occuper son aisselle. Qu’importe ! Il avait connu pire. Il se prit à rêvasser à l’avenir. En vendant l’œuf, il aurait de quoi survivre des semaines ! Si l’être, qu’il abritait, naissait… N’en retirerait-il pas davantage ? Cela demandait réflexion. Le volatile, devenu adulte, pondrait, non ? Cela créerait de nouvelles sources de revenus… Peu à peu, un plan se dégagea : il ne céderait pas sa découverte, il attendrait.
Les jours suivants, Desmond connut diverses fortunes plus ou moins agréables. Il tua encore un vagabond, se repaissant de leurs chairs avec délectation. L’œuf noir protégé sous sa cuirasse, il s’adonna à la traque et ses surprises, tantôt chanceuses, tantôt désastreuses. Il crut perdre la vie dans une échauffourée contre trois malabars qu’il n’avait pas entendu venir. Ses réflexes, aiguisés par une longue pratique, lui sauvèrent la mise. Belle bagarre ! Son pic lacéra joliment ces pédants qui s’imaginaient le consommer en encas. Avec un bonheur ineffable, il préleva leurs muscles qu’il rôtît avant de les savourer, mettant quelques morceaux à sécher près du feu en prévision de temps plus durs.
Où était donc cette fameuse porte ? Il était certain de ne rien avoir négligé dans les parages. À nouveau ses fouilles reprirent, méthodiques mais… vaines. Lentement persuadé qu’il se fourvoyait, Desmond était presque résolu à quitter ce terrain, quand son attention fut attirée par… une fille ! Il n’avait que seize ans, et déjà beaucoup d’idées sur la manière dont on utilisait les femelles, quoiqu’il ne les ait pas encore expérimentées. Celle-ci déclenchait chez lui quelque chose de totalement inédit. Ce n’était plus la faim de son estomac qui guidait ses pas, mais celle de ses reins curieusement enflammés par cette vision alléchante. Il s’approcha en douce, se confondant avec les pierres et les monticules. Elle était là, penchée sur un sac grossier, une épaisse torsade dorée balayant le bas d’un dos… ravissant. Il avança davantage, évitant les pièges des gravillons qui crissaient sous son pied, se coulant, tel un souffle, vers cette source lumineuse, promesse de tant de délices. Deux autres mâles partageaient manifestement le même avis ; ils fondirent sur la proie ciblée alors qu’il n’en était plus qu’à cinq mètres. De son poste, le jeune homme assista à la bagarre en admirant la fougue de la donzelle. Elle se défendait, pas à dire ! Elle en élimina un, d’un coup de lame en travers la gorge. Le second se montrait récalcitrant et décidé à dominer. Desmond, sans comprendre ce qui le poussait, fonça dans la mêlée. Clic, clac ! Plus d’adversaire !
« Merci ! souffla la fille. Sans vous, je…
─ Ce n’est rien ! C’est normal de s’entraider par les temps qui courent. »
Pourquoi émettait-il une telle absurdité ? Chacun pour soi était la règle !
Cette femelle pleurait de si belle façon, était-ce la raison ? Desmond se sentit obligé de poser la main sur cette épaule frémissante. Avec une gentillesse dont jamais il ne se serait cru capable, il demanda :
« Venez-vous de loin ?
─ C’est un cauchemar ! Tout allait si bien jusqu’à ce que… »
Éliane raconta son histoire. Ce n’était pas banal, voire terriblement intéressant, au point que le garçon la pressa pour obtenir des précisions :
« Tu as passé une porte ?
─ C’est fou ! Je me promenais dans la forêt… un endroit plein d’arbres, pas comme ici et, l’instant d’après, j’étais dans ce désert lugubre. J’ai essayé de rebrousser chemin, je n’ai pas retrouvé la sortie. J’ai été obligée de commettre des choses atroces : tuer des hommes ! Moi qui n’avais tenu que la harpe et la quenouille, j’ai appris à me battre… sur le tas. Mon frère était chevalier à la cour du roi Alfred, je l’avais souvent vu en tournois ; cela m’a beaucoup aidée.
─ Tu cherches l’issue depuis combien de temps ?
─ À peu près une année. C’est difficile de compter, ici ! J’ai heureusement rencontré des gens aimables qui, au lieu de me manger, m’ont nourrie et aguerrie dans les techniques de survie. On m’a prétendu qu’une porte, dans le genre de celle qui m’a amenée dans ce monde, existait au-delà de ces ruines. La nuit tombant, j’ai estimé prudent de m’arrêter. Je reprends la route, demain.
─ Nos buts sont identiques ! Pourquoi ne pas unir nos efforts ? »
Desmond fut enchanté du sourire qui pointa au coin de ces lèvres délicatement ourlées. Il avait choisi d’être un solitaire car, invariablement, dans un groupe, des rivalités survenaient, et les disputes dégénéraient. Il pensait, jusque-là, qu’il aurait plus de chance de s’en sortir en étant seul. À présent, face à cette demoiselle, il révisait son jugement. Si elle l’ennuyait, il l’abandonnerait ou la mangerait, selon le cas !
L’affaire conclue, le garçon décida d’allumer un feu pour cuire cette viande qui gisait à leurs pieds, ce serait bête de la gâcher. Dans les yeux d’Éliane, ces eaux d’une couleur stupéfiante, il lut d’abord l’admiration pour l’utilisation de cet étonnant objet inédit pour elle ; le dégoût remplaça ensuite cette expression quand il dépeça les chairs, mais il ne s’en soucia pas. Si elle jouait la difficile, tant pis !
« J’ai toujours du mal… à m’y faire, déglutit-elle péniblement en mâchant son morceau. Chez moi, c’est péché que de goûter la chair humaine.
─ Que mangiez-vous ? Des animaux ?
─ Oui ! Lièvres, cochons sauvages, cerfs, et les légumes également, étaient au menu ! Quand le roi commandait un banquet, c’était… »
Desmond savoura les paroles de sa compagne autant, sinon plus, que de ce qu’il avait réellement sous la dent. Le doux débit le charmait, ces anecdotes sur un mode de vie, radicalement différent, enflammaient son imagination. Il bouillait d’impatience de découvrir l’issue donnant sur cet univers captivant où chevaliers en armure luttaient pour le ruban d’une demoiselle sans autre souci que chasse et ripaille. Après un tel flot de mots, la soif tourmenta la belle. Sa gourde personnelle, remplie avec les fonds de celles dérobées à ses proies précédentes, ne contenait guère plus qu’une ration saumâtre. Le breuvage était devenu plus précieux que tout, il en restait si peu de sain ! On buvait son urine, et alors ? S’il pleuvait, tant mieux, bien que l’on se méfiât encore, en bouillant ce liquide après l’avoir filtré, si l’on pouvait. Quelquefois une source était détectée. Auprès de ces emplacements de choix s’établissaient des campements qui en gardaient farouchement l’accès, réclamant un prix exorbitant au voyageur de passage. Les abords des fleuves, malgré la pollution, attiraient une faune déguenillée et très dangereuse à fréquenter que Desmond préférait fuir, s’abreuvant en raflant leurs gourdes aux vagabonds croisés.
Il hésita à partager son maigre avoir. Éliane perçut-elle son peu d’enthousiasme ? Elle se releva souplement pour fouiller son paquetage. Ce qu’elle en sortit, provoqua l’effarement du garçon. Quel était cet objet… Du bois ?
« Chez moi, ça s’appelle une baguette de sourcier ! C’est mon bien le plus précieux. Je l’ai fabriqué quand j’ai traversé une région moins hostile que celle-ci.
─ Il existe donc des terres verdoyantes ?
─ Plus beaucoup ! Dans le Nord, quelques-unes. J’aurais aimé y résider, mais des hordes de nouveaux venus ont commencé à tout saccager. Je suis partie dès que j’ai entendu parler de la porte. »
Il observa avec attention la manière dont elle se servait de son étrange bâton en fourche. Elle soutenait les branches, droit devant elle, et marchait lentement, comme guidée par une voix inaudible. Soudain, un frémissement agita le bois qui piqua brusquement de la pointe. Éliane s’accroupit pour, de ses doigts, dégager les cailloux encombrant l’endroit. Intrigué, Desmond s’approcha et l’aida au déblaiement. Il remarqua, incrédule, que la face interne des pierres s’humidifiait à mesure que le travail progressait, puis le fond du trou gargouilla, un ruisseau se forma. Éberlué, il y trempa la main, prêt à avaler ce don de la terre quand sa compagne freina son geste :
« Attends ! La première eau contient des gaz et des impuretés à éviter. Dans un moment, nous la récolterons et la mettrons à bouillir. »
Il s’ébahit du calme affiché par la jeune fille. Assoiffée, elle mesurait son impatience avec tant d’élégance. Il était tombé sur une personne absolument singulière. Un sentiment inédit s’éveilla en lui : le désir de protéger cet être d’exception. Avec une telle compagne, jamais plus il ne connaîtrait la soif, ni l’ennui des heures de solitude, ni la crasse, apparemment ! Cette femelle osa critiquer son odeur et l’engagea à se laver dans le ru formé ; elle lui donna même du savon ! Cela faisait des lustres qu’il en avait utilisé.
« Je l’ai eu… par hasard ! avoua-t-elle avec une mine chiffonnée qui le ravit. La… chair que j’avais cuite était très grasse et a arrosé les cendres. Ce mélange a un pouvoir récurant assez commode. »
Finalement, la propreté n’était pas désagréable, surtout quand c’était Éliane qui s’y soumettait ! Il n’avait pu s’empêcher de la regarder se frictionner, et en était tout retourné.
Dès les gourdes remplies à ras bord, quelques morceaux de viande séchés au-dessus du feu calés dans leurs sacs, ils reprirent leur route.
Desmond n’avait pas parlé de sa trouvaille personnelle, non qu’il crût Éliane voleuse ; malgré tout, il était persuadé qu’elle ne l’apprécierait pas à sa juste valeur. Aussi se contentait-il de couver la chose sous son bras, ne s’en séparant qu’à l’occasion d’un nettoyage.
Ils marchèrent longtemps, s’écartant volontairement des foyers qu’ils virent briller çà et là. Inutile de chercher la bagarre, elle vous arrivait suffisamment vite dessus.
Les jours passèrent gaiement. Ça, c’était également une nouveauté. Desmond, qui ne riait qu’une fois sa victime gisant à ses pieds, se gavait des récits épiques de la jeune fille. Elle ne se lassait pas d’en conter, s’amusant de détails dont elle renforçait la drôlerie, juste pour déclencher son sourire. Éliane… Elle était la meilleure chose qui lui soit échue depuis qu’il était né ! Il ne s’en séparerait sous aucun prétexte ; pour elle, il était prêt à démolir ceux qui la brutaliseraient, il irait au bout du monde affronter les dragons et les sorciers qu’elle décrivait, il ferait n’importe quoi pour la combler : il l’aimait !
Consumé par un feu intérieur, son esprit et son corps luttaient dans un tourment perpétuel. Il rêvait de poser ses mains sur elle, de s’enivrer de sa peau si fraîche et douce. Il n’osait pas lui avouer la flamme qui le dévorait. Elle s’en doutait probablement, sans l’inviter pour autant.
« La contrée change ! » sourit-elle au bout du quatrième jour d’errance.
Effectivement, après avoir cheminé à travers des amas infinis de débris, ils abordaient une terre moins aride où un peu de végétation essayait de verdir.
« Si le soleil perçait, ce serait tellement plus gai ! » soupira Éliane, morose.
Cette vague de tristesse alerta le garçon, c’était si inhabituel.
« On ne découvrira jamais cette fichue porte, elle se joue de nous ! Est-ce seulement la bonne direction ?
─ Nous avons bien avancé ! Tu es fatiguée. Dressons le campement, ça ira mieux après ! »
Les épaules voûtées, la jeune fille s’activa sans enthousiasme. Elle déploya les couvertures et le nécessaire de cuisine avant de promener son précieux bâton en quête d’une source d’humidité. Desmond débusqua des pierres qu’il réunit en tas pour les fondre sous le feu de son arme. Quand elles furent incandescentes, il chercha des yeux sa compagne, et la vit, statufiée, en contemplation du sol. Qu’avait-elle remarqué qui l’oblige à cette immobilité insolite ? Vu sa tête…
Un danger la menaçait, impossible autrement. Couteau brandi, il courut. Il ne fit pas dans le détail ; sa lame siffla. Coupé en deux, le reptile agonisa pendant que Desmond recueillait dans ses bras son amie défaillante.
« Viens… On le mettra à cuire quand tu seras remise ; il agrémentera l’ordinaire. »
Il l’entraîna vers la chaleur du foyer près duquel elle s’effondra, éclatant en de longs sanglots. Troublé, le garçon lui offrit son épaule sur laquelle elle déversa sa peur et ses tourments. Maladroitement, il caressa ces cheveux si doux, murmurant des paroles d’apaisement, le plus tendrement qu’il pouvait. Que ce contact était émouvant ! Elle nichait son visage dans le creux de son cou et, tremblant, il osa lui embrasser le front. Elle releva si vivement sa figure bouleversée, qu’il crut avoir commis une irréparable erreur ; cependant, les lèvres qui cherchèrent les siennes l’emportèrent dans un tourbillon de sensations éblouissantes, tellement enivrantes qu’il oublia toute retenue.
Submergés par une frénésie incontrôlable, les jeunes gens roulèrent sur le sol à la recherche de contacts plus intimes. Soudés l’un à l’autre, leurs mains s’égarant sous les vêtements, ils échangèrent soupirs et serments. Éperdu de passion, Desmond pétrit fougueusement le corps délicieux collé au sien. Il se redressa à demi afin de se délester de son baudrier de cuir et, soudain, grimaça de douleur, les doigts crispés sous son bras gauche.
« Desmond, qu’as-tu ? Mon chéri, je… »
Incapable de répondre, suffoqué, le garçon tenta d’arracher cette cuirasse sous laquelle quelque chose le mordait cruellement.
« On me mange de l’intérieur ! gémit-il. Je ne sais… »
Sidérée, la jeune fille se rapprocha, essayant d’aider son compagnon en proie à d’atroces souffrances. Libéré de la veste, Desmond se tordit en tout sens sur l’herbe rase.
« Montre-moi ! supplia Éliane acharnée sur la main ensanglantée enfouie sous l’aisselle. »
Quand elle parvint à ses fins, la jeune fille se recula, horrifiée devant l’entité grêle et noirâtre qui s’insinuait entre chairs et peau.
« Ça… rentre en toi ! »
Éliane ignorait la manière d’agir. Comment se débarrasser de cette bestiole ? Le briquet ? Trop dangereux ! Il blesserait Desmond. Le couteau ! Elle s’en empara, et hésita. Seules deux brindilles grêles dépassaient de la plaie, à présent. Elle tira dessus, le garçon hurla. Elle planta la lame dans les braises tout en essayant de calmer Desmond qui se griffait furieusement la poitrine où, effarée, elle suivit des yeux le cheminement d’une bosse courant sous l’épiderme. La pointe rougie, elle se saisit de l’arme, la plaquant sur le corps investi. Desmond repoussa cette torture en braillant à pleins poumons. La fille récidiva, mais un revers de poignet l’envoya bouler plus loin. Revenant à la charge, Éliane constata la nullité de ses efforts : Desmond s’était évanoui, vaincu.
« Laisse-le ! dit une petite voix. Il n’a que ce qu’il mérite.
─ Albus, c’est terrible ! Je ne peux pas… »
Émergeant de sa tunique, un gnome totalement blanc grimpa s’installer près de l’oreille de la jeune fille :
« Je t’avais conseillé de t’écarter de ce garçon. Vois où il a failli t’entraîner ?
─ Je… Je l’aime !
─ La belle affaire, s’esclaffa le Socius. S’il réussi sa quête, et toi la tienne, vous vous retrouverez. Maintenant, partons ! »
Éplorée, Éliane hocha gravement la tête.
Combien de temps demeura-t-il inconscient ? Des images aberrantes lui surgissant à l’esprit, il erra entre le jour et la nuit.
La souffrance, il connaissait ! Pourtant, cette impression que son âme s’évadait sans lui, était une première. Une voix exquise et chantante résonnait parfois à ses oreilles, alors il se croyait au paradis ; ensuite des monstres sanguinaires envahirent son esprit égaré. Il s’éveilla d’un sursaut, en nage, complètement seul ! Avait-il réellement vécu ces instants ou rêvé ces scènes ? Une main sur le torse lui prouva qu’il n’avait pas halluciné. Ce n’était pas joli : une large zone était fortement brûlée et une plaie plus profonde apparaissait au milieu des chairs carbonisées. Que s’était-il passé ? Où était Éliane ? Il gardait en mémoire des images radieuses, si prometteuses, puis cette douleur abominable ; ensuite… Elle, armée d’un couteau ! La chienne avait failli avoir sa peau ! Il s’étonna d’être encore en vie. Pourquoi avait-elle arrêté de le martyriser ? Son œuf ? Où était-il ? Se redressant, il fouilla le campement déserté, retournant ses vêtements bien rangés, scrutant chaque pouce de terrain. Rien ! Rageant et pestant, il conclut que tous ces maux n’avaient qu’une même origine : Eliane ! Cette garce l’avait attiré dans un piège. Avait-elle deviné ce qu’il cachait ? Elle pouvait l’avoir aperçu quand il se lavait et, provoquant ce début d’ébats, elle l’avait lâchement dépouillé du seul bien de valeur en sa possession. Si elle croyait s’en tirer ainsi, elle se trompait lourdement. À l’occasion, il lui montrerait qui était le maître, et serait sans pitié !
Voilà! C´est tout ce que j´ai l´autorisation de poster publiquement.
Aurais-tu été publiée ? A quelle maison d´édition ?
je suis en pourparler avec grasset. On verra s´ils m´acceptent ou pas en définitive. Il est certain que si je publie l´ensemble, ils me fermeront la porte
donc...
Grasset n´en a pas voulu
je l´ai proposé à un concours où il a obtenu la 1ère mention spéciale qui lui permet d´être édité par souscription. Quelqu´un sait-il ce que cela signifie?
Je crois qu´il s´agit d´un engagement de parution à la condition expresse de trouver des souscripteurs pour financer son édition. Bref, je pense qu´il te faut trouver un organisme qui accepte de lancer un appel à provision pour un nombre d´exemplaires définis à l´avance. C´est plutôt reglementée comme procédure et elle ne peut être réalisée qu´une seule fois par livre. Quel genre d´organisme ? Mystère... Peut être pourrais tu aller revoir Grasset en te prévalant de la mention spéciale ou te renseigner auprès d´associations littéraires ?
De tout coeur, je te souhaite bon courage!