Voici ma troisième nouvelle. J´espère que les éventuels lecteurs apprécieront.
« - Bonjour, disait la voix forte.
- Bonjour, répondait ma petite voix.
- Tu t’es perdue, petite ? »
S’il savait. Je ne suis pas petite. D’où je viens, je suis la plus forte. La plus grande et la plus intelligente. J’ai déjà six ans. Minable mâles, dire qu’à l’âge extrêmement avancé de quarante ans, ils sont à peine capable d’égaler nos athlètes de cinq ans. Ahahaha. Je trouve plaisant de prendre un air niais devant lui, de le ridiculiser. Je le conforte dans son idée. Après tout, d’après ce que nous savons, nous sommes les copies parfaites des êtres féminins non-aboutis de cette planète. Mais même elles sont minuscules, encore moins puissantes que leurs mâles. Je me demande si elles font semblant de se laisser dominer. Non, je l’aurai remarqué. D’ailleurs, preuve de leur incapacité : la gestation sur cette planète se fait encore naturellement, et elle dure neuf mois ! Quelle blague ! Dire que nos matrices n’avaient besoin de nous couver que deux semaines et trois jours. Plus besoin de cette chose futile que l’espèce de cet endroit appelle maternité. Pouah ! Câlins, mamours, fantaisies. Synonyme d’auto-destruction.
La puce dans mon cerveau, celle qui m’a tout appris, ma vraie « mère » , m’a montré l’Histoire de ma civilisation : la supériorité intellectuelle des femelles a été prouvée voilà des dizaines de millénaires, et aussi loin que remonte l’histoire il en a toujours été ainsi. La première de nos représentantes, celle qui a maté la rébellion masculine, jadis, Mhârg Tacheur, est notre exemple à toutes. Et tandis que je fais mon plus beau sourire à cet homme, ma puce me rappelle que j’ai à déjà six années de vie terrestre, et que j’ai intérêt à m’appliquer si je veux devenir Générale avant d’aboutir à mes dix mille deux cent vingt-sept jours de vie ou de mourir au combat.
Et ça y est, l’invasion a commencé. Ce n’est qu’une formalité. Le test de passage en quelque sorte. Toutes les guerrières âgées de deux mille cent quatre-vingt onze jours de vie devaient se présenter deux heures avant l’aurore dans la salle du télé-transporteur. Il y avait toujours un accident quand les départs étaient si nombreux, au moins cent guerrières, mais ma puce me disait que cette fois, ça ne serait pas moi, et la puce avait toujours raison. Une planète à conquérir, test de passage. Ç’était vraiment une broutille, les guerrières plus âgées conquéraient à elles seules des dizaines de systèmes solaires. Celles qui ne revenaient pas de la mission l’avaient mérité : le faibles étaient écrémés.
Pour l’heure, j’étais seule. Le manque de précision de la machine m’avait mise à l’écart de mes camarades. Je commençais l’évasion de mon côté, regardant à peine ce que je voyais dans les rues. Je marchais et cherchais le centre de la cité, où je proposerais à tous les habitants de se rendre, ou de mourir. J’ai croisé un homme.
De ma petite voix, je le saluais, avant de sourire, de lever la paume, et de faire jaillir l’énergie de celle-ci. Le mince rayon bleus transperça sa poitrine et je vis le corps du stupide mâle s’affaler sans un cri. Pas la moindre méfiance n’avait été perceptible dans ses yeux ou sa voix, pauvre naïf. Les témoins de la scène fuyaient, aucun pour venir au combat. J’en abattait quelques uns histoire de bien établir les règles du jeu, puis entendit arriver enfin les forces guerrières de cette planète. Dans un tintamarre inutile, un véhicule surmonté de lumières criardes venait vers moi. « Police », traduisit la puce lorsque je lu l’inscription sur son côté . Je tirai une salve, le véhicule explosa. Tout à coup, un bang retentit. Mais ce n’était pas le véhicule des guerriers mâles, ça venait de derrière moi. Je me tournai et découvrit une femelle très âgée, d’au moins quarante cinq années terrestres, un morceau de métal au poing, fumant par le bout, sa couleur noire luisant au soleil. Et sans comprendre pourquoi, je tombai. Je sentit comme un feu dans mon dos, très désagréable. Et un liquide rouge, du sang, me dit ma puce, formait progressivement une flaque autour de moi. La flaque atteignit un morceau de cellulose sur le sol. Grâce à ma puce, je lu : « Margaret Thatcher, Premier Ministre du Royaume-Uni de sa majesté la Reine d’Angleterre ! ». Au moins, les femmes gouvernaient ici, moi qui croyait qu’elles se laissaient dominer. Un grésillement me ramena à la réalité : sentant proche ma fin, la puce transmettait ses dernières données avant de s’auto détruire. Tout à coup, la vérité se fraya un passage dans ma tête : Mhârg Tacheur, Margaret Thatcher. Les ordinateurs… Erreurs Coordonnées… Pas espace. Temps… Passé… Mensonge… Mon monde se révélait plus coriace que prévu.
Mes yeux se révulsèrent, du sang sortit de mon orifice buccal, et dans un sursaut d’agonie, ayant réalisé toute l’injustice de l‘Univers, à six ans, je mourût.