Je me nomme déserteur… Je suis ce que certains appels une vermine, un chien, un insecte répugnant, et tous vous diront qu’il n’existe pas de créature plus répugnante que moi sur terre, et je pense sincèrement que tous ont raison. Je ne suis plus qu’un vers qui se trémousse pour une bouchée de pain dans sa cellule froide et humide. La souffrance et la puanteur deviennent mes principales amies : sans elles, je me sentirai bel et bien mort ! Je me nomme déserteur, et mon histoire n’a pas d’importance. Je suis né, je me suis battu, je me suis enfui, et je me suis fait prendre, voilà ce qu’a été ma triste et courte vie de « misérable bon à rien sauf à tuer ». C’était comme cela que tout le monde me désignait autrefois, maintenant je ne suis plus que l’ombre du tueur que j’ai été par le passé.
Je me nomme déserteur, mais plus pour longtemps. J’entends au loin le bruit des bottes de soldats sur les dalles froides, elles se rapprochent, lentement, comme la mort. Arrivés prés de la porte ma cellules, les gardes hurlent des injures, ils entrent en faisant tourner une grosse clé en fer dans la serrure rouillée, puis ils avancent dans le noir, trouvent mon corps allongé sur le sol, et commencent à le frapper, aussi aisément qu’un vieux sac de farine. La douleur explose dans ma tête, je sens mes côtes fêlées se casser dans mon ventre. Je vais perdre connaissance, la douleur devient insupportable. Mais les gardes semblent ne s’apercevoir de rien et ils me transportent dans le couloir, me forçant à marcher en hurlant leurs injures. Cela ne me fait plus le moindre effet, j’ai vécu bien pire. Je me mets à marcher silencieusement, en tenant mes côtes douloureuses : si je dois mourir, autant le faire dignement ! Les soldats me guident le long des couloirs sombres, jusqu’à ce qu’enfin, je découvre la lumière du soleil ! La première fois depuis plusieurs jours. Notre petit groupe hétéroclite se retrouve sur la place du château, devant des centaines de badauds venu assister au spectacle. Les exécutions se font de plus en plus courantes, mais cela n’empêche pas qu’il y ait toujours du monde pour regarder de pauvres bougres dans mon genre se faire décoller la tête des épaules ! Moi-même, j’aime bien les exécutions publiques, du moins je les aimais lorsque je me trouver du côté des spectateurs !
Je m’avance sur la place, suivit de prés par mes geôliers. Je sens un objet mou éclater sur ma tempe, puis un étrange fluide couler le long de mon visage. Les badauds éclatent d’un rire sinistre et bruyant, et d’autres projectiles me sont lancés. Arrivé devant le bourreau, tous cessent brusquement, l’assemblée se fait plus calme et silencieuse. Les gardes m’obligent à m’agenouiller devant un simple rondin de bois et à y poser ma tête.
Je m’appel déserteur et dans quelques secondes je serais mort, et cela m’est totalement égal…