Encore une, aller hop! Celle ci, c´est la première histoire que j´ai écrit et qui en valait la peine (un minimum). Donc elle remonte au début de cette année en gros, alors que celles déjà postés sur le forum remonte à 1, voir 2 mois, mais ne vous inquiétez pas, elle a aussi été écrite avec un pastis aux lèvres et une cigarette au doigt, c´est la tradition!
C´est pas du tout dans le même style que "Orange Sanguine" et "Les Ratons-laveurs", c´est plus sérieux, plus posé.
Au passage, ça a fait chialer ma mère, mais ça n´a rien à voir, elle est très émotive
- Tu m’as manqué mon vieux.
C’est tout ce que j’ai trouvé à lui dire. C’est nul. Deux ans que je l’ai pas vu, et je lui dis « Tu m’as manqué mon vieux ». C’est vraiment nul. Sa réponse l’est encore plus.
- Toi aussi.
Ses cheveux ont poussé, sa barbe aussi. Il a maigrit, ça se voit, il flotte dans son pull, mais c’est surtout les cheveux longs qui m’impressionnent.
- Tu te laisses pousser les cheveux ? je lui demande en attrapant les bagages.
- Attends, file-moi tes affaires.
Il me prend des mains mes deux grosses valises, malgré mes protestations.
- Je croyais que t’aimais pas les cheveux longs ?
Il ne répond pas, il s’allume une cigarette. Depuis quand il fume ?
- Je croyais que t’avais arrêté ?
- Moi aussi.
Puis silence total jusqu’à la voiture. Ce genre de silence pesant, pendant lesquels tu te poses pleins de questions débiles. Comment va le chien ? Et les géraniums, ils ont poussé ? Et la vieille voisine centenaire, elle a fini par claquer ? Et son petit con de caniche hystérique, ils l’ont piqué ?
Il appuie sur un bouton, sur sa clé. Un bip résonne dans tout le parking, les phares de la voiture s’allument. La fierté de mon frère, sa bagnole. On entre.
Putain de silence.
- Tu démarres pas ?
- Maman est morte.
Boom, crac, flagada. Maman est morte ? Arrête tes conneries…
- Maman est morte… je dis.
- Maman est morte.
Putain mais ta gueule, j’avais compris !
- Et…
- Et papa aussi.
Reboom, recrac, reflagada. En 30 secondes, mes parents sont morts. Je n’arrive pas à m’empêcher de penser que la voisine doit être contente… Au bout de quelques minutes interminables, je lui demande :
- Comment ça c’est passé ?
Il répond au tac au tac.
- Assassinés.
Arrête tes conneries. Papa et maman, assassinés ?
- Mais… par qui ?
Il déglutit ostensiblement.
- Si je le savais, je l’aurais déjà… sale chien… putain…
Puis il éclate en sanglots, il chiale comme ça pendant une bonne dizaine de minute. L’espace d’une seconde, il me rappelle un souvenir de jeunesse, quand il avait cassé sa carabine en plastoc. Il chiale comme un gosse. Moi, je pleure pas. Jamais devant les autres. Par contre, je cogite un max, je me demande comment va la petite sœur, ce qu’est devenue la maison, le chien, tout ça. Lorsqu’il a fini de pleurer, il me dit :
- Ca c’est passé y’a un mois.
Quoi ?!
- Quoi ?! Et tu m’as pas prévenu ?
- T’énerves pas, je voulais pas gâcher ton voyage.
T’énerves pas, t’énerves pas ! Facile à dire couillon ! Mes parents crèvent, je suis même pas prévenu, et je devrais rester calme ! Mais merde, j’ai envie de gueuler, moi ! Tiens, je sors, je gueule. Ah quelle vie de merde ! Il sort à son tour.
- Va pas me dire que tu les as enterrés sans moi ? je lui demande.
Il dit rien, je me retourne, il fait non de la tête. Il n’a plus la force de parler. Dans un souffle il dit :
- Demain.
Dans la voiture, tout est calme. J’ai dis à mon frère que je devrais peut être conduire, mais il ne laisse jamais sa bagnole à quelqu’un d’autre. Le décor de la campagne défile autour de moi. Des vaches, des vaches, et encore des vaches. Mort aux vaches, je pense…
La maison n’a pas changé. La façade pourrissante, les herbes folles un peu partout, le chien qui aboie. En sortant de la voiture, il me saute dessus avec ses pattes dégoulinantes de boues, je le vire d’une main. Mon frère va fermer le portail. La voisine passe devant, nous regarde, baisse les yeux puis continue sa route, son caniche au bout de la laisse. On entre dans la maison, et là, c’est le choc. Sur la table de la cuisine, les assiettes sont empilées, des cendriers débordants de clopes un peu partout. Au plafond, des araignées. Par terre, des journaux, des papiers, des couverts. Si maman voyait ça…
- C’est un peu le bordel, je dis.
Lui, il dit rien. Je n’aime pas son silence, il n’a jamais été comme ça. D’habitude, il parle tout le temps, c’est même fatigant. Mais là, ça me manque.
- Un café ? il me demande.
J’acquiesce. Pendant qu’il le prépare, je monte mes affaires dans ma chambre. Elle n’a pas changé, personne n’a du y rentrer depuis que je suis partit. Je lance mes bagages sur le lit, et je sors. Je me dirige vers la chambre de mes parents, j’ouvre la porte, je la referme immédiatement. Trop tard, le parfum de maman a atteint mes narines. Je me mets à pleurer comme mon frère tout à l’heure. Mon frère me prend dans ses bras. Sans me demander comment il est arrivé jusqu’ici sans que je l’entende, je me mets à chialer sur son épaule. C’est bien la première fois de ma vie que je pleure dans ses bras.
C’est ridicule mais putain, ça fait du bien…
Voilà, pour cette fois soyez indulgent, ça fait quelque temps que je l´ai écrite comme je l´ai déjà dit ^^
Qu´en pensez vous?