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Le vol noir des corbeaux

vegetto_fuse
vegetto_fuse
Niveau 10
04 juin 2006 à 00:11:20

Le vol noir des corbeaux

dragon62
Cette dernière explosion nous a précipité, moi, les gars et toute la mitraille sous la boue. La planche qui soutient les quelques tonnes de terres a cédé sous l’impact. Fernand est plus loin derrière moi en train de marmonner quelque chose. Il me semble l’avoir entendu prononcer le nom de Marie, je n’en suis pas très sur.

Pourtant il ne m’a jamais parlé d’une quelconque Marie. Sa mere s’appelle Yvonne et sa sœur Colette. Pas de Marie, non. Peut etre etait il en train de prier. J’en sais rien. Parmis le bruit des canons et des obus qui tombent, j’entends quelques autres gémissements. Mes jambes sont coincées, je ne les sens même plus. Elles ont certainement été broyées sous cette boue. J’entends aussi d’autres bruits, des bruits de pas. J’ai l’impression qu’ils se dirigent par ici. Ce doit etre les Partisans, ils nous ont pas oublié ! Si l’oncle et les collabos savaient ça ! S’ils savaient que notre petit attentat avait lamentablement échoué... Quelqu’un est en train de creuser juste au dessus de moi. Ca ne servira à rien, j’ai déjà perdu beaucoup trop de sang. Je n’arrive déjà pas à ouvrir la bouche, je ne sens plus ma langue. J’ai beau essayer de lui faire toucher mon palet, je touche le vide. Tiens , Fernand s’est arrêté de parler. Lui qui était d’une nature si bavarde. Je me souviens encore lors du bal de Calais.

Fernand et moi étions arrivé en bicyclette. Il y avait René Chatan, le fils du charcutier, Olivier Marteau, le mécano, et quelques autres de l’école Jules Ferry. Fernand avait ramené son vieil accordéon et s’était mis à chanter quelques vieilles chansons que l’on chante à l’occasion. La petite foule l’avait acclamée et la soirée semblait interminable. Tous voulaient que Fernand continue le spectacle.Ce soir là il avait ramenée Pauline, ma cousine, dans sa chambre. Il paraît même que c’est cette fameuse nuit que leur fils Jerome a été conçu. Moi j’étais rentré tout seul, et a pied.Les quelques filles auxquelles j’avais bien pu m’attacher n’était que des vacancières venues passer quelques jours dans le nord du pays. Celles avec qui j’avais également pu batifoler n’étaient que des filles de joies de la maison de passe St Ange. Je n’avais alors que 12 ans lorsque Madame Géras m’a enlevé ce qu’il y avait de plus cher pour ma mère : ma jeunesse, avec au passage ma virginité. Fernand lui avait perdu la sienne ce soir là, au bal de Calais.Quelques mois avant notre engagement dans le mouvement résistant, et avant que le Maréchal ne livre la France aux Bochs, Fernand s’était marié avec Pauline, ce qui faisait de lui un membre de ma famille. Cela renforcait d’avantage le lien fort qui nous unissait lui et moi de puis notre enfance. Tout le monde avait été ravit de la nouvelle, sauf mon Oncle Philipe. Fernand avait un grand père Juif, mais une grand-mère Française L’oncle Philipe avait tout de même peur des représailles Allemandes, et n’avait certainement pas envie de voir sa nièce déportée dans les camps Nazis.

Je pensais avoir vu de la lumière mais non. Je sens des mains qui me saisissent et qui tentent de me sortir de là, rien à faire, je suis coincé. J’entends quelqu’un qui demande qu’on lui apporte des scies. Un autre me dit de ne pas crier .Ils ont tous une pointe d’accent De toute façon je ne peux pas articuler un seul mot. Et puis, je ne les sens plus. Mes jambes, ces mêmes jambes qui, une fois, m’ont permis de m’échapper face à une troupe de soldat nazi à qui j’avais saboté les pneus de leur voiture. Ils avaient beau courir, même à 5 ils n’arrivaient pas à me rattraper. J’entends le bruit des os qu’on scie, mais je ne ressens rien. Je ne pleure même pas. Je ne sais pas si je suis dehors, je ne vois rien. Je touche mes yeux avec les doigts mais je n’ai pas de boue devant. Je suis devenu aveugle, voilà autre chose. Je suis enfin dégagé, on me pose sur quelque chose. Apparemment je perd beaucoup de sang, trop même. J’entends plusieurs voix mais n’en reconnaît aucune. Serait-ce l’armée Française qui aurait finalement décidée de combattre l’ennemi ? Non. Certains parlent dans une langue que je ne connais pas. Je passe ma main sur ma bouche, et je sens qu’il me manque plusieurs dents. Toute la rangée du bas a disparue, celle du haut n´a rien.

- Pierre ! Pierre t’es vivant ?

Tiens, Fernand asurvécu finalement. Je n’arrivepas à lui répondre. Il n’y a que de vaines tentatives de mots qui sortent de ma bouche. Il y a un trou béant dans mon palet. Mais je ne m’en fais pas, la chirurgie fait des merveilles depuis quelques temps. Après la grande guerre, les « gueules-cassées » ont servit d’exemples et de cobayes aux médecins. J’aurais sûrement la chance de reparler un jour. Avec la main droite je lève le pouce comme pour dire merci à mes sauveurs.

- Les Ricains Pierre ! Ils sont venus nous sortir de là. C’est les Américains ! Les Boch sont foutus ! Hitler est foutu ! Tous les collabos vont être fusillé Pierre ! DeGaulle a gagné !

C’est bien la dernière chose à laquelle je pense, notre victoire. Je me demande si ma mère a reçu ma lettre. Si elle a appris que son fils avait décidé de se battre contre l’Allemagne nazie, contre ce foutu Boch qu’etait Hitler, et par dessus tout,contre celui que j’appelais Tonton autrefois, le Maréchal Pétain.

Clof
Clof
Niveau 6
04 juin 2006 à 11:47:02

J´ai aimé ton texte, et je pense qu´il n´y a pas grand chose à dire. L´écriture est fluide, les sentiments sont bien décrits, et le sujet dont tu parles interpel les lecteurs. :ok:

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