Vide, comme une gourde crevée par les pluies acides, laissée à l´abandon par un homme assoiffé et rageur. Son cuir tanné reposait sur du sable chaud que, parfois, venait lécher une eau cruelle.
Eût-elle eu des yeux, peut-être eût-elle contemplé la ligne d´horizon affûtée par les lieues et bordée par une plaque animée et mystérieuse. Eût-elle eu conscience de son statut, du sable, de l´eau, de l´air enfin, peut-être eut-elle achevé sa régression en coupant ses liens avec la cohésion matérielle.
Mais tel n´était pas le cas. Et le temps passait, semant ses dommages avec sa minutie bien inhumaine.
Des civilisations naissaient, d´autres sombraient, mais pour sa part, elle refusait le changement. Elle le subissait, mais elle lui résistait. Elle ne se mouvait pas. Elle ne se mourait pas. Elle ne mourrait pas. Elle était tout comme une gourde, à la différence qu´elle ne pouvait être une gourde qui, à son échelle de conscience dégénérée, si précisément moléculaire qu´à nos yeux au recul acquis elle nous parait insignifiante, finit par mourir à son tour.
L´entité sur la plage ne mourait pas. Recouverte de cuir brisé, lui-même vestige d´une conscience morte, elle ne pouvait mourir. Refusant aux hommes l´apaisement de leur soif, elle ne pouvait que gésir, sans même gémir.
Malheur à celui qui, après deux siècles passés, s´avisera de poser les pieds sur la plage. Car la non-gourde, bien qu´inconsciente de beaucoup de choses, doit son immortalité à une haine dangereuse.
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A une époque immergée par les flots du temps, se dressait une cabane, engloutie par la suite, mais dans d´autres flots. Là vivaient un homme grave et son épouse de pensée, une femme rousse, jeune, douce et belle aux yeux de son espèce ; cruelle et laide pour les autres. Elle brisa son époux, puis séduisit un arpenteur des terres dans le but de satisfaire ses besoins de prédatrice. Mais l´homme était prédateur, et face à ce statut elle lui refusa une chose, et il la brisa. Le prédateur était un homme, et ces deux états l´enchaînaient doublement à une soif mêlant violence et désir. Sa haute conscience se retirait dans l´ombre, une entité malveillante, qui, elle, ne pouvait avoir de nom, ayant envahi et pourri les racines prometteuses mais fragiles de l´essence humaine.
Il laissa là la prédatrice, la tête tranchée, mais cette dernière était condamnée à une fausse vie, rongée par un brasier allumée par l´entité malveillante qui, en un temps encore plus reculé, avait suivi Fol à travers une porte d´essence pour atteindre la Terre.
Le temps passa, l´océan prit les devants, et la suivante de Fol fit germer ses graines d´inconscience. Cependant, elle se fit victime de son propre jeu, en se dissolvant dans le vide d´intellect qu´elle avait semé.
Mais des fragments de son essence subsistèrent. Aujourd´hui encore, on les trouve dans un crâne, recouvert d´une peau malsaine, trop peu altérable pour être honnête.
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Chaque nuit, des papillons bravent les éléments et la distance pour barrer le chemin de la plage aux humains imprudents, et ignorants de l´appel que la chose qui y réside leur a lancé.
Les ancêtres veillent sur nous dans la limite de leurs moyens. Nous sommes précoces, nous sommes l´avenir, mais nous sommes naïfs, car jamais auparavant aucune conscience vivante n´a subi les assauts d´autant d´ennemis essetiens.
Nous sommes comme des enfants, et de fait nous avons besoin de protection. Nos ancêtres nous protègent. Il est impératif de savoir qui ils sont. Et ils ne sont pas loin.