Le vide se dressait devant moi. Une larme perlant sur mes joues abandonna mon corps et plongea dans l’inconnu. Bientôt, je la rejoindrais, là où le mystère demeure, où la mort est un nouveau chemin.
Quand j’y repense, peut-être que c’est mieux ainsi ! Pourquoi eut-il fallu que je naisse comme ça : gros moche, con, insociable, que je vive, simplement ?
Le néant allait-il devenir la seule échappatoire ? Y aurait-il vraiment quelqu’un là haut pour m’accueillir, me prendre dans ses bras et m’aimer, moi qui ai tant pêché, tant été un martyr ?
Une nouvelle larme perle. L’espace d’un instant, j’imagine une âme bienveillante la recevoir, l’attraper dans le creux de sa main, et se demander pourquoi elle existe : qui donc peut-être malheureux à ce point ?
A-t-on vraiment le droit de vivre si ce n’est pour fuir le bonheur, à moins que ce ne soit le bonheur qui m’ait fui. Quand j’y repense, j’imagine le regard de cette mère qui m’a abandonné, d’un père violent et ivre, de la triste école où personne ne voulait de moi. J’aurais pu avoir le sourire, on m’aurait rabaissé ! La vie est si moche ! Au début, j’ai toujours voulu être quelqu’un comme les autres, aimer et être aimé, écrire un livre de fées et d’elfes, et être envié par tous. Suis-je incapable d’affronter la réalité ? Suis-je simplement condamné à mourir jeune ? Je fume, je bois, je me réfugie derrière l’hypocrisie du barman qui m’accueille avec son habituel sourire, enviant mes billets verts.
Et puis ? Et puis rien ! Et puis mon père est mort, et je suis mort avec lui ! Cet ivrogne, ce déchet de la société, ce violent, ce moi ! J’étais son accident, j’étais le spermatozoïde lancée dans la course folle de la vie quand maman n’a pas pris ses pilules, l’erreur de sa vie, mais son erreur chérie, le visage en trop dont l’apparence semblait lui brûler les yeux ! Putain de vie ! Je mérite de jurer ! Ah, si vous saviez ! Quand on a vécu la peine, elles sont peu être les seules en qui on peut avoir confiance : les putes, les poufiasses, les péripathéticiennes, les maso-suicidaires, celles qui ont supporté mon ventre pesant avec sourire pour me terrasser de l’intérieur ! Ah les salopes ! Ah les traîtresses : elles m’ont donné un peu de gaieté, et maintenant, la vie me réclame son du. Je vais mourir mon ami ! Je suis rongé. Mon visage est couvert de boutons purulents, ma peau est rose et mes mains tremblent ! Je regarde le vide, un instant, l’air qui me caresse est si doux, si frais. C’est la fin, la fin de la symhonie ! Adieu le néant, bonjour