Il reste apparemment plus grand monde, mais enjoy à ceux-ci^^
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Jaren réfléchit un instant avant de se décider :
- La cité de ma vision semblait assez étendue, bien plus que les villages du Désert. Nous devrions nous rendre plus au nord, dans la capitale.
- Salendom ? hoqueta le jeune troll.
Il voulut objecter, mais les mots lui parurent soudain vides de sens, lointains, inaccessibles. Désobéir reviendrait en effet à se fier au Présent, ce démon immortel, au sourire aussi ravageur que son esprit était versatile, qui vous abandonnait sur un coup de tête aux plus terrifiantes des situations. Malgré cette cruauté insigne, celui-ci n’éprouvait jamais le moindre remord, puisqu’il ne préméditait pas ses méfaits, et parce que de toute manière, la responsabilité en retombait toujours sur son valet, le Passé, espace infini de calamités et de Mort dans lequel la plupart des mortels s’imaginent stupidement avoir commis leurs erreurs. Les rouages s’imbriquaient à merveille : dès le malheur arrivé, le Présent passait à autre chose. Le Passé dévorait tout, et les non-initiés ne pensaient même plus à blâmer le vrai coupable.
S’il n’y avait pas matière à s’offusquer des choix de la Destinée, c’est qu’elle les puisait dans le Futur, une créature candide, idéaliste, encore vierge des laideurs de l’existence, qui ne mentait pas, ne piégeait pas, ne communiquait pas. On avait baptisé son seul intermédiaire le « Dé d’Avenir », mais il ne s’agissait que de cette même Destinée, sous une de ses formes matérielles. Elle seule s’opposait volontairement à son frère malfaisant, elle seule offrait quelques garanties de sécurité. Une solution. Toutefois, malgré la confiance qu’il lui accordait, Edesah ne concevait pas que l’on puisse trouver deux personnes précises, sans les avoir jamais rencontrées auparavant, dans une cité qui en comptait plus de cinquante mille.
Jaren s’était retourné, attendant sa réaction.
- Dépêchons-nous, murmura-t-il simplement. Ce n’est pas la porte à côté.
Ils acquiescèrent, puis se mirent en route en silence, attentifs aux bourdonnements de la faune, aux mouvements de la flore. Le sentier qu’ils empruntèrent avait été recouvert de graviers, mais la nature commençait à y reprendre ses droits : l’herbe envahissait chaque interstice, et les plantes les plus hardies y plantaient crânement leurs tiges rigides. Les ouvriers salennais négligeaient l’entretien des voies praticables dans le Désert d’Emeraude depuis des siècles, car il s’avérait plus facile d’atteindre Allâgh, le seul lieu commercial au sud de la chaîne de Nhojad, en naviguant sur la Mer de Cristal. Il en résultait tout un réseau pavé à l’abandon, qui aurait prêté à rire si sa construction n’avait coûté la vie de plusieurs milliers d’esclaves, aux temps du redouté Salennor Ier.
Les seuls villages qui parsemaient ces étendues se barricadaient derrière des palissades de fortune, suffisantes pour décourager les bandits errants. La confiance qu’on y accordait aux étrangers était proportionnelle à leur capacité à se tenir le plus éloignés possible de ces fortifications, quelles que soient les circonstances, et il ne fallait pas s’attendre à y trouver un semblant d’hospitalité. La population se constituait la plupart du temps d’hommes-lézards exclusivement, mais il arrivait que certains ogres reconvertis, las de leur existence dangereuse sur les grands chemins, y soient intégrés ou fondent leurs propres communautés. Certes, la consanguinité les vouait à elle seule à l’extinction, mais en outre, leur taux de natalité s’amenuisait au fil des ans, car les jeunes valides désertaient sans regrets leur campagne natale pour tenter leur chance à Salendom, ou dans les royaumes alliés voisins. Certains devenaient aventuriers : Tragol le brave, un des compagnons du légendaire archer Chardellis, avait, un soir de chansons enivrantes et de joie imbibée, avoué malencontreusement ses origines peu enviables. La majorité passait toutefois une vie misérable, à l’instar du reste des citadins. Prendre soin de leurs sujets n’avait jamais fait partie des préoccupations principales des tyrans de Salen.
Jaren et Edesah serpentèrent entre les collines, ménageant leurs montures, ne s’engageant dans une ascension que lorsque la situation l’exigeait. Ils ne croisèrent personne, parlèrent modérément, sans se déconcentrer, et s’ennuyèrent sans doute passablement. Une journée ordinaire.
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Bonne soirée et merci aux commentateurs. Chapitre 1 achevé d´écriture, et bientôt achevé de postage. J´entame le 2 en revenant à la maison, c´est-à-dire lundi prochain.