Bon, j´ai déjà posté cette histoire sur mon recueil, mais force m´est de reconnaître que personne ne l´a lu là-bas. Pourquoi est-ce que je la ressors, elle, alors que tant d´autres moisissent au fond de mon topic oublié ? Pourquoi elle ?
Je l´ai nommé, sur un autre forum, "l´ami". Or le texte de scarfy y ressemble. C´est donc une simple association
(de malfaiteurs)
d´idées à la con. Ala.
Enjoy, il y avait un moment.
Trompé ;
Mon ami, ce qu’il en reste, est allongé là. Salle d’hôpital tout ce qu’il y a de plus classique. Il est dans un sale état. Un océan de plâtre, de bandages et de draps mêlés d’où émergent quelques îles de peau tuméfiée. L’éléctro je-sais-plus-quoi fait bip dans son coin. Régulièrement.
Je l’appelle. Il ne répond pas. Il est dans un coma de type trois, je crois, Glasgow12. Sympathique.
Mais quelle idée aussi… Il n’aurait pas dû traverser de la sorte. Il n’aurait pas dû franchir la limite. Il est bien avancé, à présent, dans son lit blanc dont il ne sortira jamais. En tout cas pas en vie.
Peu m’importe qu’il ne puisse m’entendre. Je lui parle.
Salut. Tu te souviens de moi ? Tant mieux. Tu… tu as fait une connerie, sais-tu ? Une belle. Mais errare humanum est, comme dirait l’autre, n’est-ce pas ? Se tromper est humain… et toi aussi, tu es humain.
Saleté de race.
Tu es fini, mon ami. Je t’ai raté avec ma voiture, mais plus maintenant. Je me suis errare un fois, pas deux. Dommage. On aurait pu rester amis, vois-tu, mais non, il a fallut que tu viennes foutre la merde. Avec elle. Je ne puis te le pardonner. Mais vois comme je suis charitable. Tu es ici, pour ainsi dire, sur ton lit de mort, à attendre qu’elle consente à te cueillir de sa grande faux. Dis-toi qu’elle est en vacances, et que je suis pour toi le moissonneur.
Je me lève. Sur la table de chevet s’entassent un nombre incroyable de produits aux noms tous plus simples les uns que les autres. Un en particulier attire mes yeux. Légèrement bleuté vu d’ici, mais peut-être n’est-ce que le verre de la bouteille. Morphine. Voilà. La potence de mon ami est presque vide. Je lui fais le plein et règle au maximum le débit.
Puis je me dirige vers la porte. Un bruit étouffé me parvient alors que mes doigts se referment sur la poignée d’acier froid. Il se réveille. Merde. J’ai horreur quand ils font ça.
Je reviens auprès de lui, dégage sa tête des couvertures et lui assène un bon coup de chaise. Sa peau n’étant plus qu’un gigantesque hématome, qui verra la différence ? Je le dissimule à nouveau.
Je roule vers chez moi. J’ai mal au crâne. J’ouvre la fenêtre de quelques centimètres et m’allume un sèche. Il fait frais, l’automne déjà pose ses marques. Les routes sont désertes. Tout le monde dort. Je préfère cela.
Je me gare devant ma maison. Les graviers crissent sous les pneus. Je claque la portière un peu plus fort que je ne l’aurais voulu. Je suis passablement énervé.
Ma femme m’accueille les bras ouverts. Je fais comme si je ne savais rien et lui réponds pareillement. Elle me demande ce que je veux pour ce dîner, je lui dis que je vais m’en charger. Étonnée. Pas l’habitude. Je me rends dans la cuisine pendant qu’elle reste au salon pour s’occuper de ses papiers de je ne sais quelle affaire juridique.
Bon, au travail. Pour ce soir, mélange de couteaux effilés sauce au sang. Faisons dans la simplicité. Celui-ci ? Trop large, pas assez long. Ca peut-être ? Oui. Oui, il convient. Je l’appelle, prétextant un besoin d’aide. Lorsqu’elle arrive, je la saisis par la taille et pénètre lentement sa peau de ma lame. Elle a l’air étonnée. Je remonte tout doucement, et là elle commence à hurler. Un peu trop fort à mon goût. Je la laisse suivre la loi de la gravité et allume ma chaîne HI-FI. Un truc calme. Je ne sais pas trop ce que c’est. Du Korn, du HIM, je m’en fous un peu à vrai dire.
Je reviens dans la cuisine. Elle a arrêté de crier, et sanglote douloureusement sur le carrelage qu’elle empourpre bien malgré elle. Je la redresse et l’assieds sur une chaise. Elle gémit. Je crois que sa plaie lui fait mal.
Il ne fallait pas me tromper. Et surtout pas avec cet enfoiré de connard de merde de meilleur ami. Toutefois, je suis sûr que tu ne recommenceras pas. Bien plus que certain. J’arrache sa chemise, blanche à la base, et contemple son anatomie. Pas dur de comprendre pourquoi l’autre tache en a profité. Je remue le couteau à la manière d’un bâton de joie. Elle n’aime pas cela.
Je me place derrière elle, les mains sur ses fines épaules. Sa peau est toujours aussi douce. Je la caresse. Puis mes doigts viennent prendre appui sur son menton et sur le haut de son crâne. Je lui murmure que je la retrouverai bientôt là où elle va. Elle tousse et crache du sang. Je tourne d’un coup sec. Le craquement, mélangé à la musique d’arrière plan, est tout ce qu’il y a de plus sublime. Je recommence, mais les vertèbres déjà déboîtées ne produisent guère plus de bruit qu’un poignet dans une porte. Je reste encore un peu, la caressant, lui embrassant même le cou. Mais elle refroidit. Toucher un cadavre n’est pas plaisant outre mesure, et serait même sans intérêt sans la satisfaction apportée par le meurtre en lui-même. L’épithélium je l’ai dit perd de sa température, et la chaire devient flasque. Les yeux, au contraire, s’opacifient d’une façon extrêmement jouissive. On dirait des globes oculaires de poiscaille. Ou de flic, comme vous voulez.
Je récupère le couteau. Le sang, une fois qu’il n’est plus mis sous pression par le cœur, ne fait que suinter d’une manière si morne, si lente, si déprimante que je préfère en détourner ma vue. Je balance le corps, non sans avoir une dernière fois palpé ses formes, dans une petite marre très profonde derrière chez moi. Je l’ai creusée moi-même, et un certain nombre de macchabées y font la sieste. Je glisse. Merde !
Dans la flotte. Il fait noir, je n’y vois plus rien. Où est la surface ? On dirait qu’elle s’accroche à moi, qu’elle me tire vers le fond. Mais elle est morte, non ? J’en viens à douter. Mes poumons me brûlent. Je n’en peux plus. J’avale une longue gorgée d’eau vaseuse. Dégueulasse. C’est la dernière chose qui me vient à l’esprit. Cette flotte est dégueulasse.
[Je précise que j´étais jeune lors de l´écriture de ce texte, et que les recherches sur le côté "médical" sont assez faibles. Toutefois, si vous avez quelques info ou corrections, je suis preneur.]