Ils roulaient dans une somptueuse berline en direction de la base militaire BA-658. Marc avait le visage collé contre la vitre droite et ses yeux fixaient uns à uns les arbres défilant. Son père, Claude, sifflotait tranquillement et tenait le volant d’une main. Le trajet n’avait duré que dix minutes lorsqu’ils arrivèrent à l’entrée du complexe.
Le véhicule stoppa devant la barrière et la vitre s’abaissa. Un garde à l’uniforme impeccable demanda à Claude ses papiers. Le jeune homme les lui rendit aussi vite et leva l’obstacle.
Un quart d’heure après, ils étaient tout les deux au niveau huit de la base. Claude ouvrait les rapports et les feuilletait avec vigueur. Le colonel confia son enfant à un sergent et lui indiqua une pièce où l’emmener. Marc suivait le sous officier avec un encombrant carton entre ses mains. Après une interminable marche à travers des couloirs sinistres, ils atteignirent la salle. Le bambin y entra et installa son jeu alors que le militaire prit une chaise puis la posa devant la porte. Marc posa les éléments de sa boite « La chimie facile » sur les tables en acier.
Le colonel, assis dans son large siège en cuir, reprit le dossier « 54671-45487 », plus communément appelé dans le service « A demain ». Il se rapprocha de son bureau en chêne et débuta une lecture assidue du document. Les minutes fuyaient, des vagues d’inquiétudes naissaient sur sa peau grasse et la peur de l’inconnu venait de se faufiler sur son visage tendu. Après avoir examiner avec efficacité les papiers, il se leva brusquement et se dirigea avec empressement au niveau sept. Il trouva de suite l’ingénieur Jorio responsable du projet pour le questionner sur le sujet.
« - Bonjour Jorio.
- Bonjour mon colonel, je suppose que c’est à propos de mon rapport ?
- Oui, vous êtes sûr de ce que vous avancez ?
- Malheureusement oui.
- C’est affreux. Avez-vous une explication ? Une hypothèse ?
- On peut imaginer tout et n’importe quoi. Qu’on n’ait pas trouver de signe de vie de notre espèce n’est peut être pas le synonyme de sa totale disparition.
- Ils se sont enterrés ? Ils sont partis sur une autre planète ?
- On n’en sait rien, on n’a pas vu de structures pouvant nous faire pencher en faveur d’une de ces thèses.
- Pensez vous qu’on puisse envoyer certaines de nos hommes, avec l’équipement adéquat pour y enquêter ? Les drones qu’on envoie ne suffisent plus et je crois qu’on peut envoyer le prototype construit récemment.
- Oui, mais il faudra pendre toutes les précautions nécessaires mon colonel.
- D’accord, faites les préparatifs. On peut être prêt dans combien de temps ?
- Deux ou trois heures au pire. Le plus difficile n’est pas l’aller mais le retour. Vous pensez y envoyer qui ?
- Deux personnes, une de votre département et un militaire au cas où. Notre machine nous limite et il faut faire attention. J’ai choisi le sergent Paul Fite et vous ?
- Johan Teroa, ingénieur sur l’électronique.
- A dans deux heures Jorio. »
Claude Ruio Ordonna de bloquer les niveaux sept, huit et neuf. Il appela le sergent Paul Fite et lui expliqua sa mission. Paul étudia succinctement les plans de l’engin et s’entraîna avec sa combinaison nucléaire-bactériologique-chimique. Il passa à l’armurerie pour prendre un fusil d’assaut, une arme de poing pour son équipier et des munitions.
A midi, après avoir mangé, l’équipe était réunie et les derniers préparatifs s’achevaient. La tension devenait palpable et sous les yeux du colonel et du responsable de projet les supercondensateurs finissaient leurs charges.
Le signal fut donné et ils allaient faire, Paul Fite et Johan Teroa, un bond de trois cent cinquante ans dans le futur. Une épaisse fumée se dégagea des moteurs électromagnétiques et l’appareil ne fut plus visible. Un éclair verdâtre et une déflagration caverneuse sonnèrent le glas de leur présence.
Les instruments de poursuite subtemporelle restaient en contact et le voyage semblait se dérouler parfaitement.
« -Ici 2356, nous sommes bien arrivé. A vous 2006.
- Ici 2006. Bravo à vous. Bon courage pour votre mission 2356. Prochaine transmission dans une heure.
- Ok 2006, merci. A dans une heure. Fin de transmission. »
L’angoisse dans la pièce s’était diluée avec l’annonce de la bonne arrivée, mais ils restaient tous très inquiets et curieux sur le résultat de la mission. Où était l’humanité ?
« - Sergent, tout va bien ? Pas évanoui ?
- Non, un peu sonné. J’ai l’impression d’avoir eu le crâne dans une machine à laver… Et vous ?
- Un peu comme vous. Nous sommes bien arrivé.
- Vous avez vérifié ?
- Oui avec la datation de l’environnement et une observation de quelques étoiles.
- Nous pouvons débuter notre mission. Prêt ?
- Oui
- Activation de l’ouverture de la porte intérieure du sas.
- Voila
- Vous avez tout pris, même votre arme ?
- Oui
- Fermeture porte intérieure du sas. Ok. Ouverture porte extérieure du sas. »
Les deux hommes s’extrayaient de la capsule brûlante et fumante. Une fois en dehors, ils contemplaient avec innocence le paysage offert. Ils marchaient vers une ville située à quelques kilomètres. Pendant ce déplacement, aucun des deux n’avait trouvé d’élément hostile à la vie. Quelques insectes visibles et deux ou trois rongeurs les rassuraient.
« - Paul vous voyez ce que je vois ?
- Oui c’est fou. Rien n’est détruit. Tout est sans vie. Rien de casser. On dirait que rien n’a changé… On entre ici ?
- Oui bonne idée le marchand de journaux.
- C’est ouvert.
- J’attrape un journal pour voir quand tout a cessé.
- Alors ? Pourquoi cette tête ? Montre moi !
- Bordel ! C’est dans une semaine. Tu t’en rends compte ?
- C’est incompréhensible. Il faut se dépêcher. J’appelle la base en urgence. »
La communication fût faite et le colonel avertit ses supérieurs hiérarchiques. Le complexe militaire était en alerte maximale et tout le personnel attendait le retour de mission.
Le sergent et l’ingénieur fouillaient la cité dans le but de trouver des indices. Une explication à ce qu’il s’était passé d’affreux. Ils n’avaient vu aucun corps pour le moment et aucune trace de lutte. Johan Teroa désespérait de trouver une fraction de vérité dans ce monde, leur avenir.
«Johan, on n’a plus d’oxygène. Il faut rentrer. Faites quelques prélèvements avant qu’on parte. »
L’ingénieur opina de la tête et s’exécuta. Ils se retrouvèrent à côté de la boule d’acier recouverte d’une couche de diamants ultra fine. L’écoutille s’ouvrit et le sergent pénétra à l’intérieur. Johan Teroa se retourna une dernière fois…
« - Regardez sergent, cette nuée. Qu’est ce donc ?
- Je ne sais pas. Je suis impressionné, mais je ne suis pas inspiré que…
- Ils foncent sur nous !
- Vite venez ! Dépêchez vous ! Plus vite ! »
Le bourdonnement colossal devînt puissant, s’abattit sur la machine temporelle et la peur des deux hommes grandit de même. Le sas fût fermé et ils lancèrent la désinfection. Paul se jeta dans la pièce et se cogna contre le tableau de bord. Johan referma vivement la porte derrière lui. Ils prirent les deux sièges et se reposèrent quelques instants. Ils croyaient avoir passé le danger mais des petits bruits de grignotements emplissaient l’engin et leurs esprits par la suite.
« - Merde, le communicateur ne marche plus. J’entends que des grésillements et il n’y a aucun signal.
- Tu entends ? J’ai l’impression qu’ils vont bouffer la machine.
- Ce n’est pas une impression et je n’ai pas envie de la vérifier. On part le plus vite qu’on peut d’ici.
- Je ne m’y opposerai pas. J’enclenche les turbines. Prêt ?
- Oui. Les indicateurs sont stables. Chargement…
- Maintenant ! »
« Colonel ! Vite ! Ils reviennent ! »
Claude assis dans la salle de commandement fût surpris, ils étaient en avance et pire n’avaient pas prévenu. Quelque chose s’était passée.
Un vrombissement infernal annonça le retour de l’expédition à travers le temps. L’équipe technique se jeta sur l’engin pour le refroidir et en sortir l’équipe, qui s’avait perdu connaissance. Des brancards les emmenaient dans le centre de soin. Des insectes gris s’envolèrent de leurs combinaisons sous les yeux effarés du colonel et des soldats. Ils comprirent, trop tard, que ces animaux venaient du futur. Ils s’étaient enfilés dans tous les recoins, les corridors, les pièces et la ventilation.
La panique envahit ce niveau et les gens se battaient pour les combinaisons nbc. Les bestioles ne semblaient pas agressives et encore moins dangereuses, mais il fallait prendre des précautions extrêmes. Le colonel lança l’état d’alerte à l’attaque bactériologique et il courut pour sauver son enfant.
Il ne lui restait plus que cent mètre et il voyait la pièce où son fils jouait dans la ligne droite. Une dizaine d’insectes y pénétrèrent inopinément. Claude hurla de rage et se rua. Une explosion retentit dans la salle et le militaire gardant l’entrée fût propulsé contre une paroi. Le colonel s’avança dans la fumée et essaya de trouver Marc. Il était couché sur le sol, inerte. Son père l’attrapa et le secoua. Aucun signe de vie. Une tâche noire se détacha sur son cou, il semblait avoir été piqué. Le colonel ressentit une douleur affreuse dans son dos et s’effondra.
Ainsi débuta la fin de l’humanité.