Histoire écrite en alternance avec un ami. C´est assez délirant dans la forme et dans le fond.
Le Dieu Mouche.
Chapitre 1 : La quête de l’exil.
Paragraphes 1 à 4.
L´actualité est un ennemi qu´on ne peut fuir. Comme un viseur toujours braqué sur moi, un oeil numérique qui me toise de haut, le présent me suit sans retard, il me colle à la peau. J´imagine que j´ai pas à me plaindre, il y en a pour dire qu´il me va bien. Mais si à l´autre bout du viseur, se trouvait un fusil? J´imagine bien un vieil homme, alangui derrière sa gâchette... Un sniper ancestral sur lequel les secondes glisseraient sans jamais le toucher, et qui attendrait depuis le tout début, à bord d´un satellite. Toujours à veiller, depuis que la première forme de vie unicellulaire a fait son apparition, dans les abysses noirs d´un océan.
Si j´étais trop égocentriste, je me dirais qu´il n´est braqué que sur moi, mais j´essaie de me dire que tout le monde doit avoir un viseur braqué sur lui... Je n´ai donc rien d´exceptionnel à ses yeux, mais pour me consoler je pense au fait que moi j´imagine son existence; si j´avais raison ça ferait de moi quelqu´un de très lucide.
Je réfléchis donc aux possibilités: Il peut y avoir plusieurs snipers, chacun à bord de son satellite, avec son fusil braqué sur un individu. Ou alors il peut y avoir plusieurs snipers à la chaîne dans un seul satellite. Mais j´ai plutôt envie de m´imaginer un être allongé dans un siège, avec un grand oeil composé de centaines de milliards de petits yeux, chacun rivé à un viseur; et avec des mains rendues douces et froides au contact du métal de tant de manches, des mains qui voyageraient de gâchette en gâchette avec une dextérité surnaturelle, comme les mains d´un pianiste...
.. parfumé par le temps, aux doigts longs et aux ongles ´coupe bébé´ pour ne pas griffer l´acier qui hurlerait. Ne pas faire de bruit, ne pas laisser de trace. C´est le crime parfait, l´hypothèse du réticulé. Ce n´est pas tant ce point rouge et froid sur mon front qui me dérange. C´est cette imminence du visé, l´ironie du sort, le quand même et le pourquoi pas qui m´afflige. Je devrais peut être oublier la proximité de ce tireur a l´affût, oublier le sursis, déchiffrer l´éphémère, mais le codage est trop parfait pour le décrypter. Je vire à droite, à tribord. J´use ma grand voile pour me laisser le temps de répéter le cycle. Mais tout est linéaire et ma fuite sans issue ne peut se perdre que dans des horloges figées. Qu´importe je suis libre pour un aussitôt, un souvenir, un instantané, une pellicule noire irradiée par mes désirs. Venez, embarquez, lâchez l´ordinaire, optimisez votre futur. Je suis le négociant de votre infortune. Partagez-vous à bord et laissez-vous guider sur mon océan de fleurs en papier comme celles que l´on trouve dans les cocktails trois étoiles. Mon souhait est irréel et ma passion marquée par mon identité. Mais pour dire NON, je suis le meilleur, croyez moi, faites moi confiance pour ça. Soulagez vos débits, passez entre les deux, oubliez les flashs cosmiques. Entrez dans ma mémoire indivisible. Je navigue depuis bien des temps dans les territoires anonymes, j´y ai vu l´arche de Tanahooser, des friches à la dérive, de grands vaisseaux en flamme, le peuple nomade de Carnish, le dernier horizon et tant de choses encore. Je sais bien maintenant que ces doigts virtuoses à la gâchette facile ne peuvent me suivre sur ces contrées la. Ou es-ce...
Ou est-ce que, dans une autre hypothèse, le dieu mouche n´a que faire de me suivre? Son oeil fractionné ne doit voir que la séquence "c´est ton heure je tire tu meurs". Lui reste peut-être la distraction à peine amère de choisir ses balles, entre balles cancer, balles infarctus, balles accident... Au final je ne me plaindrais pas de ce laser rouge constamment entre mes deux yeux, cette lumière ne ferait que me regarder, ne me surveillerait pas, me laisserait libre. Mais, parfois plus fataliste, je me dis que le dieu mouche est loin, infiniment loin, et que ses balles mettent un temps fou à nous parvenir; un temps fou, disons, toute une vie. Il ne s´embarrasserait pas de me braquer en permanence, non, il aurait, grâce à un cerveau prodigieux, calculé toute ma vie, rien qu´à poser son oeil douloureusement divisé sur le nourrisson que j´étais. Il aurait prévu tous mes actes, anticipé chacun de mes déplacements, démasqué toutes mes intentions... Et il aurait tiré à l´endroit précis où je me trouverai au moment qu´il aura choisir pour être celui de ma mort. Peu importe les ramifications que je prendra entre temps, quoi que je fasse je serai au rendez-vous lorsque son tir viendra m´intercepter. Peut-être même que c´est moi qui marche à sa rencontre. Je sais que la possibilité d´une esquive de dernière minute est impossible, il aurait vu cela en moi; et pourtant, je suis partagé. Je suis tenté de ramasser le plus de choses possibles sur le bas-côté de la route, m´enrichir au maximum avant que n´arrive l´instant ultime. Comme tout homme. Et d´un autre côté, j´ai envie de parier... J´ai envie de rester le plus leste possible, pour au dernier moment, éviter le projectile qui en ce moment même fend l´espace, pointant vers le bout de mon chemin. Je suis conscient de mon audace, mais le prix à gagner est conséquent, et ferait frissonner même les plus humbles... Un deuxième destin, voire l´immortalité.
Alors, je passe un regard terne et glissant sur le paysage...
Alors, je passe un regard terne et glissant sur le paysage qui m´entoure au quotidien, je ne suis plus dans l´idéal oublie et la pertinence de vouloir éviter la fin en me persuadant que dans mes songes, mes rendez-vous fictifs j´atteindrais les limites de l´inévitable. Décrétant qu´en m´éloignant de l´ordinaire, je finirais bien par dépasser la distance, m´effaçant ainsi de son programme. La punition du réel est exemplaire. J ´arrondi mon optique et m´accorde à cet axiome primaire. Mais je ne m´avoue pas vaincu pour autant. Je continuerai à voyager sous ces pôles parallèles, là ou le temps s´est abolie de lui même. Là ou tout est possible, aléatoire et furtif. Dans cette infinitude intemporelle ce projectile fractal s´y trouve forcement. j´ai passé bien trop de temps à vouloir décrypter le pourquoi sans aucun résultat et je n´ai plus le loisir d´en perdre. Ma quête est démesurée et l´issue improbable. je n´ai qu´une chance sur rien de trouver cette explosif à effet retard. Et même si au coin d´une pensée, dans une transe, dans un moment d´éloignement extreme je repère cette balle organique, que se passerait-il ? faut-il que je m´en inquiète ? non, cette rencontre est si peut plausible que je sais bien que le Dieu Mouche marquerait un arrêt face à cette préséance conquise, il serait bien obligé de m´offrir un minimum. Un deuxième tour de manége, une seconde chance, une autre vie en bonus. Mais je refuserai ce deal. Un autre destin préfabriqué ne m´intéresse pas. De plus je n´ai aucune confiance en ce Dieu psychopathe. Il a sûrement prévu cette éventualité. Un projectile dormant serait réactivé et ma renaissance serait de courte durée. Une nano seconde de vie, pas plus. Alors quoi ? que peut-il me donner d´autre ? il est inconcevable qu´il puisse abandonner à jamais une de ses prérogatives et me laisser libre de mon destin, libre de choisir le quand et le comment de ma fin. En est-il seulement capable ? je ne le crois pas. Le Dieu mouche n´est probablement qu´un prestataire de service, un sous traitant, un commis qui encaisse les impayés. Alors la dernière exigence que je pourrais formuler serait de revendiquer mon droit à savoir le pourquoi avant de mourir. Il ne pourra me donner satisfaction ne le sachant pas lui même. Il devra consulter son supérieur, cela le mettra dans l´embarras. C´est déjà ça de gagné. Il me mettra en stand by dans un espace temps figé, une salle d´attente vide, sans sommeille, sans besoins, sans envies, privé de toutes émotions, bref, une salle d´ennui et de supplice, plongé dans un coma conscient pour une éternité d´attente. Mais que tout ça est loin de mon existence! Je suis toujours vivant et quoi qu´il en soit je m´en félicite. Peut être que...
Prem´ ?
Bon :
Texte d´une remarquable qualité. Je reste pantois devant le vocabulaire que tu emploies. Chaque mot est parfaitement à sa place, et par là les phrases sont d´une rare beauté. Un style assez... libre ? Quelque chose comme cela, oui. Des phrases entecoupées d´un chapitre à un autre, des questions, des exclamations. Superbe.
Peut-être t´en doutes-tu, mais il est frustrant de ne rien pouvoir reprocher. Ainsi le veut l´Humain, n´est-ce pas ?
Je pourrais te parler de l´aération des paragraphes, un peu compactes à mon gout. Cependant, ceur compactage entraine la vitesse, vitesse primordiale et vitale à ce récit, qui ne peut - qui ne doit - pas s´arrêter, ne serait-ce que pour reprendre son souffle.
Quoi alors ? Je n´ai pas fait d´analyse très très poussée, au mot près, mais je ne crois pas que j´aurais de toute façon réussi à déloger le clandestin.
Rabattons-nous sur ce qu´il y a et non sur ce qui manque. C´est petit et mesquin, mais bon , tu m´as cherché avec ta stupide perfection
Les points d´interrogation. Il sont suivis d´une majuscule - même si notre ami Word ne la met pas automatiquement. Au moins as-tu pensé aux espaces, ce qui est généralement génant dans les textes, s´ils ne sont pas respectés s´entend. On peut éviter de mettre une majuscule losque une part seulement de la phrase est interrogative ou exclamative. Je t´aurais bien pondu un exemple mais nan, pas à cette heure-ci.
Pour ce qui est du scénario, comme tu l´as dit il me semble, il est assez délirant, d´une manière que j´aime - que j´adore : on suit le narrateur qui vogue sur ses pensées, en l´occurance des pensées tourmentées et folles (ce qui n´est pas pour me déplaire non plus)
Voilà. peut être reviendrai-je sur cela dans un avenir proche - à la lumière du second café matinal par exemple - mais pour l´heure force m´est de m´incliner. Rien à redire ou presque.
J´attends la suite avec la dernière impatience.
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j´aime bien la chute, quoique c´est peut-être pas une chute.
Texte très agreables à lire, vous en avez bcp d´autres comme ça ?
Paragraphes 5 à 7.
Peut-être que l’on se dit à l’extérieur que je ne suis qu’un vecteur d’organes, un moyen de locomotion sans pilote ; un corps sans conscience, du fait de mes yeux vides et de la virginité de ma mémoire. Car je n’ai retenu que bien peu de visages, je n’ai choisi que ceux des rares vagabonds rencontrés par inadvertance dans des dimensions parallèles. J’ai retenu ces visages et ces paysages là, mais je ne garde de ceux du monde que la bribe présente qui défile devant moi. J’ai du voir bien des choses sans en regarder aucune, car j’ai appris à verrouiller mon esprit à ces assauts extérieurs. Ils se heurtent à la barrière, rebondissent et sombrent dans l’oubli. Je deviendrai au fil du temps si peu matériel et tellement léger que je pourrai moi aussi rebondir sur la conscience de mes congénères, quand bien même il n’y aura aucune paroi. Alors je pourrai visiter cet endroit merveilleux et infini, cette réserve où est stocké tout ce qui est perdu sans aucun espoir de retour. De ce port d’attache j’aurai accès à beaucoup plus d’endroits, tout en étant sûr d’être invulnérable. Je me jouerai du dieu mouche en lui adressant un signe de main de temps en temps et en disparaissant peu après, laissant le viseur vide sans qu’il s’en rende compte. Quelles seront ses frustrations quand son supérieur viendra l’inspecter et lui désignera ce fusil pointé sur rien, bougeant au rythme du destin qui aurait du être le mien. J’accumulerai les peines que le réel voudra m’infliger, il notera tout sur un papier qui s’étirera à l’infini, faute de pouvoir m’attraper. Je deviendrai peut-être un dieu moi-même, je régnerai dans les ténèbres de l’oubli, accepterai ce que je désirerai et condamnerai le reste au réel. Je deviendrai…
Je deviendrai un accident prémédité, un hasard calculé. Condamné à être libéré, regardant sans être regardé. Alors, nostalgique, j´errerai dans les coursives de l´aliénation pour y retrouver mes demis frères, ceux qui au regard des corruptibles sont hors séries et incompatibles. Ils seront mon seul lien avec la chair. Ils seront le seul langage compréhensif pour mon déséquilibre vainqueur. Car c´est bien une fêlure, une fission mentale qui m´aura permis d´échapper au réticulé du Dieu Mouche. Ils me diront ce que je sais déjà mais avec une musique différente, une mélodie que je n´avais pas su entendre. Eux ils se sont bien moqués du Dieu Mouche ou peut être ont-ils eu la sagesse de vouloir parier sur autre chose, fixant avec une telle désinvolture le projectile qui leur était destiné qu´il en était devenu inoffensif ou négligeable. Ils ont choisis un autre canal, un non à une vie sous contrôle pour un oui à un libre parcourt. Je ne sais toujours pas si c´est le Dieu Mouche qui a déprogrammé sa visée ou si c´est eux qui dans leur instabilité volontaire ont crée une troisième sortie, une nouvelle équation que ne peut lire la trajectoire de la course. Je suis bien trop dans mon abstraction maintenant pour tout comprendre, il va falloir que je m´y fasse, que je me retourne de temps en temps pour ne pas perde pied, cette indépendance gagnée m´a peut être coûté plus cher que je ne le croyais. Bien qu´étant sûr d´avoir gagné la partie, je me laisse une marge, je sais que c´est dangereux le Dieu Mouche y pourrait écrire des mots contaminés par le doute. Je prends le risque d´une balle furtive, je sais bien qu´au moindre faux pas je récupérerai instantanément ma vulnérabilité. Je pourrais me contenter de ma victoire, mais elle a un goût amer. Un peu comme si derrière ma certitude d´avoir échappé à la matière il y avait encore un fil si fin qu´il m´est invisible et je ne sais s´il est dangereux ou nécessaire. J´aimerais croire que...
J´aimerais croire que c´est moi qui, à l´entrée de ce monde ténébreux, en ayant encore peur à l´époque, avais laissé ce fil d´Ariane "au cas où". Je ne pouvais alors m´imaginer ce qui m´attendait. J´aurais déjà été déçu de ne trouver qu´une impasse derrière ce portail, mais j´aurais encore pu m´en accommoder. J´aurais depuis oublié cette anecdote dans un souci de légèreté. Et cette hypothèse est possible, je veux m´en convaincre. Dans l´urgence mon tri mémoriel est parfois maladroit; il est fort possible que j´aie jeté ce souvenir par inadvertance. Mais je ne peux m´empêcher d´avoir peur. Je pense n´avoir plus à craindre des projectiles du moment que je continue de m´en méfier. Le regard du Dieu Mouche ne peut voir à l´intérieur de la caverne noire où je suis entré. Même s´il avait repéré le passage et s´il se mettait à tirer au hasard dans la pénombre il ne pourrait m´atteindre. Car ce n´est pas une route qui permet d´accéder à cette vaste fissure temporelle où je me promets de régner; c´est un dédale complexe auquel la trajectoire rectiligne d´une balle ne peut s´adapter, quels que soit l´angle de visée et le talent du tireur. Je n´ai donc qu´à rester suffisamment profond dans l´oubli pour être hors de portée de son fusil.
Il n´empêche que je ne suis pas totalement en confiance avec ce fil. Je ne pense pas que les humains sauront le voir, mais si jamais... J´aurais du mal à tolérer que ma terre promise devienne une attraction, à tolérer tout simplement ne plus être le seul à y errer. Et ce n´est pas la pire hypothèse. Au fond je me refuse à croire que le Dieu Mouche soit si impuissant, j´en serais même déçu quelque part. Il doit avoir bien plus d´un tour dans son sac, des solutions de rechange pour combler les failles du système. Il a sûrement des serviteurs... Peut-être enverra-t-il des assassins qui n´auront qu´à remonter le fil pour venir me retrouver et corriger l´erreur.
Plus effrayant encore, peut-être que le supérieur du Dieu Mouche lui-même, exaspéré de mon insolence et de l´incapacité du Dieu Mouche, l´enverra en personne pour me traquer. Il le remplacera pendant ce temps au siège du tireur et accomplira sa tâche avec un génie bien plus époustouflant encore que le Dieu Mouche, pourtant déjà un virtuose. Il sèmera un chaos plus que parfait, la destruction la plus magnifique, donnera à la violence un charme irrésistible, un style divin qui transcendera complètement la notion d´une simple mort.
Comme quoi mon entreprise n´est pas sans risques, même si une telle mort serait une bénédiction comparée à toutes les autres.
Mais au fond...
Pour la bonne cause
et contre le flood.
Merci Hari_Seldon pour le up et à Chris et Deathstone pour les critiques.
Deathstone, tu n´as peut-être pas remarqué, et d´ailleurs c´est tant mieux que ça ne t´ait pas frappé, mais je ne suis pas tout seul, j´écris cette histoire en alternance avec un ami, un paragraphe sur deux.
Chris, non ce n´est pas une chute, le premier chapitre fait 12 paragraphes, le second est en cours d´écriture et en comporte 3 à ce jour.
J´espère avoir d´autres avis avant de poster la suite.
J´aviais noté que vous étiez deux, mais bon, à un seul texte une seule critique, je n´ai pas eu envie de me compliquer la vie. Sinon, effectivement on ne sent pas qu´il y a plusieurs auteurs.
Paragraphes 8 et 9.
Mais au fond de mon antre, dans cet asile profond, je ne me sens pas en péril. C´est cette distance crée entre moi et le Dieu mouche qui me donne l´avantage, comme si j´avais pris de l´avance sur le temps, gagné en altitude, marqué l´écart. Ce n´est pas tant ce bunker flottant qui me préserve, c´est plutôt son accès. Quand bien même le dieu mouche en personne tenterait de me surprendre, usant de stratagèmes occultes, il lui sera bien difficile de suivre ce fil que j´ai laissé traîné part dépit ou par inconscience. Il se verra confronté à un labyrinthe en perpétuel mouvement, obligé de jouer avec mes propres règles dans un jeu où il ne pourra qu´être perdant, dénué d´humour et de fantaisie il s´y perdra forcement. Je ne suis pas absolument certain que dans cette chasse acharnée le Dieu mouche me laissera la victoire aussi facilement que je ne me l´imagine. Mais je ne peux croire en sa réussite, je me suis donné bien du mal pour atteindre cette préséance pour quelle me soit fatale. J´ai toujours voyager léger, sans encombres mais aussi sans attaches. Je ne regrette rien, j´ai bien oeuvré et je suis prêt à assumer mon décalage pourvu qu´il me soit libérateur. En tout état de cause je ne suis pas mécontent de devoir me confronter au dieu mouche en personne, c´est peut être une étape nécessaire et je l´attends de pied ferme. Je suis même bizarrement attiré par cette rencontre, un peu comme s´il devait absolument y avoir un vainqueur et un vaincu pour qu´enfin cette lute prenne un sens, comme si cette inévitable bataille était une initiation, un passage obligatoire, la clé pour un plus loin, un ailleurs inconcevable que je ne peux encore comprendre. De plus je ne veux pas être en perpétuelle fuite, acculé aux parois de mon refuge, condamné à fabriquer de l´éloignement entre le Dieu mouche et moi dans un éternel recommencement. Il faudra bien que j´en finisse une fois pour toute et même si mon optimisme est illusoire, si le Dieu mouche me terrasse, je sais bien que je n´ai pas d´autres choix que d´aller au feu. Peut être même est-il déjà en train de préparer le champ de bataille à son avantage en alourdissant cette microgravité si chèrement payée par des attaques psychiques, soumettant mon esprit à la question. Alors il faut que j´évite les doutes, les pourquoi et les comment. Je sais bien que c´est là mon point faible et mon adversaire le sait aussi. Il est grand temps de réunir mes forces et de faire l´inventaire de mon arsenal. J´ai dans mon paquetage quelques surprises pour le Dieu mouche. Dans mes rencontres parallèles, j´ai appris à jongler avec de la matière étrange, j´ai été le témoin de l´oracle aux pieds nus, le peuple nomade de Carnish m´a initié au secret de la musique cantique, me laissant par sympathie une arme d´une puissance phénoménale qui pourrait bien me donner la prérogative. Mais pour...
Mais pour l´activer il me reste encore à faire. Avant d´assembler mon fusil il me faut trouver ses constituants. Je pourrai assurément obtenir la plupart des pièces dans la décharge mémorielle, mais je suis certain qu´il me faudra un projectile bien spécial pour venir à bout du Dieu Mouche. Je dispose des partitions de Carnish et je peux les traduire, je connais le mode de fabrication d´une telle balle, mais seul un armurier investi de pouvoirs que je n´ai pas pourra la forger. Telles ont été les paroles de l´oracle. Et si cet armurier existe dans les terres de l´oubli alors je ne l´ai pas découvert. Non, il est probablement dans un autre monde. Je ne veux pas croire qu´il soit dans le monde réel, cependant le problème reste entier. Car mon asile est une impasse, il n´y a qu´une entrée et qu´une sortie. Cette sortie donne sur le monde réel, ce monde balayé par le regard du Dieu Mouche. Pour aller voir l’armurier je devrai forcément y retourner. La dimension du peuple de Carnish est très voisine de la mienne, je n´ai que quelques pas à faire dans le monde réel pour entrer dans le leur, et pourtant je ne m´y suis risqué que quelques fois. J´imagine que le voyage qui me mènera à l´armurier sera bien plus long. Je devrai sans doute me confronter à mes congénères à nouveau, et faire tout un voyage à découvert. Aller et retour. Je dois m´y préparer, et rapidement. Peut-être que le Dieu Mouche est déjà entrain de prendre de l´avance sur son planning meurtrier pour s´offrir le temps de venir me chercher. Je dois être de retour avant qu´il ne soit là. Je dois bouger avant lui, et j´ai un avantage sur ce point. Même si je n´ai plus l´habitude du temps, je l´ai connu, je sais comment il fonctionne en principe, alors que le Dieu Mouche, confiné dans son immortalité, aura sans doute tout à apprendre de ce concept.
J´ai peur et pourtant je suis attiré vers ce risque. C´est l´appât du gain, l´extrême impatience de me retrouver face à face avec le dieu mouche, et mon éventuelle immortalité à la clé de cet affrontement. Ce risque? Ce sont plutôt des risques multiples et qui m´encerclent. Mais je ne me rendrai pas aussi facilement. J´ai toujours été un fugitif d´exception. Je suis le plus insaisissable des hommes.
Cela me dérange bien sûr de laisser mon antre vide, qui sait ce qui pourrait s´y installer en mon absence? Ce serait trop dommage de devoir mourir à mon retour après avoir survécu à tant de dangers. Mais plus que tout ce sont mes retrouvailles avec mes congénères qui m´effraient. Je pourrais passer inaperçu, c´est comme ça que je me suis évadé. Mais c´est compter sans les partitions de Carnish. C´est un artefact puissant auquel je suis sûr, les humains ne seront pas insensibles. Je les mettrai dans une boite, que je porterai dans un sac, mais si jamais la boîte venait à s´ouvrir, je ne sais ce qu´il adviendrait...
c´est beau, bien ecrit, rien à dire. Par contre, je pensais au debut que c´etait un recit "realiste" et philosophique, mais ça part sur du fantastique ? Ou bien le gars est fou et s´enferme dans les méandres de son esprit ?
Non, c´est pas réaliste ni philosophique, dès le début on s´est tourné vers la SF ou le fantastique et c´est de plus en plus prononcé.
"j´ai laissé traîné" => sauf erreur, c´est "traîner" ;
"J´ai toujours voyager léger" => soit vous avez oublié un truc du genre "aimé après "toujours", soit c´est "voyagé" ;
Deux erreurs... vous baissez
Mais le texte lui reste égal, toujours aussi bon. Tout se précise, on sent l´assaut contre le Dieu Mouche imminent. Les "partitions" en question m´ont vaguement fait penser à un bouquin, "les guerriers du silence". Vous connaissez ou n´est-ce juste qu´une impression ?
Peut-être que mon collège connait, à moi en tout cas il m´est inconnu.
Je vais faire une relecture avant de poster la suite pour corriger les fautes.
Paragraphes 10 et 11.
Je ne sais ce qu´il adviendrait de cette puissante énergie que je ne contrôle pas encore. Au contact des possibilités du réel ces partitions risqueraient bien de s´oxyder à jamais, voir pire encore, elles joueraient leur propre musique en se servant de ce nouveau support, initiant les esprits humains à une dérive flamboyante pour un exile sans fin. Je crois bien hélas que le Dieu Mouche ne puisse tolérer un tel exode, alerté par la moindre note dissonante il est à craindre qu´il détruise d´un tir d´une précision parfaite mon passeport vers la victoire. Je ne suis sûr de rien, mais je ne peux prendre un tel risque. Il est très tentant d´imaginer qu´au lieu de me sauver et d´atteindre solitairement la préséance, je puisse jouer cette musique cantique en boucle pour faire vibrer ma dimension originelle, brouillant par ce fait la visée du réticulé à jamais. Mais je n´ai pas la prétention de changer ce monde, encore moins l´envie de devenir un anti Dieu Mouche condamné à être un éternel musicien que personne n´écoute. Je n´ai pas cet altruisme en moi, du moins plus maintenant. Et il est trop tard pour essayer de revenir à de meilleurs sentiments. Je n´ai plus aucun sentiment. Je ne suis plus qu´un trafiquant de l´évasion et le goût de mon anomalie est devenue ma raison gardée. Car Je sais maintenant que ce n´est pas le Dieu Mouche qui essaye de me faire douter pour en tirer avantage, c´est bien moi qui par un réflexe bien naturel me retourne sans cesse vers l´humain. Il m´est bien trop séduisant de brutaliser l´intervalle qu´il existe entre mon désir de survie bien légitime et l´attrait de ma présence dans le sérail de ce monde qui dans le fond est bien le mien. Il y a des souvenirs qui m´accrochent encore à cette magie ordinaire qui ne l´est pas tant que j´ai bien voulu le croire. C´était ça, ce fil que j´avais laissé traîner sans y prendre garde. C´était ce besoin inconscient du souvenir que je n´ai pas pu couper, comme un imprévu, un synonyme de l´erreur que je n´avais pas vu, une complexité secondaire gravée au plus profond de ma chaire. Et voilà, c´est encore de moi dont je m´inquiète, encore moi qui me protége, encore moi qui me balance entre le feu et le sang, entre l´oublie et la présence. Pourtant je n´ai plus d´autre choix que d´aller jusqu´au bout de mon extravagance.
Je n´ai que des informations fragmentaires sur cet armurier, l´oracle m´a laissé plus de questions que de réponses. Je sais que c´est un mercenaire sans état d´âme, un militant acharné du libre échange et que probablement le Dieu Mouche est l´un de ses meilleurs clients. Je pourrais retourner embrasser cette odalisque aux pieds nus pour plus de précision, elle ne peut rien me refuser et je n´ai pas besoin de prendre un ticket temporaire pour la rencontrer. Je suis devenu un de ses amants depuis que j´ai gagné le prix en lui posant une question à laquelle elle n´a pas su répondre. Mais le problème reste entier, je ne peux plus voyager à découvert dans le monde réel qui reste un passage obligé pour l´ailleurs. Je pourrais emprunter les autoroutes des rêves, j´y serais en sécurité même si cela me rallonge. Pourtant j´ai l´intuition qu´il existe un raccourcie rare et sans encombres, une route antique calme et sereine, un chemin oublié par tous.
Une entrée doit se trouver quelque part dans ma caverne, mais je ne sais pas si le temps que je passerai à la rechercher sera rattrapé par la rapidité de cette avenue. A l’inverse il me serait très facile de passer par les rêves. Bien des humains oublient leurs rêves quelques secondes après leur réveil. Mais il y a une période transitoire où leurs songes sont à cheval entre l’oubli et leur esprit. Je contemple souvent ces arcs-en-ciel étranges alors qu’ils traversent la frontière, ils s’évanouissent dans un lointain que je ne peux voir et pendant un instant éclairent ma tanière. J’interromps toujours mes recherches à cet instant, je monte sur une colline et je contemple l’horizon infini de mon royaume qui s’illumine. Des villes entières apparaissent parfois, ensevelies il y a bien longtemps et depuis oubliées. C’est l’aube dans mon monde.
Je n’aurais qu’à remonter l’un de ces arcs-en-ciel, j’aboutirais dans l’esprit d’un humain ; j’en prendrai le contrôle le temps d’arriver à destination. Je pourrais ainsi retrouver ce goût perdu, me sentir humain de nouveau, retourner sur les routes du réel, respirer de l’air, céder au sommeil. Je devrai en revanche faire attention à ne pas recréer de liens similaires à ceux qui j’ai autrefois eu tant de mal à rompre. Ce serait faire marche arrière, ce serait revenir dans mes chaînes, redevenir complètement humain et retomber sous le joug du Dieu Mouche, moi qui étais si près d’être son égal. Que penserait-il d’un tel rebondissement ? Il rirait peut-être de ma faiblesse morale, lui qui est depuis si longtemps seul. Mais s’il a un jour été autre chose, s’il a, comme je l’ai fait, du faire des sacrifices autrefois pour devenir ce qu’il est, peut-être que son rire aurait un goût bien amer à repenser à cette époque où il était si agréablement vulnérable et faible. Il est évident que je ne peux pas laisser les choses se passer ainsi. Quelle ironie ce serait, de le voir se morfondre dans la nostalgie ! Je veux lui offrir bien plus que ça, je veux lui donner la bataille de sa vie d’immortel, le faire trembler de peur et d’excitation. Je suis sûr qu’au fond il m’est bien reconnaissant de le faire sortir enfin de sa routine meurtrière.
D’un autre côté la route ancestrale m’attire aussi, j’ai tout à apprendre d’elle, je ne sais dans quel but elle fut construite, ni qui pouvait ainsi voyager entre les mondes. Assurément elle débouche sur encore d’autres dimensions que je me ferais un plaisir d’explorer. Je pourrais même éventuellement rencontrer une de ces diligences qui faisaient le trajet. Que transportaient-elles ? L’armurier fait sans doute partie de ce peuple de voyageurs, je suis convaincu qu’en passant par cette route j’en apprendrai plus sur lui. J’ai donc fait mon choix…
J´ai donc fait mon choix, et déjà mon regard revisite chaque recoin de mon antre. Le passage est là, il ne devrait plus m´être secret. L´humain me ronge encore de trop, je me comporte comme lui. La tentation du beau, le désir de l´émerveillement m´attire. Je ne dois plus regarder ces arcs en ciel aux rayons fabuleux avec l´impatience d´un petit garçon curieux. Au prochain cycle je ne me précipiterai pas pour contempler ce feu d´artifice, je n´abandonnerais pas mes recherches comme je l´ai toujours fait jusque ici, hypnotisé par le désir de la contemplation, par l´envie de me vautrer dans les sentiments humains. D´avoir échappé au réticulé fait de moi un décalé en mutation et mon antre est ma chrysalide. Mes sens doivent pouvoir acquérir de nouvelles fonctions et je me dois de les posséder. Ces éclairs à la lumière rémanente qui éclairent par intermittence mon refuge sont à moi. Je piégerais ces particules lumineuses dans le miroir de l´eau de mes yeux pour avoir une autre optique, je pourrais alors voir ce que je n´ai encore jamais vu, regarder avec une acuité visuelle qui m´est inconnu. L´aveugle que j´étais verra pour la première fois. Je ne dois plus douter, ni laisser la peur s´insinuer en moi. C´est ça qui me fait traîner dans mon cocon, la frayeur de mon devenir me paralyse. C´est trop tard, mon métabolisme est déjà en train de se métamorphoser et je ne peux plus rien y faire. Je n´ai plus à craindre mais à accepter de perdre mon identité primaire. D´ailleurs je ne la perdrais pas entièrement, je garderais mes initiales molécules et ce que j´étais deviendra ce que je serrais. Mes yeux sont irradiés, je ne vois plus rien parce que je vois tout autrement. Je trébuche sur ce qui m´était invisible et j´ai l´impression de pleurer du sang. Je reste assis dans un coin sûr en attendant que cette agonie devienne une délivrance. Je ne sais pas encore de quoi mes yeux sont capables maintenant mais je vois enfin cette escalier qui descend et qui mène au chemin ancestral. Je suis suffisamment vaillant pour l´emprunter. Mes pas résonnent dans un son qui m´est inconnu. J´ai juste eu l´idée d´ôter mes chaussures et me voilà déjà pieds nues, ma peau me renseigne sur mon espace plus que jamais, je ne reconnais pas les odeurs qui m´entourent, je ne connais pas cette dimension. Je ne sais combien de temps à duré cette escalade inversée. Le temps s´oublie de lui même ici, c´est à moi de vouloir m´en rappeler ou pas. L´exercice est très déstabilisant. Je ne suis pas surpris de me retrouver dans cette gare silencieuse. Je ne sais pas pourquoi je m´y sens bien, je la connais comme si c´était moi qui l´avais construite. C´est l´originelle dimension, le carrefour des chemins, là ou tout commence et tout se perd. Je ne suis plus dans le pensé, je suis dans l´action. Un train viendra bientôt je le sais, est ce celui là qu´il faut que je prenne ? Le doute n´est plus permis je m´en remet à...
Fin du chapitre 1.
Chapitre 2: la voix du mutant.
Paragraphe 1.
Je m´en remets à l´intuition de mon devenir. C´est un grand pas qu´il fait au détriment de ce que j´étais mais je ne m´occupe plus de compter. J´ai abandonné la logique de la perte et du gain, elle était liée à la question du bénéfice ou du déficit, elle-même au centre d´un nuage de doutes. Ce train a le pouvoir de me rendre mon humanité, et si au moment de lui donner ma destination, une hésitation vient perturber l´information que je lui donnerai, tout s´arrêtera. Je ne serai même pas retransporté dans mon monde. Le train n´a pas d´arrêt de prévu pour un intermédiaire, alors je serai jeté dehors en marche et je resterai planté là au milieu de nulle part à tout jamais. Ce train est le point de non-retour. Il est même un moyen de me propulser en avant ou de me ramener à zéro. Il m´éliminera si je ne suis pas prêt.
Mais je le suis. C´est évident maintenant. Je peux rentrer chez moi, je le sais, et même en martelant mon esprit nouveau de cette possibilité, la réponse est formelle. Non. Et ce n´est pas étonnant. L´humain ne m´intéresse plus, ma raison d´être et de devenir est d´affronter le Dieu Mouche. D´ailleurs il est déjà temps de quitter la gare, mon train arrive. Et je suis là, au rendez-vous. Tout à coup je me rends compte de la signification de ce moment. J´ai mené à bien la première partie de mon périple, et je vais profiter du paysage que m´offrira le train durant le trajet tout en savourant ma victoire. J´ai réussi à échapper au réticulé, à réunir les éléments dont j´avais besoin, j´ai erré longtemps dans la décharge mémorielle. J´aurais pu me perdre, me faire engloutir par le néant, tomber d´une passerelle interdimensionnelle. J´aurais pu rester un embryon dans un cocon. Mais j´ai triomphé de ces épreuves, et, surtout j´ai triomphé du doute. C´était l´adversaire final de cette première étape, je ne pouvais pas avancer plus loin avant de l´avoir vaincu. Maintenant que je n´ai plus de doute rien ne pourra m´empêcher de muter, quand je ressortirai du train j´aurai beaucoup changé. Il y aura d´autres épreuves alors, car j´imagine que négocier avec l´armurier ne sera pas chose aisée. Il voudra un prix pour ses services et je n´ai rien pour le payer. Je ne sais ce qu´il me demandera mais je sais que par la suite, ma réussite dépendra de mes nouvelles aptitudes et de la maîtrise que j´en aurai. Jusque là j´étais mon propre adversaire, mais désormais je vais être confronté à des entités extérieures.
En attendant j´ignore combien de temps le trajet durera mais je suis confortablement installé. Peut-être que le train fera des escales, peut-être qu´il me sera donné de faire des rencontres. Ce sera...
Ce sera mon intuition qui me guidera maintenant et il faudra que je cultive cette faculté avec une attention toute particulière. Il y a aussi mes nouvelles capacités qu´il me faut évaluer et entretenir. Je ne m´en soucie plus comme je l´aurais fait autrefois, je sais ce que je dois faire : RIEN. Je n´ai rien d´autre à faire qu´à m´imprégner, devenir perméable à tout et goûter aux effets procurés. L´univers entier m´attendait sans même que je le sache et je compte bien y traîner mes bottes de routard invétéré le plus longtemps possible. Le Dieu Mouche n´est plus qu´un adversaire qu´il me faudra affronter et je me moque de ce qu´il est et de ce qu´il représente. Je suis seul dans ce wagon qui est à moi. Le train entier m´appartient, c´est lui-même qui me l´a fait comprendre, dans un silence assourdissant il m´a dit : « Je suis à toi comme tu es à moi ». Tout est tellement plus simple et si différent que mon esprit se vide de ce dont je n´ai plus besoin et se rempli d´informations si étranges et si complexes que je ne souhaite qu´une chose : Que le voyage soit long, j´ai besoin de repos, je crains que je serais bien incapable d´utiliser mon corps pour le moment. Je regarde par la fenêtre des paysages que je ne serais reproduire par des mots. Les couleurs que je connaissais ont une autre odeur, ma vision se divise en une multitude d´impressions nouvelles. Je jouies de chaque instant de ce voyage qui devrait me faire peur. Mais je ne crains plus rien, je ne me pose plus de questions, je suis plus libre encore que la liberté que je convoitais dans mon ancien monde. Je ne me rappellerai plus jamais d´aucun autre couché de soleil que celui que je suis en train de voir, je commence à percevoir les ondes et leur vibration et par intermittence je voix des rayons aux formes étranges. Je sais que je ne pourrais pas oublier ma dimension. Même si je le souhaite ardemment, j´en aurais toujours des traces. Mais le poids du doute m´est enfin inconnu et je peux aller à la recherche de mes talents nouveaux sans être interféré par ces supplices que je m´infligeais. Le doute, les choix à faire et son cortège de tourments ne sont plus qu´une image dans un rétroviseur qui ne me sert plus à rien. Les mots du doute disparaissent de mon système de pensée, je deviens petit à petit le créateur de ma nouvelle raison. Je ne l´avais pas entendu venir, c´est sa voix qui m´a fait comprendre que je n´étais pas seul dans ce train que je croyais être à moi. Dans un excès d´euphorie j´avais occulté que j´appartenais au train autant qu´il était mien. Il était assis juste en face de moi. Je le voyais clairement et pourtant comme un rêve qui s´étiole au matin il s´effaçait de ma mémoire, mes yeux ne le voyaient que dans le présent immédiat. Il s´est présenté en ces thermes :
« Je suis... »
Et puis deux secondes plus loin :
«... Là. »
Il se tu un moment comme pour me jauger. Je crois aujourd´hui encore que c´est l´odeur de la peur qu´il avait voulu provoquer en moi pour s´en délecter. Mais ce ne fut pas le cas, à ma grande surprise j´étais resté serein. Puis il repris avec une certaine suffisance :
« Je suis celui qui détient le don obscur et j´en suis le maître. Je suis Ryam, si ce nom peut vous plaire. Cependant ce nom est celui que je me donne dans cette circonstance, car je n´ai en fait aucun besoin de patronyme. Comprenez bien le privilège que je vous fais en me montrant à vous. Le temps et la mort n´ont plus d´emprise sur moi. Ici je suis craint et respecté. C´est pour cela que chacun doit courber son front sous mon baisé clément. Je parcours ces dimensions depuis si longtemps que j´en ai oublié comment j´y suis parvenu. Je peux montrer un coeur aimant et miséricordieux ou me laisser aller aux pires abominations quand l´ennui me fait chavirer. Vous savez ce que veut dire le bien, la souffrance et l´émotion, cela transpire de tout votre être. L´humain, vous empestez l´humain. Cela m´est insupportable autant que cela me fascine. Je suis un esprit recouvert de chair surnaturelle, détaché, immuable mais vide. J´ai besoin de distraction et j´ai besoin de vous pour connaître votre dimension car c´est la seule qui m´est encore prohibée et je veux tout savoir d´elle. Vous êtes sans le savoir extrêmement précieux, cela fait une éternité que j´attends un nouvel arrivant. Je vous ai observé lors de vos brefs passages, j´ai eu souvent le désir de vous piéger mais vous ne m´auriez été alors plus d´aucune utilité. Alors je n´ai fait que vous espérer. Vous possédez des informations qui me sont nécessaire et si je suis le premier à vous avoir entendu arriver d´autres vous ont senti aussi, Le Dieu Mouche a des adeptes partout. Je ne serais pas ingrat, en retour je vous apprendrais ce qu´il vous faut savoir pour voyager sans encombres et prés de moi vous ne risquerait rien. Je vous veux pour compagnie et sachez que mon invitation n´est pas ouverte à tous. La refuser, vous pouvez. et je n´aurais courage de vous chercher querelle. Vous vivez maintenant sans le point du doute tout en refusant de croire en l´inévitable. Ce paradoxe vous mènera à votre perte si vous refusez mon offre bienveillante. Vous n´avez plus le choix de méditer, vous ne pouvez que me répondre sans penser à la question. »
Mes premiers mots parlés dans cette nouvelle langue que je ne connaissais pas sont sortis avec une sincérité et une spontanéité que je n´avais encore jamais connues et je ne sais pourquoi j´ai répondu :
« Même si votre invitation ne peut que me combler, je ne peux que la décliner. »
J´avais envie de rajouter quelque chose mais je ne pouvais pas. Mais lui avait entendu ce que je n´avais pu traduire.
« Ceci n´est pas une réponse, ce n´est qu´une vérité qui vous dépasse encore, vous m´avez l´air bien las pour dire autre chose, je reviendrais plus tard quand vous serez plus enclin à comprendre l´écart »
Le présent le fit disparaître et je tombais dans un long sommeil éveillé, les yeux rivés au paysage qui s´effilait au ralenti. J´étais épuisé et je finis par me laisser flotter dans la vision d´une eau calme. A mon réveil...
Complexe, toujours aussi bien écrit, et passionnant !
Dommage qu´il y est eu tant d´écart entre les deux suites, je me rappelais que vaguement du début