J’erre dans les rues. Il fait nuit. Une nuit calme, bien éclairée par un ciel paisible. Cela fait bien un mois que je n’ai plus tué. C’est mieux ainsi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai décidé de vivre la nuit. Je risque moins de rencontrer qui que ce soit.
Toutes ces âmes. Tous ces visages. En prenant leur vie, je n’ai pas fait que prendre leur avenir. Je n’ai pas fait que mettre un terme à leur route. J’ai aussi pris leur passé. J’ai détruit, gâché. J’ai pris à l’univers des choses uniques et irremplaçables. Des consciences avec des histoires et des pensées propres. Je me dis qu’elles seraient mortes un jour ou l’autre de toute façon, mais cela ne suffit pas à apaiser mes tourments.
Il m’arrive souvent de me rendre à l’église, quand il n’y a personne. Je ne suis pourtant pas croyant. Mais j’éprouve un désir de pardon. Et j’ai commis des actes que personne sauf Dieu ne pourrait pardonner. Tant pis s’Il n’existe pas. C’est encore un subterfuge contre moi-même, pour calmer les hurlements de ma conscience.
J’entends des pas non loin de moi. Une allure rapide et légère. Celle d’une femme. Assez jeune, je dirais. J’adopte moi-même une démarche fantomatique, saisissant doucement ce dont j’aurai besoin.
J’arrive derrière la jeune femme. Elle n’est pas consciente de ma présence. Elle a de longs cheveux noirs, renvoyant la lumière de la lune à mes yeux. Ses jambes nues sont lisses. Elle doit être très belle.
Je la rattrape, la saisis et lui pose le chiffon sur la bouche. Elle tombe dans mes bras. Je la regarde. Elle est si belle. J’aurais tant aimé la voir ainsi sans que le chloroforme ait à l’y forcer.
Quand elle se réveille, elle est nue, couchée sur une table, pieds et poings liés à des piquets par des cordes. Elle ne se met à hurler qu’en me voyant. Je lui chuchote doucement de se taire. Je lui dis que Dieu et moi sommes les seuls à pouvoir l’entendre, et que ni Lui ni moi ne ferons quoi que ce soit pour la détacher si elle continue à crier.
Elle finit par se taire. Je la contemple à nouveau. Je veux la posséder, mais c’est elle qui me possède. Si seulement sa peur ne mettait pas entre nous une telle distance. Je dépose un baiser sur ses lèvres. Elle tremble, terrifiée.
Je prends mon scalpel. Je ne suis pas chirurgien, mais j’aime cet outil. Il est à moi ce que la plume est au poète. La lame parcourt sa poitrine de haut en bas, et descend jusqu’à son entrejambe, laissant sur son passage un fin sillage écarlate, tirant d’elle une nouvelle série de cris.
Je lui maintiens la bouche ouverte et lui tranche la langue. Sa voix s’étouffe dans son sang. Je retire alors ses yeux de leurs orbites. Je les observe quelques secondes. Eux aussi semblent m’observer. Je les mets entre mes dents et referme ma mâchoire. Je recrache l’humeur, et avale le reste.
Je me penche à nouveau sur la fille. Elle doit souffrir terriblement. Je monte sur la table et me couche à plat ventre sur elle. Je mets mes joues contre les siennes. Le sang les rend si chaudes et si douces. Je descends le long de son corps. Mon visage est contre son cou. Je pose mes dents contre sa gorge et les ressers. Je sens un puissant jet à l’intérieur de ma bouche. J’avale alors quelques gorgées.
Je descends de la table. Elle n’est plus qu’une masse inanimée. Je pratique une profonde incision au niveau de son abdomen, écarte la chair, et dévore lentement ses organes. Ils sont encore chauds, savoureux. Quand j’aurai terminé mon festin, je laisserai les rats se charger des restes.