Bonjour à tous!
Je me présente: limpbizkot (alias winstonsmith depuis que j´ai fini ma crise d´adolescence "mickaelyounesque"; j´ai 20 ans, je suis étudiant et j´écris un peu à mes heures perdues. J´ai décidé de montrer quelques-uns -ceux que je juge valables- de mes textes sur ce forum histoire de savoir ce que des gens qui ne sont pas forcément proches de moi en pensent.
Voili voulou. Je commence par une nouvelle que j´avais prévu d´envoyer au concours du crous de cette année (thème: prisons), mais...euh...ben je me suis dégonflé.
N´hésitez pas à me donner vos commentaires, j´en ai besoin pour progresser.
Merci d´avance et bonne lecture! ^^
L’asile politique
On ne bravait pas impunément le Généralissime José Miguel Rodriguez von Pépito. Alors qu’il pénétrait dans ses quartiers pour savourer un repos bien mérité, un des gardes, il faut bien l’avouer convenablement alcoolisé, lui adressa, au lieu du traditionnel « Hi, Pépito ! », une émission gazeuse bruyante et malodorante, certes pleine de solennité, mais qui ne fut pas du goût du père de la nation, très à cheval il est vrai sur le protocole. Ce dernier n’étant pas disposé à passer l’éponge, il confia la tâche à sa femme de ménage alors qu’il rengainait son arme.
Il avait fait construire sa demeure selon ses propres directives et, bravant la crise du logement qui sévissait dans son pays, il l’avait dotée de 360 chambres, toutes vouées exclusivement à son usage personnel. S’étendant sur douze étages souterrains, elle était conçue de telle sorte que personne ne pouvait savoir où il se trouvait, pas même ses plus proches collaborateurs. En effet, personne d’autre ne pouvait se rendre dans les étages souterrains, accessibles uniquement par un ascenseur doté d’un scanner rétinien. Et quand bien même quelqu’un aurait réussi à s’en servir, il lui aurait fallu trouver le bon étage, puis la bonne chambre, sachant que la configuration du bâtiment changeait toutes les vingt-quatre heures, à midi pile. Car c’était là sa trouvaille la plus astucieuse depuis qu’il avait décidé de prélever un rein à chaque orphelin du pays pour le vendre (ce qui avait permis, soit dit en passant, un retour à l’excédent commercial) : chaque porte était munie d’un panneau électronique qui indiquait le numéro de la chambre et chaque jour, à midi, la numérotation des pièces était modifiée de manière aléatoire. Lui seul, grâce à son agenda électronique, avait accès à la disposition des chambres. C’est fou comme quarante-sept tentatives d’assassinat stimulent l’imagination.
Ce soir là, il avait décidé de dormir de la chambre 621, qui se trouvait au neuvième étage, entre la chambre 118 et la chambre 147. Les couloirs étaient envahis par une épaisse couche de poussière, mais qu’importe : il eût été trop dangereux de permettre à la femme de ménage d’accéder aux étages souterrains. Il arriva finalement devant la porte et pénétra dans la pièce, qui était équipée de la même manière que les 359 autres de l’édifice : Un lit de camp, une petite télévision, un placard, plus des sanitaires et un téléphone en cas d’urgence. En bon militaire, il la balaya, fit son lit au carré, ses exercices, cira ses bottes, astiqua ses nombreuses médailles, se brossa les dents et alla se coucher en se demandant si les orphelins avaient vraiment besoin de leurs cheveux. On pourrait en faire des pulls…
Il se réveilla le lendemain aux environs de sept heures. En bon militaire, il fit son lit au carré, ses exercices, prit une douche, se rasa cira ses bottes et astiqua ses médailles, puis il sortit de sa chambre et voulut allumer son agenda électronique pour connaître le programme de sa journée. Mais le petit appareil refusait obstinément de fonctionner. Au bout de quelques minutes, notre fougueux Généralissime perdit patience et infligea à l’objet le châtiment prévu en cas de désobéissance civile : l’exécution sommaire. Après l’avoir jeté contre un mur, il corrigea le malheureux boîtier d’une demi-douzaine de coups de pistolet. Il allait partir lorsqu’il remarqua que le numéro des chambres avait changé. Sa chambre était désormais la 225 et se situait entre la 1004 et la 209. Intrigué, il se dépêcha d’aller appeler l’ascenseur, lequel semblait, lui, fonctionner tout à fait correctement. Semblait seulement, car le bouton de retour au rez-de-chaussée était aussi peu coopératif que feu son agenda électronique. Il décida alors de tester quelques-uns des autres boutons, et tous paraissaient fonctionnaient, puisqu’ils menaient l’ascenseur à un autre étage. Plus en colère que paniqué, il se précipita vers la chambre la plus proche, saisit le combiné du téléphone qui s’y trouvait pour appeler le palais présidentiel. Mais il n’y avait pas de tonalité. Il essaya alors dans les chambres voisines, sans plus de succès. Finalement, il se rendit à l’évidence : il était prisonnier. On l’avait enfermé ici, lui, Pépito le Terrible ! Mais qui ? Ses collaborateurs ? L’opposition ? Son ex-femme ? Qu’importe ! De toute façon, des gens lui étaient forcément restés fidèles dehors, et ceux-ci n’allaient pas tarder à s’inquiéter de son absence. Lui qui, avec sa rigueur toute militaire, arrivait toujours au bureau à huit heures pétantes !
Il était justement déjà près de neuf heures, et le Généralissime décida de regarder le bulletin d’information de sa chaîne de télévision, espérant que ses sujets ne seraient pas trop inquiets de sa disparition. Il fut surpris de constater qu’un flash spécial accaparait l’antenne :
« …et c’est donc vers sept heures ce matin que le corps du Généralissime von Pépito a été retrouvé dans le palais présidentiel. C’est très probablement une attaque cardiaque qui a terrassé le père de la nation. Cette nouvelle emplit toute la population de tristesse. Rappelons que durant les seize premières années de son mandat, qu’il ne finira malheureusement jamais, notre Président avait beaucoup fait pour le pays, améliorant sensiblement les conditions d’existence des plus démunis, et des orphelins en particulier, et que… »
Cette nouvelle agaça visiblement le défunt, lequel eut du mal à dissimuler sa colère face à la vision du corps recouvert d’un linceul blanc que des hommes en blouse blanche sortaient du palais. Un relent de discipline militaire lui permit néanmoins de contrôler sa colère :
« Vous m’avez entubé, bande d’enculés ! Ah, mais ça ne va pas se passer comme ça ! Je vais leur montrer, moi, à cette ribambelle de petits merdeux !»
Quelques jurons et un demi chargeur plus tard, le regretté président se rappela que, juste avant de faire exécuter tous ceux qui avaient pris part de près ou de loin à la construction de l’édifice, il avait fait aménager une sortie de secours au douzième étage, au cas où des terroristes arriveraient à pénétrer dans sa demeure. Il se rua donc vers l’ascenseur et lui commanda de le conduire au douzième étage. Mais alors qu’il parcourait le couloir sinueux à la recherche de l’issue, il tomba sur la dépouille de son agenda électronique. Ce n’était pas le douzième étage. C’était le neuvième étage ! Quelqu’un avait aussi trafiqué l’ascenseur, et il ne lui était plus possible de savoir à quel étage il se trouvait ! En fin stratège, Pépito ne tarda cependant pas à échafauder un plan pour retrouver la sortie. Il s’était attribué près de deux cents médailles durant son mandat, et il les arborait toutes fièrement sur son torse, son col, ses épaules, sa ceinture et l’intérieur de ses manches. En les semant sur son passage, il pouvait marquer les endroits qu’il avait déjà exploré, et ainsi il finirait bien par trouver l’étage où se cachait cette satanée sortie…
Mettre en œuvre une telle entreprise fut un véritable déchirement pour notre génialissime Généralissime, peu enclin à se séparer de ses clinquantes médailles pour les jeter dans la poussière. Il lui fallut plusieurs heures pour explorer tous les étages, et aucune trace de la porte. Quelqu’un l’avait tout simplement supprimée. A moins qu’il ait fait tué les ouvriers avant que ceux-ci n’aient pu apporter la touche finale au bâtiment. Les dates étaient un peu confuses dans sa tête…
De toute façon, cela n’avait plus aucune importance. Il était prisonnier. Bien sûr, il avait des vivres en quantité à sa disposition, puisque chacune des chambres contenait des conserves et de l’eau pour plusieurs jours. Il avait même la télé avec le câble ! Mais il n’avait plus d’espoir. Ce soir là, comme tous ceux qui suivirent, il jeta ses vêtements dans un coin et se vautra dans une chambre poussiéreuse.