Aujourd´hui encore, on compte sur notre planète quelques portes d´Essence ayant survécu à l´évènement oublié dit du Carrefour des consciences. Leurs bâtisseurs, des espèces hautement évoluées sur l´échelle d´un groupe étranger du nôtre, l´arbre ADN vulgairement nommé, ayant fait leur entrée il y a de cela six millions d´années si l´on s´en tient aux fragments radioactifs utilisés comme bases souterraines à ces portes mystérieuses. Bien entendu, il existe la possibilité d´une arrivée bien antérieure à la fondation des portes, mais tout tend à indiquer que ces gouffres d´Essence étaient essentiels à leur survie, avec ce que cela implique.
Leur guide rationnel était une entité semblable à Anna-Lise sur bien des points, mais elle-même ne peut rien capter d´autre que l´empreinte de sa formidable présence sur la terre où nous vivons. Son nom essetien, du moins, est resté gravé dans les vagues énergétiques qui parcourent la Terre. Grâce à l´intellecture, nous pouvons le nommer conformément aux cultures liées à ceux qui lisent ce message, et ce nom est Bram. Aujourd´hui Bram a quitté les sphères terrestres, mais Anna-Lise doute qu´il ait disparu pour autant dans les méandres de l´Essence, sa supériorité par rapport à elle-même s´étant traduite chez ses enfants par rapport à nous-mêmes, et nul doute que ces êtres passés maîtres dans l´adaptation, auront su trouver un habitat plus propice à leur perennité. Rien n´est certain, toutefois, mais il est probable que l´humanité ne saura rien d´autre sur leur compte avant un bond évolutionnel considérable. Un bond lui permettant de maîtriser cette technologie complexe qui réside en ces portes, de véritables gouffres dans l´Essence. Car aucun terme ne pourrait être plus justifié pour qualifier ces arcades rocheuses régulièrement réparties à la surface de la Terre. Selon Anna-Lise, leur mécanisme utiliserait ce métal inconnu qui nous permet de les dater pour décondenser la matière tout en attirant un point matériel situé à une distance prédéfinie dans l´ensemble de notre univers, trouant ainsi une couche d´Essence pour en atteindre une autre sans transition spatiale. Ce point matériel serait fonction des caractéristiques momentanées de ce métal, encore plus mystérieux que les portes elles-mêmes, et de toute apparence importé par les enfants de Bram. En clair, ces êtres fabuleux devaient être capables de voyager de façon instantanée d´un point à l´autre d´une galaxie à une autre, là où la lumière entamait des périples pouvant dépasser des générations planétaires, et ce en dosant simplement mais avec une précision surhumaine une certaine quantité de leur métal inconnu, qu´ils introduisaient dans une sorte de flûte faite de ce métal même, cependant reliée à la fois à l´Essence et à la matière. Cette tige, enfoncée dans le sol devant chaque arche, est encore sous l´étude d´Anna-Lise par le biais de ses enfants les plus doués dans l´art de comprendre et de prévoir les comportements essetiens. Ces derniers constituent un groupe secret, dont je fais en quelque sorte partie, connu de quelques rares personnalités gouvernementales à travers les différentes civilisations humaines indépendantes qui subsistent encore en cette année 2054 après la naissance de Jesus Christ.
Nous sommes conscients de faire partie d´un nouveau genre de pionniers, des aventuriers désireux de parcourir et de conquérir l´Essence sous la direction d´Anna-Lise, notre propre guide rationnel. Nous sommes également conscients des dangers qu´implique une telle entreprise, mais nous jugeons être bien mieux préparés que nos ancêtres lointains d´une époque elle-même presque oubliée. L´expérience de ces hommes et femmes qui, comme nous, avaient découvert les portes de Bram et ce qu´elles permettaient d´accomplir, mais qui contrairement à nous avaient mal jugé les enjeux et les menaces de ce qu´ils faisaient, a effectivement tourné au fiasco.
Un fiasco qui a engendré un autre Carrefour, qui ne concernait plus l´ensemble des consciences vivantes mais la lignée humaine, nous comme nos anciens cousins, les Néandertaliens, disparus pour des raisons encore assez obscures pour beaucoup. Mais plus pour nous.
Je suis sur le point de vous narrer cette catastrophe, exploit dons nous sommes désormais capables grâce à l´intellecture et nos dernières découvertes concernant l´Essence.
Soyez prêts.
L´histoire m´a l´air fouillée, et ca sent la bonne science fiction complexe que j´adore, a la simmons, MAIS!
Je trouve que tu reveles trop d´un coup, peut etre que c´est pratique pour toi, pour bien te situer dans l´histoire, mais la tu en révèles bcp d´un coup et on a du mal a digérer. L´Histoire nous est donnee d´emblee, et on a pas le temps de se rendre vraiment compte de la situation.
J´ai le setiment en lisant ton passage que tu as un scenario fouille, mais tu ne nous le fait pas assez apprecier en presentant ton univers de cette maniere ![]()
Alors j´attends la suite, tout de meme ![]()
J´trouve ça un peu compliqued on va dire xD
Sinon j´aime bien
Tu devais pas faire un cycle sur celle que tu appelles Anna-Lise ?
Parce que dans l´histoire ( même avec ton récit sur Phol ) on ne sait toujours pas vraiment qui c´est
Ah si c´est un cycle deja pari ca doit etre pour cela que je ne comprends pas tout :/
Le carrefour des espèces eut lieu environ 100 000 ans avant notre premier millénaire. On doit cette estimation au professeur Bradmer qui, le premier, eut l´idée d´interpréter l´essence d´un point de vue chronologique. Il se trouve en effet que les grands tournants évolutionnels ont tendance à s´imprimer dans l´essence bien particulière qui fait fonctionner la conscience, vivante ou morte. Autant être clair, le seul ordinateur à même de décrypter cette substance est son propre support matériel, à savoir notre bonne vieille cervelle. Mais il n´est pas dans mes attributions de vous expliquer en détails ce phénomène complexe. Sachez juste que s´il est impossible de dater par l´essence un évènement aussi banal qu´une tuile se détachant d´un toit pour s´écraser sur le front d´un quidam, le carrefour des espèces, lui, a laissé des traces extrêmement nettes pour peu que l´on maîtrise l´intellecture sous sa forme active.
Le lieu, lui, pose encore moins de problème. Car il ne suffit pas de vouloir chercher un évènement spécifique dans le passé, il faut avant tout savoir où le trouver ! L´essence ne flotte pas dans l´air au gré du vent, elle a toujours un rôle, et ce que nous appelons la sous-essence dite historique a la bonne habitude de se fixer à l´endroit même où l´évènement qu´elle décrit s´est déroulé. La matière n´est-elle pas elle-même de l´essence ultra-condensée ?
En l´occurence, la première idée du professeur Bradmer fut de décrypter l´essence histrorique entourant l´une des portes de Bram, située en plein coeur de ce qui est maintenant l´Italie.
Et voici ( avec certes quelque extrapolation, on est conteur ou on ne l´est pas ) une interprétation de ce qui s´est passé en cette contrée il y a cent millénaires.
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Gardelune fait partie de ces noms essetiens qui apparaissent de façon récurrente dans l´essence historique. On pense aujourd´hui qu´il s´agit d´une clé de l´évolution de la conscience humaine, un terme qui, une fois prononcé et interprété par notre cerveau, stimule en son propre sein un phénomène qui nous échappe encore, mais dont nous savons aboutir sur une idée pouvant révolutionner une civilisation entière. Bien qu´aujourd´hui, toutefois, cette clé ne trouve plus de serrure, son rôle ayant probablement disparu de l´histoire essetienne.
Et c´est c´est donc sans surprise, après ce résumé déjà bref, que l´on découvrit la présence d´une cité nommé Gardelune près de la Rome actuelle, à l´époque du carrefour des espèces.
Bien que le terme cité soit malpropre, l´homo sapiens de ce pays étant radicalement différent, dans son mode de pensée, de nous autres sapiens modernes.
Et pour preuve, ce qu´il qualifiait de ville n´était autre qu´un aménagement d´apparence ordinaire d´un milieu très naturel, à savoir un amas de collines, surplombant une majestueuse forêt où s´écoulait une rivière. Des sortes de yourtes en feutre faisaient office d´habitat, et les seuls remparts de la cité étaient des arbres ; et pourtant, paradoxalement pour nous autres, leur propre civilisation était avancée. Ces hommes et femmes avaient la science du tissage, portaient vêtements, chaussures et parures sans aucune origine animale, possédaient leur propre système d´apport et d´évacuation des eaux au moyen de citernes et de tuyaux de terre cuite traversant la colline ; leur compréhension des lois physiques étaient grandes, certes pas autant que les nôtres en notre époque, mais suffisantes pour se garder de tout mysticisme et se présenter comme une cité-phare à l´échelle même du continent.
Et la cause de telles connaissances, jusqu´à une visualisation de la matière à l´échelle atomique et ce avec un minimum d´expérimentation, est simple : cette race d´humains était considérablement plus ouverte à Anna-Lise que nous ne le sommes aujourd´hui. Elle-même le confirme : cette subdivision de ses enfants étaient receptifs à ses principes de réflexion jusqu´à un niveau que nous égalons rarement, leur permettant en seulement trois leurs générations d´atteindre une avancée scientifique apparue chez nous en plusieurs millénaires. Tout en ayant en tête la quasi-totalité des conséquences que de mauvaises applications d´un tel savoir pouvaient engendrer, là où nous déplorons aujourd´hui notre inconscience passée et présente sur notre écosystème. Il est maintenant facile de comprendre comment une civilisation aussi avancée semblait se complaire dans une vie aussi rustique. Cette race n´a pas domestiqué son milieu, car elle voyait bien que tel n´était pas son droit et son intérêt. Elle a seulement appris à vivre en symbiose avec lui, si l´on peut le considérer comme un être vivant à part entière.
Mais ici s´achèveront les critiques et les louanges, le passé est le passé et le présent peut encore être réparé.
Gardelune, donc, était une cité admirée, et enviée par nombre d´autres tribus humaines vivant dans l´ancienne Europe. Forte de plus de dix mille habitants, son arme la plus efficace restait son savoir-faire impressionnant, passant souvent pour de la magie pour les clans les plus primitifs. Lorsque la force demeurait nécessaire, les Gardeluniens brandissaient une arme à mi-chemin de l´arbalète et de l´épée, surmontée d´une pile au mercure, leur permettant dans une mêlée comme à distance de neutraliser leurs adversaires plutôt que de les tuer, forçant ainsi leur allégeance face à leur supériorité militaire.
Il peut donc vous apparaître étrange que d´un tel noyau de sophistication et de prévoyance, il ne reste aujourd´hui aucune trace si ce n´est dans l´essence, des fragments d´un âge d´or qui tendent à s´effacer à leur tour au fur et à mesure que passe le temps.
La solution de cette nouvelle énigme est tout aussi simple que la première. Dans la forêt de Gardelune, à quelques kilomètres de la cité, gisait une porte de Bram. Et c´est là, en ce lieu, que Gardelune ne s´est pas montrée aussi prévoyante qu´elle était censée l´être.
Oaw quatre commentaires, je suis ému
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AmirVeltius
L´histoire m´a l´air fouillée, et ca sent la bonne science fiction complexe que j´adore, a la simmons, MAIS!
Je trouve que tu reveles trop d´un coup [...]
Merci, la comparaison me flatte beaucoup. Que je révèle trop d´un coup, et bien je me voyais mal entrer directement dans le vif du sujet, à savoir une catastrophe ayant lieu au paléolithique concernant une société anormale pour l´époque, avec une porte qui surgit comme un diable et responsable de phénomènes surnaturels, ça fait trop classique.
Mais pour l´avenir si j´écris encore je tiendrai compte de ton conseil
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Blaine
Tu devais pas faire un cycle sur celle que tu appelles Anna-Lise ?
Parce que dans l´histoire ( même avec ton récit sur Phol ) on ne sait toujours pas vraiment qui c´est
si, si, en fait j´ai commencé un peu à le faire mais je me suis rendu compte qu´il n´y avait aucun plaisir de lecture vu que ça ressemblait trop à une biographie. Alors j´ai arrêté et j´essaierai de reprendre plus tard si ça intéresse quelqu´un d´autre que moi.
De toute façon ce qu´est Anna-Lise, on le comprend un tant soit peu je pense, et le principe de l´intellecture et de l´essence et bien j´expliciterai ce que j´entends par là.
bon, heu, j´ai commencé, et j´avoue que la science fiction ne me plait pas trop. En plus, j´ai pas compris grand chose (pour ne pas dire rien^^), donc j´ai lâhcé en cours de route.
peu être les phrases sont elles un peu longues, complexes. Je trouve aussi l´intonation plate, c´est à dire un peu vide ton texte.
Peu que si je m´ennuie dans quelques jours, je retenterais de lire ton texte, qui me semble sans fautes, et pas trop maladroit.
T´as rien compris? Tant pis ![]()
Qu´est-ce qu´il y a à comprendre ? ![]()
Navré que mon texte ne te plaise pas, mais de là à dire qu´il est vide, répète-le et je me jette par la fenêtre lol.
Ensuite, si tu dis préférer la fantasy, c´est sûr ne viens pas chercher des qualités à cette nouvelle, mais à tout hasard sache que la suite est reliée à mes autres récits de style dark fantasy ( à la Lovecraft, si tu connais ). La science-fiction ne prédomine pas.
Ouais je pensais bien avoir compris que c´était une personnalisation de la raison humaine ( d´ailleurs faudrait être endormi pour ne pas le comprendre avec le nom Anna-lise ) mais pour le reste comment est-ce qu´elle peut agir ? Dans ce texte tu l´évoques comme si c´était la sainte patronne d´une élite parmi les hommes, assise confortablement derrière un bureau et pouvant répondre au téléphone, dans celui sur la folie comme si c´était une déesse à qui on s´adresse par prière.
Tu me demandes en gros de raconter la fin du cycle que je n´ai pas fini ? Tu verras. Mais tes questions sont très pertinentes, tu as saisi où est l´essentiel.
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Dans les ténèbres nocturnes de la forêt de Gardelune, une compagnie avançait, guidée par la lumière clignotante d´une lanterne dorée. La main qui tenait l´objet était massive mais petite, trappue, comme l´essentiel du groupe, des formes sombres et cagoulées, courtaudes mais fortes. Le vent soufflait agréablement dans les feuilles des chênes, dont les branches semblaient fuir les assauts lumineux de la lanterne, à mesure que la forêt s´ouvrait face à la marche. Bientôt deux portes taillées dans ces mêmes chênes parurent devant les formes cagoulées.
C´étaient des sculptures grossières et purement fonctionnelles, aucune muraille ne complétant cette entrée, simple signe au voyageur que son périple jusqu´à Gardelune était terminé. L´homme de tête, l´aîné et le guide, rabattit le cache de sa lanterne, les lumières de la porte prenant le relais. Il soupira face à la laideur de cet accueil. Gardelune avait beau être une splendeur d´un point de vue technologique et philosophique, elle n´en gardait pas moins les allures d´un campement militaire, sans aucun égard à un quelconque aspect artistique. L´aîné visualisa alors à sa propre cité, belle et fraîche, un joyau de pierre, avec ses remparts, ses statues et ses ponts, dans une vallée se coulant entre deux montagnes enneigées. Elle était bien plus au nord, dans une région montagnarde à bien des chaînées de Gardelune.
Son dédain envers le désintérêt esthétique des Gardeluniens fut interrompu par l´ouverture rapide et silencieuse des portes pourtant lourdes ( qui auraient pu être facilement contournées, mais le propre dédain des Gardeluniens envers la forme des rites ne pouvait passer outre la tradition ancestrale de l´accueil ), franchies simultanément par un trio, hommes couverts de tuniques simples mais dont la texture reflétait la lueur des deux torches géantes fixées aux portes. Le premier, grand et fier, se dirigea vers l´aîné des hommes cagoulés.
"Une conscience en reconnaît une autre, Brog, chef clan de Colosse dans les Montagnes Acides.
-Une conscience en salue une autre, Artagon, chef milice de Gardelune.
-Votre voyage s´est-il déroulé sans encombre ? demanda poliment le soldat.
-Tout dépend de ce que vous nommez ´encombre´, répondit Brog d´un ton neutre. Vos prétendus alliés de la plaine fluviale se montrent pour le moins hostiles à notre égard. Ils ne nous aiment pas, cela se voit bien. J´ai même l´impression que n´eût été votre bannière parmi nos rangs, nous serions en ce moment même en train de rôtir dans un feu de joie.
-Vos craintes, chef clan, sont injustifiées. Les tribus du fleuve nous ont juré allégeance par le sang. Je vous crois au courant de ce que signifie une telle chose pour eux.
-Ce sont des primitifs, dit Brog avec dédain. Leur langage est rustique, et ils n´ont aucun sens de l´importance morale des rites funéraires. Leur conscience me paraît bien chétive.
-Vous allez un peu loin, chef clan, répondit l´autre, paisiblement. Tout a un début, qu´il soit poussif ou non. Etions-nous nous-mêmes si différents il y a cinquante cycles Etoile ?"
Brog demeura silencieux.Il souleva sa capuche, soudain pesante sous l´air chaud qui descendait de la colline. Il se frotta vigoureusement les yeux, ses doigts effleurant les bourrelets épais les suplombant.
"Excusez-moi, Artagon. Je ne suis plus aussi lucide et vigoureux qu´à cette même époque que vous citez.
-Le pardon à mon égard, chef clan, reprit vivement le soldat. Etre de garde à cette heure de la nuit ne m´aide guère à être perspicace, et j´avais oublié que vous et vos gens avez parcouru la moitié d´un continent. Je vais vous amener à votre maison.
-Nul mal, Artagon. Nous reprendrons notre discussion sur votre sous-évolution plus tard."
Le soldat sourit à la plaisanterie du vieil homme, puis les guida à travers les huttes et cabanes du quartier résidentiel oriental.
Les Beriens étaient une espèce d´hommes qui foulaient la Terre depuis une époque qu´eux-mêmes avaient déjà oubliée. L´apparition des Faces Lisses, en revanche, si elle ne pouvait se dater d´une manière précise dans leur propre chronologie, était chose relativement récente. Quarante mille cycles Etoile, effectivement, étaient bien peu de chose si on les comparait à l´élévation lente de la civilisation berienne, dont les chef-d´oeuvre représentatifs demeuraient Bromur, au-delà de la mer, au nord, et Colosse, plus au sud.
Aussi était-il insultant qu´une peuplade de Faces Lisses, à l´origine une tribu aussi primitive que n´importe quelle autre de ces nouveaux venus sur le continent, devienne en l´espace de seulement soixante cycles Etoile une puissance technologique dépassant de loin celle des Beriens.
L´aîné du groupe fraîchement arrivé à Gardelune commanda d´une voix autoritaire et indiscutable le sommeil aux plus jeunes. Aux adultes, il résuma brièvement les détails de leur séjour dans la cité, et des évènements qui devraient être relatés le lendemain au conseil de Gardelune. Puis il se positionna le plus confortablement possible dans son lit de Face Lisse et atteignit ce niveau de conscience semi-éveillée qui le rendait le plus attentif, à son sens, aux conseils d´Anna-Lise, bien que, pour être plus rigoureux dans le témoignage de cette époque passée, le nom du guide auquel se rattachait l´aîné était Mentos.
Il songea à Gardelune et à ses enfants-prodiges. Il pensa également aux paroles du chef milice Artagon. Effectivement, alors que Brog lui-même n´avait qu´une vingtaine d´années, les Gardeluniens n´enterraient pas leurs morts, se contentant de les laisser derrière eux lors de leurs déplacements d´un point à un autre.
Et certes, ayant découvert ce qui faisaient d´eux des Faces Lisses tellement uniques, ouvertes à toute forme de communication et d´interaction, les Beriens leur enseignèrent les règles et les avantages de la sédentarité, ainsi que les bases de création d´une civilisation à part entière. Mais il s´avèra que, au fil des ans, alors que Gardelune s´érigeait petit à petit, les apprentis finirent par surpasser les maîtres. En de nombreux points. Trop nombreux pour la conscience des Beriens. Car il leur aurait été très malhonnête d´affirmer, pour ne citer qu´un seul exemple, avoir été responsables du système hydraulique de leurs cités, qui donna naissance par la suite à une forme d´énergie révolutionnaire facilitant la vie de tous. Et ce, en seulement quarante cycles Etoile. Le temps que Gardelune, simple coque ayant acquis une voile, n´aille se perdre dans l´Essence et la compréhension de son code.
Quelque chose n´allait pas. Il est des choses qui se déduisent. D´autres se sentent.
L´intuition est un outil parfois proposé par Anna-Lise, mais elle-même en préconise un emploi prudent. Ses principes de base, empirisme et actions causales, sont jugés fiables selon une certaine base, dans la mesure où leur utilisation permet une progression systématique de la conscience humaine. L´intuition, en revanche, ne bénéficie pas d´une telle fiabilité.
Ce qui n´empêchait pas l´aîné de pressentir un malheur, une menace dirigée vers Gardelune, cible de loin trop parfaite. Mais là s´arrêtaient ses impressions. Cherchant un vain une liaison raisonnable, il finit par s´assoupir, quittant la semi-conscience pour sombrer dans les abysses mystérieuses du sommeil.
Une chose est certaine, il aurait été surpris d´apprendre que ladite menace reposait aux pieds de son lit, dans sa sacoche de cuir. Un tribut exigé par Gardelune en échange de ses connaissances inestimables.
Et la petite pierre entraînant l´avalanche. Un objet aussi simple et d´apparence aussi innocente qu´une flûte, forgée dans le métal.
Ok ( sinon je voulais dire personnification hein ; ) )
( c´est évident
)
je transmets la suite
--
"Doit-on finalement comprendre que vous l´avez trouvée, Brog chef clan ?"
L´aîné soupira et se frotta le front d´une main légèrement tremblante. Mais c´est avec une fierté évidente qu´il s´adressa au conseil.
"Gardelune semble oublier de qui elle tient la base de ses connaissances. Colosse n´est pas démuni au point d´être incompétent. La... porte, comme vous vous plaisez à nommer cette grotte, a été repérée par nos chercheurs il y a trois cycle-lune. Nous avons récupéré l´objet puis de suite envoyé cette compagnie dont je suis le guide afin de vous l´apporter. Ne méritons-nous pas plus de gratitude et de respect ?
-Vous avez l´une comme l´autre, chef clan, reprit le maître du conseil, un homme d´âge moyenne mais toujours mince et grand. La gratitude est elle-même un pilier fondateur de notre cité, et nous n´oublions jamais envers qui nous devons l´exprimer. Toutefois, le conseil ne comprend pas votre réticence à nous donner le cylindre. Où est le problème ?
-Le problème, Dagaro maître conseil, fut soulevé par les capteurs à points dont sont munis nos éclaireurs. Le nuage qui entoure notre porte est anormalement dense.
-Il n´est dangereux pour personne, intervint Cardon, conseiller spécialiste des champs de points. Nous avons nous-mêmes étudié la densité des nuages englobant les portes, à Gardelune comme à Taxon au bord de la mer du sud. Elle reste stable et ne dépend pas des conditions atmosphériques.
-Sans compter la résistance accrue de la race berienne face aux assauts particulaires, ajouta la conseillère de liaison biologie-champs de points, une femme assez âgée du nom de Clara. Si Colosse avait en quoi que ce soit été menacé par la porte, nous ne lui aurions évidemment pas envoyé une telle demande.
-Mais là n´est pas la question ! s´emporta l´aîné. Nous ne sommes pas des enfants naïfs. Colosse existe depuis suffisamment longtemps pour savoir prendre ses propres précautions. Le vrai problème est ailleurs."
Puis, prenant conscience de la sécheresse de ses paroles, il se reprit.
"Colosse ne nie aucunement les avancées dont il a bénéficié, et ceci de l´unique fait de Gardelune. Ne vous sommes au moins aussi redevables que vous prétendez l´être à notre égard, certainement plus, et pour être francs nous n´en attendions pas autant. Nous sommes bien conscients de n´avoir donné qu´un élan."
Dagaro prit un air châgriné.
"Vous persistez à mettre en doute le respect de notre cité envers les philosophes, chef clan, et une telle attitude ne peut que nous vexer. Toutefois, nos sentiments ne comptent pas en ces lieux. Exposez-nous, je vous prie, ce fameux problème qui vous donne mauvaise conscience au point de nous refuser le cylindre.
-Je vous l´ai dit, et je vous le répète, le problème réside dans le champ de points autour de notre porte. Autour de toutes les portes, à vrai dire. Nous les savons peu dangereux pour notre espèce, mais une telle présence ne peut signifier une chose bienveillante.
-Nulle malveillance ni bienveillance ne peut se cacher au niveau des Portes.
-Et comment pouvez-vous le savoir ? Vous déciderez-vous à nous expliquer pourquoi vous désirez ceci ?"
Accompagnant ses paroles, l´aîné avait saisi des mains d´un de ses suivants un sac de peau de forme oblongue. Défaisant la lanière de cuir, il dévoila un flûte d´une longueur avoisinant cinq pouces, de faible diamètre et présentant à sa surface argentée quatre fentes singulières. A sa vue, l´ensemble du conseil s´était redressé, visiblement excité.
L´aîné sourit ironiquement.
"Vous ressemblez à des enfants à qui l´on présente un nouveau jouet. Alors ? J´attends vos explications.
-Est... est-elle intacte ? demanda anxieusement Dagaro.
-Ne paraît-elle pas intacte ? fit l´autre avec mauvaise humeur, puis, en se reprenant : nous l´avons trouvée dans cet état. Elle était fichée dans le plafond concave de la grotte, là où aucune dégradation par le temps ni par l´homme n´a pu se produire. Et maitenant, sachez que je ne vous donnerai la flûte que si vous me dites en détail ce que vous comptez en faire. Que sont les Portes ?"
Dagaro relâcha son souffle et se cala plus confortablement dans son fauteuil. Suivant son geste, l´aîné se rassit.
"Pour ne plus rien vous cacher, dit le maître du conseil avec une lenteur étudiée, Gardelune comptait conserver un certain secret autour de ses activités concernant les Portes. Après tout, elles sont elles-mêmes les clefs d´une toute autre porte, susceptible de changer en bien des points notre conscience de l´univers.
-C´est inacceptable. Les Beriens ne sont pas des Faces Lisses, et si nous ignorons encore l´opinion de nous cousins orientaux, Bromur et Colosse refusent de rester à l´écart.
-Je le vois clairement, répliqua l´autre avec une certaine froideur. Et bien, vous ne nous donnez pas le choix. Je vous prie de nous livrer le cylindre, et le conseil se réunira au grand complet à la nouvelle aube. Tout vous sera alors dévoilé.
-Qu´est-ce qui vous empêche de le faire maintenant ?
-La pertinence de nos découvertes, déclara Cardon en murmurant presque.
-Et vos gens, souligna Dagaro en désignant la compagnie de l´aîné. Certaines affaires ne sont pas convenables aux oreilles de tous."
Sur ce, les beriens, les adultes comme les plus jeunes, se mirent à protester, immédiatement réduits au silence par leur chef.
"Je suis peut-être chef clan, répondit Brog, mais je ne suis pas le seul délégué de Colosse. De même, je ne possède pas de liens avec Bromur comme certains de mes gens ici présents, et cette cité a affirmé vouloir être tenue au courant de l´affaire. Je demanderai donc l´assistance de Zord et Bagilon, tous deux membres de l´Assemblée de Colosse en lien avec les cités bériennes. Ils ne pourront manquer ce que vous avez à me dire.
-Très bien, s´il ne peut en être autrement. En attendant, continua Dagaro en souriant, que les jeunes bériens ne se sentent pas floués. L´accès aux écoles de Gardelune leur est toujours accordé, et nous espérons beaucoup de nos échanges entre les nouvelles générations de nos deux espèces. Quoi qu´il arrive, considérez-vous comme chez vous.
-Nous remercions le conseil de grand coeur.
-Parfait. Le conseil est levé jusqu´à la nouvelle aube."
Un membre du conseil se dirigea vers l´aîné et reçut de ses mains la peau enveloppant la mystérieuse flûte zèbrée.
Puis les Gardeluniens quittèrent petit à petit la petite place boisée où s´était tenue l´assemblée, et une femme jeune se dirigea tout sourire vers les bériens pour leur proposer une reconnaissance officielle de la cité. L´aîné hocha la tête envers les adolescents et leurs reponsables, puis les regarda s´éloigner dans les allées impecables et couvertes de mousse menant au coeur souterrain de la première colline. Enfin il se tourna vers les deux compagnons demeurés avec lui, Zord et Bagilon, deux beriens jeunes et puissamment bâtis. Ils attendaient que le chef clan prenne la parole.
"Que pensez-vous de la sincérité du conseil ?" finit par leur demander ce dernier.
Les deux hommes se regardèrent, visiblement mal à l´aise.
"Elle me paraissait naturelle, commença Bagilon. Mais je n´ai pas assez d´expérience concernant les Faces Lisses pour dire avec précision s´ils sont honnêtes ou non.
-Zord ?
-Ils sont arrogants, dit le jeune homme en croisant les bras. Ils noient ce trait de caractère dans un flot de paroles se voulant respectueuses, et à vrai dire j´y croirais presque, mais leur avancée technologique considérable semble avoir ancré en eux une sensation de supériorité. Ils nous méprisent.
-Peut-être, fit l´aîné. Mais je n´ai pas demandé ton avis concernant la position de Gardelune vis-à-vis de Colosse.
-C´est exact, et je m´en excuse. Pour le reste, je pense qu´ils sont encore tout à fait capables de nous mentir, ou du moins de ne pas tout nous dire, soucieux de garder jalousement un secret qui pourrait plus encore élargir le fossé qui nous sépare.
-Sur quoi te fondes-tu ?
-Mon intuition, chef clan.
-Tu sais pourtant que cela ne suffit pas. Analyse et déduction seules comptent.
-Je n´ai rien de mieux à vous offrir, chef clan."
L´aîné gratta ses bourrelets sus-orbitaires. Cette manie lui était venue avec l´âge, lorsqu´il tentait de mettre de l´ordre dans ses pensées.
"Nous leur avons suffisamment manifesté notre impatience. Ils savent que notre collaboration peut encore leur être nécessaire. Bien que Dagaro ne l´ait pas dit de façon très explicite, je crois avoir saisi que leurs propres portes, dans cette région du continent, ont toutes sans exception subi des dommages. Ils avaient besoin d´une flûte intacte. Ils l´ont à présent. Mais ils semblent incertains quant aux résultats de leur recherche, et il est possible encore qu´ils aient besoin d´un accès indirect aux grottes que nous possédons, au nord. De fait, Gardelune n´aime pas quitter Gardelune."
Il ponctua ces derniers mots d´un sourire rêveur. Puis il remarqua les regards intrigués qui lui donnaient les deux bériens, et il reprit :
"Nous n´avons pas encore assez d´éléments de réflexion pour aboutir à des déductions satisfaisantes. Il ne reste plus qu´à attendre. Mais j´ai dans l´idée que si les Faces Lisses de cette cité s´intéressent à ce point à ces grottes aux champs de points si intenses, elle ne doivent pas être d´une importance quelconque. J´attendrai la nouvelle aube."
A ce moment-là, l´étoile était au zénith. Ses rayons étaient doux, et les alentours boisés retentissaient du chant des cigales.
"Détendez-vous, jeunes gens. C´est la première que vous vous trouvez à Gardelune. Profitez-en pour découvrir ses splendeurs."
Et sur ces mots, l´aîné s´éloigna à son tour.