Le Soleil culminait au zénith et l’homme dormait sous un palmier tordu. Le vent n’avait plus soufflé depuis une heure et la chaleur devenait étouffante. Un grand bâillement fit fuir une dizaine d’oiseaux et il écarta les bras. Debout, il balaya le paysage paradisiaque du regard, l’air déconcerté. Une enveloppe, tenue sous une fine pierre, gisait à ses pieds. Il se baissa puis l’attrapa pour l’ouvrir. Le papier déplié, ses lèvres décomposaient les mots lus un à un. Une fois la lecture achevée, il jeta l’écrit dans un buisson, irrité par le contenu.
Un hurlement lugubre et empli de désespoir résonna sur l’île. Des centaines d’autres cris analogues suivirent ensuite.
L’homme alla se coucher sur la plage de sables fins et contempler les eaux turquoises. Il ne savait plus son prénom, ni son nom, ni son age… Et il n’avait plus rien aussi, aucun vêtements, ni montre… Rien.
Il se remémora la lettre pendant de longues heures puis se décida à agir. Il avait une chance de s’en sortir et il fallait la saisir. Jouer le jeu.
La forêt était dense et trois collines semblaient dominer cette enclave de terre au milieu des océans. Il débuta sa marche en direction de l’un des sommets. L’effort fut conséquent et la progression dans la jungle délicate. Il restait sur ses gardes en permanence.
Le soir, parvenu sur le mont, il s’abrita sous un tronc mort pour se reposer. Des bruits de pas d’un groupe de personne alla s’engouffrer dans ses oreilles. Il se leva et guetta leur arrivé, inquiet. Le regard hagard, il tenta de dénombrer la troupe. Elle ne semblait pas avoir d’intentions belliqueuses à son égard et ils paraissaient être au plus une quarantaine. La cohorte s’arrêta net et une personne s’avança seule vers lui.
« Bonjour, je m’appelle Marc, souhaites tu nous rejoindre ? » lui demanda le représentant. Il hocha la tête avec le visage rassuré.
« Tu n’as pas de nom ? Ce sera Pierre alors, es tu d’accord ? » ajouta Marc. La réponse fut la même que précédemment.
Une femme lança au bataillon qu’ils étaient en retard et qu’elle avait vu un lieu propice en contrebas. La course débuta et les jambes s’excitaient furieusement.
Arrivés à destination, ils fouillaient les éboulis au pied d’une falaise abrupte. Robert, un peu corpulent et crâne dégarni, venait de trouver deux pierres et cria que c’était bon. Marc coura pour vérifier, prit les cailloux, les scruta de ses yeux… Et donna le signal pour l’étape suivante. Trois hommes se ruèrent vers un bosquet voisin.
Etienne se posta sur un versant en amont pour surveiller les alentours. Les autres formaient un cercle à l’intérieur duquel Marc attendait. Jean, Michel et Yohan apportaient des branches à toute vitesse. Ils les disposèrent en un seul tas puis s’installèrent avec les autres.
Marc commença à frotter les deux silex sous les regards attentifs du bataillon. Ses mains s’agitaient nerveusement et il se tenait concentrer sur sa tâche. Les roches frictionnaient avec force ne lacher rien. L’effort continuait, encore et toujours. Le visage crispé regardait les mains remuer rapidement. Il s’impatientait comme tous, mais ne s’arrêtait pas. Une étincelle jaillit, puis une pluie arrosa le bois sec.
Ainsi fut maîtrisé le feu.
Les jours passèrent et la cohorte réussissait de nouvelles découvertes et progrès. Ainsi fut inventé l’écriture, ainsi fut…
Les mois défilèrent et le bataillon tenait bien le rythme. Ainsi fut découvert le bronze…
Après un an, la troupe avait un véritable village avec quelques fortifications. La forge produisait des outils variés, la terre commençait à être travaillée…
Etienne hurla, de joie dans son atelier. La population accourut dans les lieux pour voir l’origine du boucan. Il avait achevé la première cotte de maille et tout le monde le félicitait. Marc la prit et la porta sur le portail. Demain, ils en auraient tous une de la même qualité à cet endroit. Pierre, à l’aide d’une torche, progressait lentement dans une caverne tout en observant méticuleusement les parois. Sa main droite tenait une spatule métallique et la gauche un sac. Il grattait, à l’aide d’une spatule, les roches humides. Un sourire apparut sur son visage sale, il venait de trouver des tâches blanchâtres…
Ainsi fut crée la poudre à canon.
Les recherches et inventions pulluler encore, les animaux étaient domestiqué, on améliorait les outils, les bâtiments et cela sans cesse.
Une année passa, et les avancées devenaient toujours plus prolifiques. Un matin, des inconnus débarquèrent et se dirigèrent vers le village. On entendit des coups de feu, l’alarme sonner, le navire dans la baie faire hurler les canons, les cris de douleur résonner…
« Ainsi fut né la guerre » déclara le présentateur de l’émission, pour clore le 600 ième épisode suivi par des centaines de millions de personnes.
« Je vous rappelle que vous pouvez toujours joindre pour proposer des personnes, que vous aimez ou pas, ou pour vous joindre vous-même, dans ce jeu démesuré. Faire revivre l’humanité et son histoire, vous en serez les acteurs. Et comme ceux qui ont fait notre monde et construit notre civilisation, vos erreurs vous mèneront à la mort et la réussite allongera votre vie ponctuellement. A demain pour un nouvel épisode ! »