Quand je vois les pavés recouverts de ton sang
La vitrine éclatée qui voit passer les gens
Les morceaux de goudron collant à ma semelle
Et l´image encore vive de tes yeux d´étincelle
J´ai le coeur qui déborde jusqu´au creux de mes yeux
C´est un marteau usé qu´on cogne contre moi
J´ai le nez détourné, on m´a cassé les doigts
J´ai le dos desaxé et sur mes yeux des bleus
C´est la rate jaunie que je vomis de haine
Sur les reflets sanglants de ce drame inutile
La vie n´a pas de corps puisqu´elle est volatile
Et que je ne vois plus tes sourcils blonds de laine
C´est le meurtre en ma voix qui voudrait triompher
Et le coeur est rapide quand la raison se tait
Mais face à l´évidence étouffante et morbide
De ta peau disparue sous des roses liquides
Je ne puis que crier et ton nom et le mien
Pour ne sentir en moi qu´amertume et chagrin
L´autre jour, je suis mort quand j´ai vu tes globules
A rester là pleurer, je meurs de ridicule
C´est immense et profond ce poison dans mon crâne
Et ton sang parfumé, tombé comme une manne
Sur ma bouche, affamée des couleurs de ta voix,
Circule en moi, brûlant, cognant sur mes parois
Les parois des mes veines étonnées et fragiles
Cherchent à contenir les beautés de ton sang
Mais c´est vaine illusion, la vie est puérile
Et s´enfuit à sa guise comme fuient les enfants
Où es-tu dans mon corps ? T´es-tu cachée par là ?
Veux-tu parler un peu ? Je suis là, je t´écoute
Si tu ne me dis rien, tu as peur et tu doutes
Mais j´écoute et je t´aime et t´écoute et te vois
Je voudrais te livrer le fond de ma pensée
A ces mots bien souvent tu mangeais tes bananes
Exotique et discrète élégante esseulée
Tu ne t´aperçois pas que mon grand coeur se fane
Demeure un peu ici, dans le creux de ma main
Goutte rouge peinture d´un tableau écarlate
Sang fuyant solitaire comme un oiseau marin
Je t´enterre ici-bas dans mon âme d´asphalte