Je me lance pour mon premier poème.
L´alcoolique
Dans la nuit prospère et ses obscurs frimas,
Sur un quai, loin, une silhouette d´or.
De haillons revêtue, sinistre Alcofribas,
Débite une complainte et la répète encore.
D´où provient cet hululement maléfique ?
Une chouette, peut-être, eût-elle chanté plus haut !
Les remuements de cette folle musique,
En mon âme fermentent d´infinis cerveaux.
Il pouvait dégager de nouveaux horizons
Et de l´écume blanche exciter le remous;
Cet auguste étranger au visage si long
Dont des myriades de fleurs ornaient le cou !
Il avait connu des payx fantastiques.
Mais d´hostiles glapissements assombrissaient
Son propos. Des prairies aux contours cyniques,
Reprenait cet hâbleur, les yeux enluminés.
Des combats dantesques entre canards et chameaux,
Des dauphins volants aux ailerons étoilés,
Des sarabandes endiablées de moineaux;
Et un hiver clair anéantissant l´été !
Et il reprenait, le front plein d´évidences,
Le ton austère, ses paroles biaisées,
Que lorsque son chagrin ravivait la transe,
Il devenait inapte à toute humanité.