C´est un claquement sec dans ma gorge engourdie
Je sens venir l´amour dans un tonneau d´argent
Mes sens, mon sang, ma suie, ma crasse, et mes ennuis
Tout semble s´en aller dans un éternuement
Deux cerises étonnées sur mes joues capricieuses
L´envie de te toucher irradie tous mes doigts
Mais le rêve est odieux et l´illusion spongieuse
Je me réveille hélas le coeur tout contre moi
Et mon dieu je suis seul, je crie dans l´oreiller
Je hais ce matelas où je ne te vois plus
Pourquoi ton dernier lit est-il ton lit dernier ?
Toi que j´ai tant cherchée, aimée, fuite, et perdue.
Je t´aime et t´aime trop, je te veux, je t´exige
Ma poitrine en douleur réclame tout ton poids
Je veux sentir en moi ton orgasme et vertige
Et sentir m´emparer le désir qui rend coi
Si tu savais, ô toi, combien tu manques ici
Si tu savais, ô toi, combien tu n´es plus là
Si tu sentais, mon toi, combien je suis parti
Si tu sentais, mon toi, que je suis mort déjà...
Inutile bien sûr de compter sur mes jours
De vivre le désir est toujours trop ardent
J´ai toujours détesté parler de nos toujours
C´était pour mieux cacher le secret étonnant
La vie est enfumée de brouillard et de bruit
La lumière est cachée au-dessus de nos crânes
Selon que vous serez trouillard ou fils de truie
Il faudra, pauvres gens, payer pour qu´on nous damne.
Car l´amour est absent, ma belle est endormie
Et je suis seul, lecteur, devant mon papier blanc
Je voudrais dire un mot, me sauver de l´ennui
Mais le sommeil odieux me rappelle au-dedans
Le trépas de mes yeux sonne comme une tombe
On ne me lira pas avant huit heures au moins
Le temps est ahuri et part courir en trombe
Quand nous, seuls et trahis, restons ici pour rien.