Ils sont entrés, se sont assis bruyamment autour de la table. Les bancs raclent le parquet usé et les sandales s’y frottent nerveusement. Les yeux parcourent les visages pour se rassurer et éviter les affrontements. Paraître détaché et humble. Quelle tâche ardue, surtout dans un tel moment. Historique.
La pièce trempe dans l’obscurité et les traits d’humanité se noient dans celle-ci. La simplicité et la pauvreté semblent orner ce lieu empli d’une puissance dissimulée. Une face embarrassée s’extrait de l’océan des ténèbres et de ses vagues frappant les chairs. La réaction est immédiate et l’assemblée mystérieuse se tourne vers l’individu, portant le numéro huit. Le silence inquisiteur et les regards assaillants sont lancés.
L’homme perd son sang froid et ses prunelles fuyantes trahissent sa peur. Son corps devient couvert par une transpiration honteuse et sa peau blanchie. Il se concentre et invite son esprit dans un autre monde. Se relaxe. Oublie.
Il relève son crâne dégarni et porte un regard fier et désinvolte. Puis racle sa gorge. L’ambiance malsaine détruite, l’histoire peut reprendre son cours.
Chacun est sensible à ce moment si crucial. En face de lui, une paire s’obstine et jette le plus grand des mépris. Le duel débute et le vainqueur sera désigné par cette table.
Ils saisissent des bols avec attention et calme. Seuls des bruits de tissus frottés venant des toges, caressent leurs oreilles. Leurs yeux se cherchent, qui l’aura ? On joue avec la vie et la mort avec légèreté.
L’interrogation masque et la réponse démasque les visages. Le numéro six devant le huit n’a pas réussi à cacher sa déception momentanée. Les faces s’interpellent dans la crainte et l’espoir. Qui l’aura ?
Il remet sa toge en place et exécute le mouvement doucement. On retourne les faïences déterminant par leurs inscriptions le souverain. Le numéro huit du bout du bras, retourne son bol et crie « huit ». La partie est finie, il aura tout les pouvoirs et sans limites, sans opposition.