Nous sommes le vingt trois mars de l’année 2006. J’ai réfléchi à la question plusieurs nuits d’affilées et mon choix est fait. Je regarde ma montre, vingt heures treize. Assis sur ma chaise je rédige mon dernier texte.
La brume s’est levée et tout est devenu clair désormais. Je suis à court d’idées et mon style est à bout de souffle. Vous, mes lecteurs me reprochez de perdre mes racines et mon impétuosité. Mon talent semble être gâché à vos yeux, toutefois si on accepte l’hypothèse que je possède une once de cela.
Mes écrits récents sont rares, courts, incohérents et même ennuyeux ! Les idées originales qui ont peuplé mon essence, se sont fait la malle. Qui les as récupéré ? J’ai lancé un avis de recherche mais sans aucune réponse positive.
Et la, je me suis dis tiens. Tiens, peut être qu’un individu me les a volé. Je regarde sur les forums et non. Les médiocres le sont toujours et ne me piquent pas mes idées. Ni même les bons. Bref, je ne sais pas où elles sont allées se cacher.
C’est affreux un auteur sans idée. Imaginez vous, un pêcheur. Il se lève à six heures du matin pour aller prendre la mer. Le réveil est dur et il sait que la journée sera ardue. Arrivé au port, plus d’océan. Rien. Les navires sont couchés sur le sable et pas une trace d’eau. Un écrivain sans idée, c’est exactement pareil.
Quelle frustration de rester en face d’une feuille blanche, sans écrire. Perdre le goût de raconter des histoires, c’est perdre de soi même. Je crois que chacun a un but dans la vie et quelque chose qui le pousse à se lever tous les matins ave l’envie de vivre.
Cette chose s’est enfuit de mon corps un matin. On peut sembler se croire capable de s’affranchir, j’en ai fait l’expérience et non. Ayant pleinement pris conscience de cela, je crois que j’ai pris la meilleure décision. Et ce sera mon dernier texte. Je laisse une trace dans cet univers, quasi nulle, et un héritage à l’humanité, ridicule.
J’ose croire que les meilleurs de mes médiocres récits puissent avoir au moins fait rêver et voyager au moins une personne. J’en serais à la fois heureux et satisfait. Mes univers, que j’ai développés, qu’ils soient fantastiques, réalistes, futuristes, ne sont pas que le fruit de mon imagination, ou folie. Il existe, et j’en suis fort persuadé, un espace imaginaire de rêves et inspirations communes à tous les êtres. Je ne suis qu’un privilégié pouvant un peu y accéder. Ces mondes, dont ceux qu’on associe à mes créations, peuplent notre planète. Et peut être même le contraire.
Je me suis senti à l’écart de la réalité. De cet univers et j’ai préféré faire vivre ce que je voyais à travers mes yeux. On m’a souvent pris pour un fou et je crois que c’est plutôt à cause de mon comportement, quelque peu atypique.
Toute existence a une fin. Quelle soit précipité ou non. J’ai exécuté le choix pour la mienne. Ne voyant plus d’intérêt à vivre, je me saisis de l’arme.
Elle est lourde. Le métal semble froid et je tremble. Je vérifie qu’elle est chargée soigneusement. Les munitions sont bien à l’intérieur. Je la charge et j’entends le doux bruit annonçant qu’elle est prête à faire feu. Je lève mon maigre bras avec l’engin de destruction au niveau de ma bouche. Je l’y enfonce. Mes yeux fixent l’objet meurtrier. On se regarde en perdant toute notion de temps. Le duel dure et perdure. Mon doigt appui sur la gâchette.
Rien. Pourquoi ce pistolet éclateur à rayons ioniques ne tire pas ? Pourtant il vient de Yuio située dans la galaxie de Fyuru. Je suis énervé contre cette machine défectueuse, au moment où un Béluxien du Sud entre dans ma chambre…