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Fic : Samedi (Fantastique)

Rev_Tom
Rev_Tom
Niveau 2
24 mars 2006 à 21:46:31

Salut, je suis nouveau sur le forum et j´aimerai soumettre à vos âmes expertes le débu d´une fic que j´ai écrite. Cela s´appelle "Samedi" et j´ai tenté de livrer une histoire qui a le goût d´un Stephen King tout en restant personnelle. A vous de juger. Elle est assez longue, mais j´espère que vous aimerez.
Enjoy !!

1- Samedi

Tout le monde
La boite n’est pas remplie, ce soir. Que des habitués. Sur la piste de danse, il y a quelques rigolos qui n’avaient rien de mieux à faire, et font tous leurs efforts pour ne pas finir la nuit seuls (99°/° d’entre eux rentreront bredouille, c’est prouvé scientifiquement). Il y en a qui, sapés façon années 80, croient savoir danser sur de la Funk, des gosses qui se prennent pour des gangsters, oubliant que les gangsters ne dansent pas, il y en a un qui se prend pour Néo dans Matrix mais qui est un peu trop vieux pour ces enfantillages, un autre qui danse terriblement bien, et que beaucoup de filles regardent discrètement, certaines allant même jusqu’à l’aguicher, malheureusement pour elles, ce n’est pas de ce pain qu’il aime se nourrir… Il y a aussi cette minette qui est presque nue et qui ne se rendra compte que le lendemain qu’elle a poussé son strip-tease un peu loin, quand ses copines le lui feront remarquer d’un air réprobateur, alors qu’elles n’ont même pas essayé de l’en empêcher. Il y a des gens « normaux » aussi, faut pas croire. Parmi eux, il n’y a qu’un couple. Deux extra-terrestres qui ne s’occupent pas du monde qui les entoure. Ils se regardent, dansant sans lâcher les yeux l’un de l’autre, ils sont ailleurs. Laissons-les là. Autour des quelques tables occupées, il y a de tout aussi. Des conversations, des roulages de pelle, des cuvages de whisky… Il y a des types qui ne comprennent pas pourquoi tout autour d’eux ressemble à une peinture de Dali, jusqu’à ce qu’ils émettent enfin une pensée intelligente : « C’est peut-être parce qu’il n’y avait pas que du tabac dans ma cigarette… ».
Mais il y a une table différente, ce soir-là. Il n’y a que deux gars assis à cette table. L’un remplit les verres, l’autre les boit. Ils n’ont pas l’air franchement joyeux, l’un comme l’autre. Celui qui remplit essaie de parler, de détendre l’atmosphère, mais celui qui boit ne lui répond que par bribes. Il ne quitte pas des yeux le couple de la piste de danse. En clair, il est jaloux. De lui, d’elle (pourquoi pas ? Euh, en fait non…), d’eux deux, peut-être, qu’est-ce que j’en sais ? On l’appellera Pascal. Et l’autre, on l’appellera… Franck ? Allez, va pour Franck, on s’en fout, de toute manière, il meurt avant la fin. Pascal est blanc. Ou noir. On s’en fout aussi de toute façon. D’ailleurs, il serait plutôt gris, en l’occurrence… Non, pour être franc je n’ai pas envie de vous les décrire. On dira que Franck est passable, que Pascal s’en sort mieux et que le petit couple est très mignon, sans avoir l’air sorti du casting pour une pub de dentifrice non plus. Encore que… La fille n’est pas mal, quand même, sinon je ne vois pas l’intérêt... Enfin bon, de toute manière, la beauté est dans les yeux de celui qui la regarde... Tiens tant qu’on parle d’eux, on va distribuer des prénoms. Alors… la dame s’appellera Guylaine et le type, David. Ouais, ça va, on remplit les quotas avec des noms comme ça. Voilà, le décor est planté, on va pouvoir vraiment commencer l’histoire, je vais passer à un discours au passé, ça va peut-être vous faire bizarre, mais j’y peux rien, le présent c’était mieux pour vous mettre dans l’ambiance. De toute manière, je crois pas que vous ayez le choix, vu que c’est moi qui raconte.
La musique changea. Un truc qui squattait déjà les boites deux ans plus tôt mais qui avait été remis à la mode quand Arthur l’avait découvert. Guylaine lâcha son copain, et se dirigea vers Pascal. Elle avait l’air étonnée qu’il ne vienne pas danser mais, apparemment, il était plutôt d’humeur à se bourrer la gueule. Elle le prit par le bras, tira de toutes ses forces, et, évidemment, il finit par céder. Une fois qu’elle l’eut amené sur la piste (la chanson était déjà bien entamée), elle commença à se déhancher sous ses yeux et ceux de David. Elle savait y faire, c’était clair et net, mais il continuait à faire la gueule. C’était définitivement pas le jour. Et puis la musique changea de nouveau, et il saisit l’occasion pour aller se rasseoir. Il ne s’inquiéta pas alors de l’absence de Franck, pensant qu’il était aux toilettes. Il se servit un autre verre, sans même regarder ce qu’il faisait. Encore une soirée de merde mais il avait l’air décidé à ne rien faire pour arranger les choses. Il n’était pas encore bourré (ça lui prenait de plus en plus de temps), mais il sentait que ça n’allait pas tarder.

Franck
Comme le pensait Pascal, Franck était aux toilettes, dormant d’un sommeil sans rêve contre la cuvette, il bavait copieusement, mais, dans l’état où il était, n’en avait cure. Et puis, sans raison apparente, il se réveilla. Il avait l’impression qu’on l’avait secoué comme un prunier, tout en étant sûr que personne n’avait posé la main sur lui. Il ouvrit les yeux, et n’eut pas le temps de s’interroger plus que ça sur son étrange réveil, l’homme devant lui donnant suffisamment de boulot à sa petite cervelle sous alcool comme ça. Qu’est-ce que ce type pouvait bien faire là? On aurait presque dit un prêtre, avec son long manteau noir, si noir qu’il aurait pu y plonger. Et d’ailleurs, c’est ce qu’il fit. Pendant quelques secondes, qui auraient tout aussi bien pu être des heures, ses yeux se perdirent dans le manteau de l’homme, un manteau qui allait du haut de son cou jusqu’à ses bottes, ne laissant que ses mains et son visage à découvert. Ses yeux, sombres, paraissaient presque usés, et trahissaient son âge bien qu’aucune ride n’apparaisse autour d’eux. Vu d’ici, il aurait aussi bien pu avoir trente ans que cinquante.
Ses mains semblaient fines et douces, mais il se dégageait d’elles une force qui fit reculer Franck, qui se retrouva le dos contre le mur pavé d’émail des toilettes, lorsque le type les avança vers lui. Franck se remit laborieusement debout, et regarda le type en face, mais ne tint pas son regard plus d’une seconde, ce qui lui parut, déjà, un exploit.
- On se connaît ?
- Ca ne saurait tarder.
Le type parlait d’une voix mielleuse, qui n’avait rien de franche, une voix fourbe, glaciale, comme celle de Jaffar dans Aladdin, des supérieurs de Mulder et Scully… c’était la voix de plusieurs générations de types fondamentalement mauvais, qui arborent un grand sourire se voulant sympathique, mais ces sourires rappellent immanquablement la mâchoire d’un grand requin blanc. Il tendit de nouveau la main, tout en continuant :
- Je m’appelle Craig, Richard, Hyde, Randall, Timothée, Flagg, Gabriel… Mon nom est Légion. J’en ai trop pour que tous me restent en mémoire.
Il agrandit encore son sourire, ce qui, une seconde plus tôt, aurait paru difficilement possible, et termina :
- Je suis content de faire ta connaissance, mon jeune ami.
Il lui tendit la main. Et, sans se rendre compte de ce que cela allait impliquer (ce qui est normal), Franck la serra. A son contact, Franck reçut un coup de jus tel qu’une barrière électrifiée lui aurait semblé douce à coté, et il recula vivement. Il lâcha la main du type comme si elle était brûlante, et balbutia :
- Qu… Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Rien de grave, rassure-toi… Rien de bien méchant, disons...
- Hein ? Je…
Le type fouilla dans la poche de son jean, et en ressortit un papier jaunit par le temps, avec un peu trop d’écriture dessus pour que Franck, dans l’état où il était, puisse tenter de le déchiffrer. Il le lui tendit et, par réflexe, Franck le prit.
- C’est ta Liste. Tu dois aller voir ces gens, et te présenter à eux… Ce sont les plus réceptifs…
- Hein ?! ?
- C’est pourtant pas compliqué… T’as qu’à voir ça comme un boulot…
- Hein ?! ?
- C’est pas possible, t’es trop co*, toi… Je ne peux pas le faire moi-même, vois-tu, j’ai besoin de repos, après notre « échange »… Mais je doute que cela signifie grand-chose à tes yeux…
- Non, mais, j’accepte pas un boulot sans…
Cela devait ne pas avoir d’importance pour l’autre, parce qu’il avait déjà disparu par la porte des toilettes. Machinalement, Franck rangea le papier dans sa poche, et rejoignit ses amis. Il ne leur parla pas de sa rencontre du 18ème type, racontant qu’il s’était endormi contre la cuvette. Il commençait à oublier ce qui s’était passé, de toute façon, et, le lendemain, il penserait que c’était un rêve. Ses amis, qui n’en étaient pas vraiment, ne remarquèrent rien, pas même le changement de couleur de ses yeux mais, même s’ils s’étaient intéressés à lui d’un peu plus près, ils n’auraient rien pu faire, parce que Franck n’était déjà plus lui-même.

jin_oria
jin_oria
Niveau 5
24 mars 2006 à 23:01:08

salut, ja´i lut ta fic, et franchement, j´adore, t´introduit l´histoire d´un fasson qu´on voit pas souvent, ton style d´écriture et génial, facile a lire.

Le seule truk qui manque, c la suite loll

franchement, j´adore, et j´ai hate de lire la suite

Yohan-Kiefa
Yohan-Kiefa
Niveau 10
25 mars 2006 à 02:10:44

Hum c´est bien retourné comme histoire, c´est pas mal du tout, vu l´heure j´ai pas regardé pour les fautes et normalement je m´attardes pas trop à ça, mais pour y revenir c´est un bon texte, reste à voir la suite mais tu viens de te doter d´un lecteur.
:)

FFrules3
FFrules3
Niveau 10
25 mars 2006 à 16:31:33

L´histoire fait envie, c´est sûr, c´est très bien écrit, c´est sûr aussi mais quelques petits trucs m´ont un peu gâché le plaisir comme les libertés d´expression que prend le narrateur.
Je trouve qu´il décrit bien le bar par exemple, mais tout ce qui tourne autour de "(pourquoi pas ? Euh, en fait non…)" et du début au présent est un peu trop familier pour moi.
Mais tout change quand tu passes au passé, là, sa redevient fluide et intéressant.
Donc, pour moi, c´est ok :ok:
La suite ! :-)))

SophyErzengel
SophyErzengel
Niveau 10
25 mars 2006 à 16:50:48

Pour ma part j´ai apprécié cette introduction, ce survol de la boite de nuit et la description des autochtones. La mise en avant des personnages principaux est original et m´a enchanté certes, mais par la suite, cette distribution aléatoire de noms et l´interaction narrateur/lecteur a cassé un peu l´ambiance. Le style de narration habituelle repris ensuite est fluide mais un tantinet vague, manquant de description à certains moments. Je pense que l´échange entre Randall Flagg aurait pu être plus intense, encore plus mystérieux. J´espère également que la suite ne sera pas un simple énorme clin d´oeil à Stephen King et plus particulièrement à Fléau. Sinon, bonne continuation :-)

Rev_Tom
Rev_Tom
Niveau 2
25 mars 2006 à 17:52:36

pour ce qui est de la familiarité, c´est en cours de correction, en fait le postulat de départ était de retranscrire une histoire orale mais, apparemment, ce n´est pas super agréable à lire de cette façon. Quant à Stephen King, je ne promet rien mais le clin d´oeil à Randall Flagg c´est surtout parce que je suis souvent à court de prénoms... Merci de vos critiques, et puisqu´apparemment ça ne tombe pas dans des oreilles de sourds, voici la suite :

2- Dimanche

Pascal
Ce dimanche fut un dimanche comme les autres pour Pascal. Pour les gens qui ne travaillent pas outre-mesure, le dimanche, c’est tout simplement le jour le plus lourd de la semaine. Il n’y a rien à faire, que des nuages à l’horizon, et même en couple, une fois sur deux, il faut se coltiner un repas de famille, la probabilité étant doublée puisqu’il faut prendre en compte la famille de « l’autre ». Pascal s’ennuya tellement ce dimanche qu’il en vint même à appeler Franck, dont la compagnie ne l’intéressait a priori qu’accessoirement. Mais Franck ne répondit pas au téléphone, ce jour-là. Il faut dire qu’il était occupé, ce que Pascal ignorait. Cette idée l’aurait bien fait rire, d’ailleurs, comme si Franck pouvait avoir d’autres amis, ou juste avoir quelque chose à faire de suffisamment important pour oublier son portable… Et pourtant c’était le cas.

Franck
En effet, Franck avait quelque chose à faire. Il le savait au plus profond de lui, tout en ayant l’impression de l’avoir déjà fait. Il colla, négligemment, un coup de pied au visage du clochard qui lui réclamait une pièce, sans même remarquer l’énormité de son propre geste, avant de regarder sa montre. Déjà 17h15 ?! Pourtant, il était presque sûr de s’être levé de table à peine 10 minutes plus tôt. Il n’entendit pas les cris de protestation du clochard, trop occupé à se demander où il était. Il ne connaissait pas cet endroit, ne sachant même pas comment il s’y était retrouvé, et pourtant, le nom de cette rue lui disait quelque chose. Comme s’il l’avait cherchée. Mais, maintenant qu’il y était, il ne voyait pas du tout ce qu’il aurait pu avoir à y faire, alors il reprit le chemin de son appartement. Mais, inconsciemment, il savait que le mal était déjà fait.

Pascal
David et Guylaine avaient leur propre appartement. Par moments, ça devenait un vrai squat, mais pas ce jour-là. Le dimanche était la plupart du temps un moment privilégié pour eux deux, et les moments privilégiés, c’est toujours mieux de les passer sans squatteurs. Comme Pascal le savait, il ne les dérangea pas. Il alla voir d’autres potes, qui eux non plus n’avaient pas grand chose à faire, et rappela Franck vers 18h00. A la question « Qu’est-ce que t’as fait aujourd’hui ? », ce dernier répondit qu’il avait dormi toute la journée. Pascal trouva la réponse étonnante venant de Franck, mais ne chercha pas plus loin. S’il commençait à s’intéresser à ses problèmes, c’est que vraiment il n’avait rien à faire. La conversation pris un tournant plus banal, et ils se dirent qu’ils se verraient le lendemain, en cours. Ce ne fut pas le cas, mais, à ce moment, ils n’en savaient rien. Posé sur son lit, l’oreiller entre les mains et la chaîne hifi hurlant à en faire trembler les murs, il laissa vagabonder ses idées, jusqu’à ce qu’elles atteignent un sujet qu’il aurait préféré fuir. Il était jaloux. Ca, c’était évident. Il avait longtemps cru être amoureux de Guylaine, mais c’était pas ça. Et puis, de toute façon, il n’y avait pas droit. Il se sentait tout simplement seul. Mais cette jalousie l’avait changé, il faisait beaucoup plus souvent la gueule, il buvait plus, bousillait lui-même ses soirées, et surtout, il se retrouvait de plus en plus souvent ainsi, sur son lit, remâchant des trucs pas agréables, pendant un temps considérable. Et il finissait inévitablement par s’endormir.

Un jour
C’est… C’est très laid. Extérieurement, ça pourrait paraître beau, c’est si flamboyant, si « exalté », si fort aussi… Mais quand on s’approche, on est forcé de se rendre à l’évidence, c’est laid. Horrible, même. A priori, c’est un dessin. Mais il paraît si réel, si plein d’existence, de formes, qu’en le voyant, on se dit simplement qu’il est vrai. Vrai, mais fourbe, aussi. Il est pur, mais ce n’est que le mensonge. Un mensonge à l’état pur. Il est rouge, rouge comme le sang qu’il a fait, qu’il fait et fera couler, rouge comme le feu. Il est noir, noir comme la haine qu’il a engendrée, qu’il engendre et qu’il engendrera, noir comme les cendres. Il peut revêtir plusieurs formes, comme un sorcier qui voudrait avoir l’air d’un homme, d’un prêtre, d’un tigre ou d’un soldat. Mais dans tout les cas, il n’est qu’une chose, en réalité. Il est le Mal. Et la souffrance, la peine, la colère, l’envie… Il voit tout, et vu sous un certain angle, c’est un œil. Celui pour lequel le terme « Mauvais Œil » a été inventé. Il a été appelé…Et il s’est libéré pour répondre.

FFrules3
FFrules3
Niveau 10
26 mars 2006 à 12:54:26

Toujours aussi bien. J´aime bien le style d´écriture, toujours aussi clair, bien subjectif. Tu installes bien les persos, les petits points qui génaient au début ont disparu.
J´ai préféré le passage avec Brahim qu´avec Pascal et Franck ceci dit.
Mais c´est tout bon ! :ok:

Diablo76
Diablo76
Niveau 6
26 mars 2006 à 13:53:22

Bon, je vais essayer de lire ça plus tard, car je n´ai pas le temps pour l´instant, mais t´inquiètes, je lirai ce texte ! :ok:

Rev_Tom
Rev_Tom
Niveau 2
29 mars 2006 à 10:41:12

Voilà la fin de ce chapitre et le début du suivant...

Matthieu
Lorsqu’il rentra chez lui, Matthieu pensait en avoir une bonne à raconter à ses potes. Il avait vu un gars du quartier (et encore, il disait « du quartier », mais lui-même habitait dans une maison, à plus de deux kilomètres de la cité) rentrer chez lui dans un sale état. Il avait déjà une formule pour le décrire à ses potes : « Ouais, il était aussi défoncé qu’ta mère quand j’lui suis passé d’ssus ! ». Il était persuadé que cela ferait son effet. En plus, le type était un des plus gros revendeurs du quartier, Matthieu le connaissait pour avoir acheté de l’herbe à l’un de ses sous-traitants, une fois. D’ailleurs, c’était pour ça qu’il était « au quartier » quand le gars était revenu : il voulait de l’herbe. Mais il était rentré bredouille, les dealers qu’il avait trouvé ayant essayé de lui vendre de la menthe. Il avait compris tout de suite, parce qu’il s’était déjà fait avoir comme ça une fois. On m’la fait pas, à moi, pensa-t-il avec satisfaction.
Il savait déjà ce qu’il allait dire à ses potes : « Ouais, le gars, il a voulu m’vendre de la menthe, mon gars, j’lui ai mis un coup d’tête direct, « M’prends pas pour un con », que j’lui ai dit, et il m’a filé tout c’qu’il avait sur lui… Ouais, ouais, comme j’te l’dis, mon gars, il a fallu que j’le secoue un peu pour récupérer ses dernières boulettes, mais il m’a tout lâché… ». Et si ses potes lui demandaient de faire tourner, il prendrait sa tête de mec défoncé, et il leur ferait « Aaaah, les gars, c’est trop tard, j’ai tout kif avec un d’mes aut’ sos… ». Ouais, il allait passer une bonne soirée, avec ses potes. Il repensa tout à coup que l’un des potes du dealer avait parlé de sortir un fusil à pompe. Ca aussi, il faudrait qu’il leur raconte « Ouais, un film, les gars, quand le type il est rev’nu, tout défoncé, tout mort, les aut’, ils s’sont affolés, y’en a même un qui est allé chercher un pompe, il l’a sorti devant tout l’monde comme ça, et il a dit, (là, il prendrait une grosse voix) « ouais, on va les buter ! Un par un ! » J’vous promet, les gars, ce soir, j’sors pas d’chez moi, va y avoir des balles perdues… ». Ouais, il leur dirait ça. Il les voyait déjà, épatés, pousser des sifflements impressionnés. Il n’aurait plus qu’à leur montrer son nouveau survet’ Lacoste jaune et rouge que lui avait payé sa mère et la casquette qu’il avait piqué à un petit à la sortie de l’école (bien sûr, il dirait qu’il l’avait pouillée à un grand type dans l’métro), et il serait une star pour au moins une semaine. Jusqu’à ce qu’il trouve autre chose à raconter.

4- Mardi

Franck
Comme les jours précédents, il se réveilla avec une gueule de bois terrible, comme s’il avait vidé trois bouteilles de J&B en une heure à lui tout seul, ce qui, pour un être humain normalement constitué, relève de l’exploit. Pourtant, il n’avait pas bu une goutte, a priori. A priori. Sauf qu’il ne savait pas exactement ce qu’il avait fait. Il ne se rappelait pas avoir bu, mais comme il ne se souvenait pas d’avoir fait quoi que ce soit, il pouvait tout aussi bien avoir mis le feu à une école ou volé un avion qu’avoir vidé quelques chopines… La seule chose qui lui restait dans la tête, c’était cet œil. Il avait dû voir ça dans un film, la veille… Il avait oublié. Il se leva, prit un petit déjeuner rapide (soit un quartier d’orange piqué dans l’assiette de son frère) et prit le chemin de la fac. Est-ce qu’il y était allé la veille ? Aucune idée. C’était tellement toujours la même routine, les cours… Mais quand même, c’était bizarre d’avoir oublié comme ça. Il commençait à se dire que peut-être quelque chose n’allait pas. Et puis, comme cela lui était arrivé tant de fois ces derniers jours, il perdit conscience de ses actes.

Pascal
Il se réveilla avec la gueule de bois la plus horrible qu’il eut jamais connue, comme s’il avait bu cinq bouteilles de Passoa en une heure tout seul, ce qui relève à la fois de l’exploit et du gâchis, parce qu’après une première bouteille, on ne sent plus franchement le goût... Autant prendre du whisky. Sa mémoire à lui était en parfait état, et l’impression d’avoir toutes les cloches de Notre-Dame dans la tête ne lui en parût que plus bizarre. Et puis il avait le souvenir d’un œil, un truc genre l’œil de Sauron dans le Seigneur des Anneaux, mais en moins grandiose. Un truc plus fourbe, plus noir, plus rouge aussi, un truc plus… Un truc qui faisait plus film d’horreur qu’Heroic-Fantasy. Mais bon, les rêves, de toute façon… Une fois il avait rêvé qu’il était sur une plage et qu’il se battait avec Tom Cruise et des serpents de toutes les couleurs. Il y en a qui n’ont jamais eu des hallucinations de cette qualité même après une petite pilule… Mais cet œil, quand même... C’était un drôle de rêve, parce qu’il ne s’y passait rien. Il regardait un œil. Ouais, super… Et longtemps, en plus. Des milliers de cellules grises avaient dû être mises à contribution pour trouver un concept pareil… Il décida d’oublier ce rêve vite fait et de passer à autre chose. Il n’avait qu’à aller en cours, par exemple. Ca le changerait. Oui, mais… Pas ce matin. Il verrait l’après-midi. Ce matin, il regarderait les clips. Non, parce que il faut pas changer les habitudes trop vite, non plus, arrêter de sécher les cours, c’est comme arrêter de fumer, ça se fait progressivement… Alors les cours devraient attendre.

Brahim
Il se réveilla avec la tête si douloureuse qu’il avait l’impression de s’être fait fracasser le pif par une folle furieuse. Il était quatre heures du matin, et apparemment, il s’était retourné dans son sommeil. Fatale erreur. Il se leva, les yeux encore à moitié fermés, mais les ouvrit bien grand quand il parvint enfin devant la glace. Son nez… Son nez ressemblait à un buzzer de Question pour un Champion. Rien d’autre. Il tenta d’y porter un doigt, mais le mouvement lui rappela douloureusement que son nez n’avait pas été la seule victime de Miss Viens-Bébé-Que-J’te-Pète-La-Gueule. Il décida qu’il ne serait peut-être pas idiot d’aller faire un petit tour à l’hôpital, accessoirement, juste comme ça, pour la forme…

Franck
Il reprit conscience quelques secondes en fin de mâtinée. Il était, de nouveau, dans une rue qui lui était totalement inconnue, un alignement de maisons presque identiques. A peine eut-il le temps de penser qu’il fallait qu’il fasse quelque chose, et il perdit de nouveau conscience. Il ne lui restait plus qu’un moment de lucidité à vivre.

Rev_Tom
Rev_Tom
Niveau 2
05 avril 2006 à 12:35:44

5- Mercredi

Brahim
Dans son lit d’hôpital, qu’il n’avait décidément pas envie de quitter, Brahim était en proie à un rêve encore plus étrange que ceux qu’il faisait d’habitude, et cette seule constatation lui semblait déjà particulièrement choquante. Il marchait en ville. En fait, il courait, mais tout autour de lui bougeait si lentement qu’il n’avait pas l’impression d’aller vite, et pourtant c’était tout à fait illogique. A croire qu’il ne faisait que du sur-place. Il fuyait quelque chose. Au fur et à mesure qu’il progressait, il gagnait du terrain. Il croyait gagner du terrain. En fait, la chose qu’il fuyait s’éloignait effectivement, mais pourtant, plus il avançait, plus tout ne devenait que ténèbres autour de lui. Une pensée traversa son esprit.
Tu rêves
Il continua de courir, mais il savait déja que tout se passait dans sa tête. Il finit par s’arrêter, essouflé, et tout à coup il n’y eut plus autour de lui qu’une lumière aveuglante, d’un blanc immaculé, brûlant. Eprouvant. Il y avait un homme et une femme près de lui, eux aussi tout blancs, qu’il n’avait pas remarqués jusque-là. En les écoutant, il pensa qu’ils parlaient de lui :
- T’as vu dans quel état il est ?
- Ils étaient combien à ton avis ?
- Je sais pas trop… 5 ou 6, au moins…
- Il… Tu crois qu’il va s’en sortir ?
- Franchement ? Ca m’étonnerait.
Un autre homme apparut, comme par magie, et leur dit :
- Si vous parlez du garçon qui est arrivé cette nuit, son cas est déjà réglé…
- Il est mort ?
- Ca, c’est le moins qu’on puisse dire. Et ça ne s’est pas fait comme ça (il claqua des doigts), si tu vois ce que je veux dire…
La femme demanda :
- T’est obligé de parler comme ça ?
Et puis elle disparut, apparemment bouleversée. Brahim se réveilla complètement, juste assez vite pour voir la porte de sa chambre s’ouvrir, et la femme réapparaître. Il entendit, plus loin dans le couloir, une exclamation incrédule :
- Ben quoi ?
L’infirmière lui demanda de ses nouvelles, et il comprit que ce n’était pas de lui qu’ils parlaient, que ce n’était pas lui qui s’était fait tabasser à mort, qu’il était toujours vivant. Il se sentit désolé pour l’autre type, mais cette pensée lui fit tout de même chaud au coeur.
Elle était assez jeune, et ne devait pas travailler à l’hôpital depuis très longtemps. Elle ne comptait pas laisser voir à Brahim dans quel état elle était, mais c’était trop tard, et elle vit dans ses yeux qu’il savait. Mais il ne demanda rien. En fait, il s’en fichait un peu. Il avait déjà vu des gens mourir, et c’était bien plus dur quand on les connaissait. Un jour, un de ses cousins avait été poignardé dans son propre appartement, en plein après-midi. Brahim habitait deux appartements au-dessus, à l’époque, et il avait revu son cousin quand les gars du Samu l’avaient mis sous une couverture. Une fois, il s’était demandé ce que ça lui ferait de voir son père se faire emmener ainsi. Il avait vite chassé cette idée avant qu’elle ne fasse des petits… Alors il laissa l’infirmière tranquille, répondit à ses questions, et demanda à s’en aller. Il dut prendre son mal en patience quand elle lui conseilla d’attendre une dernière entrevue avec le médecin.

Rev_Tom
Rev_Tom
Niveau 2
15 avril 2006 à 13:11:51

David
David connut sa première expérience sortant de l’ordinaire ce matin-là, en allant en cours. Pour Pascal, ç’aurait été ça, l’expérience sortant de l’ordinaire... La mâtinée prit une tournure douteuse à partir du moment où il monta dans le bus.
C’était un matin ensoleillé, mais il faisait lourd. Le temps était à l’orage, même s’il ne pleuvrait pas avant le lendemain. Et malgré le soleil qui frappait le bus, ce dernier était sombre. Peut-être sale. David n’y prêta pas attention. Il se demandait où il emmènerait Guylaine ce soir-là, et ça lui triturait un peu trop la tête. Mais tandis qu’il montait dans le bus et que, après avoir pointé, il se posait au milieu, son attention fut attirée ailleurs. Ca vous est sûrement déjà arrivé d’avoir l’impression, dans un endroit public, que tout le monde vous regarde. A David aussi. Mais d’habitude, c’était parce qu’il était bien habillé, et grand, et bien foutu, que les filles le regardaient, que certaines lui souriaient même, et que des pauvres types le regardaient genre « enfoiré, tu gères » ou « j’aimerais bien qu’ce soit mon pote ». Une fois, un gars l’avait dragué, aussi, mais il lui avait gentiment fait comprendre qu’il ne mangeait pas de ce pain-là.
Mais cette fois, s’il avait bien l’impression que tout le monde le regardait, ça ne paraissait pas être à cause de son parfum. Au contraire, c’était comme si il avait émis une très mauvaise odeur. Où qu’il était seul porteur d’une maladie. Il sentait les yeux se retourner sur son passage, des yeux noirs, qui le guettaient méchamment. Le trajet de l’avant vers le milieu du bus lui avait fait penser au tunnel que doit traverser un condamné à mort. Intimidé, il regarda discrètement sous ses chaussures, cherchant à comprendre, mais, évidemment, il n’y avait rien. Les semelles étaient aussi propres qu’elles pouvaient l’être. Alors quoi ? Il tâta ses cheveux, vérifia le volume de son walkman, scruta son propre reflet dans la vitre… Non, rien d’anormal. Il était peut-être un peu pâle par rapport à d’habitude, mais vu comme il avait mal dormi, c’était logique. Il regarda autour de lui, et se rendit compte que tout le monde ne montrait pas d’animosité à son égard. Au fond du bus, un garçon un peu plus jeune que lui le regardait. Il avait l’air stressé, comme si lui aussi, tout le monde le regardait. Il bougeait les mains, et suait à grosse gouttes. Il descendit dès l’arrêt suivant. David pensa : « En voilà un qui a un examen ce matin… ». Il y avait aussi une petite fille qui lui faisait des grands sourires. Elle devait avoir trois ans, mais cela lui fit plaisir quand même. Et puis ses yeux se levèrent vers sa mère, et il eut un bref mouvement de recul. Il aurait cru qu’elle allait le mordre, ou au moins lui aboyer après. Il avait eu la vision de babines retroussées et de bave lui coulant sur le menton. Mais rien de tout ça n’était réél. Tout était dans les yeux.
Le bus s’arrêta, et la petite fille se mit à pleurer. David, interloqué, la regarda, et pensa d’abord qu’elle avait vu la même chose que lui : sa mère transformée en chien enragé. Puis il comprit. En fait, un homme venait de monter dans le bus. Massif dans son cuir noir, il était encore plus menaçant que les autres passagers. Eux, au moins, avaient une allure normale. David avait l’impression qu’une ombre recouvrait constamment ce type. Il était normal que la petite fille ait eu peur de ce colosse, qui mesurait presque deux mètres, puisque David lui-même n’était pas très rassuré. Et puis le type lui sourit. Il aurait préféré qu’il n’en fasse rien, parce que ce n’était pas le genre de sourire qui vous réchauffe le cœur. Au contraire, ce rictus sorti de l’ombre lui fit l’effet d’un pieu glacé qu’on lui aurait enfoncé vivement dans les entrailles. Il détourna les yeux, et se força à penser à autre chose. Il descendait au prochain arrêt, de toute façon.
Il descendit du bus, tranquillement. En fait, il surveillait le type du coin de l’œil. Il fut rassuré de voir que celui-ci n’avait pas bronché. Il fit quelques mètres dans la rue, puis tourna vers la faculté. Elle était déserte. Aaaah, qui pouvait aller en cours le mercredi à 8 heures du matin, à part ce Saint de David ? Oui, qui ? Et pourtant, il sentait bien qu’il y avait quelqu’un d’autre dans l’allée. Il se retourna, s’attendant à voir quelqu’un de sa promo, mais il n’y avait personne. Le ciel pesait lourdement sur lui, bien qu’il fut encore très tôt. Il continua sa route, accélérant le pas. L’allée lui semblait longue de plusieurs kilomètres. Il passa devant les cabines téléphoniques, la cantine, le distributeur, à la recherche d’un visage ami. Personne. Quelle manie, aussi, d’arriver toujours en avance… L’entrée, enfin. Il s’engouffra dans le hall par la porte vitrée, croyant être tiré d’affaire. Mais ses pensées prenaient déjà une nouvelle tournure. Le type dans le bus m’a suivi, pensa-t-il. Il cherche un gosse à planter, ou pire… Il secoua la tête. Il allait falloir qu’il arrête de lire les Stephen King de Guylaine, ça ne lui faisait pas que du bien… Il réajusta son sac, et un sourire fugace passa sur son visage en imaginant la réaction de Pascal à la simple évocation d’un sac, quand on sait qu’un stylo et une feuille suffisent amplement à la fac. Il reprit sa route vers la salle de classe. Le concierge était dans son bureau, somnolant. Cela lui mit un peu de baume au cœur. S’il hurlait, quelqu’un l’entendrait. Il refoula cette pensée. Pff… Pourquoi je hurlerais, d’abord ? Il croisa enfin un prof, puis arriva dans l’amphithéatre. Il n’y avait personne, évidemment, mais il arrivait toujours le premier, de toute façon. Cependant, cette-fois-ci, ça ne lui fit pas plaisir. Il s’assit et attendit, pendant dix minutes qui lui parurent des heures, avant que d’autres élèves commencent à se montrer. Tout le monde se comporta comme d’habitude, excepté trois types qui le regardèrent d’un œil noir. Bof, il ne s’était jamais entendu avec ceux-là. Le prof arriva en retard, mais mena le cours à bien. Il parla de l’influence du chômage sur la loi de l’offre et de la demande par rapport aux fluctuations monétaires au sein d’une concurrence pure et parfaite, bref, un cours d’éco, et David n’eut pas de problème à se concentrer sur le cours. Quand il sortit de la classe, il avait oublié ses petites sueurs froides du matin. Le soleil était monté dans le ciel, il pouvait faire reluire son sourire et saluer quelques filles. Il décida ensuite de ne pas trop traîner pour être revenu à l’appart avant que sa dame ne se réveille.
Mais, en passant devant les toilettes, il entendit des pleurs. David est quelqu’un de très gentil, une sorte de denier samaritain, mais ça, pas besoin d’avoir fait Sciences Po pour s’en apercevoir. S’il entend pleurer, pour lui, c’est comme un appel au secours, il a besoin d’aller consoler la personne. David veut devenir infirmier. Ce n’est pas très masculin, comme profession, mais il a un physique suffisamment viril pour ne pas être complexé par ses propres ambitions. Alors, bien sûr, en entendant une jeune fille pleurer dans les toilettes, il se sent obligé d’aller y faire un tour.

Un type
Il s’est réveillé vraiment tôt, ce matin. Il a envie de prendre l’air. Il se lève, bouscule sa femme, comme d’habitude. Elle se fiche de savoir de quoi il a rêvé, de toutes façons. Il se demande si même ses potes en ont quelque chose à faire. Il se gratte, s’habille vite fait, enfile son blouson de cuir, et se regarde dans le miroir. Et il entend cette voix dans sa tête.
Tu as quelque chose à faire ce matin
Intrigué, il regarde son reflet un peu plus profondément, à la recherche de quelque chose, peut-être. D’une réponse, par exemple. Il ne sait pas trop de quoi parle cette voix, mais ça lui rappelle cette conversation qu’il a eue avec ce type, la dernière fois qu’il est allé au bar. Le type, drôlement sapé, avec un manteau noir, comme un prêtre, mais en plus noir, lui a offert un verre et a bavardé avec lui pendant une bonne heure. A un moment, ils ont abordé le sujet de tuer quelqu’un. Ce que ça ferait, s’ils auraient des remords, si ce serait long… C’était venu tout seul dans la conversation, mais maintenant il sait : C’est ça, ce qu’il a à faire ce matin.
Il ne se posa pas de question, prit son cran d’arrêt dans le tiroir de sa commode à coté de la Bible, et répondit en lui-même : Pas de problème. Une autre petite voix, à ce moment, hurla dans sa tête : « Quoi ?! ! Comment ça, pas de problème ? attends, tu vas p… » avant de se taire, comme si quelque chose en lui l’y avait forcé. Il réajusta son blouson, et sortit. Il marcha quelques minutes puis, prit d’une inspiration soudaine, monta dans le premier bus qui s’arrêta devant lui. A l’intérieur, tout le monde avait l’air très gentil. Tout le monde, sauf ce sale gosse. Tout propre, tout bien coiffé, avec sa musique à la con dans les oreilles. Il sût tout de suite ce qu’il avait à faire. Voyant que le mioche le regardait, il lui fit un sourire qu’il imaginait engageant, puis fit mine de reporter son attention ailleurs. Quand le gosse descendit, il attendit le dernier moment pour descendre lui aussi, puis le suivit discrètement. Il se sentit capable de se dérober à chacun de ses regards, et c’est ce qu’il fit. Surtout que le morveux n’arrêtait pas de se retourner, une vraie flippette. Il décida de jouer avec lui. Il savait que sa tâche serait facile à effectuer à ce moment, alors que l’Université était déserte, mais il ne cherchait pas la facilité. A vrai dire, il ne cherchait pas grand chose. Juste une façon de satisfaire cette voix. Oui, c’était tout ce qui lui importait.
Déjà, il fallait qu’il soit sûr de son coup. Le gosse avait beau n’être qu’un gosse, il avait l’air assez sportif pour lui mettre un boulevard s’il le laissait prendre la fuite. Alors il lui fallut ruser. Il se posta près des toilettes, puis prit son mal en patience. Par chance, personne ne le remarqua, pendant l’heure qu’il passa à attendre adossé au mur des chiottes. Au contraire, tous les gamins avaient l’air d’esquiver cet endroit, personne ne s’en approchait. Et puis vint le moment où la classe du gosse commença à se vider. Par un heureux hasard, le morveux fut le seul à venir vers ces toilettes, tous les autres allant dans des directions opposées. Il se faufila comme un serpent à l’intérieur des toilettes, et imita des pleurs de fille. Il ne se rendit pas compte à quel point son imitation était trop bonne pour paraître naturelle, trop occupé à guetter sa cible, sentant que le poisson mordait à l’hameçon. Et le poisson mordit. Jusqu’au sang.

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