Quel ingrat je suis. Je me plains. Je me plains car je ne sens pas le besoin de me réjouir. Je m’ennuie, Voltaire me dirait que si tel n’était pas le cas, la seule autre position de l’âme humaine serait l’état de souffrance. C’est pour cela que je suis un ingrat : je suis blasé et je m’en plains. J’aspire à des paysages majestueux, à ces falaises, à cette mer tumultueuse, à l’idéal, tandis que je suis ici, et je cherche. Je me prends pour un philosophe, je pousse ma réflexion, quelle prétention ! Qui suis-je donc pour questionner la terre, le ciel et la mer, et je me crois touché par des livres ou des symphonies, tout en souriant à ces passions ridicules. A quoi cela sert-il, de faire le romantique ? Le rejet du monde ne fait rien avancer. Certains se sentent outragés par une quelconque futilité, et se plaisent à entretenir leur vanité blessée en alimentant le dépit de leur amour propre. Qu’ils se taisent. S’ils ont l’amour du malheur en plus de l’habitude, qu’ils ne viennent pas se lamenter, le spleen finira par leur détruire l’esprit.