Je suis là,à me demander de quoi sera fait demain.Et pourquoi ?P arce qu’aujourd’hui je suis emplie d’incompréhensions,de doutes.Tous ces non-dits ont éclaté aujourd’hui,tout ce qu’on n’osait s’avouer nous a explosé à la figure,comme autant de bombes meurtrières .Je désespère de ne jamais te retrouver.Car nous nous sommes perdus,loin dans les méandres de notre inconscience.Mais après tout,faut-il nous blâmer ?N ous ne sommes,toi et moi,que deux pauvres idiots.Mais deux idiots qui s’aimaient et qui ont perdu la tête par tant de vilenies.Je suis là à marcher cette nuit sous ce ciel menaçant.Et aussi bête que cela puisse paraître,je te vois dans chaque visage que je croise,je sens ta caresse dans chaque souffle de vent,j’entend encore ton rire résonner dans ma tête.
Julien.
Il ne me viens que ce mot à la bouche.Du bout des lèvres,je le murmure d’abord,,j’ai l’irrépressible envie de le crier.Qui y prêtera attention dans ce monde sourd à mes supplications.J’hurle,comme pour vider la pourriture qui est en moi.Je me sens sale,sale d’avoir pu te perdre,sale d’avoir brisé ma vie,sale de la vie que je renferme en moi et qui n’est pas la mienne.Je crie ton nom,avec l’impression qu’aucun son ne sort de ma gorge.Je suis comme une sourde qui ne s’entendrait plus parler.Je m’essouffle,je m’affaisse,mes jambes ne supporte plus mon poids.La pluie.Me guérira t’elle de ma noirceur ?E ffacera t’elle toute la saleté qui est en moi ?C ette saleté qui m’intoxique,qui m’empoisonne,je ne veux qu’une chose,la faire sortir de mon corps.Mais pas encore.Elle n’est pas encore prête de s’effacer.Je suis sur un pont,le bruissement de la pluie sur l’eau du fleuve que je surplombe est pour moi comme les mille larmes que j’ai versé aujourd’hui.Dieu,même si je ne crois pas en toi,que la vie est horrible quand on est seule.Je voudrai être une autre et ne t’avoir jamais connu,Julien,mon ange.
Mais je veux vivre.Vivre avec une telle vivacité que j’en mourrai.Je veux vivre car ma lâcheté fait que j’aime la vie bien plus que toi,pauvre égoïste que je suis.Que la pluie est bienfaisante en cette nuit d’été.Rafraîchissante et tellement reposante.Je ferme les yeux,et les rouvre en étant aveuglée par le soleil,déjà haut dans le ciel.Tant d’heures se sont écoulées,mon amour.Ma tête est lourde et une migraine me lance horriblement.Je me relève et contemple l’horizon.Un horizon nouveau.De là où je suis,je vois tout différemment.Je vois le passage qu’il me faut enjamber.Le passage de la mort vers la vie.De celle que j’étais à celle que je serai.Je dois renaître.Je m’assied sur le muret du pont,pour mieux sentir le vent tiède contre ma chair détrempée.Derrière moi,la vie des autres suit son cours,alors que la mienne débute vraiment.Un enfant s’arrête,me fixe.
« Dis,madame,tu vas pas sauter ? »
Je ris.Non je ne sauterai pas .Je ne mourrai pas maintenant,pas maintenant que je viens de renaître.Non.Pour celui qui grandit en moi,être incertain qui naîtra dans ce monde incertain,je vivrai.Parce que deux vies en dépendent,je vivrai.
Après tout,pourquoi mourir ?