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Liste des sujets

L'horreur qui sourit derrière le verre

wlad
wlad
Niveau 7
19 mars 2006 à 10:25:38

Cycle d´Anna-Lise
en cours d´écriture

Cycle de Phol
L´horreur qui sourit derrière le verre ( première et seule nouvelle du cycle de Phol )

27 novembre 1974, Gardelune

J´ai du mal à commencer. A vrai dire, qu´il se fût agi de simples formalités ou d´un quelconque rapport d´expérience, le plus dur a toujours été le premier mot.
Pour faire beau, je dirai que j´ai soulevé les paupières pour la première fois vers la fin de l´hiver 1957 sous le nom singulier de Tiffelin, fardeau que j´ai appris à traîner tel un boulet depuis que je suis en âge de m´en moquer tout seul.
L´hiver est une période sombre que j´appréciais, jusqu´ici, pour le bien-être qu´elle suscitait en moi dans mes discrets moments de solitude au pensionnat de Gardelune. Ce serait mentir à moi-même, cependant, que d´affirmer avoir été un être froid et associable, qui se complaisait dans l´absence des autres. Ce serait même ridicule. Mais je suis injuste. Je me contenterai donc d´ajouter que j´étais d´un naturel aimable, prompt à se lier et que j´étais assez à mon aise en compagnie d´autres jeunes de mon âge, venus comme moi à Gardelune étudier les sciences modernes. Tout en conservant ma capacité à savourer le silence lorsqu´il s´offrait à moi. On dit que certains s´épanouissent seuls. Je pense pour ma part que chaque lot d´expérience est nécessaire à la maturation.
Mais j´ai mis un point d´honneur à ne pas perdre mon temps sur ces réflexions bonnes pour ceux qui savent leur survie garantie.
Car c´est mon testament que je pense être en train de rédiger. Ou du moins le dernier témoignage de ma pensée avant qu´on ne retrouve mon corps froid et mon visage crispé en un sourire dément.
Décrire l´immondice qui me hante n´est pas chose facile. Je suis tout à fait conscient que c´est une ennemie contre laquelle aucune porte ne peut rester fermée. La raison me crie de courir de suite trouver la compagnie de mes semblables, mais je me refuse de lui laisser l´occasion d´emporter quelqu´un d´autre que moi. Personne ne mérite de souffrir une peur comme celle qui me saisit à chaque fois que je pense à cette entité. Comme celle qui me saisira quand elle viendra à moi pour l´ultime fois. Et cette venue ne tardera pas, je le sens bien.

Je la découvris au début du mois, lors d´un soir sans étoile. Je me trouvais dans la chambre d´un collègue de cours, à discuter de la complexité de l´univers, des futilités de notre vie quotidienne et de la proximité de notre prochain congé de Gardelune, qui nous emporterait fêter le nouvel an. Ce faisant je m´approchai de la fenêtre et contemplai l´aîle ouest du château, qui faisait face à celle où nous nous trouvions. Ma propre chambre y avait une fenêtre et je la cherchai machinalement des yeux. C´est ainsi qu´ils se posèrent sur ma némésis, bien qu´alors je ne compris pas bien exactement ce que je vis. Une silhouette vaguement humaine était dressée derrière mes propres carreaux, ce qui me déconcerta et me fis écarquiller les yeux pour vérifier que je n´avais pas halluciné. Mais ma vue était bonne et je n´avais pas rêvé. Quelqu´un se tenait immobile dans la pénombre de ma chambre, que j´avais pourtant verrouillée avant de la quitter.
Afin de m´assurer que je n´étais pas fou, j´appelai mon collègue et le pressai de regarder à son tour.
Il hocha la tête lorsque je lui demandai de confirmer ma vision.
"Oui, je vois une forme derrière cette fenêtre, me dit-il. Et alors ?
-Et bien, ne vois-tu pas aussi que c´est de ma fenêtre qu´il s´agit ?"
Sur ce, il me sourit en croyant visiblement que je me moquais de lui. De fait, il était normal qu´il ne me croie pas puisque je ne lui avais jamais précisé ne serait-ce que l´unité dans laquelle je logeais.
Je sortis donc de la sienne très troublé.
Dans les couloirs menant aux autres aîles de l´école, je ne pouvais plus apercevoir ma chambre. J´étais obligé d´aller vérifier à la source, dans le coin le plus écarté de l´unité où nous n´étions pas très nombreux. Et j´étais seul.
Lorsque je parvins devant ma porte, j´avais au préalable éclairé le couloir. Je ne me rappelle pas ce que je ressentis exactement avant d´insérer ma clef dans la serrure et de tourner la poignée, mais je sais avoir mis beaucoup de temps avant de me décider. Au point de faire basculer de nouveau le couloir dans les ténèbres, ce qui me prit de cours et faillit me faire tomber à genoux.
Lorsque je pénétrai dans la chambre, c´était pour la trouver vide. Je n´étais pas rassuré pour autant, car je savais ce que j´avais vu, et mon compagnon de soirée aussi l´avait vu. En allumant l´ampoule de la chambrette, mon coeur bondit. Deux traces de pas boueuses étaient collées sur le parquet, juste devant la fenêtre.

--

wlad
wlad
Niveau 7
19 mars 2006 à 10:26:38

Le meurtre fut découvert le lendemain, au matin. Une atrocité telle qu´on en voit peu durant sa vie de citoyen ordinaire. Je crois me rappeler par ailleurs que les deux fillettes tombées par hasard sur le corps avaient dû être évacuées d´urgence de l´école.
Dans la boue formée la veille après un crachin continue, le cadavre de Franck Fauster gisait selon un angle grotesque au pied d´une des tours du château. Ce fut un drame sans précédent au sein de Gardelune. Mais s´il y eut bien une personne qui dut être plus horrifiée par cet acte de sauvagerie que les proches de ce pauvre Franck, ce fut sans doute moi. Horrifié, certes, devant la boue à la couleur si reconnaissable dont j´avais eu peine à défaire mon parquet, mais aussi devant ce qu´était cette masse de chair froide et à vif, au bassin broyé, à savoir Franck Fauster, le sérieux Franck Fauster qui avait souri face à ce qu´il considérait comme une plaisanterie de ma part.
J´ai cru à ce moment-là me trouver dans un de ces cauchemars abscons et cousus de fil blanc où les faits les plus improbables pouvaient s´enchaîner sans aucune pause admise. Car jamais au cours de ma jeune vie m´étais-je déjà trouvé dans une situation aussi étrangement terrifiante que celle de se savoir la cible indirecte d´un être capable de tuer, sans aucune conscience de ce qu´il retire à ceux qu´ils tuent. Ou en étant peut-être justement pleinement conscient, et y prenant plaisir.
Quoi qu´il en fut, une journée de deuil fut accordée aux étudiants. Je n´ai guère de souvenir de l´enquête associée au meurtre, mais je ne crois pas qu´elle ait abouti à quoi que ce soit. Pour être franc, il y a bien peu de choses dont je me souvienne de cette période noire. Car de sombres pensées m´occupaient. Quand le meurtre pouvait-il avoir eu lieu ? Dix minutes, peux-être quinze s´étaient écoulées entre le moment où j´avais laissé Franck et celui où j´avais osé regagner ma chambre. Etrangement, je ne me demandais pas pourquoi et comment le meurtrier pouvait bien m´être associé. Anna-Lise s´était effacée pour ne plus me donner que les froids raisonnement basiques de la survie. Et je savais que la mienne était en jeu.
En regagnant mon unité, je m´arrêtai de nouveau devant la porte maintenant maudite, comme je devais le faire à chaque fois que j´osais regagner ma chambre jusqu´à aujourd´hui.
C´est là que je remarquai les griffures. Des traces assez profondes partant du centre du bois et qui continuaient le long de la cloison, pour disparaître brusquement dans la pierre. J´étais quasiment certain que ces traces n´étaient pas présentes lorsque j´avais quitté mon lit le matin même.
Je ne voyais pas d´autre explication. Ma bête était revenue. Elle se trouvait peut-être même de nouveau à l´intérieur, à l´endroit même où elle se tenait la veille, les chausses encore dégoûtantes d´un meurtre qu´elle avait commis avant même que je ne quitte sa victime. C´était absurde, absurde et ridicule. Anna-Lise, cette fois-ci, ne me laissa pas tranquille. Je devais trouver une explication rationnelle, et vite. Peut-être la bête avait-elle déjà piétiné le sol boueux de l´extérieur avant de s´introduire dans ma chambre, d´une façon que j´ignorais encore, afin de me laisser clairement deviner qu´elle avait assassiné Franck et qu´elle avait tout pouvoir sur moi. Sur le premier point, j´étais alors très loin du compte, comme je devais le découvrir.
Mais il n´y avait rien dans ma chambre. Rien sinon les résidus de boue qui semblaient me narguer.
J´étais résolu toutefois à percer le mystère. Tout comme dans un cauchemar, mon ennemie se jouait de moi et n´avait l´intention d´apparaître qu´aux moments où je craignais le plus de la rencontrer. Le soleil était encore haut. Je savais où et quand elle se trouverait, à m´attendre. Je n´irais pas à elle, mais j´avais bien l´intention de la voir. Les yeux dans les yeux.
Je le fis le soir même. Cette vision d´horreur, depuis, me hante à chaque moment.

--

J´avais en effet aperçu la bête, le soir même de la mort de Franck Fauster. Mais je n´avais alors vu qu´un contour flou et gris derrière du verre, à demi immergé dans l´ombre. Je voulais dès lors la contempler, dans toute sa laideur. Et, tout comme dans un cauchemar, bien que je me répète ( mais vous comprendrez, tout comme moi, en poursuivant ce récit, comment toutes ces situations dignes d´un mauvais roman ont pu se méler au réel ), la bête prédit mes intentions et ne fit rien pour m´empêcher de les appliquer. Au contraire, elle m´y aida même. Car quand j´atteignis le toit de l´aîle centrale, il ne fallut attendre qu´une demi-heure avant que la lumière de ma chambre, en face, ne s´allume. Et je la vis. Ou plutôt je le vis, bien que pour une raison que vous saisirez plus tard je continuerai à la désigner au féminin. Le cône de lumière projeté par ma lampe se dispersa dans l´ensemble de la petite pièce pour ne me faire perdre aucun détail. Des détails que je rêve pourtant d´oublier. Mais bientôt tout cela n´aura plus d´importance. Voici donc ce qui me fut révélé : un jeune homme, de visiblement mon âge. Assez grand, habillé d´un beige uniforme comme beaucoup de garçons de l´école qui suivent la mode vestimentaire, il aurait pu paraître normale si je n´avais pas posé les yeux sur son visage. C´est cela, et cela seul, pour dire vrai, que j´aspire à faire disparaître de ma mémoire. Sur le coup, mon sang se glaça. Le visage, ovale, était figé en un rictus monstrueux. Un sourire élargi au point de faire perler du sang aux commissures des lèvres. Des yeux noirs écarquillés. Et le plus effrayant était que ces deux gouffres me fixaient. Elle savait parfaitement ce que j´avais eu l´intention de faire, et maintenant elle me regardait, elle, dans ma chambre, sa figure d´épouvante tournée vers moi, à quelques dizaines de mètres à l´extérieur, sur un toît. Je ne suis pas d´un naturel sensible, mais je crois bien avoir perdu connaissance. C´était naturel, je pense, et je ne vois pas d´autre explication à la nouvelle zone de flou qui s´empara de moi. Mais, suis-je bête, j´oublie que je suis le narrateur de cette sombre histoire. Non, je dois avoir perdu connaissance, mais il est encore trop tôt pour tout dire. Soyez patients, je vous prie. Bientôt tout vous paraîtra clair, et vous comprendrez alors certainement ce que je m´apprête à faire.

--

Coffre_Dwemer
Coffre_Dwemer
Niveau 10
19 mars 2006 à 11:10:50

Toi, tu lis lovecraft...

wlad
wlad
Niveau 7
19 mars 2006 à 13:28:21

J´entame la fin de mon témoignage. J´espère avoir assez de temps. La bête n´est pas encore là, mais je sens qu´elle se rapproche. Je perds du temps ! Je vais aller droit au but, du moins autant que je le puis.
Il y a deux jours, un autre meurtre a été commis. Je suis assez lucide maintenant pour savoir que les autorités s´affolent. Gardelune est sur le point de fermer. Mais il est inévitable, comme je vais l´exposer, que Gardelune ne m´entraîne dans sa chute.
Il y a deux jours, donc, on a retrouvé le corps d´une adolescente. Son crâne était défoncé et son bassin écrasé d´une manière atroce, tout comme celui de Franck Fauster. Le meurtrier, on supposa, devait jouir d´une force quasiment surhumaine. Moi, je savais que c´était le cas. Et le premier qui découvrit le nouveau meurtre ne fut autre que moi.
Cela, cependant, je ne le dis à personne. Puisque, aussi étrange que cela puisse paraître, j´étais littéralement tombé sur le cadavre en pleine nuit. Que faisais-je de nuit sur le parc de Gardelune ? Cela, je puis vous le dire. Les humains ont toujours tendance à se programmer un train de vie bien particulier de façon à gérer au mieux leurs activités. Depuis le début de mon cauchemar éveillé, toute notion d´habitude et de régularité avait perdu son intérêt pour moi. Je n´assistais plus à aucun cours. Je répondais rarement à qui me parlait, ne comprenant pas souvent ce qu´on me disait. J´imagine que j´étais devenu un étranger aux yeux de tous, y compris des miens, très loin du Tiffelin enjoué que tout le monde connaissait. Et je ne crois pas avoir plus jamais dormi dans mon lit depuis. J´avais bien trop peur de la bête, tout en me demandant pourquoi elle m´épargnait, ce que je trouvais alors comme son acte le plus cruel. Aussi restais-je éveillé de nuit, le plus loin possible de mon unité et de la porte au fond du couloir. Je n´osais pas non plus lever les yeux vers les fenêtres en hauteur du pensionnat, de peur de voir la lampe éclairée dans ma chambre et la figure bouleversante tournée dans ma direction. Mis à part qu´il y a deux nuits, la bête n´était pas dans ma chambre. Et qu´elle abattit de sang froid une jeune et jolie personne nommée Mary. En découvrant la carcasse hideuse de ce qui avait été Mary Burlow, mes yeux se remplirent de larmes haineuses.
C´est cet évènement qui provoqua une brisure au fond de mon être, un éclat auquel je m´agrippe toujours de façon à garder le courage. J´étais décidé à la tuer, elle, ma bête, ma némésis, pour tout ce qu´elle représentait, sa méchanceté, sa jouissance du malheur, et pour tout ce qu´elle niait, la valeur inestimable de la conscience vivante qu´elle n´avait aucun scrupule à annihiler.
Et pour affirmer cette résolution, je connaissais maintenant l´élément fondamental qui me manquait pour mettre fin à son existence. Je savais enfin qui elle était. Je connaissais déjà son visage, certes, oh oui je ne le connaissais que trop bien. Ce que j´avais appris, c´était qui se cachait en-dessous.
Et pour éxécuter la tâche qui m´attendait, je me devais de rester libre dans mes actions. C´est pourquoi je ne prévins personne de ma découverte. Etre témoin d´un crime au beau milieu de la nuit est déjà assez étrange, et je n´avais nul besoin que les apparences ne m´accusent. Je m´efforçai donc d´être aussi normal que possible pendant ces deux jours. A Gardelune, la panique était maintenant complète. Les couloirs se désertèrent au fur et à mesure de leurs étudiants et professeurs, ne laissant que les gérants, enseignants responsables, autorités policières, et les pensionnaires comme moi qui n´avaient autre part où aller. Cela me freina et m´aida tout à la fois. Car si se déplacer dans le château était rarement possible sans attirer l´attention, fouiller à mon aise les laboratoires parfaitement équipés de l´école me permit rapidement et sans gêne aucune de trouver ce qu´il me fallait. En lisant l´étiquette du flacon, j´étais calme, mais je savais que le simple fait de tenir l´objet entre mes mains avait signé quelque obscure pacte. Tout avait commencé comme dans un cauchemar. Tout finirait comme dans un cauchemar : la bête sut dès ce moment ce que je m´apprêtais à faire. Le soir même, elle viendrait me rendre visite. Face à face, dans cette petite chambre où j´osais à peine encore entrer, sans aucune vitre pour me protéger d´elle. Ce soir, tout serait fini.
Ce soir, tout sera fini. Au coucher du soleil, je me suis installé dans mon lit, j´ai saisi ce cahier, un stylo plume, et j´ai commencé à écrire ce que je m´apprête à finir.
J´ai quasiment fini.
Je l´attends, et je sais que le temps qui me sépare de sa venue ne se compte plus qu´en minutes.
C´est le moment. Je lève le voile.

--

Peut-être que malgré l´horreur de ce qui s´est passé à Gardelune en cette fin d´année 1974 et les détails qui en sont donnés à travers ce témoignage, certains pourraient se retrouver déçus de ce qui va suivre.
Mais a-t-on jamais prêté grande foi aux romans d´épouvante ? Même si de mon côté je puis vous jurer avoir vraiment cru être piégé dans une convergence de faits surnaturels, il est probable que vous ne comprendrez jamais les convictions que quiconque à la surface de ce monde est capable de se forger pour peu qu´il se retrouve seul sur une route noire menant à une contrée inconnue. Je peux donc le dire. Rien de ce qui est survenu au cours de ce mois n´a jamais eu d´origine surnaturelle. La réalité est en fait bien pire.
Car la chose que je désigne, l´immonde bête responsable de deux assassinats au sein de ce château réputé qu´est Gardelune, est l´ennemie des hommes depuis qu´Anna-Lise est leur alliée, ce qui remonte à des temps immémoriaux. L´être que je dénonce possède, tout comme Anna-Lise, autant de noms qu´il existe de langues et de civilisations. La bête est immortelle, mais n´a rien de surnaturel puisqu´elle nous accompagne depuis les fondations de la lignée humaine. Nous avons juste oublié qu´elle était notre compagne. Et le fait est qu´elle se manifeste, parfois, pour nous le rappeler.
Que s´est-il donc passé le soir du meurtre de Franck Fauster ?
Il me suffit de lever les yeux de mes notes pour apercevoir ce que nous avons tous les deux vu cette fameuse nuit, et croyez-moi, je peux le regarder sans crainte, puisqu´il s´agit de mon porte-manteau sur lequel repose une de mes vieilles vestes.
La bête n´était pas dans ma chambre alors. Elle se dirigeait vers nous, au contraire. Elle a tué Franck, le broyant de sa force non pas surnaturelle mais inhumaine, l´a emporté, prestement et sans bruit, pour l´abandonner au pied de la vieille tour, après quoi a infiltré ma chambre, remis en place le porte-manteau qu´elle avait délibérément placé devant ma fenêtre à mon intention, puis s´est enfuie là où elle seule sait s´enfuir, en laissant derrière elle des traces de boue et moi-même en une hébétude intense.
Comprenez-vous maintenant ?
Le visage de cauchemar que j´ai aperçu depuis ce toît, je ne le connaissais que trop, et l´horreur de la situation venait non pas du sourire monstrueux qu´il arborait, mais des traits qui étaient liés à ce rictus, des traits que j´avais contemplés chaque matin dans un miroir pendant la majorité de mon existence !
Etait-ce moi ? Suis-je la bête ? Certainement pas ! Croyez-le, j´attends arriver d´ici la vraie bête, elle sait que je la crains, et elle sait que je sais qu´elle arrive. Ce visage m´avait doublement épouvanté, mais je savais fort bien que ce ne pouvait être moi. Non, même lorsque je me suis réveillé d´une autre période de stupeur, écroulé sur le corps de Mary, la main encore pleine de ses cheveux qui s´y étaient fixés lorsque la bête avait broyé sa boite cranienne de mes mains. Mais ce fut son erreur, car sa négligence fut la force d´Anna-Lise qui, en un brusque élan de pitié à mon égard, moi qui l´avais rejetée à cause de la bête, me fit comprendre QUI était la bête.
La bête est immortelle. La bête est omniprésente, et chaque culture la définit de sa propre manière, mais elle possède un nom unique, un nom fait non pas de lettres ni de sons, mais de pensée. Vous autres, installés confortablement à lire le récit de ma damnation, êtes-vous si sûrs que le surnaturel n´est pas de ce monde ?
Considérez donc ceci comme l´unique tour de magie de ce témoignage : je vais "écrire" le nom de cette bête, et vos yeux d´homme ou vos yeux de femme le traduiront d´eux-même en ce qui n´est rien d´autre qu´une forme matérielle et imparfaite du vrai langage, qui est celui de la pensée vivante.
Soyez attentifs et tentez de vous remémorer ce passage pour vos exploits futurs. La bête est Phol, car cela est son nom.
Ca y est. Je l´ai dit. Je l´ai reconnue. J´entends déjà, et en direct préciserai-je, les pas lourds de ses pattes dans le couloir de l´unité où plus personne sinon moi ne réside, ses pas d´une périodicité terrifiante, ses pas qui n´existent en réalité que parce qu´elle veut que je les entende, ses griffes en train d´érafler le mur et ma porte, ses griffes qui n´existent que parce qu´elle veut que je les craigne, et qui ne seront rien d´autres que mes propres ongles lorsqu´elle jettera sur moi. Elle est devant la porte maintenant. Je n´ai pas verrouillé la porte parce que je l´attendais, mais de toute manière aucune porte fermée ne peut le rester face à la bête, car la bête ne fait guère attention aux portes faites de matière.
Elle va entrer.
Elle sait que je la défie.
Mais il est une chose qu´elle ne sait pas, car j´ai découvert ce qu´elle est, et il est des choses que la bête ne peut comprendre.
Cette chose, c´est la solution d´arsenic que je viens d´absorber sitôt que j´ai entendu ses premiers pas dans le couloir.
Elle va s´emparer de moi. Elle sait que je ne puis pas lui résister. Mais cette chose que la bête ne peut pas comprendre, c´est qu´il existe non pas une porte mais un portail, un portail que même la bête ne peut enfoncer.
La seule de façon de gagner face à la bête est de la fuir. Car la bête est Phol, et que Phol est Folie.
Pardonne-moi, Anna-Lise.

wlad
wlad
Niveau 7
19 mars 2006 à 13:32:55

Oui, j´avoue, j´ai lu deux ou trois nouvelles de Lovecraft. Ca y ressemble tant que ça ?

wlad
wlad
Niveau 7
08 avril 2006 à 15:59:08

Encore un bide.
Bon et bien, up.

wlad
wlad
Niveau 7
08 avril 2006 à 16:01:41

Si jamais il existe encore un internaute ayant atteint cette page et qui soit intéressé, je rajoute au cycle de Phol l´enfer selon Moi qui y est indirectement lié.
Par contre il va falloir que je lui trouve un meilleur titre.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
08 avril 2006 à 17:07:31

J´ai lu, mais c´était y´a quelques temps donc je m´en rappelle plus trop^^. Euh par contre pourquoi mettre "cycle", si y´a qu´un texte dedans?^^

wlad
wlad
Niveau 7
08 avril 2006 à 18:08:38

Justement, je me suis rendu compte de mon erreur de terme après coup, et ne pouvant éditer mon message j´ai décidé de rajouter ma première nouvelle d´horreur sur le forum de jv.com, pas tellement hors-sujet dit en passant.
Je me rattrape :) .

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