La lumière du bâton décru, mais elle restait suffisante pour que Zephyr et Serian puissent voir presque toute la caverne. Ils descendirent et empruntèrent le chemin qui longeait la paroi de gauche. L’écho de leur pas semblait venir de très loin. Il arrivèrent au niveau de la cascade. Celle-ci fait un arc gracieux au dessus du chemin et atterrissait dans un petit lac en contrebas. Ensuite, l’eau s’écoulait dans un canal jusqu’à l’autre bout de la caverne, passant sous un pont et disparaissant dans un trou sombre. Ils passèrent sous cette arche liquide, de fines gouttelettes venant asperger leur visage. Peu après, la route bifurquait pour passer dans un petit tunnel qui débouchait sur une autre caverne. Elle était un peu plus petite que la précédente, mais en face, au dessus de leurs têtes, ils purent voir un promontoire où étaient construites d’autres maisons. Ils n’y avait aucun chemin apparent pour y accéder, aussi supposèrent-ils qu’il fallait emprunter un tunnel un peu plus loin.
Ils passèrent ainsi dans plusieurs autres cavernes, se demandant comment tout cela pouvait ne pas s’effondrer. Finalement, ils atteignirent une caverne plus petite que les autres qui abritait le palais. Celui-ci était constitué de plusieurs gros bâtiments dont la forme évoquait vaguement la coquille en spirale de certains crustacés reliés entre eux par des arches gracieuses et des chemins qui paraissaient flotter dans le vie car ils ne voyaient aucun pilier ni aucune colonne pour les soutenir.
-Il est là, je le sens, murmura Soccar.
Son expression était à présent terrifiante à voir. Il avait l’air d’un fanatique prêt à tout pour arriver à ses fins. L’attrait du pouvoir brillait au fond de ses yeux comme une flamme sombre. Aucun n’aurai osé le suivre plus loin s’ils n’avaient pas été poussés par leur curiosité. Alors qu’ils entraient, Serian sentit ses cheveux se hérisser. L’étrange sensation qui le poursuivait depuis la vieille était à présent plus forte que jamais et il n’était pas sûr d’apprécier ça. Ils virent les portes d’or qui fermaient le palais sur le sol, tordues comme si elles avaient été défoncées. Alors ils remarquèrent que de nombreux squelettes jonchaient le dallage en marbre, la plupart étant armés. Tout semblait encore plus sombre ici, et un sentiment de peur envahit leurs entrailles. Les murs des couloirs étaient nus à l’exception de lambeaux d’anciennes tapisseries. Plus ils progressaient, plus les cadavres devenaient nombreux. On pouvait voir par endroit des entailles dans les murs, probablement dus à des coups d’épée.
Ils débouchèrent dans une salle étrange. Elle formait un long rectangle où se dressaient quatre longues tables de pierre. Sur chaque table étaient alignés des centaines de cristaux de la taille d’un poing. Chaque cristal était d’un bleu azure et certains brillaient faiblement, comme s’ils étaient animés d’un feu intérieur. La vue de tels joyaux enthousiasma grandement les mercenaires qui s’en approchèrent.
-Ne touchez à rien ! tonna une voix.
Ils se retournèrent et virent que Soccar les regardait, un masque de fureur sur le visage.
-Je vous interdit de toucher à ces cristaux ! Cela pourrait provoquer une catastrophe !
Les mercenaires se regardèrent les uns les autres puis, avec un air grandement déçu, quittèrent la pièce. Du coin de l’œil, Serian vit l’un d’entre eux glisser discrètement un cristal dans sa poche. Son cœur bondit, comme s’il s’attendait à ce que la salle ne s’effondre sur eux, mais rien ne se passa et il suivit les autres.
Après avoir traversés plusieurs larges couloirs, ils arrivèrent devant une salle jadis fermée par des portes de bois orné d’or et d’argent. Celle gisaient maintenant sur le sol, complètement détruites. A cet endroit, les cadavres étaient innombrables : le sol était carrément couvert d’ossements. La salle formait un large cercle. En face d’eux, accolé au mur, se dressait un grand trône d’or. Soccar se précipita vers celui-ci pendant que les autres fouillaient la pièce. Des objets en or étaient sur le sol, pour la plupart trop abîmés pour valoir quoi que ce soit. Serian sentit que Zephyr lui donnait des coups de coude dans les côtes.
-Regarde ! souffla-t-il.
Au milieu des ossements, Serian vit un joyau pourpre en forme de sphère. Il le ramassa. Le globe tenait dans sa main et la surface en était parfaitement lisse. Un sourire de ravissement se dessina sur ses lèvres et sur celles de son ami : un joyau pareil leur rapporterait une fortune. Gladir arriva derrière eux et vit ce que Serian tenait. Ils se regardèrent pendant un instant puis, d’un hochement de tête, ils se mirent silencieusement d’accord pour partager les gains. Serian glissa l’orbe dans sa tunique et essaya de prendre un air quelconque. Il jeta un œil vers le trône d’or. Un squelette y était affalé. Autour du trône, Soccar gesticulait nerveusement, comme s’il cherchait quelque chose. Soudain, il entendit un bruit sourd et ténu. Il se retourna pour voir d’où cela venait. Il n’en vit pas la cause, et personne d’autre ne paraissait l’avoir remarqué. Alors, un cri le fit sursauter.
-NON !
Il se retourna et vit Soccar jeter furieusement quelque chose contre le mur.
-Où est-il ? hurla le Najii en se tournant vers eux.
Les traits de son visage n’étaient plus que rage et colère et ses yeux semblaient plus noirs que jamais. Personne n’osa bouger ni parler.
-Vous essayez de me le voler ! Le bâton d’Ethis, où est-il ? hurla Soccar en frappant le sol avec son propre bâton.
Il y eut un grondement sourd, accompagné par des éclairs qui jaillirent de l’extrémité du bâton pour aller frapper la pierre. Puis il y eut un rugissement, qui cette fois venait de derrière eux. Une énorme créature venait d’entrer dans la salle. Son énorme bras s’avança et attrapa l’homme le plus proche pour le jeter contre le mur. Il y eut un craquement et le corps retomba par terre comme une marionnette désarticulée.
-Rendez moi mon bâton !
Un autre éclair jaillit pour venir frapper un autre mercenaire qui fut projeté sur le sol. Son corps fut pris de convulsions pendant un instant, puis il s’immobilisa.
Alors la panique éclata. Les mercenaires encore vivant se retrouvaient pris entre l’énorme créature et le Najii. Serian réalisa alors que Soccar n’était pas seulement furieux, mais aussi complètement fou. L’attrait du pouvoir lui avait fait tourné la tête, trop pour qu’il ne le supporte. Les hommes se mirent à courir pour essayer de s’enfuir en passant derrière le monstre. L’un d’entre eux se fit agripper par l’énorme main. Les autres coururent le long du couloir. Lorsque le chemin se coupa en deux, certains partirent d’un coté, Serian, Zephyr, Gladir et un autre prirent un autre chemin. Ils virent le monstre emprunter l’autre chemin. Ils pouvaient entendre les rugissements de colère du Najii. Ils continuèrent de courir, fuyant cet endroit qui ne leur inspirait plus désormais que la terreur. Ils sortirent à toute vitesse du palais. Des cris d’horreur se répercutaient sur les murs mais ils n’y firent pas attention. Ils traversèrent plusieurs cavernes sans s’arrêter de courir jusqu’à revenir dans la première qu’ils avaient visiter. De l’autre coté, ils pouvaient voir la route par laquelle ils étaient arrivés. Ils se trouvaient exactement à l’opposé. Ils s’arrêtèrent pour souffler. Ici, ils n’entendaient plus aucun bruit.
C’est alors que l’homme qui les accompagnait se mit à hurler en regardant ses mains. Avec horreur, ils virent que la peau de celles-ci commençait à noircir et à se craqueler. Brusquement, l’homme s’embrasa et s’effondra sur le sol en poussant un terrible hurlement. Zephyr, Gladir et Serian se retournèrent. Dans le tunnel d’où ils venaient de sortir se dressait Soccar, les yeux brillants d’un rouge écarlate, une aura sombre entourant tout son corps.
-Rendez le moi !
Ils se remirent à courir, suivant le chemin qui passait au centre de la caverne, le Najii sur leurs talons. Heureusement que le chemin serpentait car un autre éclair vint frapper le mur d’une maison juste à coté de Serian, faisant éclater la pierre. Sans ralentir, ils s’engagèrent sur le pont qui passait au dessus de l’eau. C’est alors qu’ils furent jetés à terre par une violente onde de choc. Tandis qu’ils essayaient de se relever, ils sentirent le sol se dérober sous leur pieds. Un instant plus tard, l’eau froide se refermait sur eux. Ils se débattirent pour rester à la surface et essayer d’agripper le bord mais les parois étaient bien lisses et le courant beaucoup plus fort qu’ils ne l’avaient imaginés. Ils se firent lentement entraîner vers le trou sombre avec les débris du pont. Serian fut pris de panique et nagea de toutes ses forces mais rien n’y fit. Juste avant de disparaître dans le trou, il vit Soccar qui se tenait au bord de l’eau, hurlant de rage.
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Il flottait sans consistance dans le néant. Non, pas le néant. Il y avait cette étrange fumée bleutée. C’est alors qu’il réalisa qu’elle n’était pas que cela. Quelque chose transparaissait à travers celle fumée, mais il n’aurait sut dire quoi. Il se sentit tomber, encore et encore. La fumée se dissipa. Il sentit quelque chose de froid contre sa joue, quelque chose de dur. Il eut un étrange picotement sur le dos de la main. Il voulu se gratter, mais il n’arrivait pas à bouger.
Serian entrouvrit un œil et vit une forme sombre sur sa main. Il se releva brusquement en retenant un cri. La chose tomba sur le sol et disparu en un éclair dans une crevasse dans la roche. Serian ferma les yeux quelques instants pour se calmer. Sa tête lui faisait un peu mal. Soudain il se rappela de ce qui s’était passé : le pont qui s’écroulait et la rage de Soccar. En rouvrant les yeux il se rendit compte que ses pieds trempaient encore dans un cours d’eau, une sorte de petite rivière souterraine. Il tira ses jambes sur le sol rocheux avec un grimace : ses muscles étaient douloureux. Il se releva lentement et s’étira. Puis il regarda autour de lui. Il fut surpris de constater qu’il ne voyait presque rien. Il était presque plongé dans les ténèbres, seule une infime lueur semblait émaner de la roche. Pour ce qu’il pouvait en voir, il était dans une caverne assez grande mais qui avait l’air entièrement naturelle, contrairement à celles où était construite Eldereth. Les sol était irrégulier et encombré de colonnes, de stalagmites, de rochers et, chose plus étonnante, de buissons.
Il entendit un grognement à coté de lui et remarqua qu’il y avait Gladir et Zephyr allongés sur le sol. Gladir était hors de l’eau mais Zephyr y trempait jusqu’à la taille. Gladir grogna, bougea et releva la tête.
-Ca va ? demanda Serian.
-Ha ! Qui est-ce ? fit Gladir d’une voix apeurée en tournant la tête dans tous les sens. Serian compris alors que si lui même ne voyait presque rien avec ses yeux de Jadsis, l’homme du sud ne devait rien voir du tout
-C’est moi, Serian.
-Serian ? Ho bon sang, t’as failli me faire avoir un arrêt cardiaque. Je vois rien, où est-ce qu’on est ?
-Aucune idée. Ne bouge pas, je veux voir comment va Zephyr.
-Zephyr ? Il est là ?
-Juste à coté de toi.
Gladir tendit le bras et tâtonna avec la main jusqu’à trouver le bras de leur ami.
-Il a froid, frit Gladir.
-L’eau n’est pas chaude.
Serian s’accroupit, prit les bras de Zephyr et le tira hors de l’eau. Sa peau était effectivement froide, mais il respirait normalement.
-Il faudrait pouvoir faire un feu.
-Tu ne vois pas mon sac ? Je l’avais quand on s’est enfui, y’a un briquet dedans.
-Tu as gardé ton sac pour courir ? On l’a jeté nous.
-J’avais pas grand chose dedans, c’était pas bien gênant. Tu le vois ?
Serian regarda tout autour et fini par apercevoir le sac en question, coincé contre un rocher. Il alla le ramasser, l’ouvrit et fut ravi de constater qu’à l’intérieur les affaires étaient enveloppées dans une toile cirée.
-Bonne idée d’avoir protégé le contenu, fit Serian.
-Ca m’est arrivée une fois de devoir traverser une rivière à la nage. Toutes mes affaires avaient été trempées, alors depuis je prend mes précautions.
Serian fouilla pour extirper le silex et l’amadou. Il ne manquait plus que du combustible. Il s’approcha d’un buisson. Le végétal semblait être fait uniquement de fines branches, il n’y avait pas la moindre petite feuille. Serian tira son épée et le tailla à grands coups. Ils ramassa les morceaux, en fit un petit tas, saisi le briquet et entreprit de faire jaillir une étincelle. Au bout de quelques essais, ils parvint à faire naître une petite flamme. Il souffla doucement dessus en plaçant des brindilles et finalement il obtint un petit feu. Gladir s’approcha avec un air ravi.
-Je suis content que tu sois là, on aurait été dans le pétrin sinon, fit-il.
-Occupe toi du feu, je vais voir s’il y a quelque chose de plus gros a brûler.
La lumière des flammes, bien qu’elle n’était pas très importante, lui suffisait pour y voir convenablement. Il se rendit compte que la caverne était plus grande qu’il ne l’avait crû. En fait, elle ne semblait pas avoir de fin. C’était un endroit étrange. C’était comme s’il avait été dehors : il y avait de buissons, de petits arbres un peu plus loin, des rochers plus ou moins gros, le sol formait des bosses et des creux, sauf qu’ici, il y avait un plafond de roche. Le même paysage s’étendait de l’autre coté de la rivière. C’était un endroit troublant, empreint d’un certain charme magique, mais aussi inquiétant car le tout avait une allure sombre et froide. Serian s’approcha des petits arbres. Pour la plupart, ils avaient une feuillage écarlate et un tronc noir. L’un des arbres n’avait plus de feuilles, Serian se dit qu’il devait être mort. Il frappa les branches avec son épée et celles-ci se rompirent. Il en ramassa plusieurs bouts et les ramena pour les mettre dans le feu qui redoubla d’intensité. Il tira Zephyr près des flammes puis s’assit à coté de Gladir. Après un moment de silence, ce dernier demanda :
-Où est-ce qu’on est à ton avis ?
Serian haussa les épaules.
-Sous les cavernes qui abritent la ville, mais je ne sais pas à quelle profondeur. J’espère qu’il y a un moyen de remonter.
-Ouais, ça me plairait pas de mourir ici. Maudit soit ce bâtard de Najii, on aurait dû laisser tomber pendant qu’on le pouvait encore.
Le silence retomba. Serian regarda les flammes. Lui aussi regrettait de s’être laissé embarqué. Maintenant, ils se trouvaient dans un endroit dont ils n’avaient pas entendu parlé, dont ils n’auraient même pas soupçonné l’existence. Au fond de lui, il avait peur. Peur de rester coincé ici, de ne jamais revoir le soleil. Si personne ne connaissait cet endroit, c’était sûrement parce que personne n’en était jamais revenu pour en parler. Puis il se dit que bien peu de gens avaient dû s’aventurer dans les anciennes cités Drannes et, pour les rares courageux qui s’y étaient rendus, ils n’étaient certainement pas resté suffisamment longtemps pour découvrir cet endroit. Il y avait donc peut-être une sortie. Le problème, c’était de la trouver.
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Est-ce que les termes "arrêt cardiaque" existaient à leur Époque, je crains que le sens leur échappait. Da vinci à été un des premier à en faire le lien malgré qu´il ait eu quelques problèmes à en comprendre le réel sens enfin peu importe ce n´était qu´une remarque.
Voilà, je ne crois pas avoir remarqué de fautes. j´ai passé le tout sans vraiment y faire attention, mais enfin une très bonne suite encore une fois dommage qu´il n´y en ait pas plus et je sais c´est normal.^^
hum, certes, arrêt cardiaque c´est peut-être pas tout a fait approprié m´enfin bon, si y´a que ca... ![]()
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J´ai tout lu, je trouve que c´est très bien.
J´ai pas fait attention, mais est-ce que y´a un rythme de "parution" régulier ?
Visiblement non, mais bon ?
ben quand j´ai le temps d´écrire, en gros le mercredi et le we, mais je peux pas toujours, donc des fois je met un peu plus de temps ![]()
entre 1 et 2 fois par semaine quoi ![]()
L’endroit était étrange et déroutant. Il s’agissait en fait d’immenses cavernes collées les unes aux autres, avec par endroits des passages plus étroits. S’ils faisaient abstraction du plafond de roche et de l’obscurité, ils auraient pu se croire en pleine nature. Sauf que parfois, en sortant d’une caverne, le sol pouvait s’élever et il leur était possible d’emprunter une autre caverne directement au dessus que celle qu’ils avaient quitté. En bref, c’était comme un labyrinthe souterrain de taille titanesque. Bien que désorientés, les trois compagnons ne pouvaient s’empêcher d’admirer le paysage autour d’eux. Ils ne voyaient que rarement une paroi rocheuse, seulement des rochers, des buissons, des arbres aux troncs plus ou moins gros, rugueux ou lisses dont les couleurs allaient du brun foncé au noir ébène. Les feuilles pouvaient être écarlates, pourpres ou argentées. Ils se demandèrent comment des végétaux pouvaient pousser sur la roche, mais ils n’en avaient aucune idée. Ils constatèrent seulement que leurs racines parvenaient à s’enfoncer dans le sol rocheux, recouvert par moment de mousse ou d’une sorte d’herbe rase d’un vert terne. En dehors de cette végétation, il y avait également de magnifiques colonnes naturelles et de petits ruisseaux d’eau claire. Il y avait même des animaux. Ils entendaient souvent des bruits de piétinement ou des grognements, mais les bêtes semblaient vouloir les éviter. Il n’y eut qu’une fois où une sorte de gros sanglier, au poil long et avec les défenses dirigées vers l’avant à la manière des éléphants, passa juste devant eux sans leur prêter attention.
Serian, Zephyr et Gladir progressaient dans une petite forêt, s’émerveillant de la couleur des feuillages et des reflets que lançaient les feuilles argentées lorsqu’ils approchaient avec leur torche. Cependant, ils étaient mal à l’aise. Si l’endroit paraissait pour le moins magique, le tout était néanmoins sombre et inquiétant. Les feuillages n’était pas très abondants et de nombreux arbres étaient morts. La faible luminescence qui émanait à la fois de la roche et des plantes donnait au paysage un aspect fantomatique dans l’obscurité. C’était comme si l’endroit lui même était mort. Gladir pensait qu’ils se trouvaient dans un coin reculé de l’au-delà, une région que seuls les morts pouvaient arpenter sans craintes. Zephyr l’avait raillé en disant que le sanglier qu’ils avaient croisé paraissait bien vivant, mais il devait admettre qu’il y avait comme un frisson de mort partout autour d’eux, un souffle glacé dans l’air immobile.
Ils arrivèrent à une petite clairière au centre de laquelle se trouvait un monticule de pierre. En le contournant, ils virent qu’un passage s’enfonçait sous le monticule. N’ayant aucune idée de l’endroit où ils étaient ni de la direction à suivre, ils s’engagèrent dans le tunnel. Celui-ci descendait, aussi avancèrent-ils lentement, surtout pour que Gladir, qui n’avait pas une vision aussi bonne que celle de ses amis, ne trébuche pas sur le sol irrégulier. Le tunnel fit une courbe vers la droite et continua de descendre. Au bout de quelques minutes, ils virent que le tunnel débouchait sur une nouvelle grotte. Il s’arrêtèrent car l’air semblait avoir perdu le peu de chaleur qui lui restait. Quelque chose dans cet endroit leur faisait dresser les cheveux et ils songèrent à revenir sur leur pas. Finalement, ils continuèrent, poussés par leur curiosité. Gladir fut le plus hésitant, mais il ne voulu pas rester seul derrière et emboîta le pas aux deux Jadsis en maugréant. La grotte était beaucoup plus petite que les autres. L’air était plus humide, des gouttes d’eau tombaient des stalactites et venaient frapper la pierre. Il n’y avait aucune végétation, seulement un petit lac. Ils s’approchèrent de l’eau mais n’osèrent pas la toucher. Elle était si sombre qu’il était impossible de voir à travers et elle semblait terriblement froide.
-J’ai jamais vu des eaux aussi peu accueillantes, fit Gladir. Je crois que je préférerais nager dans la mer en pleine tempête plutôt que de me baigner là dedans.
-Un peu exagérée comme comparaison mais je suis d’accord, dit Zephyr. On dirait que… attention !
Il tira violemment Gladir par le bras. Quelque chose fendit l’air où se trouvait l’homme un instant avant et vint heurter le sol avec un tintement. Tous les trois reculèrent vivement et regardèrent leur ennemi. La créature aurait pu être une statue grossièrement taillée. Ses longs bras fins et ses courtes jambes massives étaient terminés par des griffes. Cependant, elle ne les utilisait pas, préférant manier une épée de pierre avec chaque main. Sa petite tête était ornée de cornes recourbées. La chose n’avait pas de bouche, seulement deux petites pierres noires en guise d’yeux. Elle ne faisait presque aucun bruit en se déplaçant. Elle attaqua à nouveau Gladir qui, cette fois, para avec son épée et riposta. La créature ne chercha pas à bloquer le coup. Des étincelles jaillirent lorsque l’acier frappa le corps de pierre mais cela ne fit pas le moindre mal à la chose qui continua de frapper. Une autre créature semblable surgit à coté de la première et Zephyr l’intercepta. Serian essayait de frapper lorsqu’il le pouvait mais il comprit rapidement que leurs armes ne leur permettraient pas d’en venir à bout.
-Par ici ! Ils ne vous suivront pas !
Serian se retourna. Dans le tunnel derrière eux se tenait une femme qui leur faisait signe de la rejoindre. Zephyr et Gladir battirent en retraite et ensemble ils coururent vers le tunnel et s’y engouffrèrent à la suite de la femme. Les deux monstres ne les poursuivirent pas et disparurent dans la grotte.
Les trois compagnons et la femme s’arrêtèrent et se dévisagèrent pendant un long moment. Elle avait de long cheveux sombres, ses yeux étaient les plus froids qu’ils aient jamais vu, même si cette froideur n’avait rien de menaçante, et sa peau était d’une pâleur horrifiante. Elle portait une robe noire qui laissait ses bras nus. Serian fut le premier à parler.
-C’était quoi ces choses ?
La femme tourna la tête vers lui et le dévisagea un instant avant de répondre. Sa voix était douce mais n’avait pas la chaleur que l’on pouvait percevoir habituellement.
-On les appelle les Skrenns, ce sont les gardiens du Pul’Togir. Vous n’auriez pas dû aller là bas.
Elle continua de les regarder chacun leur tour, l’air surprise. Finalement, elle dit à Serian :
-Je… est-ce que… je peux toucher votre peau ?
La question surpris Serian qui resta un instant stupéfait. Finalement, il tendit la main et la femme la lui prit. Le jeune homme réprima un cri de surprise : la main de la jeune femme était glacée et ce froid lui remonta tout le long du bras. Elle le relâcha. Pour Serian, ce fut comme si on avait retiré un bloc de glace.
-C’est une sensation étrange…Pardonnez moi, mais c’est la première fois que je vois des gens comme vous, dit-elle.
-Comment ça ? demanda Zephyr.
-Vous êtes vivant n’est-ce pas ?
Les trois compagnons furent atterrés par cette question.
-Jamais aucun vivant ne s’est aventuré ici, poursuivit la femme. Je pensais qu’il était impossible pour vous autres d’arriver jusque là. C’est pour ça que je vous ai suivi, j’étais curieuse.
Serian, Gladir et Zephyr comprirent soudain. Ils eurent un mouvement de recule en réalisant que la femme était morte depuis longtemps. Pourtant, elle se tenait là, devant eux, aussi surprise de les trouver là qu’ils ne l’étaient eux mêmes en la regardant.
-Par les dieux, mais où sommes-nous tombés ? demanda Gladir à mi-voix, l’air apeuré.
-Vous êtes dans ce que les Dranns nomment Orrodreth, répondit la femme. Dans votre langue, cela pourrait se traduire par : « le royaume des morts ».
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juste un petit up ![]()
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Wouah pas mal du tout, surtout la fin !
"Le tunnel fit une courbe vers la droite et continua de descendre. Au bout de quelques minutes, ils virent que le tunnel débouchait sur une nouvelle grotte." || Une petite répétition avec tunnel, j´ai pas prit l´extrait au complet mais tu le dis trois fois en très peu de mots.
Bien je m´attarderai pas et j´attendrai la suite. J´aime bien le coup du revenant.
petite correction sur le dernier épisode, les deux dernieres lignes :
-Nous nommons ce lieu Orrodreth, répondit la femme. Dans votre langue, cela pourrait se traduire par : « le royaume des morts ».
C´est mieux comme ça, sinon ça créé une petite incohérence avec la suite
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-Vous ne faites jamais de feu ici ? demanda Serian.
Dessy, la jeune femme, les avait guidé pendant plusieurs heures à travers les immenses cavernes d’Orrodreth avant de s’arrêter pour se reposer. Ils avaient attrapé une sorte de lézard long comme un bras d’homme qui, selon les dire de Dessy, était assez commun par ici, et avaient allumé un feu pour le faire cuire. Dessy avait ouvert de grands yeux en voyant les flammes s’élever.
-Si bien sûr, mais ils ne sont pas comme celui-ci. Les flammes sont bleues et froides et ne dispensent pas autant de lumière. C’est d’ailleurs la flamme de votre torche que j’ai aperçu de loin, on n’en voit pas de telles ici.
Serian acquiesça et regarda la jeune femme. Elle aurait pu être belle, mais ses yeux froids et sa peau pâle lui donnaient un aspect fantomatique, ce qui n’était pas si loin de la vérité puisqu’elle était morte, songea-t-il. Il n’arrivait toujours pas à se faire à cette idée et cela le perturbait. Zephyr semblait aussi étonné que lui, mais il ne s’en souciait pas, il acceptait simplement cette idée. Gladir, en revanche, se montrait très distant avec Dessy. L’horreur n’avait pas quitté son visage depuis qu’elle était avec eux et il la considérait d’un mauvais œil. Serian se dit que c’était sûrement dû à toutes ces croyances que Gladir avait à propos de la mort. Il ne dit rien, espérant simplement que son ami parviendrait à surmonter sa peur.
Ils avaient suivit la jeune morte car elle était peut-être leur seul moyen de trouver une issue. Elle avait dit ne pas connaître de passage reliant Orrodreth à la surface, mais il était possible que quelqu’un d’autre puisse les informer. Elle avait donc entreprit de les mener à la ville où elle résidait. Gladir était devenu presque aussi blanc qu’elle en entendant cela, mais il avait accepté de venir, sachant qu’il n’avait certainement aucune chance de s’en sortir seul.
-Que faites-vous ? demanda Dessy en voyant Zephyr embrocher le lézard avant de le mettre sur le feu.
-C’est pour le faire cuire, répondit-il, légèrement surpris par la question.
-Cuire ? Dans quel but ?
Zephyr jeta un œil vers Serian qui était tout aussi étonné que lui.
-Hé bien, c’est meilleur que lorsque la viande est crue, dit-il finalement. Vous ne cuisez pas la viande avant de la manger vous ?
-Nous ne mangeons pas, fit la jeune femme.
-Vous n’avez pas besoin de vous nourrir ?
-Si bien sûr, mais pas de cette manière.
Elle prit le couteau qu’elle avait à la ceinture, coupa un morceau de viande et le tint dans sa main. Au début il ne se passa rien, puis ils virent de minuscules perles rouges émaner de la viande. Elles remontèrent le long du bras de Dessy et se fondirent sous sa peau. Le morceau de viande se desséchait et se ratatinait tandis que toute l’énergie qu’il contenait était absorbé par le corps de la jeune. Finalement, l’énergie cessa de circuler et elle jeta le reste noirci.
-Nos corps ne sont pas comme les vôtres, expliqua-t-elle. Nos organes ne fonctionnent plus, on ne pourrait pas digérer la nourriture. D’ailleurs, certain d’entre nous n’ont pas tout leurs organes, ajouta-t-elle d’un air amusé.
-Dans ce cas comment se fait-il que vous soyez…comme vivante, si je puis dire, demanda Zephyr.
Elle prit un instant de réflexion.
-Je ne sais pas exactement. Je peux vous dire ce qu’il en est, mais je ne sais pas pourquoi c’est ainsi.
Elle s’interrompit, cherchant ses mots.
-Vous êtes vivants parce que vos corps fonctionnent : vous avez un cœur qui bat, des poumons qui s’emplissent d’air. Mais il n’y a pas que cela. Vous vivez parce que vous avez un esprit. Sans cet esprit vous ne seriez rien. Vous vivriez mais vous ne pourriez vous en rendre compte car vous n’auriez même pas conscience de votre propre existence. Vous seriez juste là, comme ça, c’est tout, un peu comme un arbre. Lors de la mort, seul le corps meurt, l’esprit s’échappe. Pour aller où ? Je n’en sais rien. Le fait est que moi aussi j’était vivante, tout comme vous, même si je ne m’en rappelle pas. Puis je suis morte, et je me suis réveillée ici.
-Comment ça ? demanda Zephyr. Vous avez juste ouvert les yeux et constaté que vous étiez dans ces cavernes ?
-Presque. Ce lac où je vous ai trouvé, Pul’Togir, est l’une des deux entrée d’Orrodreth pour les défunts. Il y a un autre lac, Pul’Droth, semblable à celui-ci. C’est là bas que je suis apparu, comme beaucoup d’autres. Je me suis réveillée dans l’eau, j’ai nagé vers la surface et j’en suis sortie. Les autres m’ont accueillit simplement, comme chaque fois qu’il y a un nouvel arrivant.
-Vous ne vous êtes pas posée de questions après votre éveil ?
-Si bien sûr, et ils y ont répondu, en partie. Voilà ce que je sais : lorsqu’on est vivant, c’est le corps lui même qui subit les contraintes du temps et les blessures physiques. L’esprit n’est pas quelque chose de matériel, il habite seulement le corps qui ne se rend pas compte de sa présence. Mais ce n’est pas mon corps que vous avez sous vos yeux, c’est mon esprit. C’est comme s’il s’était matérialisé. Si je me blesse, c’est mon esprit qui est blessé. Si je meurs, mon esprit meurt. Vous pensez qu’on ne meurt qu’une fois, et en principe vous avez raison, mais c’est différent pour nous. Nous sommes ce qui a survécu lors de notre mort, nous sommes, des esprits ayant une consistance matérielle. Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi, mais c’est un fait.
Le silence s’installa pendant que les trois compagnons assimilaient ce qu’ils venaient d’apprendre. Ils avaient du mal à concevoir cette idée d’esprit, et encore plus que la jeune femme qu’ils avaient en face d’eux soit un esprit matérialisé.
-C’est peut-être une question bête, mais comment on se sent lorsqu’on est… comme vous ? demanda Zephyr.
Dessy sourit.
-Comme lorsqu’on avait un corps, je suppose, dit-elle. Mais il y a toujours un soupçon de peur. Vous avez peur de la douleur, peur de mourir ? Lorsque vous vous blessez, vous souffrez. Mais imaginez ce que cela pourrait être si c’était votre esprit que l’on déchirait. Vous redoutez la mort de votre enveloppe charnelle, mais nous nous redoutons la destruction de notre essence même, ce qui fait que nous étions. La peur nous poursuit toujours, car si nous mourons à nouveau, nous ne serons vraiment plus rien.
Ils hochèrent la tête mais ne dirent rien. Gladir bailla en s’étirant et ils décidèrent de dormir un peu. Serian demanda à Dessy si elle devait dormir également et elle lui avait répondu que l’esprit aussi avait besoin de repos. Il accepta de monter la garde pendant quelques heures avant de la réveiller pour qu’elle veille à son tour. Lorsqu’ils furent tous endormis, Serian s’assit près du feu. Les paroles de la femme résonnaient dans se tête. Tout cela était dur à comprendre, mais il devait bien l’admettre. Puis il se demanda si lui aussi se réveillerait ici lorsqu’il mourrait, ne se rappelant plus de rien. Il se demanda aussi si Gladir n’avait pas raison depuis le début et qu’ils étaient dans l’au-delà, le refuge des esprits après la mort. Il se dit que si c’était vraiment le cas, cela n’avait rien de plaisant. Il s’imagina être comme Dessy, faisant partie de ce monde sombre et froid. Sortant de ses pensées, il s’étira en jetant un œil vers les silhouettes endormies. Il sentit quelque chose dans sa tunique. Il y plongea la main et en ressortit un globe pourpre. Il avait complètement oublié qu’ils avaient ramassé cette pierre merveilleuse. Il la contempla pendant un moment, appréciant sa forme et sa couleur. Puis il la remit dans sa tunique, avec l’espoir qu’il pourrait un jour retourner en ville pour la vendre.
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Une très bonne encore une fois ! Quelques informations pour placer les nouveau éléments dans leur cadre. C´est bien très bien. Je n´ai pas repéré de faute alors voilà !
À la prochaine suite.
-Nous y sommes presque, annonça Dessy.
Ils avaient marché pendant plusieurs heures encore après leur réveil. Un peu plus tôt, ils avaient trouvé un petit lac emplit par une petite cascade qui chutait d’un trou au plafond. L’eau s’écoulait ensuite pour tomber dans un nouveau trou quelques dizaines de mètres plus loin. Ils en avaient profité pour remplir leurs gourdes. Zephyr avait demandé à Dessy si elle « buvait » de la même manière qu’elle se nourrissait, mais elle avait répondu qu’elle n’avait pas besoin d’eau, seuls les êtres vivants, animaux ou fruits, pouvaient lui fournir l’énergie dont elle avait besoin.
Serian jeta un œil vers Gladir qui traînait derrière eux, ne voulant pas approcher la jeune femme. Il n’avait toujours pas parlé et était visiblement tendu. Serian espérait qu’il n’offenserai pas le peuple de Dessy en se montrant si distant. Zephyr, au contraire, bavardait joyeusement avec la défunte, lui posant de nombreuses questions sur Orrodreth. Serian les écoutait parler. La jeune femme le fascinait car, malgré son aspect froid et morbide, elle se montrait plus chaleureuse que de nombreuses personnes vivantes qu’il avait connu. Il éprouvait une véritable curiosité pour elle et cet endroit, c’est pourquoi il écoutait attentivement ce qu’elle racontait à Zephyr. Ils avaient ainsi appris que le peuple de Dessy se donnait le nom de Alderas mais qu’il y avait une autre communauté, les Seranors. Dessy parlait d’eux avec crainte car selon elle ils étaient puissants et hostiles. De nombreux Alderas avaient péri en se battant contre les Seranors, alors que ces derniers ne subissaient que très rarement des pertes.
-Tout comme nous, ils ne sont que des esprits, dit-elle. Pul’Togir est l’endroit où ils arrivent, c’est pour cela qu’ils ont placé deux Skrenns comme gardes. Mais les plus puissants d’entre eux, les Seigneurs Liches, savent user d’une magie sombre et redoutable. Leurs guerriers ont des lames enchantées qui causent une grande souffrance lorsqu’elles touchent. A ce qu’on m’a dit, les Seranors attaquaient souvent dans le passé, puis, il y longtemps, ils cessèrent et se retranchèrent dans leur cité. A présent ils n’en sortent presque jamais, mais parfois l’un d’entre nous disparaît et ne revient pas. On ne sais pas pourquoi ils ont changé d’attitude aussi radicalement, mais pourvu que ça ne change pas.
-Depuis combien de temps êtes vous ici ? demanda Zephyr.
-Moi ?
-Vous, votre peuple, les Seranors, et même cet endroit, depuis combien de temps tout cela existe-t-il ?
-On ne sais pas quand Orrodreth a été créé. Pour ce que j’en sais, les Alderas et les Seranors sont arrivés à peu près à la même époque, il y a bien longtemps déjà.
-C’est plutôt vague, fit Zephyr avec un sourire.
Elle sourit à son tour.
-Je ne peux pas être plus précise, le temps n’est pas facile à mesurer ici. Je sais qu’en surface vous vous repérez par rapport à ce que vous appelez le soleil, mais à Orrodreth il fait toujours sombre. Ce monde est comme… mort, acheva-t-elle en souriant plus largement. Mais je pense que dire que nous sommes arrivés il y a déjà plusieurs siècles n’est pas une mauvaise estimation.
-Et vous ?
Elle ferma les yeux comme pour réfléchir.
-Peut-être cinquante ou soixante ans, c’est difficile a dire.
-Pourtant vous avez l’air jeune, fit Zephyr, surprit.
Dessy éclata de rire.
-Lorsque l’on est enfant, l’esprit grandit avec le corps, mais contrairement aux chaires, l’esprit ne vieillit plus lorsqu’il atteint sa maturité. Je ne me rappelle pas comment j’étais lorsque je suis morte, mais je pouvais avoir aussi bien vingt ans que quatre-vingt. A présent je ne suis plus qu’un esprit, dans quelques décennies je serais toujours la même. Certains d’entre nous doivent être là depuis plusieurs siècles. Ah, nous arrivons !
Le chemin qu’ils arpentaient débouchait dans une nouvelle caverne par un large trou dans le sol. Ils s’arrêtèrent, frappés par la beauté des lieux. La ville ressemblait beaucoup à Eldereth. De nombreuses maisons aux formes arrondies se dressaient, certaines surplombant les autres car construites à un endroit surélevé. En levant les yeux, ils virent que de chaque coté, la caverne s’élargissait d’avantage, environ vingt mètres au dessus d’eux, et d’autres bâtiments s’y dressaient, se perdant hors de leur vue. Toute la ville était éclairée par des torches brûlant d’une flamme bleutée qui se réfléchissait sur les feuillages argentés des nombreux arbres disséminés un peu partout. Des feu follets tourbillonnaient dans les airs semblables à de petites boules de fumée bleutée brillant d’une lumière intérieure. La roche elle même scintillait, incrustée de milliers de petits cristaux blancs et turquoises. Le tout donnait à la ville un aspect fantomatique, hors du monde matériel, une beauté froide et envoûtante. Serian éteignit la torche, trouvant que le feu rouge et chaud jurait affreusement avec ce lieu magique. Elle leur fit traverser la ville sous les regards étonnés de ses habitants. Les deux Jadsis contemplaient la cité, mais ils remarquèrent que leur ami Gladir ne cessait de lancer des regards horrifiés, ses yeux exorbités par la peur. Elle les fit entrer dans une maison en dôme, accolée à une surélévation sur laquelle une autre maison était construite. Elle les fit passer dans une salle circulaire, éclairée par quatre torches fixées au mur. Le sol était recouvert par un tapis, il y avait un divan, quelques chaises et une table sur laquelle reposait une coupe de fruits.
-C’est chez moi, dit Dessy. Je vais aller trouver Dalnec, c’est le plus ancien d’entre nous, il pourra peut-être vous aider. Restez ici en attendant.
Elle repartit. Zephyr s’assis sur le divan. Serian s’approcha de Gladir et lui posa une main sur l’épaule.
-Ca va ? demanda-t-il.
L’homme le regarda, la peur se lisant toujours dans ses yeux.
-Non ça ne va pas ! souffla-t-il. Est-ce que vous vous rendez compte ? Ils sont morts ! Nous sommes chez les morts !
Il repoussa le bras de Serian et s’assit sur une chaise, la tête entre ses mains et ses coudes sur ses cuisses. Serian le laissa, estimant qu’il ne servirait à rien de lui parler, connaissant l’opinion que les hommes du sud avaient de la mort. Gladir devait surmonter sa peur lui-même. Finalement, Serian s’installa lui aussi et attendit.
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Ah une bonne suite encore les éléments prennent forme. Et c´est assez intéressant, mais tu n´as pas parlé du trésor que Gladir a rapporté avec lui. Je peux parier qu´il leur causera des problèmes.^^
Enfin voilà il ne reste qu´à dire... La suite !
-C’est étrange comme ville, dit Zephyr pour casser le silence. Pour un peu on pourrait se croire chez nous.
-Oui, mais il y a pas mal de choses qui sont différentes, même si j’ai du mal à dire quoi, fit Serian.
-Tu n’as pas remarqué ? fit son ami en se redressant. Moi j’ai bien vu ce qui allait pas : ce sont les habitants.
-Je faisais plus attention à la ville elle même, c’est un bel endroit je trouve. Qu’est-ce qu’ils ont de particulier ses habitants, en dehors du fait qu’ils soient morts ?
-Hé bien pour commencer, presque personne ne parlait. J’avais l’impression d’être un sourd, d’habitude dans une ville il y a un brouhaha constant, là c’est tout juste si on entendait un murmure.
Serian acquiesça. En y repensant, il se rendit compte qu’effectivement il n’avait pas entendu les bruits familiers de la foule et du travail dans les ateliers si commun aux villes.
-D’autre part, poursuivit Zephyr, je n’ai pas vu un seul gamin jouer dans les rues, pas plus que de vieillards. Tous les gens ici semblent avoir à peine la trentaine. Je sais que Dessy nous l’a expliqué, mais c’est quand même perturbant. On ne voit pas non plus de types louches ou de riches avec des habits impeccables. En fait, j’ai plus l’impression que cette ville est un cimetière géant dont les résidents se promènent un peu partout.
Serian sourit
-Faut dire que c’est à peu près le cas.
Son sourire s’estompa.
-Il faut les comprendre tout de même, ajouta-t-il, ils sont morts, normal qu’ils ne soient pas si joyeux.
Le silence revint.
Serian jeta un œil vers Gladir mais celui-ci n’avait pas bougé d’un pouce. Puis il plongea la main dans sa tunique et en extirpa la pierre pourpre. Il la donna à Zephyr qui la prit et l’examina.
-Belle pierre tout de même, fit-il. Tu crois que…
A cet instant la porte s’ouvrit et Dessy entra accompagnée par un homme. Ce dernier avait l’un de ses yeux crevé et il boitait de la jambe gauche. Gladir se redressa et prit une profonde inspiration tandis que l’homme s’asseyait sur une chaise. Il prit un instant pour dévisager chacun des trois jeunes hommes et dit :
-Ainsi des vivants sont bien entré dans Orrodreth. Je ne pensais pas que c’était possible, je suis là depuis bien longtemps et ça n’était encore jamais arrivé. J’aimerais savoir de quelle manière vous vous êtes retrouvés ici.
Serian raconta rapidement leur expédition à Eldereth, leur fuite devant le mage Najii fou et l’effondrement du pont.
-Je ne sais rien de cette ville, Eldereth, dont vous parlez, dit Dalnec, mais le chemin qui vous a amené là est, apparemment, une construction naturelle que personne n’aurait songé a emprunter, ça explique pourquoi vous êtes les premiers à vous être retrouvé ici, surtout si, comme vous l’affirmez, cette ville est déserte depuis des siècles.
Il secoua la tête.
-Malheureusement je ne pense pas pouvoir vous aider. Je ne connais aucun chemin permettant d’entrer ou de sortir d’Orrodreth, et je pense pas que vous puissiez repartir par où vous êtes venus.
-Ca veut dire qu’on va devoir rester ici ? fit Gladir en ouvrant de grands yeux.
-Nous vous aiderons à chercher un moyen pour vous de repartir, mais ça risque de prendre du temps pour le trouver, s’il en existe bien un.
-Il n’y a pas quelqu’un d’autre ici qui pourrait nous aider ? demanda Zephyr.
Dalnec sourit.
-Peut-être que les Seranors en savent plus que nous, mais à votre place je n’irais pas leur demander. Je vais déjà aller voir dans les quelques livres que nous avons si je trouve quelque chose.
Il se leva et s’apprêtait à s’en aller lorsque quelque chose retint son attention.
-Qu’avez vous dans la main ? demanda-t-il.
La question s’adressait à Zephyr qui se rendit compte qu’il tenait toujours la pierre pourpre. Il la montra à Dalnec qui, après l’avoir observée un moment, tendit la main et la prit. Il la porta au niveau de son œil et la fit tourner entre ses doigt pour l’examiner.
-Ou avez vous trouvé ça ? demanda-t-il.
-A Eldereth, répondit Serian. Pourquoi ?
-Manifestement cette pierre a des propriétés magiques, j’en suis presque certain, même si je ne saurais trop vous dire lesquelles. Gardez la précieusement et éviter d’ébruiter son existence. Il est peu probable que les Seranors en entendent parler mais si c’était le cas, cela pourrait bien les intéresser.
Il rendit la pierre à Serian, puis les salua et sortit.
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Je me trompe ou j´ai l´impression qu´il va y avoir quelque chose de louche avec ce Dalnec même s´il semble bon au premier abord. Enfin nous verrons bien.^^
Alors voilà à la prochaine suite ! Et dommage que je puisse me faire la dent sur une quelconque faute et incohérence.^^
c´est dommage hein? ![]()
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Ca y est!! j´ai enfin rattrapé tout mon retard!!!
Bin y a pas grand chose a dire, on connaît enfin la raison du titre, l´intrigue se poursuit, tu nous tient en haleine, il me tarde la suite!!
soit patient yun ![]()
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une chance pour vous que j´ai des épisodes d´avance, je vais pas pouvoir écrire avant la fin de la semaine prochaine, bac oblige
Rien ne se faisait entendre si ce n’était les lentes respirations de ses deux amis endormis. Gladir se redressa en ouvrant de grands yeux et attendit quelques instants pour s’habituer à la très faible lumière des feux follets qui entrait par la fenêtre. Finalement, il se leva et jeta un œil vers la porte de la pièce où la morte, que les démons l’emportent, dormait, craignant qu’elle ne vienne et se jette sur lui comme une âme en furie. Mais, à son grand soulagement, elle semblait bel et bien se reposer.
Doucement, en faisant attention de ne pas les réveiller, il s’approcha des deux Jadsis dont l’un dormait sur le canapé et l’autre sur le sol. Il se baissa et, avec une lenteur infinie, il extirpa la pierre violette de la tunique de Serian. Ce dernier ne remua même pas. Gladir se redressa en soufflant et contempla la pierre. Lui aussi aurait aimé la vendre très cher en ville, mais il y avait des choses bien plus précieuses qu’un énorme sac de pièces. Il dissimula le globe dans une de ses propres poches, ramassa son sac, et sortit de la maison. La lueur des feux follets était tout juste suffisante. Il pourrait allumer une torche une fois en dehors de la ville, lorsque la lumière des flammes, si remarquables ici, ne risqueraient pas d’éveiller les innombrables âmes damnées qui sommeillaient. Il se mit en marche, prenant le chemin qu’il pensait être celui qu’ils avaient emprunté la vieille en entrant en ville. Il marcha tout d’abord lentement pour ne pas faire trop de bruit et au cas où l’un de ces maudits esprits serait dehors, mais la peur grandissante et la vue des rues désertes le poussa à accélérer le pas. Deux feux follets vinrent tourbillonner autour de lui. Il essaya de les chasser, mais sa main passait au travers. Il se mit à courir. Satanées boules bleues, elles allaient le faire repérer ! La sortie de la ville était proche maintenant. Il tournait encore à ce coin de rue et… il s’arrêta net. A quelques pas devant lui se tenait une femme, une morte, portant un gros vase. Gladir jura silencieusement, il s’en voulait de ne pas avoir été assez prudent. Il la regarda avec dégoût, ce même dégoût qu’il avait chaque fois qu’il regardait un individu de son espèce ; ses yeux glacés, ses cheveux ternes, rêches, sa peau d’une pâleur affreuse, ses traits étirés comme s’il n’y avait aucune chair sur les os, ses habits miteux et ses mains qui ressemblaient à des griffes. Il resta immobile un instant, s’attendant à ce qu’elle se jette sur lui pour voler ses forces vitales, ou bien encore qu’elle donne l’alerte. Mais elle se contenta simplement de le dévisager quelques secondes puis elle disparut dans une ruelle d’un pas traînant. Gladir attendit qu’elle s’éloigna suffisamment et couru. Quelques instants plus tard, il était hors de la ville et s’enfonçait parmi la végétation.
La lumière des feux follets disparut et il s’arrêta pour allumer une torche et réfléchir. Après le départ de l’autre mort vivant, Dalnec, les Jadsis avaient continué de parler avec Dessy et à un moment, ils lui avaient demandé où vivaient les Seranors. La jeune femme, non, la morte, leur avait dit qu’ils se trouvaient au delà du Pul’Togir. Gladir reprit donc en sens inverse le chemin qui les avait amené jusqu’ici, espérant que son sens de l’orientation lui permettrait de retrouver l’étrange lac. Il lui faudrait ensuite aller encore plus loin afin de trouver l’endroit où vivaient les Seranors. Il craignait le moment où il se trouverait face à eux, car d’après les dires de Dessy, ils étaient eux aussi des âmes damnées. Gladir redoutait de déjà être maudit pour avoir foulé le sol du royaume de l’au-delà sans en faire partit, mais si c’était le cas, passer un peu plus de temps avec ces zombis n’aggravera pas son cas, peut-être même cela sera-t-il profitable. Les Alderas ne connaissaient aucun moyen de sortir d’Orrodreth mais Dalnec avait laissé entendre que les Seranors en savaient peut-être d’avantage. Dessy les avait mis en garde contre eux, mais Gladir trouvait que rien de pire ne pouvait lui arriver. Offenser la Mort était la chose que lui et les siens évitaient par-dessus tout, et jamais personne avant lui n’avait commis un tel sacrilège. De plus, même si les autres morts se montraient peu coopératifs, il avait de quoi acheter leur aide. Dalnec avait dit que la pierre était magique. Il se fichait pas mal de ses propriétés, ce qu l’intéressait, c’était sa valeur aux yeux des Seranors. En échange de la pierre, il pouvait les convaincre de l’aider à sortir. Il s’en voulait de laisser ainsi Serian et Zephyr, mais ils faisaient confiance aux Alderas et n’auraient pas accepté de courir le risque. Lui n’acceptait pas de rester dans cet endroit en compagnie des morts !
Il se força à marcher d’un bon pas. Il était épuisé, physiquement et émotionnellement, mais il se doutait qu’ils allaient se mettre à sa recherche dès qu’ils auraient constaté sa disparition, et la personne qui l’avait vu dans la rue pourrait les mettre sur sa piste. Il lui fallait donc parcourir une bonne distance avant de pouvoir chercher un endroit pour se reposer.
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