bon d´accord, une suite
Serian se redressa brusquement, les voix résonnant encore dans sa tête. Il prit quelques instants pour reprendre ses esprits tandis que les images de son rêve s’éloignaient peu à peu. Regardant autour de lui, il vit que presque tout ses compagnons étaient assis autour d’un petit feu en dehors du bâtiment pour prendre leur petit déjeuner. Il se frotta les yeux pour faire disparaître les étranges silhouettes et se leva pour les rejoindre. Il s’assit à coté de Zephyr qui semblait perdu dans ses pensées, fixant le morceau de pain qu’il avait dans la main.
-Bien dormit ? demanda Serian.
-Hein ? Ha, oui, merci.
-Quelque chose ne va pas ?
-Non c’est rien, dit-il doucement. C’est juste que j’ai fait un rêve bizarre, avec des bonhommes sans visage. D’habitude je ne me rappelle pas de mes rêves, mais celui là j’ai encore l’impression d’y être.
-Ils faisaient quoi tes bonhommes ? demanda Serian, intrigué.
-Rien, je les apercevais juste brièvement. Mais quand même, j’ai l’impression que c’était pas un rêve normal.
-Ca non. J’ai vu les mêmes bonhommes, mais d’autres choses aussi.
-Ha ? fit Zephyr en relevant la tête. C’est bizarre ça, c’est vrai.
-Ca ne me surprend pas beaucoup, depuis hier j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de pas normal ici.
-Oui, t’as raison, ça doit être ce lieu. Je serais pas fâché de partir. Avec un peu de chance, le vieux trouvera vite ce qu’il cherche.
-En parlant de Soccar, où est-il ?
Zephyr tendit le bras vers la droite. Serian vit alors le Najii grâce à la faible lueur de son bâton. Il se tenait près du passage à droite de celui par lequel ils étaient arrivés et semblait en examiner les contours.
-Je crois qu’il cherche une indication sur la bonne voie à prendre, dit Zephyr. Ca serait idiot de sa taper une journée de marche pour rien, ajouta-t-il avec un demi sourire.
Soccar revint quelques minutes plus tard. Un large sourire fendait son visage imberbe et ses yeux pétillaient d’excitation. Serian fût surpris car pendant un instant il crut voir une autre lueur dans ces yeux noirs, quelque chose de moins rassurant.
-Préparez vous, on va partir, annonça Soccar. Nous devrions arriver à Eldereth ce soir.
Ils se levèrent en silence, ramassèrent leur sacs, allumèrent des torches et se mirent en marche. Soccar choisi le tunnel qui faisait face à l’auberge c’est à dire à droite de celui par lequel ils étaient arrivés. Serian marchait juste derrière le Najii qui, comme d’habitude, ouvrait la marche.
-Vous êtes certain que c’est le bon chemin ? demanda le jeune homme.
-Absolument, répondit Soccar. Il y a des runes gravées à l’entrée des tunnel pour indiquer leur direction. Et puis, je peux le sentir d’ici…
Serian haussa un sourcil.
-La magie Dranne, ajouta Soccar. Elle doit imprégner la ville comme si elle était dans la roche. C’est de ce coté-ci que je sens le plus de pouvoir.
-C’est la magie que je sens depuis qu’on est entré ?
Soccar se tourna vers lui, amusé.
-Tu la sens ? Oui, c’est la magie. Elle est si forte que même les non initiés peuvent la percevoir.
-Est-ce qu’elle pourrait influencer nos rêves ? demanda Serian, profitant du fait que le Najii semblait d’humeur à converser.
Soccar eut un petit rire.
-Certainement, oui. Je crois que nous avons tous vu ces hommes sans traits. Mais toi tu as vu plus que cela, n’est-ce pas ?
-Oui, même si je n’arrive pas à en saisir le sens.
-Tu es plus sensible au pouvoir qui nous entoure que la plupart des gens. C’est normal que tu n’en comprenne pas le sens, je doute que cela en ai un, et même si c’était le cas, je pense qu’il faudrait être Drann et pratiquer leur magie pour comprendre.
Serian hocha la tête. Quelques minutes plus tard, il posa une nouvelle question :
-Comment se fait-il que la magie soit encore présente ici après plusieurs siècles ?
Soccar ne répondit pas tout de suite, prenant le temps de réfléchir.
-Je penses que certains sortilèges doivent encore être en place.
Il ferma les yeux pendant une minute tout en continuant de marcher.
-Oui, fit-il en les rouvrant. Je sens qu’il reste des sortilèges actifs, mais d’ici je suis incapable de dire à quoi ils peuvent servir, les énergies se brouillent. Mais ça prouvent qu’ils étaient des mages de talent pour qu’un sort subsiste aussi longtemps.
Serian n’avais plus de questions à poser et Soccar ne lui dit plus rien.
Ils marchèrent encore pendant de longues heures. Le tunnel était presque toujours rectiligne. Ils passèrent deux autres carrefour, bien moins importants que celui où ils s’étaient reposés. A chaque fois, Soccar n’hésita qu’un instant avant de poursuivre son chemin et à chaque fois il semblait revigoré alors qu’ils se rapprochaient de leur but. Ce n’est qu’à contrecœur qu’il accepta de leur laisser un instant de repos au milieu de la journée car lui même semblait inépuisable. Il marchait d’un bon train et Serian se dit que s’il avait pu courir sans trop se fatiguer, il l’aurait fait. Alors que la journée devait tirer à sa fin, le tunnel se mit à monter légèrement. Puis, brusquement, ils en sortirent. Pendant une minute, Soccar fit briller son bâton d’une lumière éclatante et tous restèrent bouche bée devant ce qu’ils voyaient.
La caverne était véritablement immense, presque surnaturelle. La route sur laquelle ils étaient descendait en serpentant entre les énormes colonnes naturelles et les bâtiments en forme de dôme. Un peu plus loin, deux chemin s’écartaient pour longer les parois où d’autres bâtiments étaient construits, ce qui donnait à la ville une forme de U. Ils entendirent le bruit de l’eau qui coulait et virent qu’une cascade jaillissait da la paroi de gauche pour se perdre au milieu des habitations.
-Enfin ! s’exclama Soccar. Eldereth ! La cité des seigneurs Dranns, là où se trouve le palais d’Ethis le Cinquième !
Serian s’arracha à la contemplation de la cité pour regarder le Najii et prit peur. Son visage exprimait la jubilation, mais au fond de ses yeux de jais Serian pouvait voir la même expression qu’avaient les marchands avares devant un tas d’or.
